C'est pour moi un honneur, et non une charge, de présenter la
Charte des Personnels de la Santé. Réfléchissant à
la meilleure manière de m'en acquitter, il m'a paru très opportun,
parce que sans doute plus utile, de la parcourir à vol d'oiseau. Ainsi
apparaît plus clairement, le souci, qui émerge tout au long du
texte, de venir en aide à tout professionnel de la santé dans
l'accomplissement de son service envers la vie humaine dès son origine
jusqu'à son terme naturel. Un service qui est pleinement humain et spécifiquement
chrétien. Cette présentation entend ainsi, et c'est important,
faire comprendre, immédiatement, comment la Charte est en fait,
une synthèse de l'éthique hippocratique et de la morale chrétienne.
Pour atteindre cet idéal audacieux, je m'arrêterai d'abord sur
l'origine divine de chaque vie humaine et sur sa fin qui est Dieu lui-même.
Ensuite, je définirai la physionomie du professionnel de santé,
comme serviteur de cette vie, et surtout, de l'Auteur de cette même vie.
Enfin, je suivrai les étapes de l'existence humaine: la procréation,
la vie, la mort, en tant que points de référence pour une réflexion
éthico-pastorale.
1. Dieu: alpha et omega de la vie humaine
Alors qu'il n'y avait encore aucun homme pour travailler le sol, en
faire surgir l'eau des canaux, alors que personne n'irriguait la superficie de
la terre, "Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il
insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être
vivant" [1]. C'est de ce geste créateur de Dieu que l'Eglise
tire son enseignement: toute âme spirituelle est créée
directement par Dieu, elle est immortelle, c'est-à-dire, qu'elle ne meurt
pas à l'instant même où elle se sépare du corps dans
la mort; et l'Eglise nous enseigne aussi que cette âme s'unira de
nouveau au corps au moment de la résurrection finale. La vie de l'être
humain, de tout être humain, n'est pas le simple "fruit" des
parents ni le "produit" d'un laboratoire humain. La vie humaine,
indiscutablement, a une origine divine [2]. Une phrase du livre de Job est très
riche de sens: "S'il (le Seigneur) ramenait à lui son
esprit, s'il concentrait en lui son souffle, toute chair
expirerait à la fois et l'homme retournerait à la poussière"
[3]. Non moins riche de signification, la pensée d'Ezéchiel sur la
résurrection "Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez"
[4]. Indubitablement, sans le "souffle vivificateur" de Dieu, l'homme
retomberait dans le néant. Or, si Dieu anime le corps, c'est-à-dire,
s'il lui donne la vie, ce n'est que justice qu'à Lui et à Lui seul
soit attribué le droit inaliénable et inviolable de disposer de la
vie de tout être humain de sa conception à son terme naturel.
Jean-Paul
II n'hésite pas un instant, il affirme ce droit divin avec une certaine
solennité: "La vie humaine est sacrée parce que, dès
son origine, elle comporte `l'action créatrice de Dieu' et demeure pour
toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique
fin. Dieu seul est le maître de la vie, de son commencement à son
terme: personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit
de détruire directement un être innocent" [5].
Ceci est
le coeur du contenu de la morale chrétienne concernant le sens sacré
et l'inviolabilité de la vie humaine, de toute vie humaine, de la vie
humaine de chacun. Voilà pourquoi, Jahvé, quand il révèle
les dix commandements de l'Alliance, place au coeur de celle-ci, ce commandement
qui mérite une attention particulière: `Tu ne tueras pas".
Dieu lui-mêmene se dresse pas seulement en
Juge de toute violation du commandement en faveur de la défense
de la vie, mais aussi et surtout, en Défenseur du commandement
qui est le fondement de toute convivialité sociale [6]. C'est donc, avec
raison, que la morale chrétienne, depuis toujours, et encore de nos
jours, n'a cessé d'affirmer et de défendre la valeur incomparable
de toute personne humaine.
L'éthique hippocratique, elle-même,
dans l'expression éternelle et toujours actuelle de son "serment",
proclame et défend depuis plus de deux mille-cinq-cents ans cette valeur
immuable de la vie humaine. Ce n'est pas un fait du hasard, qu'en cette éthique
toujours valable, le Cardinal Fiorenzo Angelini, mette en exergue quatre prémisses:
"le profond respect de la nature, en général; la conception
unitaire et intégrale de la vie humaine, ou mieux de l'être humain;
le rapport rigoureux entre l'éthique personnelle et l'éthique
professionnelle; la vision de participation élargie de l'exercice de
l'art médical" [7]. En fait, pour l'éthique hippocratique
comme pour la morale chrétienne, la vie de tout être humain est une
valeur qui n'admet aucune discussion, on doit en prendre soin et on doit la défendre:
c'est-à-dire se mettre à son service. Si cet impératif vaut
pour tous, combien davantage et surtout, pour les professionnels de santé.
C'est cela le rôle de la Charte, que j'ai l'honneur de présenter
à cette grande et imposante assemblée.
2. La physionomie du professionnel de la santé
La tâche des professionnels de santé s'exprime en un
service profondément humain et chrétien, précisément,
parce qu'elle n'est pas seulement l'exercice d'une technique mais aussi et
surtout une oeuvre de dévouement et d'amour envers ses semblables,
envers son prochain. En effet, dans la prise en charge de la vie d'autrui, les
professionnels de santé exercent une tâche vraiment humaine et chrétienne
faite de prévention, de cure et de réhabilitation de la santé
humaine en vue de la protection de la vie. C'est pourquoi, la modalité
première et emblématique de cette prise en charge des soins
consiste dans une présence attentive et prévenante aux côtés
du malade [8].
C'est ainsi que le service médico-sanitaire instaure
une relation interpersonnelle très particulière: c'est une
rencontre entre une fidélité et une conscience. Rapport de
`confiance' de la part de la personne en demande d'aide, touchée par la
maladie, donc par la souffrance, et rapport de `conscience', de la part d'une
personne capable de prendre en charge ce besoin, dans une relation d'assistance,
de traitement et de guérison. Pour un professionnel de la santé,
le malade n'est jamais, ou au moins ne devrait jamais être, un simple cas
clinique à examiner `scientifiquement', mais toujours une personne en
demande de sympathie, et mieux encore, d'empathie, au sens étymologique
du terme, par le fait même qu'il est malade.
"La compétence
scientifique et professionnelle en soi, ne suffit pas, elle exige également
une participation personnelle aux situations concrètes de chaque patient"
c'est-à-dire, qu'elle demande "disponibilité, attention,
compréhension, partage, bienveillance, patience, dialogue" [9]. Pour
une meilleure et plus précise compréhension de la Charte, il est
important de noter que le dévouement entier du professionnel de santé
au service de tout homme malade, trouve ici son plus authentique fondement "objectif"
et son plus exigeant fondement "subjectif", celui qui l'implique dans
une vision intégrale du malade lui-même.
Si l'on scrute en
profondeur la maladie et la souffrance, elles sont, en effet, inhérentes à
la condition de la vie humaine, et posent des questions transcendant la
science et la technologie médicale, car elles touchent l'essence
axiologique de la condition existentielle de l'homme sur la terre. C'est
pourquoi, le professionnel de la santé, comme chrétien est un
disciple du Bon Samaritain, mais s'il n'est pas chrétien, cela signifie
qu'il est disciple du très humain "laïc" Hippocrate, ce
qui l'aidera à comprendre aisément que sa profession est une
mission, une vocation. Son activité médico-sanitaire est alors une
réponse à un appel transcendant qui prend forme à travers
le visage souffrant et implorant du patient remis à ses soins. Sa prise
en charge affectueuse du malade, faite de sympathie et d'empathie, devient un
service en tout semblable à celui qui nous est rapporté dans la
parabole du Bon Samaritain, et à celui que sollicite le serment
du médecin hippocratique.
Voilà pourquoi, profession,
vocation et mission se rejoignent dans la physionomie de tout professionnel de
la santé. Dans la vision chrétienne de la vie et de la santé,
celui-ci est "ministre de ce Dieu qui, dans la Bible, est présenté
comme `ami de la vie' [10]. Servir la vie chez l'homme malade devient, précisément,
servir Dieu et collaborer avec Dieu; et mieux encore, car à travers le
geste d'accueil affectueux envers toute vie faible et malade, destiné à
rendre la santé , c'est rendre louange et gloire à Dieu [11].
Il
n'est donc pas surprenant que l'Église ait "toujours considéré
la médecine comme une aide importante dans l'accomplissement de sa
mission rédemptrice envers l'homme. En effet, on ne peut servir l'esprit
de l'homme pleinement sans se mettre au service de son unité
psychophysique. L'Église sait bien que le mal physique aliène
l'esprit, de même que le mal de l'esprit asservit le corps" [12]. La
physionomie du professionnel de la santé est, et doit devenir toujours
davantage, une image vivante du Christ-Bon Samaritain. "Médecins,
pharmaciens, infirmiers et infirmières, personnel de la santé dans
son ensemble ainsi que les bénévoles sont appelés à être
une image vivante du Christ et de son Église dans leur amour enver les
malades et les souffrants, témoins de l'"évangile de la vie"
[13].
3. La fidélité éthico-morale face au caractère
sacré
et inviolable de la vie
La profession, la mission et la vocation du professionnel de la santé
exige, naturellement, une solide préparation et une formation permanente éthico-religieuse
en matière morale, en matière de bioéthique en particulier.
En présence de cas cliniques, toujours plus complexes, rendus tels en
raison des possibilités technologiques, tous les professionnels de la
santé, mais avant tout et surtout, les médecins, ne peuvent, et ne
doivent être laissés seuls et chargés de responsabilités
insoutenables. Surtout, quand on sait que tant de ces possibilités sont
encore en phase d'expérimentation et ont une grande importance
socio-sanitaire pour le monde de la santé et les structures de santé
[14]. La véritable humanisation de la science et de la
technologie médicale, est certainement en cause, car c'est aussi dans le
domaine de la médecine que doit être édifiée "cette
civilisation de l'amour et de la vie sans laquelle l'existence de la personne et
de la société perd son sens le plus authentiquement humain"
[15]. L'objectif principal de la présente Charte est donc de:
garantir la fidélité éthique du professionnel de la santé,
afin qu'il édifie, à travers ses choix et ses attitudes au service
de la vie, cette civilisation de l'amour et de la vie, souhaitée par
l'Auteur d'Evangelium vitae. C'est la raison pour laquelle, la Charte
suit comme référence de réflexion éthico-religieuse
et pastorale le parcours de l'existence humaine: la procréation, la vie,
la mort [16].
3.1. La responsabilité face à la dignité
de la
procréation humaine
La génération d'un nouvel être humain est, en même
temps, un événement profondément humain et hautement
religieux, puisqu'il implique l'amour unitif des époux comme geste de
collaboration avec Dieu Créateur. Il en résulte, de manière
évidente, que les professionnels de santé sont appelés à
aider les conjoints-parents, "en vue d'une procréation responsable,
lorsqu'ils en favorisent les conditions, en écartent les difficultés
et les protègent contre une technicité envahissante et indigne de
la procréation humaine" [17].
À propos de ce service, la
morale distingue justement, entre manipulation thérapeutique et
manipulation
altérative du patrimoine génétique humain. "Aucune
utilité sociale ou scientifique et aucune motivation idéologique
susceptibles de donner lieu à une intervention sur le génome
humain qui ne soit thérapeutique, c'est-à-dire, qui, en soi, ne
vise au développement naturel de l'être humain" [18]. La
raison de ce "non absolu" réside dans la dignité même
de la procréation humaine, puisque le nouvel être humain qui naît
de l'union conjugale "apporte avec lui au monde une image et une
ressemblance particulière avec Dieu lui-même: dans la biologie
de la génération est inscrite la biologie de la personne"
[19]. La conception et la génération d'un nouvel être humain
ne sont pas un produit des lois de la biologie, mais un événement
de coopération conjugale en continuation de la création divine.
À
ce point, la Charte précise que la collaboration procréatrice
de la part des conjoints n'est pas seulement le critère de la différence
anthropologique et morale entre des méthodes naturelles et des moyens
artificiels, mais aussi le critère d'évaluation en matière
de procréation artificielle. "La dignité de la personne
humaine exige que vienne à l'existence comme don de Dieu et fruit de
l'acte conjugal, propre et spécifique de l'amour unitif et procréateur
des époux, acte qui par sa nature même est irremplaçable"
[20]. Et voilà pourquoi, est si légitime, l'appel à la
responsabilité des professionnels de santé qui doivent favoriser
cette conception humaine et chrétienne de la sexualité, en rendant
accessibles aux époux, et avant encore, aux jeunes, les connaissances nécessaires
en vue d'un comportement responsable et respectueux de la dignité
particulière de la sexualité humaine, en général, et
de l'acte conjugal en particulier [21]. Les professionnels de santé
devront, surtout, aider les époux à découvrir la différence
anthropologique et morale entre assistance naturelle et substitution
artificielle en matière de procréation. Quant à cette dernière,
ils devraient être en mesure de clarifier le caractère illicite de
la fertilisation in vitro avec transfert d'embryon non seulement hétérologue
mais aussi homologue. Évidemment, ce jugement moral concerne seulement
les modalités de la fécondation, et non, l'être humain en
question, lequel doit toujours être accueilli comme don de Dieu et élevé
avec amour [22]. Le service à la vie exigé des professionnels de
santé consiste à tout mettre en oeuvre afin d'inspirer le respect
dû à l'originalité du genre humain.
3. 2. La responsabilité en face de la santé
et de la
vie humaine
Dès la fécondation, commence ce merveilleux processus
d'une nouvelle vie humaine sous la sage et aimante protection de Dieu. C'est
aux professionnels de santé, et en particulier aux gynécologues et
aux sages-femmes que "revient de veiller avec sollicitude sur le
merveilleux et mystérieux processus de la procréation qui
s'accomplit dans le sein maternel, en vue d'en suivre le développement et
d'en favoriser l'heureuse issue par la venue au monde du nouveau-né"
[23].
Ils doivent se souvenir, avant tout, de la particulière dignité
de toute vie humaine: la dignité de la personne créée à
l'image et ressemblance de Dieu. Les professionnels de santé doivent,
surtout, tenir compte que toute personne est une unité faite d'un corps
et d'une âme, et qu'en conséquence, c'est à travers le corps
que l'on rejoint la personne elle-même dans sa réalité. "Toute
intervention sur le corps humain n'atteint pas seulement les tissus, les organes
et leurs fonctions corporelles, mais implique aussi, à différents
niveaux, la personne elle-même" [24]. Il s'ensuit que le corps, étant
une réalité typiquement personnelle, puisqu'il révèle
la personne dans sa relation à Dieu, aux autres et au monde, est
fondement et source d'exigibilité morale. On ne peut disposer du corps
comme d'un objet d'appartenance, comme une chose ou un instrument dont on serait
le propriétaire ou l'arbitre. Voilà la raison pour laquelle, tout
ce qui est techniquement faisable ne peut être retenu moralement
admissible [25].
La finalité intrinsèque de la profession des
personnels de la santé est l'affirmation des droits de l'homme à
sa vie et à sa dignité. Leur devoir respectif consiste donc en la
tutelle prophylactique et thérapeutique de la santé et en l'amélioration
de la qualité de vie de la personne. "La maladie et la souffrance,
en effet, ne sont pas des expériences qui concernent uniquement le
substrat physique de l'homme, mais l'homme dans sa totalité et dans son
unité somatique-spirituelle" [26]. Le diagnostic, le traitement et
la réadaptation ont donc, en vue, non seulement le bien et la santé
du corps mais aussi le bien-être intégral de la personne.
C'est
ici que se pose la question de l'impossibilité de guérir le
malade. Dans ce cas, le professionnel de santé est toujours tenu à
dispenser les soins proportionnés, mais il peut licitement interrompre
les traitements disproportionnés [27]. Ici, la question de l'humanisation
de la douleur par l'analgésie et par l'anesthésie revêt une
grande importance. Même si, pour le chrétien, la douleur a une
grande valeur pénitentielle et salvifique, la charité chrétienne
elle-même, exige des personnels de santé le soulagement de la
souffrance physique [28].
C'est là, qu'intervient de manière
urgente, le droit fondamental du malade à l'assistance pastorale et au
sacrement de l'Onction des Malades. Tout professionnel de santé est tenu
de créer les conditions idoines pour que soit assurée, à
qui le demande, implicitement ou explicitement, l'assistance spirituelle. "L'expérience,
en effet, enseigne que l'homme, en demande d'assistance préventive ou thérapeutique,
dévoile des exigences qui vont au-delà de la pathologie organique
en cours. Il n'attend pas seulement du médecin un traitement adéquat
- traitement qui, du reste, avant ou après, finira fatalment par se révéler
insuffisant - mais le soutien humain d'un frère, qui sache lui faire part
d'une vision de la vie dans laquelle lui est révélé le sens
et le mystère de la souffrance et de la mort. Et où pourrait-il
puiser, sinon dans sa foi, une réponse pacifiante aux interrogations suprêmes
sur l'existence?" [29].
3. 3. Assistance jusqu'au terme naturel
Quand la santé se détériore de manière irréversible
et mortelle, c'est-à-dire, lorsque l'homme entre dans la phase terminale
de son existence terrestre, les professionnels de santé sont tenus
d'accorder une assistance spéciale au mourant. "Plus que jamais, à
l'article de la mort, et dans la mort elle-même, il convient de célébrer
et d'exalter la vie... L'attitude devant le malade en phase terminale est
souvent la pierre de touche du sens de la justice et de la charité, de la
noblesse d'âme, de la responsabilité et de la capacité
professionnelle des professionnels de la santé, à commencer par
les médecins" [30]. C'est le moment de soustraire la mort à
la pratique de la médicalisation qui se soucie surtout de l'aspect
biophysique de la maladie. À cette phase, le premier traitement consiste
en une présence affectueuse faite d'attention et de prévenances,
qui inspire confiance et espérance, afin qu'au refus de la mort, succède
son acceptation. Impuissants devant le mystère de la mort, la foi chrétienne
est l'unique source de paix et de sérénité. C'est pourquoi,
le témoignage de foi et d'espérance en Christ, donné par le
professionnel de santé, a un rôle déterminant. Être
une présence de foi et d'espérance constitue pour les médecins
et les infirmières, la plus haute forme d'humanisation et de
christianisation de la mort. Chez le malade en phase terminale, le droit à
la vie devient un droit à mourir en toute sérénité
et en toute dignité humaine et chrétienne. Ce droit exclut toute
forme d'acharnement thérapeutique, et bien davantage encore, tout recours
à mettre fin à la vie [31]. "L'euthanasie bouleverse le
rapport médecin-patient. De la part du patient, qui s'en rapporte au
médecin comme à celui qui peut lui assurer la mort. Du côté
du médecin, puisqu'il n'est plus l'absolu garant de la vie: le malade
doit redouter de sa part son arrêt de mort. Le rapport médecin-patient
est une relation de fidélité de vie qui doit subsister.
L'euthanasie est un `crime' auquel les professionnels de la santé,
toujours garants de la vie et de la vie seule, ne peuvent coopérer en
aucune façon" [32]. Ceci vaut pour l'avortement, même lorsque
est en jeu: la santé de la mère, la charge supplémentaire
d'un enfant, une grave malformation foetale, une grossesse due à une
violence sexuelle, situations qui mettent en cause des biens très
importants. En effet, la vie est un bien tellement primaire et fondamental pour
être mis en comparaison d'égalité ou même d'infériorité
avec certains inconvénients même graves [33]. À ce point, la
synthèse de l'éthique hippocratique et la morale chrétienne
est incontournable: l'éthique hippocratique comme la morale chrétienne
s'opposent à toute forme d'avortement direct et d'euthanasie directe,
soit active soit passive car il s'agit de la suppression de la vie prénatale,
et d'un acte homicide que personne ne peut légitimer [34].
De ceci, résulte
le droit de mourir en toute dignité humaine et chrétienne. "C'est
un droit réel et légitime, que le professionnel de la santé
est appelé à sauvegarder, en soignant le mourant et en acceptant
la fin naturelle de la vie. Il existe une différence radicale entre
`donner la mort' et `accepter la mort'; le premier est un acte qui supprime la
vie, le second est son acceptation jusqu'à la mort" [35].
C'est
en l'acceptation du terme de la vie terrestre, que chaque fidèle
serviteur de la vie veille sur cet accomplissement de la volonté de Dieu.
Il ne se considère, à aucun prix, l'arbitre de la mort, de même
qu'il ne se reconnaît, en aucune manière, l'arbitre de la vie de
qui que ce soit [36]. Au contraire, il est dès lors consolant pour le
mourant que le professionnel de santé témoigne en faveur de la
pleine participation à la vie divine comme la fin à laquelle est
orienté et appelé l'homme qui vit sur la terre. C'est alors qu'il
est réconfortant de faire expérimenter au malade en phase
terminale la présence sacramentelle de Jésus-Christ "Verbe de
vie" par l'Onction des Malades. "Il vient en aide à
tout l'homme pour son salut, le revigore par la confiance en Dieu et lui obtient
des forces neuves contre les tentations du malin et l'anxiété de
la mort" [37]. Il en est de même, et davantage encore, pour la
rencontre eucharistique, le Viatique du corps et du sang du Christ; en vertu des
paroles mêmes du Christ, le Viatique est gage de résurrection: "Qui
mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le
ressusciterai au dernier jour".
Conclusion
Ainsi que l'écrit le Président du Dicastère, le
Cardinal Fiorenzo Angelini, dans la préface de la Charte, j'espère
avoir prouvé qu'aucun des problèmes complexes nés du
rapport indissociable existant entre la médecine et la morale, ne peut
actuellement être considéré terrain neutre face à l'éthique
hippocratique et à la morale chrétienne. En vertu de ceci, la Charte
des Personnels de la Santé, en toute rigueur, a voulu répondre
à cette exigence, en offrant une synthèse organique et exhaustive
de l'Église à partir de Pie XII, en tout ce qui touche dans le
domaine de la santé, à l'affirmation de la valeur primaire et
fondamentale de la vie de tout être humain dès sa conception jusqu'à
son terme naturel [38].
Je conclus, intentionnellement, en m'arrêtant
particulièrement sur le progrès et le développement de la médecine
et de la chirurgie des transplantations qui permettent de soigner et de guérir
de nombreux malades qui, dans un passé récent, étaient
inguérissables. Il s'agit d'un défi à relever concernant la
manière nouvelle d'aimer notre prochain en lui faisant don d'organes
qui lui permettent de continuer à vivre. Le prélèvement
d'organes dans les transplantations homoplastiques peut se faire, naturellement,
dans les limites imposées par la nature humaine elle-même, à
partir d'un donneur vivant ou d'un cadavre [39]. Dans le premier cas, le prélèvement
est légitime, à condition qu'il s'agisse d'organes dont l'explant
ne comprenne pas une grave et irréparable mutilation pour le donneur.
Dans le second cas, il faut toujours respecter le cadavre comme un cadavre
humain, bien qu'il n'ait plus la dignité de sujet et la valeur de fin
d'une personne vivante. L'acte médical de la transplantation rend ainsi
possible l'acte d'oblation du donneur comme don sincère de soi,
expression de son appel essentiel, humain et chrétien à l'amour
et à la communion [40].
L'intention de la Charte des Personnels
de la Santé en ce qui concerne le service à la vie, est
paradigmatique, c'est-à-dire qu'elle répond à l'appel du
Christ "Vade e fac similiter".
P. BONIFACIO HONINGS, O.C.D.
Consulteur de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi
et du Conseil Pontifical pour la Pastorale des
Services de la Santé
Notes
1 Genèse 2, 7; cf. ibidem, 2, 5-6.
2
Catéchisme de l'Église Catholique, 366; dans la suite:
CCC...
3 Job, 34, 14-15.
4 Ezéchiel, 37, 14.
5
JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, 53; dans la suite: EV, ...
6
Cf. Ibidem.
7 FIORENZO ANGELINI, Quel soffio sulla creta,
Roma 1990, p. 377-378.
8 Conseil Pontifical pour la Pastorale des services
de la Santé, Charte des Personnels de la Santé, Città
del Vaticano 1995, 2ème édition n. 1; dans la suite je citerai,
Charte.
9 Charte, 2.
10 Sag. 11, 26.
11 Cf.
Charte, 4.
12 Charte, 5.
13 Cité in Charte,
5.
14 Cf. Charte, 8.
15 EV, 27, cité in
Charte, 9.
16 Cf, Charte, 10.
17 Charte, 11.
18
JEAN-PAUL II, À l'Union des Juristes Catholiques Italiens, 5 déc.
1987 in Insegnamenti X/3 (1987) 1295, cité in
Charte, 13.
19 Charte, 15.
20 Charte, 22.
21
Cf.
Charte, 20-23.
22 Cf. Charte, 24-30.
23 Charte,
36.
24 Charte, 40.
25 Cf. Charte, 44.
26 Charte,
53.
27 Cf. Charte, 64-65.
28 Cf. Charte, 68-71.
29
JEAN-PAUL II, Au Congrès Mondial des Médecins Catholiques,
3 octobre 1992, in Insegnamenti, V/3, 1982, p. 675, n. 6, cité in
Charte, note 212.
30 Charte, 115.
31 Cf. Charte,
119; 147-148.
32 Charte, 150.
33 Cf. Charte, 141.
34
Cf. Charte, 139; 147.
35 Charte 148.
36 Cf. Charte,
114.
37 Charte, 111.
38 Cf. Charte, p. 5.
39
Charte, 83.
40 Charte, 86-91.