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INTERVENTION DU SAINT SIÈGE À LA 87ème SESSION 
DE LA CONFÉRENCE GÉNÉRALE 
DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL

                                                                11 juin 1999 

Monsieur le Président,

La délégation du Saint-Siège est heureuse de vous présenter ses félicitations pour votre élection.

Le premier Rapport que Monsieur Juan Somavia, nouveau Directeur général du BIT, soumet à la discussion de la Conférence se présente non seulement comme un bilan de ce que l'OIT a fait dès sa fondation mais engage aussi l'Organisation à revoir pour le futur les grands axes de ses activités en tenant compte des bouleversements idéologiques, politiques, économiques et sociaux ainsi que des transformations technologiques qui ont modifié les systèmes de production et l'idée même de développement.

Par le choix du titre: «Un travail décent», le Directeur général entend embrasser toutes les formes de travail, «qui aillent de pair avec la protection des droits et permettent d'obtenir un revenu suffisant et de bénéficier d'une protection sociale appropriée» (Un travail décent, pag. 13).

Les références que M. Somavia fait à la dimension planétaire du problème et à l'importance de tenir compte des contextes régionaux, porteurs de valeurs et de compétences différentes, aident la Conférence à réfléchir encore une fois à la question du travail, qui avait déjà marqué l'aube de ce siècle et reste la clé de la question sociale et un des legs pour le nouveau millénaire.

Le chômage préoccupe désormais tous les pays et se révèle de plus en plus un facteur structurel avec de multiples racines, comme les nouvelles technologies, la globalisation et une concurrence effrénée. Les coûts humains et sociaux sont énormes. Si l'on ne fait pas un effort significatif pour y apporter une solution, la pauvreté continuera à créer de nouvelles et plus profondes inégalités et l'ensemble des relations sociales sera profondément touché.

A un niveau personnel, le chômeur sera tenté de mettre en cause sa propre identité et sa capacité à s'insérer dans le monde de la production. Au niveau communautaire, il sera de plus en plus mis de côté et même les relations avec sa famille subiront de graves conséquences car il ne sera plus en mesure d'en satisfaire les besoins fondamentaux d'ordre tant matériel que spirituel.

Or, dans une société où la grande majorité de ses membres ne dispose pas personnellement de moyens de production mais est employée comme salariée, le travail est un facteur indispensable à l'existence de l'ouvrier et de sa famille. Par conséquence, la société et l'Etat ont la responsabilité d'offrir à leurs membres la possibilité de réaliser leur droit au travail. Ce droit, en effet, découle aussi de ce que doit une société à toute personne humaine. Elle en est un membre et, par son activité, exprime sa participation à la construction de la société où elle acquiert la reconnaissance de son existence sociale. «Personne ne peut raisonner dans une perspective purement individualiste ou dans un esprit fortement corporatiste: chacun est invité à tenir compte de l'ensemble de ses frères» (Jean-Paul II, Discours à l'Académie pontificale des Sciences sociales, 22 mars 1996, n. 5).

Il s'agit donc de réorganiser et de réaménager les structures de l'économie d'aujourd'hui et de trouver un point d'équilibre entre les exigences du développement, qui ne peut pas être seulement économique, et les droits du travail et au travail pour tous. «Je me refuse à croire - disait le Pape Jean-Paul II lors de la 68ème session de la Conférence - que l'humanité contemporaine, apte à réaliser de si prodigieuses prouesses scientifiques et techniques, soit incapable, à travers un effort de créativité inspiré par la nature même du travail humain et par la solidarité qui unit tous les êtres, de trouver des solutions justes et efficaces au problème essentiellement humain qu'est celui de l'emploi» (Jean Paul II, Allocution à la 68ème session de la Conférence internationale du Travail, 15 juin 1982, n. 12).

Pour relever ce défi, le Directeur général fixe les quatre objectifs stratégiques de l'OIT dans le domaine historique des normes, politique de la création d'emplois, éthique de la protection sociale et organisationnelle du dialogue social tripartite. La promotion rapide et efficace de la «Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux de l'homme», votée l'an dernier, est appelée à jouer un rôle fondamental car elle reste le point de départ incontournable pour la mise en uvre des autres instruments normatifs de l'OIT de la part de chaque Etat.

Saluant la clarté de ces objectifs et les axes stratégiques poursuivis, la délégation du Saint-Siège prend note avec intérêt de l'importance donnée aux adaptations nécessaires pour les réaliser dans chaque région et pour que soit conduit un travail indispensable de vraie inculturation en profondeur. En effet, la coopération internationale ne peut être pensée exclusivement en termes d'assistance ou d'aide et encore moins de recherche d'avantages en compensation des ressources affectées mais elle doit s'insérer dans l'environnement social, culturel et économique propre à chaque pays.

Beaucoup d'organisations locales liées à l'Eglise catholique ont souvent coopéré avec des programmes de développement menés par l'OIT. Il serait souhaitable que ces liens puissent être renforcés. Les axes de coopération technique soulignés par les quatre programmes mondiaux IPEC, WOMEMP, STEP et ISEP - visent des domaines de développement chers au Saint-Siège: le souci des enfants, de leurs mères, des exclus et de la création d'emploi.

Ma délégation voudrait souligner encore une fois l'importance que le Saint-Siège attribue à la conclusion de la Convention et de la Recommandation préconisant la suppression immédiate des pires formes de travail des enfants, qui serait un pas significatif dans la réalisation de la Déclaration. Certes, il s'agit d'une question complexe, aux facettes multiples, mais, comme le Directeur général le disait dans son discours d'ouverture, il s'agit de bannir les formes de travail qu'aucune culture, aucune éthique, aucune tradition religieuse ne peuvent justifier. Qu'on pense seulement à l'importance de fixer l'âge pour enrôler les enfants dans les conflits armés en conformité aux normes établies par la Convention sur les droits de l'enfant et la Convention N.138 sur l'âge minimum/1973 de l'OIT.

Par l'adoption et la ratification de cette Convention, les pays membres manifesteront une volonté politique précise et engageront concrètement la société à donner un avenir meilleur à ses enfants. Ici encore, la coopération technique, notamment par le biais des programmes de l'IPEC, est appelée à jouer tout son rôle pour aider les pays pauvres dans un secteur vital pour leur développement.

Monsieur le Président,

Avant de conclure, ma délégation s'associe bien volontiers aux orateurs qui l'ont précédé pour offrir ses meilleurs vux à M. Juan Somavia lui souhaitant très cordialement un plein succès dans ses nouvelles fonctions de Directeur général du Bureau International du Travail où il apporte sa profonde sensibilité sociale et sa riche expérience diplomatique.

Mons. Giuseppe Bertello, Chef de la Delegazione d' Observation du Saint Siège

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