INTERVENTION DE S. E. MONS. JULIÁN
HERRANZ
À LA CONFÉRENCE MINISTERIALE POUR LA CÉLÉBRATION DU 50eme
ANNIVERSAIRE DE LA CONVENTION DE LA SAUVEGARDE
DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTÉS
FONDAMENTALES
3-4 Novembre 2000
Monsieur le Président,
La Conférence par laquelle le Conseil de l'Europe a voulu à juste titre
marquer le 50eme anniversaire de la Convention de sauvegarde des Droits de
l'Homme et des Libertés fondamentales est l'occasion de tracer à la fois un
bilan de ce qui a été accompli et un programme d'action tourné vers l'avenir.
Il faut d'abord souligner, comme le réaffirme le projet de Déclaration soumis
à cette Conférence, "le rôle central que la Convention doit continuer à
jouer en tant qu'instrument constitutionnel de l'ordre public européen dont
dépend la stabilité démocratique du continent". Il s'agit d'une
affirmation exigeante qui, pour être honorée, demande que tous les Etats
membres du Conseil de l'Europe et toutes les instances de l'Organisation,
nourrissent la profonde conviction qu'ils sont au service de la dignité de tout
être humain.
Force est de reconnaître, hélas, qu'une telle conviction n'est pas encore
partagée par tous : c'est la raison pour laquelle nous nous trouvons en face de
situations où la dignité humaine est bafouée et, par conséquent, les droits
de l'homme sont violés.
Une question fondamentale se pose: si nous ne sommes pas persuadés que l'être
humain doit demeurer le centre et le but de tout système social ou politique,
et ne jamais être considéré comme un moyen, alors a'imposant édifice appelé
à défendre les droits de l'homme en Europe risque de s'écrouler.
La nécessité d'une éducation appropriée aux valeurs sous-jacentes aux droits
de l'homme devient impérative et le Conseil de l'Europe devrait investir
davantage dans cette tâche, comme le souhaite aussi le rapport présenté par
le Secrétaire Général sur le sous-thème II de la Conférence.
L'Europe a besoin plus que jamais d'une authentique anthropologie, capable de
fonder solidement les louables efforts poursuivis depuis cinquante ans pour
assurer une protection adéquate des droits de l'homme.
Une dignité reconnue à tout être humain, à la personne humaine à toutes les
étapes de sa vie, depuis sa conception jusqu'à la mort naturelle; une liberté
conjuguée à un sens de responsabilité éthique pour éviter une dérive
individualiste et positiviste qui mettrait finalement en danger les droits
mêmes que l'on voudrait défendre ; une solidarité vécue pour témoigner la
proximité avec toute victime des violations des droits de l'homme, car un lien
indélébile unit tous les membres de la famille humaine ; une justice soucieuse
de l'indivisibilité des droits de l'homme, comme le remarque opportunément le
rapport présenté par le Secrétaire Général sur le sous-thème I de la
Conférence ; une égalité pratiquée sans discriminations mais respectueuse
des spécificités requérant des traitements différenciés ; une universalité
effective parce que les droits de l'homme sont un reflet de la loi morale
universelle écrite dans le coeur de chaque personne : voilà les principes qui
devraient orienter la mise en oeuvre des droits de l'homme.
Un motif d'encouragement vient du fait qu'à l'heure actuelle l'importance de
ces droits est perçue d'une façon croissante dans le continent européen. La
Convention dont nous rappelons aujourd'hui le 50eme anniversaire offre la
garantie d'un mécanisme bien rodé. Dans ce contexte, il est urgent de porter
un regard lucide sur les modalités de fonctionnement de la Cour Européenne des
Droits de l'Homme, pour adopter toutes les mesures nécessaires afin qu'elle
puisse répondre toujours mieux à son rôle.
Monsieur le Président,
Ma délégation exprime le voeu que cette Conférence puisse se traduire par un
élan nouveau pour la défense et la promotion des droits de l'homme en Europe,
à la lumière du patrimoine culturel, humaniste et religieux de notre
continent.
Je vous remercie.
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