INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE À LA XI SESSION DU GROUPE D'EXPERTS DE LA
CONVENTION SUR L’INTERDICTION OU LA LIMITATION DE L’EMPLOI DE CERTAINES
ARMES QUI PEUVENT PRODUIRE DES EFFETS TRAUMATIQUES EXCESSIFS OU INDISCRIMINÉS (GENÈVE, 2-12 AOÛT 2005)
INTERVENTION DE S.E. MGR SILVANO MARIA TOMASI
Genève
Jeudi 4 août 2005
Monsieur le Coordonnateur !
Depuis la deuxième guerre mondiale, l’utilisation de sous
munitions dans une vingtaine de conflits en Asie, en Afrique, en Europe, au
Moyen-Orient et en Amérique latine, nous a laissé assez de recul, d’informations
et d’expériences afin de pouvoir porter un jugement objectif et fondé du point
de vue du droit international humanitaire comme d’un point de vue strictement
pragmatique sur les conséquences de l’utilisation de toute une catégorie
d’armes. Les organisations humanitaires, les agences des Nations Unies et les
agences de développement ont unanimement reconnu la nécessité d’une réflexion
sérieuse autour de la légitimité de l’utilisation des sous munitions. On compte
par milliers les morts, les blessés et les handicapés, victimes des sous
munitions, et on constate sans difficulté les obstacles au retour des réfugiés
et par conséquent au développement de nombreuses régions contaminées par les
sous munitions non explosées.
Certains pays qui possèdent des sous munitions dans leurs stocks
ont bien réalisé que le taux de défaillance est très élevé qu’ils ont décidé de
faire sortir de leurs inventaires militaires certaines catégories de sous
munitions dont l’utilisation poserait un problème humanitaire grave et
disproportionné par rapport au gain militaire. On ne peut que saluer de tels
choix de précaution et de responsabilité. C’est dans cet esprit que ma
délégation comprend la résolution du Parlement européen adoptée en 2004 qui
appelle à un moratoire immédiat sur l’utilisation, le stockage, la production,
et le transfert ou l’exportation des sous munitions.
Monsieur le Coordonnateur !
Une pause de réflexion s’impose. Mais il serait insuffisant et
inadéquat de limiter la réflexion à la question de l’amélioration de la qualité
des sous munitions sachant que ces armes, de par leur conception, ne sont pas
des armes de précisions. Bien au contraire, elles sont dispersées sur des
surfaces importantes. Ce qui rend le principe de distinction entre les objectifs
militaires et civils très difficile, sinon impossible, à respecter notamment
dans les régions à haute densité populaire. Par ailleurs, même si on arrive à
réduire le taux de disfonctionnement des sous munitions, les conséquences
restent suffisamment graves afin de procéder à une discussion approfondie
concernant la nature même de cette arme et pas seulement la qualité de la
fabrication et les moyens technologiques de son amélioration. L’imprécision et
le taux élevé de bombelettes non explosées mettent en question la légitimité de
cette arme.
Monsieur le Coordonnateur !
En conclusion, le Saint-Siège est de l’avis que des
consultations dans ce domaine sont plus que nécessaires et devraient être
entamées sans délai et qui incluraient les Etats, les ONG, les Nations Unies, le
CICR et tous ceux impliqués dans l’action de déminage humanitaire. Mais en
attendant les résultats de telles consultations, la communauté internationale ne
peut et ne devrait pas se contenter de recenser les victimes et les dégâts des
sous munitions. Si pour des raisons diverses, il n’est pas possible de trouver
un accord immédiat sur l’interdiction définitive de la production et de
l’utilisation de cette catégorie d’armes, le Saint-Siège soutient, avec vigueur,
l’idée d’un moratoire sur l’utilisation des sous munitions pendant toute la
période des consultations proposées, en attendant de parvenir à l’adoption d’un
instrument international adéquat.
Je vous remercie Monsieur le Coordonnateur !
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