INTERVENTION DU SAINT SIÈGE À LA
CONFÉRENCE MONDIALE SUR LA SCIENCE TENUE À BUDAPEST
Mercredi 30 juin 1999
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Chers Collègues
C'est pour moi un grand honneur d'être appelé à vous
présenter la contribution de la délégation du
Saint-Siège à cette remarquable Conférence mondiale
sur la science. Je veux d'abord remercier chaleureusement les
organisateurs, l'UNESCO et son Directeur général, Federico
Mayor, l'ICSU et son Président Werner Arber et surtout les hautes
autorités hongroises, gouvernementales et scientifiques, et tous
leurs collaborateurs. Nos plus vives félicitations à tous
pour cette parfaite réussite.
L'Académie pontificale des Sciences fut fondée par le Pape
Pie XI en 1936 «pour promouvoir le progrès des sciences mathématiques,
physiques et naturelles».
L'Académie est un corps autonome placé sous la
responsabilité directe du Pape (et non de la Curie). Ses membres
sont choisis en raison de l'originalité, de la qualité, de
la portée de leurs travaux scientifiques, et de leur personnalité
morale, sans la moindre discrimination éthique ou religieuse. Les
catholiques y sont en minorité.
L'Académie comprend 80 membres. Toutes les disciplines et tous
les continents y sont représentés et la proportion des
femmes se compare avantageusement à celle que l'on trouve dans les
Académies que je connais. Elle se réunit en session plénière
tous les deux ans et organise chaque année plusieurs ateliers ou
journées d'étude sur des thèmes bien définis
rassemblant, outre quelques académiciens, des experts choisis parmi
les plus réputés du monde scientifique et industriel et des
pays en voie de développement.
Les sujets sont variés. Il peut s'agir de prendre connaissance de
découvertes récentes affectant la signification de la place
de l'homme dans l'univers, de les comprendre, de réfléchir
aux questions philosophiques, voire religieuses qu'elles soulèvent.
Exemples: l'origine de la vie, les conceptions récentes de la
cos-mologie, l'évolution du concept de la nature dans les
disciplines scientifiques.
D'autres sujets portent sur les inter-actions des applications des
sciences sur les sociétés. Le danger causé par les
armes nucléaires et surtout leur accroissement conduisit l'Académie
pontificale en 1982 à prendre la remarquable initiative d'inviter à
Rome les Académies des Sciences du monde entier à une grande
réunion qui se termina par l'adoption unanime d'une déclaration
commune. La National Academy of Sciences, l'Académie des Sciences
soviétiques, la Royal Society, l'Académie des Sciences de
France étaient présentes parmi d'autres. D'autres journées
d'étude attirèrent l'attention sur les graves pollutions
causées par les usines chimiques et préconisèrent les
contrôles à opérer. Plusieurs s'attaquèrent à
des questions intéressant directement les pays en voie de développement,
sur l'énergie, sur l'agriculture, sur les maladies causées
par les parasites...
On peut donc ainsi décrire la raison et le rôle premier de
l'Académie pontificale des Sciences. Le Pape souhaite avoir un
contact direct avec une assemblée de scientifiques compétents,
représentant un bon échantillon de la Communauté
scientifique mondiale tant par leur origine géographique, leur
discipline scientifique que par leur conviction personnelle. Il peut ainsi
grâce à eux être éclairé sur les grandes
questions philosophiques, culturelles, sociales, politiques que pose au
monde le développement des sciences et de leurs applications.
* * *
Lors de la session plénière de 1996, l'Académie a décidé
de consacrer, dans les proches années à venir, la majeure
partie de ses activités au développement durable. Et c'est
ainsi que, depuis la fin de l'année 1998, l'Académie a tenu
trois semaines d'études qui ont constitué une préparation
directe à sa participation à la présente Conférence
mondiale. Car l'un des notables bienfaits de cette Conférence
n'a-t-il pas été tout le travail préparatoire des
communautés nationales qui ont réfléchi séparément,
mais parfois régionalement, à leur situation présente
et future dans l'aventure scientifique et dont nous prenons connaissance
actuellement avec le plus grand intérêt? Le temps ne me
permet pas de vous donner des détails sur ces journées d'études
au cours desquelles nous avons réfléchi à des
questions qui ont été traitées dans nos forums. «Les
interactions entre géosphère - biosphère et le climat».
«Les besoins alimentaires du monde en voie de développement
durant les 20 premières années du prochain siècle».
«Survie et croissance durable».
Vous comprenez pourquoi le Saint-Siège a accepté avec
enthousiasme et reconnaissance de participer à cette Conférence.
Le Vatican n'a pas de laboratoires, ni d'entreprises industrielles, ni
d'armée; mais il porte un immense souci de l'humanité entière
et un grand intérêt à l'aventure scientifique, étape
significative et stimulante de l'humanité en marche. Quelle
occasion exceptionnelle pour lui et pour l'Académie de vivre ces
quelques jours avec les représentants qualifiés de la
Communauté scientifique mondiale, en prenant part à vos préoccupations,
à vos attentes, à vos espoirs qui sont aussi les nôtres!
Dans les mois qui viennent, les chrétiens vont être engagés
dans la célébration du grand Jubilé marquant l'entrée
dans le prochain millénaire. L'Académie pontificale prépare
la session plénière de l'An 2000. Je peux vous assurer que
la Déclaration et l'Agenda pour l'action qui vont être adoptés
demain seront pris avec la plus vive considération. Je peux également
vous assurer que l'Académie pontificale réaffirmera sa
profonde conviction que le progrès des connaissances scientifiques
est une composante essentielle du progrès de l'esprit humain et que
l'idéal qui l'anime est l'une des plus sûres valeurs et l'un
des droits importants de l'homme et que cet idéal doit être défendu
s'il arrivait que des pouvoirs, politiques ou économiques, entre
autres, voulaient l'attaquer ou le réduire. Mais je peux aussi vous
assurer que l'Académie pontificale des Sciences, partie prenante de
la Communauté scientifique mondiale, uvrera pour que les acquis du
développement scientifique soient intégrés à
toute culture des sociétés humaines et très spécialement
au bénéfice de toutes celles qui sont aujourd'hui défavorisées.
Je vous remercie de votre attention.
Prof. Paul Marie Germain, membre de la Délégation du Saint Siège
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