INTERVENTION DE S. E. MONS. GIUSEPPE
BERTELLO, OBSERVATEUR PERMANENT DU SAINT-SIÈGE À LA 56ème
SESSION DE LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME
Mercredi, 12 avril 2000
Monsieur le Président,
La Commission des droits de l'homme est saisie, cette année,
de l'examen des Rapports des deux groupes de travail, qui, à la conclusion de
leurs sessions, ont rédigé deux projets de protocoles facultatifs à la
Convention relative aux droits de l'enfant concernant "l'implication
d'enfants dans les conflits armés" ainsi que "la vente d'enfants,
la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants".
Le Saint-Siège a suivi activement et avec intérêt les
débats qui se sont déroulés depuis 1994 et a apprécié la volonté et l’effort
de compromis que les différentes délégations ont manifestés afin de mettre
en place des mécanismes élaborés et complexes, mais capables de mieux
protéger la dignité et la personne de l'enfant. D'autre part, l'opinion
publique internationale montre une sensibilité croissante sur ces questions
et attend de la Commission une prise de position ferme.
1. Le projet de Protocole concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés a fixé à 18 ans leur enrôlement obligatoire dans
les forces armées et leur participation directe aux hostilités. Le
Saint-Siège aurait souhaité que, sur la même longueur d'onde, on puisse
arriver au consensus aussi sur la question de l'enrôlement volontaire à 18
ans.
L'article 3 prévoit opportunément une série de conditions
assez contraignantes, mais force est d'admettre que, dans plusieurs cas, il
est difficile de reconnaître une décision véritablement volontaire et
libre. S'il est vrai que parfois les enfants sont prêts à s'enrôles de leur
propre gré - pour une raison de survie, pour montrer leur force et leur
maturité ou pour suivre l'exemple d'autres camarades - d'autres fois ils sont
poussés par la culture de violence qui les entoure ou par la volonté de
venger leur famille. Bien des jeunes apprennent vite qu'une arme peut leur
apporter pouvoir et revenus avec facilité et que dans des situations de
guerre ou de violence sociale, ils peuvent impunément tuer et piller.
A cela, il faut ajouter que la plupart des enfants recrutés
n'ont que peu ou pas d'éducation parce que leur scolarité a été
interrompue par la guerre, par le déplacement forcé ou parce que leur
famille n'avait plus de moyens pour leur permettre d'aller à l'école et
avaient besoin de leur aide. En effet, souvent la participation des enfants
aux conflits armés est conditionnée par la situation économique, sociale,
culturelle de leur famille et de leur communauté, qui empire au cours d'un
conflit.
Un nouvel instrument international ne résout pas en soi le
problème des enfants-soldats, mais il est un engagement important surtout si
l'on met en oeuvre un travail de prévention efficaces, comme requis pat
l'art.7, par l'institution de politiques capables de prendre en considération
la personnalité de l'enfant dans son ensemble et de répondre à ses
différents besoins et à ceux de la famille et de la communauté, dans
laquelle il vit.
2. Le projet de « Protocole concernant la vente d'enfants, la
prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants » vient
aussi apporter une meilleure spécification aux obligations des Etats car ces
formes nouvelles d'esclavage constituent des violations fondamentales des
droits des enfants - scolarité, vie privée, soins de santé, etc. -
empêchant leur plein développement physique, moral, social et spirituel
(Convention relative aux droits de l'enfant, art.27).
L'exploitation sexuelle des enfants est une plaie sociale
dramatique, qui demande 1'intervention et la collaboration de tous les acteurs
de la formation des jeunes; famille, institutions éducatives et sociales,
communautés religieuses. Une responsabilité particulière revient aux
autorités civiles: prendre soin de l'insertion des jeunes dans les réseaux
sociaux et économiques pour réduire la marginalisation d'un nombre croissant
d'entre eux.
Tout en n'oubliant pas les causes socio-économiques de ce
grave phénomène - discrimination sexuelle, violence, chômage, corruption,
manque de soins de santé, niveau de vie inacceptables - ma délégation
voudrait souligner l'importance de l'élaboration et de mise en pratique d'un
projet de société capable de développer le respect et la défense de la
personne humaine - et en premier lieu des plus faibles et vulnérables comme
les enfants - de manière que les communautés puissent prendre elles-mêmes
ce problème en main et le combattre de l'intérieur.
Or, il faudrait se demander si l' érosion, un peu partout
dans le monde, des valeurs familiales et communautaires ainsi que l'exaltation
d'un style de vie, qui fait de l'argent rapide et de la richesse des valeurs
suprêmes, ne contribuent pas, bien qu'indirectement, à l'ampleur de ce
phénomène.
L'adoption par la Commission des droits de l’homme des
dispositions contenues dans ce Protocole constitue, même si elles ne sont pas
exhaustives, un pas important dans la lutte contre les crimes envers l'enfance
et permettra de réduire la marginalisation de nombre d'entre eux. "Il
est intolérable - disait récemment le Pape - que des enfants et des jeunes
soient l'objet de commerces corrompus pour la satisfaction d'adultes sans
morale. Comment qualifier d’humaine une société si elle n'assure pas aux
générations futures leur dignité et leurs droits?" (O.R.fr.
28.12.1999, pag.8).
|