INTERVENTION
DU SAINT SIÈGE À
LA SESSION DU FONDS 1999 DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE
L'O.N.U.
7 juillet 1999
Monsieur le Président,
Dans le Rapport préparé pour ce débat de haut
niveau, le Secrétaire général nous présente
les grands axes d'une stratégie efficace de lutte contre la pauvreté
englobant la réalité économique en vue d'une
croissance rapide, qui soit créatrice d'emplois dans des conditions
respectueuses de la dignité de chaque personne. L'examen de ce
document nous dit que - avec la volonté politique nécessaire
- la communauté internationale possède des moyens efficaces
pour combattre la misère par la réalisation d'importants
investissements sociaux et productifs de la part de toutes les composantes
de la société.
Sans oublier d'autres points importants, ma délégation
voudrait souligner seulement à cette heure tardive du débat
le problème de la dette extérieure, comme facteur de pauvreté
pour plusieurs pays en développement, une dette dont le service
absorbe une grande partie des ressources du commerce et de l'aide.
L'opinion publique internationale en général, mais tout
particulièrement les Eglises et de nombreuses organisations non
gouvernamentales y sont de plus en plus sensibles et demandent pour le
troisième millénaire qu'une solution soit trouvée
pour les pays les plus endettés.
Le Saint-Siège, pour sa part, a soulevé depuis plusieurs
années et à plusieurs reprises cette question dans les différentes
enceintes internationales. En effet, le poids de la dette condamne les
pays pauvres à un sous-développement permanent, paralyse l'épanouissement
de leurs systèmes politiques et sociaux et leur interdit tout
espoir dans un avenir plus humain.
Il suffit d'en analyser quelques conséquences sur les économies
et la vie sociale de ces pays: réduction des dépenses dans
des secteurs vitaux comme l'éducation et la santé; mise au
chômage de fonctionnaires à cause des programrnes
d'ajustement structurel; manque d'intérêt de la part des
investisseurs étrangers et fuite des capitaux.
A ce propos, on ne peut que souscrire à l'avis du Secrétaire
général qui nous rappelle que la dette «représente
un obstacle à l'investissement productif dans la mise en valeur des
ressources humaines et la création d'emplois» et invite donc
la communauté internationale à «se pencher sur la
situation intenable de ces pays en matière d'endettement et y remédier
dans le cadre de programmes de réforme et d'ajustement économique»
(n. 77).
Dans un monde toujours plus interdépendant, une nouvelle culture
de solidarité internationale s'impose avec la réalisation de
conditions capables de changer les rapports de forces et de conflits d'intérêts
en vue d'un développement équitable.
Les récentes initiatives des institutions financières
internationales, comme la PPTE (pays pauvres les plus endettés),
montrent que le chemin est faisable et que la réduction de la dette
pour les plus pauvres peut devenir un investissement pour leur développement,
qui aura des retombées positives aussi sur l'ensemble de l'économie
mondiale.
Le Saint-Siège reconnaît les efforts faits par les pays créditeurs,
en particulier le G-8, et souhaite que l'on continue sur cette voie de
manière à ce que l'application avec souplesse des critères
prévus et leur éventuel élargissement puissent
permettre à d'autres pays avec de graves problèmes économiques
d'y participer. Une considération spéciale devrait être
donnée aux pays qui sortent des conflits armés, qui ont été
victimes de désastres naturels ou qui ont des indicateurs de développement
social très bas.
Parmi les initiatives concrètes que les communautés
catholiques sont en train de mettre sur pied dans ce domaine à
l'occasion du Jubilé de l'An 2000, ma délégation
voudrait rapporter à titre d'exemple, celle lancée par les évêques
italiens. Ils se proposent de recueillir une somme suffisante pour
financer une opération de conversion de la dette d'un ou plusieurs
pays parmi les plus pauvres. On rachètera une partie de la dette de
ces pays - ce qui permettra ainsi de l'annuler vis-à-vis des créanciers
- tandis que le gouvernement débiteur versera le même montant
en devise locale sur un fonds destiné à financer des projets
de développement étudiés avec l'Eglise et la
population locales.
Tout en étant conscients des limites de ce projet, les
responsables veulent réaffirmer le principe de la co-responsabilité
internationale qui engage tous et chacun dans la poursuite du bien commun
et de la paix; sensibiliser les chrétiens sur leurs responsabilités
envers les pays du Sud et, en même temps, montrer d'une manière
concrète que l'annulation de la dette n'est pas suffisante si elle
ne contribue pas au développement matériel et spirituel d'un
peuple et à l'établissement des conditions d'une plus grande
équité dans les relations internationales.
Comme le disait le Saint-Père lors du cinquantième
anniversaire des Nations Unies: «Il est nécessaire que, sur la
scène économique internationale, s'impose une éthique
de solidarité, si l'on veut que la participation, la croissance économique
et une juste distribution des biens puissent marquer l'avenir de l'humanité».
(Discours aux Nations Unies, 5 octobre 1995. Doc. Cath. n. 2125).
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