I. INTRODUCTION
1. Le dialogue entre anglicans et catholiques romains a montré
des signes notables de progrès sur la question de l'autorité
dans l'Eglise. Ce progrès est déjà constatable
dans la convergence sur la compréhension de lautorité
réalisée par les précédentes déclarations
de lARCIC. Notamment :
-
reconnaissance du fait que lEsprit du Seigneur Ressuscité
maintient le Peuple de Dieu dans lobéissance à la
volonté du Père. Par cette action du Saint-Esprit,
l'autorité du Seigneur est active dans l'Eglise (cf. Rapport
final. Lautorité dans l'Eglise I,3) ;
-
reconnaissance du fait quen raison de leur baptême et de
leur participation au sensus fidelium, les laïcs ont de
droit dans l'Église un rôle à jouer dans les prises
de décision (cf. L'autorité dans l'Eglise :
Elucidation, 4) ;
-
la complémentarité de la primauté et de la
conciliarité en tant quéléments de lépiscopè
dans l'Eglise (cf. L'autorité dans l'Eglise I,
22) ;
-
le besoin dune primauté universelle exercée par
lEvêque de Rome, en tant que signe et garantie de lunité
dune Eglise réunifiée (cf. L'autorité
dans l'Eglise II, 9) ;
-
le besoin que le Primat universel exerce son ministère en
association collégiale avec les autres évêques (cf.
L'autorité dans l'Eglise II, 19) ;
-
une compréhension de la primauté universelle et de la
conciliarité comme complètant et ne supplantant pas lexercice
de lépiscopè dans les Eglises locales
(cf. L'autorité dans l'Eglise I, 21-23 ; L'autorité
dans l'Eglise II, 19).
2. Les autorités de la Communion anglicane et celles de l'Eglise
catholique romaine ont officiellement pris acte de cette convergence. La
Conférence de Lambeth, dans sa session de 1988, a non seulement
considéré les accords de lARCIC sur la doctrine
eucharistique, sur le ministère et lordination, comme étant
pour lessentiel en conformité avec la foi des anglicans (Résolution
8 : I), mais elle a affirmé que les accords sur l'autorité
dans l'Eglise fournissaient la base dune continuation du
dialogue. (Résolution 8 : 3). Le Saint-Siège, de même,
tout en reconnaissant, dans sa réponse officielle de 1991, des
plages daccord dans des questions de très grande importance
pour la foi de l'Eglise catholique romaine, telles que leucharistie
et le ministère de l'Eglise, a pris acte des signes de
convergence entre nos deux communions sur la question de l'autorité
dans l'Eglise, et indiqué que cela ouvrait la voie à
de nouvelles avancées.
3. Cependant, les autorités de nos deux communions ont demandé
de poursuivre lexploration de domaines où elles estiment quen
dépit des convergences le consensus nécessaire nest
pas encore total. Ceci concerne :
-
la relation entre l'Ecriture, la Tradition et lexercice
de lautorité doctrinale ;
-
la collégialité, la conciliarité et le rôle
des laïcs dans les prises de décision ;
-
le ministère pétrinien de la primauté
universelle, en relation avec l'Ecriture et la Tradition.
Même si lon a avancé, de sérieuses difficultés
ont surgi sur la route de lunité. Dépineuses
questions au sujet de lautorité ont été soulevées
pour chacune de nos communions. Par exemple, les débats et les décisions
au sujet de lordination des femmes ont amené des questions
sur les sources et les structures de lautorité et la façon
dont elles fonctionnent pour les anglicans et les catholiques romains.
4 Dans les deux communions, lexamen de la manière dont lautorité
doit être exercée aux différents niveaux est resté
ouvert aux perspectives dautres Eglises sur ces questions.
Par exemple, le Virginia Report de la Commission théologique
et doctrinale inter-anglicane (préparé pour la Conférence
de Lambeth de 1988) déclare : « La longue histoire de lengagement
oecuménique, localement comme au plan international, nous a montré
que le discernement et les prises de décision chez les anglicans
doivent tenir compte des perceptions de la vérité ainsi que
de la sagesse inspirée par lEsprit de nos partenaires oecuméniques.
De plus, toute décision que nous pouvons prendre doit être présentées
au discernement de l'Église universelle » (The Virginia
Report, 6.37). Le pape Jean-Paul II également, dans sa Lettre
encyclique Ut Unum Sint, a invité les dirigeants et les théologiens
dautres Eglises à engager avec lui un dialogue
fraternel sur la manière dont le ministère spécial dunité
de lEvêque de Rome pourrait être exercé dans une
situation nouvelle (cf. Ut Unum Sint, 95-96).
5. La nature et lexercice de l'autorité dans les Eglises
et dans la société sont lobjet dun vaste débat.
Anglicans et catholiques romains veulent témoigner devant les Eglises
et devant le monde que l'autorité correctement exercée est
un don de Dieu qui apporte réconciliation et paix à lhumanité.
L'autorité peut être exercée de manière
tyrannique et destructive. Il arrive souvent, on le sait, quil en
soit ainsi dans les sociétés humaines et jusque dans les Eglises,
lorsque celles-ci adoptent sans discernement certains modèles dautorité.
Lexercice de l'autorité dans le ministère de Jésus
indique une autre façon de faire. Cest en conformité
avec lesprit et lexemple du Christ que l'Eglise est
appelée à exercer l'autorité (cf. Lc 22, 24-27 ;
Jn
13, 14-15 ; Ph 2, 1-11). Pour lexercice de cette autorité, l'Eglise
est dotée par lEsprit Saint de divers dons et ministères
(cf. 1 Co 12, 4-11 ; Ep 4, 11-12).
6. Depuis le début de son travail, lARCIC a envisagé
les questions denseignement et de pratique de l'Eglise dans
le contexte de notre communion réelle, mais imparfaite, en Christ,
et de lunité visible à laquelle nous sommes appelés.
La Commission a toujours cherché à dépasser les
positions tranchées et les oppositions, pour découvrir et développer
notre héritage commun. Sappuyant sur le travail antérieur
de lARCIC, la Commission présente une nouvelle déclaration,
qui montre comment le don de l'autorité, exercée
correctement, met l'Eglise à même de persévérer
dans lobéissance au Saint-Esprit qui la maintient dans la fidélité
à servir l'Evangile pour le salut du monde. Nous voulons en
outre montrer plus clairement comment lexercice et lacceptation
de l'autorité dans l'Église sont inséparables de la réponse
des croyants à l'Evangile, comment cela est lié à
linteraction dynamique de l'Ecriture et de la Tradition, et
est exprimé et vécu dans la communion des Eglises et
la collégialité de leurs évêques. Ces réflexions
nous ont conduits à une compréhension plus profonde dune
primauté universelle qui serve lunité de toutes les Eglises
particulières.
II. LAUTORITE DANS LÉGLISE
Jésus Christ: le « Oui » de Dieu aux hommes et
notre « Amen » à Dieu
7. Dieu est lauteur de la vie. Par sa Parole et son Esprit, dans
une entière liberté, il fait apparaître la vie. En dépit
du péché des hommes, Dieu, en toute fidélité,
reste lauteur de lespérance de vie nouvelle pour tous.
Dans loeuvre de rédemption de Jésus Christ, il
renouvelle sa promesse à sa création, car « le dessein
de Dieu est damener tous les hommes à la communion avec lui
dans une Création transformée » (ARCIC LEglise
comme communion, 16). LEsprit de Dieu continue doeuvrer à
la création et à la rédemption pour mener à
son achèvement ce dessein de réconciliation et dunité.
La racine de toute autorité vraie est ainsi lactivité
du Dieu Un et Trine, auteur de la vie dans toute sa plénitude.
8. L'autorité de Jésus Christ est celle du « Témoin
fidèle », l « Amen » (cf. Ap 1, 5 ; 3, 14) en
qui toutes les promesses de Dieu trouvent leur « Oui ». Quand
Paul avait à défendre l'autorité de son enseignement,
il se référait à l'autorité digne de confiance
de Dieu : « Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec
vous na pas été oui et non. Car le Fils de Dieu, le
Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous ... na
pas été oui et non ; il ny a que oui en lui. Car
toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui. Cest
pourquoi nous disons en lui notre « Amen » à la gloire de
Dieu » (2 Co 1, 18-20). Paul parle du « Oui » de Dieu à
nous et de l « Amen » de l'Eglise à Dieu. En
Jésus Christ, Fils de Dieu et né dune femme, le «
Oui » de Dieu à lhumanité et l « Amen »
de lhumanité à Dieu deviennent une réalité
humaine concrète. Ce thème du « Oui » de Dieu et
de l « Amen » de lhumanité en Jésus
Christ est la clé de létude de l'autorité dans
cette déclaration.
9. Dans la vie et le ministère de Jésus, venu pour faire
la volonté de son Père (cf. He 10, 5-10) jusquà
la mort (cf. Ph 2, 8 ; Jn 10, 18), Dieu a donné le parfait «
Amen » humain à son dessein de réconciliation. Dans sa
vie, Jésus sest montré totalement dévoué
au Père (cf. Jn 5, 19). La manière dont il exerçait
l'autorité dans son ministère terrestre était perçue
par ses contemporains comme quelque chose de neuf. Cela se constatait dans
son enseignement puissant et dans sa parole qui guérissait et libérait
(cf. Mt 7, 28-29 ; Mc 1, 22-27). Surtout, son autorité était
manifestée par son don de soi total, son amour poussé jusquau
sacrifice (cf. Mc 10, 45). Or Jésus parlait et agissait avec
autorité à cause de sa parfaite communion avec le Père.
Son autorité venait du Père (cf. Mt 11, 27 ; Jn 14, 10-12).
Cest au Seigneur Ressuscité que toute autorité est
donnée au ciel et sur la terre (Mt 28, 18). Jésus Christ
maintenant vit et règne avec le Père, dans lunité
du Saint-Esprit ; il est la Tête de son Corps, l'Eglise, et
Seigneur de toute la Création (cf. Ep 1, 18-23).
10. Lobéissance de Jésus Christ qui est source de
vie suscite, par lEsprit, notre « Amen » à Dieu le
Père. Dans cet « Amen » par le Christ nous glorifions
Dieu qui répand son Esprit dans nos coeurs en gage de sa fidélité
(cf. 2 Co 1, 20-22). Nous sommes appelés en Christ à rendre
témoignage au dessein de Dieu (cf. Lc 24, 46-49), témoignage
qui peut comporter pour nous aussi lobéissance jusquà
la mort. En Christ, lobéissance nest pas un fardeau
(cf. 1 Jn 5,3). Elle jaillit de la libération donnée par lEsprit
de Dieu. Le « Oui » divin et notre « Amen »
apparaissent clairement dans le baptême, lorsquen compagnie
des fidèles nous disons « Amen » à loeuvre
de Dieu en Christ. Par lEsprit, notre « Amen », comme
croyants, est incorporé à l « Amen » du
Christ, par qui, avec qui et en qui nous adorons le Père.
L « Amen » du croyant dans l « Amen »
de l'Eglise locale
11. L'Evangile vient aux gens par toutes sortes de voies : le témoignage
et la vie dun parent ou dun chrétien, la lecture des Ecritures,
la participation à la liturgie, ou une autre expérience
spirituelle. Lacceptation de l'Evangile prend donc bien des
formes : être baptisé, renouveler un engagement, décider
de rester fidèle, dans des actes dabnégation au
service des nécessiteux. Dans de telles actions, la personne déclare
: « Assurément, Jésus Christ est mon Dieu : il
est salut pour moi, source de lespérance, vrai visage
du Dieu vivant ».
12. Lorsquun croyant dit individuellement « Amen » au
Christ, la démarche a toujours une dimension plus large, à
savoir un « Amen » à la foi de la communauté chrétienne.
La personne qui reçoit le baptême doit aller jusquà
reconnaître la pleine implication du fait de participer à la
vie divine au sein du Corps du Christ. L « Amen » du
croyant au Christ nen devient que plus complet lorsque cette
personne reçoit tout ce que l'Eglise, en fidélité
à la Parole de Dieu, affirme être le contenu authentique de
la révélation divine. De la sorte, l « Amen »
dit à ce que le Christ est pour chaque croyant est incorporé
à l « Amen » que l'Eglise dit à ce
que le Christ est pour son Corps. Croître dans cette foi
peut être pour certains une expérience de questions et de
luttes. Pour tous, cest une expérience dans laquelle lintégrité
de la conscience du croyant a un rôle vital à jouer. L «
Amen » du croyant au Christ est si fondamental que les individus chrétiens
sont appelés toute leur vie à dire « Amen » à
tout ce que toute la communauté chrétienne reçoit et
enseigne comme la signification authentique de l'Evangile et la
manière de suivre le Christ.
13. Les croyants suivent le Christ en communion avec dautres chrétiens
dans leur Eglise locale (cf. L'autorité dans l'Eglise
I, 8, où lon explique que « lunité des
communautés locales sous un seul évêque constitue ce
qui est communément compris dans nos deux communions comme une
Eglise locale»). Dans l'Eglise locale, ils
partagent la vie chrétienne, sont guidés ensemble pour la
formation de leurs consciences et reçoivent la force pour faire
face à leurs difficultés. Ils sont soutenus par les moyens
de grâce dont Dieu munit son peuple : les Saintes Ecritures,
exposées dans la prédication, la catéchèse et
les confessions de foi ; les sacrements ; le service du ministère
ordonné ; la vie de prière et le culte en commun ; le témoignage
des saints. Le croyant est incorporé à un « Amen »
de la foi, plus ancien, plus profond, plus large, plus riche que l «
Amen » individuel à l'Evangile. La relation entre la
foi de lindividu et la foi de l'Eglise est ainsi plus
complexe quil peut parfois sembler. Tout baptisé a part à
la riche expérience de l'Eglise qui, même quand elle
est aux prises avec les questions contemporaines, continue de proclamer ce
que le Christ est pour son Corps. Chaque croyant, par la grâce
de lEsprit, avec tous les croyants de tous les temps et de partout,
est héritier de cette foi de l'Eglise dans la communion des
saints. Les croyants vivent donc dun double « Amen » dans
la tradition du culte, de lenseignement et de la pratique de leur Eglise
locale. Cette Église locale est une communauté
eucharistique. Au centre de sa vie est la célébration de la
Sainte Eucharistie dans laquelle tous les croyants entendent et reçoivent
le « Oui » de Dieu pour eux en Christ. Dans la grande Action de
grâces, lorsque le mémorial du don de Dieu dans loeuvre
salvifique du Christ crucifié et ressuscité est célébré,
la communauté est une avec tous les chrétiens de toutes les
Eglises
qui, depuis le commencement et jusquà la fin, prononcent l
« Amen » de lhumanité à Dieu, - l «
Amen » dont lApocalypse affirme quil est au coeur de la
grande liturgie du ciel (Ap 5, 14 ; 7, 12).
Tradition et apostolicité: l « Amen » de l'Eglise
locale dans la communion des Eglises
14. Le « Oui » de Dieu inspire et incite l « Amen »
des croyants. La Parole révélée, à laquelle la
communauté apostolique a porté témoignage à lorigine,
est reçue et communiquée dans la vie de toute la communauté
chrétienne. La Tradition (paradosis) nest autre que
ce processus.(2) LEvangile du Christ crucifié et
ressuscité ne cesse pas dêtre transmis et reçu
(cf. 1 Co 15, 3) dans les Eglises chrétiennes. Cette
tradition, ou transmission, de l'Evangile est loeuvre de lEsprit,
spécialement par le ministère de la parole et des sacrements
et dans la vie commune du peuple de Dieu. La Tradition est un processus
dynamique, la communication à chaque génération de ce
qui a été remis une fois pour toutes à la commmunauté
apostolique. La Tradition est beaucoup plus que la transmission de
propositions vraies concernant le salut. Une compréhension
minimaliste de la Tradition qui la réduirait à nêtre
quun magasin de doctrines et de décisions ecclésiastiques
est insuffisante. LEglise reçoit et doit transmettre
tous ces éléments qui sont constitutifs de la communion ecclésiale
: le baptême, la confession de la foi apostolique, la célébration
de lEucharistie, le gouvernement par un ministère apostolique
(cf. LEglise comme communion, 15, 43). Dans léconomie
(oikonomia) de lamour de Dieu pour lhumanité,
la Parole qui est devenue chair et qui a demeuré parmi nous est au
centre de ce qui a été transmis depuis le début et
qui sera transmis jusquà la fin.
15. La Tradition est un canal de lamour de Dieu, qui le rend
accessible dans l'Eglise et dans le monde aujourdhui. Par
elle, dune génération à lautre et dun
endroit à lautre, lhumanité a part à la
communion dans la Sainte Trinité. Par le processus de la tradition,
l'Eglise pourvoit au service de la grâce du Seigneur Jésus
Christ et de la koinonia du Saint-Esprit (cf. 2 Co 13, 14). Cest
pourquoi la Tradition est partie intégrante de léconomie
de la grâce, de lamour et de la communion. Pour ceux dont les
oreilles nont pas entendu et les yeux nont pas vu, le moment
de la réception de l'Evangile du salut est une expérience
dillumination, de pardon, de guérison, de libération.
Ceux qui ont part à la communion de l'Evangile ne peuvent se
garder de le transmettre à dautres, même si cela
signifie pour eux le martyre. La Tradition est à la fois un trésor
que le peuple de Dieu reçoit et un don à partager avec toute
lhumanité.
16. La Tradition apostolique est un don de Dieu qui doit être
constamment reçu à nouveau. Par son moyen, le Saint-Esprit
forme, maintient et soutient la communion des Eglises locales dune
génération à lautre. La transmission et la réception
de la Tradition apostolique est un acte de communion par lequel lEsprit
unit les Eglises locales daujourdhui à celles
qui les ont précédées dans lunique foi
apostolique. Le processus de la tradition comporte la constante et perpétuelle
réception et communication de la Parole révélée
de Dieu en plusieurs circonstances diverses et en des temps
continuellement changeants. L « Amen » de l'Eglise à
la Tradition apostolique est un fruit de lEsprit qui conduit
constamment les disciples à la vérité toute entière
; c'est-à-dire au Christ, qui est la voie, la vérité
et la vie (cf. Jn 16, 13 ; 14,6).
17. La Tradition exprime lapostolicité de l'Eglise.
Ce que les apôtres ont reçu et proclamé se trouve à
présent dans la Tradition de l'Eglise où la Parole de
Dieu est prêchée et les sacrements du Christ célébrés
dans la puissance du Saint-Esprit. Les Eglises ont aujourdhui
à recevoir lunique et vivante Tradition apostolique, à
y conformer leur vie et à la transmettre de telle manière
que le Christ venant dans la gloire trouve le Peuple de Dieu confessant et
vivant la foi confiée une fois pour toutes aux saints (cf. Jude 3).
18. La Tradition rend présent dans l'Eglise daujourdhui,
à travers sa mémoire collective, le témoignage
de la communauté apostolique. Par la proclamation de la Parole et
la célébration des sacrements le Saint-Esprit ouvre les
coeurs des croyants et leur manifeste le Seigneur Ressuscité. LEsprit,
qui était à loeuvre dans les événements
uniques du ministère de Jésus continue denseigner l'Eglise,
lui rappelant ce que le Christ a dit et fait, rendant présents les
fruits de son action rédemptrice et lavant-goût du
royaume (cf. Jn 2, 22 ; 14, 26). Le but de la Tradition est atteint
lorsque, par lEsprit, la Parole est reçue et vécue
dans la foi et lespérance. Le témoignage de la
proclamation, des sacrements et de la vie en communion est en même
temps le contenu de la Tradition et son résultat. La mémoire
fructifie de la sorte dans la vie de foi des fidèles, vécue
dans la communion de leur Eglise locale.
Les Saintes Ecritures: le « Oui » de Dieu et l
« Amen » du peuple de Dieu
19. Dans le cadre de la Tradition, les Ecritures ont une place
unique et normative, elles font partie aussi de ce qui a été
donné une fois pour toutes. Etant lattestation écrite
du « Oui » de Dieu, elles requièrent constamment de l'Eglise
quelle règle sur elles son enseignement, sa prédication
et son action. « Puisque les Ecritures sont lunique
attestation écrite inspirée de la révélation
divine, lexpression par l'Eglise de cette révélation
doit être contrôlée par son accord avec l'Ecriture
» ( L'autorité dans l'Eglise : Elucidation, 2).
Par les Ecritures, la révélation de Dieu est rendue
présente et transmise dans la vie de l'Eglise. Le « Oui
» de Dieu est reconnu dans et par l « Amen » de l'Eglise
qui reçoit lauthentique révélation de Dieu. En
recevant certains textes comme véritables attestations de la révélation
divine, l'Eglise a défini ses Saintes Écritures. Elle
ne reconnaît quà ce corpus dêtre la Parole
de Dieu inspirée et mise par écrit, et à ce titre
faisant seule autorité.
20. Les Ecritures réunissent divers courants de traditions
juives et chrétiennes. Ces traditions révèlent la
manière dont la Parole de Dieu a été reçue,
interprétée et transmise dans des contextes spécifiques,
selon les besoins, les cultures et les circonstances de la vie du peuple
de Dieu. Elles contiennent la révélation par Dieu de son
dessein salvifique qui a été réalisé en Jésus
Christ et a été la découverte des toutes premières
communautés chrétiennes. Dans ces communautés, le «
Oui » de Dieu a été reçu de façon
nouvelle. Nous pouvons voir dans le Nouveau Testament comment les Écritures
du Premier Testament furent à la fois reçues comme révélation
de lunique vrai Dieu et réinterprétées et reçues
comme révélation de sa Parole définitive en Christ.
21. Tous les auteurs du Nouveau Testament ont subi linfluence de lexpérience
de leurs communautés locales respectives. Ce quils ont
transmis, avec leurs dons et leurs conceptions théologiques,
conserve les données évangéliques dont les Eglises
de leur temps, dans leurs situations diverses, conservaient la mémoire.
Lenseignement de Paul sur le Corps du Christ, par exemple, doit
beaucoup aux problèmes et divisions de l'Eglise locale à
Corinthe. Quand Paul parle de « notre autorité que le Seigneur
nous a donnée pour vous édifier et non pour vous détruire
» (2 Co 10, 8), il le fait dans le contexte de ses relations
orageuses avec l'Eglise de Corinthe. Même les affirmations
centrales de notre foi font souvent clairement écho à la
situation concrète et parfois dramatique dune Eglise
locale ou dun groupe dEglises locales, auxquelles nous
devons la transmission fidèle de la Tradition apostolique. Laccent
des écrits johanniques sur la présence du Seigneur dans la
chair dun corps humain qui pouvait être vu et touché,
avant comme après la résurrection (cf. Jn 20, 27 ; 1 Jn 4,
2) est lié au conflit interne aux communautés johanniques
sur cette question. Cest par la lutte de communautés
particulières, à des moments précis, pour discerner
la Parole que Dieu leur adressait, que nous avons dans l'Ecriture
un document authentique de la Tradition apostolique qui a à être
transmise dune génération à lautre et dune
Église à lautre, et à quoi les fidèles
disent « Amen ».
22. La formation du canon des Ecritures était partie intégrante
du processus de la tradition. La reconnaissance par l'Eglise de ces Ecritures comme canoniques, après une longue période
de discernement critique, représentait à la fois un acte dobéissane
et un acte dautorité. Acte dobéissance, en
ce que l'Eglise discernait et recevait le « Oui »
vivifiant de Dieu par les Ecritures, les acceptant comme normes de
la foi. Acte dautorité, en ce que l'Eglise,
guidée par le Saint-Esprit, recevait et communiquait ces textes en
déclarant quils étaient inspirés et que dautres
ne sauraient être inclus dans le canon.
23. La signification de l'Evangile révélé de
Dieu nest pleinement perçue quau sein de l'Eglise.
La révélation de Dieu a été confiée à
une communauté. LEglise ne saurait être décrite
en sa vérité comme un agrégat de croyants
individuels, pas plus que sa foi nest la somme des croyances
individuelles. Les croyants constituent ensemble le peuple de la foi car
ils sont incorporés par le baptême à une communauté
qui reçoit les Ecritures canoniques comme lauthentique
Parole de Dieu ; ils reçoivent la foi au sein de cette communauté.
La foi de la communauté précède la foi de lindividu.
Ainsi, bien que le cheminement de foi dune personne puisse naître
dune lecture individuelle de l'Ecriture, il ne peut sy
arrêter. Linterprétation individualiste des Ecritures
nest pas au diapason de la lecture du texte dans la vie de l'Eglise
et est incompatible avec la nature de l'autorité de la Parole révélée
de Dieu (cf. 2 Pe 1, 20-21). Parole de Dieu et Eglise de Dieu ne
peuvent être disjointes.
Réception et re-réception: l « Amen »
de l'Eglise à la Parole de Dieu
24. Au long des siècles, l'Eglise reçoit et interprète
comme un don de la grâce de Dieu tout ce quelle reconnaît
comme expression authentique de la Tradition confiée une fois pour
toutes aux apôtres. La réception est acte de fidélité
et en même temps de liberté. LEglise doit persévérer
dans la fidélité pour que le Christ qui viendra dans la
gloire reconnaisse en elle la communauté quil a fondée
; elle doit rester libre de recevoir la Tradition apostolique de manière
nouvelle selon les situations auxquelles elle est confrontée. LEglise
a la responsabilté de transmettre lintégralité
de la Tradition apostolique, même sil peut y avoir des
segments quelle trouve difficile dintégrer à sa
vie et à son culte. Il est possible que ce qui a eu grande
signification pour une génération antérieure retrouve
à lavenir une importance peu perçue dans le présent.
25. Dans l'Eglise, la mémoire du peuple de Dieu peut être
affectée voire faussée par la finitude humaine et le péché.
Même avec la promesse de lassistance du Saint-Esprit, de temps
en temps les Églises perdent de vue des aspects de la Tradition
apostolique et naccèdent plus à la vision plénière
du royaume de Dieu, à la lumière de laquelle nous cherchons à
suivre le Christ. Les Eglises souffrent lorsquun élément
de communion ecclésiale sest trouvé oublié, négligé
ou violé. Un recours renouvelé à la Tradition, dans
une situation neuve, est le moyen par lequel la révélation
de Dieu en Christ est remise en mémoire. On y est aidé par
les connaissances des spécialistes en sciences bibliques et des théologiens,
ainsi que par la sagesse des saints. On peut ainsi parvenir à une
redécouverte déléments qui étaient négligés
et à une mémoire rafraichie des promesses de Dieu, menant à
un renouvellement de l « Amen » de l'Eglise. Il
peut aussi se faire un tri de ce qui a été reçu, du
fait que dans un contexte nouveau certaines formulations traditionnelles
paraissent insuffisantes ou même ouvertes à de mauvaises
interprétations. Tout ce processus peut être dit re-réception.
Catholicité: l « Amen » de toute l'Eglise
26 La communion à la Tradition apostolique a deux dimensions :
diachronique et synchronique. Le processus de tradition comporte
clairement la transmission de l'Evangile dune génération
à lautre (diachronie). Si l'Eglise doit demeurer unie
dans la vérité, il doit aussi comporter la communion des Eglises
de partout dans cet unique Evangile (synchronie). Les deux sont nécessaires
à la catholicité de l'Eglise. Le Christ promet que le
Saint-Esprit gardera la vérité essentielle et salutaire dans
la mémoire de l'Église, lui donnant la puissance que
requiert sa mission (cf. Jn 14, 26 ; 15, 26-27). Cette vérité
doit être transmise et reçue à nouveau par les fidèles
de toutes les époques et en tous les lieux du monde, en réponse
à la diversité et à la complexité de lexpérience
humaine. Il nest aucune partie de lhumanité, aucune
race, aucune condition sociale, aucune génération à
laquelle ce salut communiqué dans la transmission de la Parole de
Dieu ne serait pas destiné (cf. LEglise comme
communion, 34).
27. Dans la riche diversité de la vie humaine, la rencontre avec
la Tradition vivante produit des expressions différentes de l'Evangile.
Là où diverses expressions sont fidèles à la
Parole révélée en Jésus Christ et transmise
par la communauté apostolique, les Eglises où elles
se trouvent sont vraiment en communion. De fait, cette diversité de
traditions est la manifestation pratique de la catholicité et, bien
loin de la contredire, confirme la vigueur de la Tradition. De même
que Dieu a créé la diversité entre les humains, de même
la fidélité et lidentité de l'Eglise ne
requierent-elles pas une uniformité dexpression et de
formulation à tous les niveaux, dans toutes les situations, mais
plutôt une diversité catholique dans lunité de
la communion. Pour une humanité réconciliée la
richesse des traditions est une ressource vitale. « Les êtres
humains ont été créés par Dieu, dans son
amour, avec toute leur diversité pour pouvoir participer à
cet amour en partageant les uns avec les autres ce quils ont et ce
quils sont, sennrichissant ainsi lun lautre dans
leur communion mutuelle » (LEglise comme communion,
35).
28. Le peuple de Dieu est comme tel le porteur de la Tradition vivante.
Dans les changements de situations qui posent à l'Evangile
de nouveaux défis, le discernement, lactualisation et la
communication de la Parole de Dieu sont la responsabilité de tout
le peuple de Dieu. Le Saint-Esprit opère par tous les membres de la
communauté, se servant des dons quil fait à chacun
pour le bien de tous. Les théologiens, en particulier, servent la
communion de toute l'Eglise en examinant si et comment des idées
nouvelles doivent être intégrées au courant continu de
la Tradition. En chaque communauté il y a un échange, un jeu
de relations mutuelles, dans lequel évêques, clergé et
laïcs donnent aussi bien quils reçoivent les uns des
autres, au sein de tout le corps.
29. En tout chrétien cherchant à être fidèle
au Christ et pleinement incorporé à la vie de l'Eglise,
il y a un sensus fidei. Ce sensus fidei peut être décrit
comme une capacité active de discernement spirituel, une intuition
formée par la participation au culte et par la vie en communion
comme membre fidèle de l'Eglise. Quand cette capacité
est exercée de concert avec le corps des fidèles on peut
parler dexercice du sensus fidelium (cf. Lautorité
dans l'Eglise : élucidation 3-4). Lexercice du
sensus fidei par chaque membre de l'Eglise contribue à
la formation du sensus fidelium par lequel l'Eglise dans
son ensemble reste fidèle au Christ. Par le sensus fidelium
le corps entier sarticule au ministère, lui apportant sa
contribution, recevant de lui et bénéficiant de lactivité
de ceux qui au sein de la communauté exercent lépiscopè
et veillent sur la mémoire vivante de l'Eglise (cf. Lautorité
dans l'Eglise I, 5-6). L « Amen » du croyant
individuel est ainsi intégré de diverses manières à
l « Amen » de toute l'Eglise.
30. Ceux qui exercent lépiscopè dans le
Corps du Christ ne doivent pas être séparés de la «
symphonie » du peuple de Dieu tout entier, où ils ont leur rôle
à jouer. Il leur faut être attentifs au sensus fidelium,
quils ont eux aussi en partage, sils tiennent à être
sensibilisés à la nécessité dune
intervention pour le bien-être et la mission de la communauté,
ou lorsquun élément de la Tradition a besoin dêtre
reçu de façon neuve. Le charisme et la fonction de lépiscopè
sont spécifiquement reliés au ministère de la mémoire
qui renouvelle constamment l'Eglise dans lespérance.
Par ce ministère, lEsprit Saint garde vivante dans l'Église
la mémoire de ce que Dieu a fait et révélé, et
lespérance de ce quil fera pour amener toutes choses à
lunité dans le Christ. De cette manière, non seulement
de génération en génération, mais dun
lieu à lautre, lunique foi se trouve communiquée
et vécue. Ce ministère est celui de lévêque
et de ceux ordonnés sous sa responsabilité, lorsquils
proclament la Parole, administrent les sacrements et jouent leur rôle
dans lapplication de la discipline au profit du bien commun. Les évêques,
le clergé et les autres fidèles doivent tous reconnaître
et recevoir ce que Dieu leur transmet par cette médiation mutuelle.
Le sensus fidelium du peuple de Dieu et le ministère de la
mémoire existent ainsi ensemble dans une relation réciproque.
31. Anglicans et catholiques romains peuvent en principe être daccord
sur tout ce qui précède, mais ils leur faut vouloir renouer
avec cette compréhension commune. Quand les communautés chrétiennes
sont dans une communion réelle mais imparfaite, elles sont appelées
à reconnaître les unes dans les autres des éléments
de la Tradition apostolique quelles peuvent avoir rejetées,
oubliées, ou pas encore pleinement comprises. Elles ont en conséquence
à recevoir ou à se réapproprier ces éléments,
à reconsidérer les manières dont elles ont interprété
séparément les Ecritures. Leur vie en Christ est
enrichie lorsquelles donnent les unes aux autres et reçoivent
les unes des autres. Elles croissent en compréhension et en expérience
de leur catholicité lorsque le sensus fidelium et le ministère
de mémoire sexercent de concert dans la communion des
croyants. Dans cette économie du donner et du recevoir au sein de
la communion réelle mais imparfaite, elles se rapprochent dun
partage sans divisions dans lunique « Amen » du Christ
pour la gloire de Dieu.
III. LEXERCICE DE LAUTORITE DANS LÉGLISE
Annoncer l'Evangile: lexercice de l'autorité
pour la mission et lunité
32. Lautorité conférée par Jésus à
ses disciples fut avant tout lautorité pour la mission, pour
prêcher et guérir (cf. Lc 9, 1-2 ; 10, 1). Le Christ
Ressuscité les a mandatés pour étendre l'Evangile
au monde entier (cf. Mt 28, 18-20). Dans l'Eglise primitive, la prédication
de la Parole de Dieu dans la puissance de lEsprit était
considérée comme le caractère spécifique de lautorité
apostolique (cf. 1 Co 1, 17 ; 2, 4-5). Dans lannonce du Christ
crucifié, le « Oui » de Dieu à lhumanité
devient une réalité présente à laquelle tous
sont invités à répondre par leur « Amen ».
Ainsi, lexercice de l'autorité ministérielle dans l'Eglise,
et dabord par ceux investis du ministère de lépiscopè,
a une dimension radicalement missionnaire. Lautorité est
exercée au sein de l'Eglise pour le bien de ceux qui sont
en-dehors, afin que l'Evangile soit proclamé « en
puissance et dans le Saint-Esprit et avec pleine conviction » (1 Th
1, 5). Cette autorité rend l'Eglise entière capable dincarner
l'Evangile et de devenir la servante missionnaire et prophétique
du Seigneur.
33. Jésus a prié son Père que ses disciples soient
un « afin que le monde connaisse que tu mas envoyé et
que tu las aimé comme tu mas aimé » (Jn 17,
23). Lorsque les chrétiens ne saccordent pas sur l'Evangile
lui-même, la prédication « en puissance » est
compromise. Nétant pas un dans la foi, ils ne peuvent être
un dans la vie, et donc démontrer pleinement leur fidélité
à la volonté de Dieu qui est la réconciliation de
toutes choses avec le Père en Christ (cf. Col 1, 20). Tant que l'Eglise
nest pas la communauté de réconciliation que Dieu lappelle
à être, elle ne peut prêcher adéquatement cet Evangile
ou proclamer de façon crédible le plan de Dieu qui est de
rassembler son peuple dispersé dans lunité sous le
Christ comme Seigneur et Sauveur (cf. Jn 11, 52). Cest seulement
lorsque tous les croyants seront unis dans la célébration
commune de lEucharistie (cf. LEglise comme
communion, 24) que le Dieu dont le dessein est de ramener toutes
choses à lunité dans le Christ (cf. Ep 1, 10) sera véritablement
glorifié par le peuple de Dieu. Pour ceux qui sont investis de lautorité
dans l'Eglise, lenjeu et la responsabilité de leur
ministère sont de promouvoir lunité de toute l'Eglise
dans la foi et la vie dune façon qui enrichisse, loin de lamoindrir,
la légitime diversité des Eglises locales.
Synodalité: lexercice de l'autorité en communion
34. Dans chaque Eglise particulière tous les fidèles
sont appelés à marcher ensemble dans le Christ. Le terme de
synodalité (dérivé de syn-hodos, qui
signifie « chemin commun » ) indique la façon dont les
croyants et les Eglises sont par là tenus ensemble en
communion. Il exprime leur vocation (cf. Ac 9, 2) à vivre,
travailler et cheminer ensemble comme peuple de la Voie en Christ qui est
la Voie (cf. Jn 14, 6). Comme leurs devanciers, ils cheminent à la
suite de Jésus ( cf. Mc 10, 52), jusquà ce quil
revienne.
35. Dans la communion des Eglises locales, lEsprit est à
loeuvre pour donner à chaque Eglise sa stature par la
grâce de la réconciliation et de la communion en Christ. Cest
seulement par lactivité de lEsprit que l'Eglise
locale peut être fidèle à l « Amen »
du Christ et peut être envoyée dans le monde pour amener tous
les hommes à prendre part à cet « Amen ». Par
cette présence de lEsprit, l'Eglise locale est
maintenue dans la Tradition. Elle reçoit et partage la plénitude
de la foi apostolique et des moyens de grâce. LEsprit confirme
l'Eglise locale dans la vérité de telle manière
que sa vie incarne la vérité salvifique révélée
en Christ. De génération en génération, lautorité
de la Parole vivante doit être rendue présente dans l'Eglise
locale à travers tous les aspects de sa vie dans le monde. La façon
dont l'autorité est exercée dans les structures et la vie
collective de l'Eglise doit être conforme à lintention
du Christ ( cf. Ph 2, 5).
36. LEsprit du Christ dote chaque évêque de l'autorité
pastorale nécessaire à lexercice effectif de lépiscopè
dans une Eglise locale. Cette autorité inclut nécessairement
la responsabilité de prendre et mettre en uvre les décisions
requises pour que la charge épiscopale soit exercée pour le
bien de la koinonia. Quelle oblige en conscience découle
implicitement de la tâche de lévêque denseigner
la foi par la proclamation et lexplication de la Parole de Dieu, de
pourvoir à la célébration des sacrements et de
maintenir l'Eglise dans la sainteté et la vérité.
Les décisions prises par lévêque en
accomplissement de cette tâche ont une autorité que le fidèle
a le devoir de recevoir et daccepter (cf. L'autorité dans
l'Eglise II, 17). Par leur sensus fidei les fidèles
sont habilités en conscience à reconnaître Dieu à
loeuvre dans lexercice de lautorité épiscopale
et donc à y répondre en croyants. Cest ce qui motive
leur obéissance, une obéissance dans la liberté et
non dans lesclavage. La juridiction des évêques est une
conséquence de lappel quils ont reçu de conduire
leurs Églises à un authentique « Amen » ; ce nest
pas un pouvoir arbitraire donné à un seul au détriment
de la liberté des autres. Au sein du sensus fidelium, il y
a une relation de complémentarité entre lévêque
et le reste de la communauté. Dans l'Eglise locale,
l'Eucharistie est lexpression fondamentale de la marche en commun
(la synodalité) du peuple de Dieu. Dans le dialogue liturgique,
celui qui préside conduit les fidèles à dire leur «
Amen » à la prière eucharistique. Dans lunité
de foi avec leur évêque local, leur « Amen » est un
mémorial vivant du grand « Amen » du Seigneur à la
volonté du Père.
37. Linterdépendance mutuelle de toutes les Eglises
est constitutive de la réalité de l'Eglise telle que
Dieu la veut. Aucune Eglise locale inscrite dans la Tradition
vivante ne peut se considérer comme auto-suffisante. Des formes de
synodalité sont donc nécessaires pour manifester la
communion des Églises locales et soutenir chacune dans sa fidélité
à l'Evangile. Le ministère de lévêque
est crucial, car ce ministère sert la communion au sein de l'Eglise
locale et aussi entre Eglises locales. Leur communion entre elles sexprime
par lincorporation de chaque évêque dans un collège
dévêques. Tant personnellement que collégialement,
les évêques sont au service de la communion et ont à
se soucier de la synodalité en toutes ses expressions. Ces
expressions ont compté une grande variété dorganes,
dinstruments et dinstitutions, notamment des synodes ou des
conciles, locaux, provinciaux, mondiaux, oecuméniques. La garde de
la commmunion requiert quà tous les niveaux il y ait la
capacité de prendre les décisions appropriées à
ce niveau. Lorsque ces décisions soulèvent de sérieuses
questions pour la communion générale des Eglises, la
synodalité doit sélargir en conséquence.
38. Dans nos deux communions, les évêques se rencontrent
collégialement, non en tant quindividus, mais en tant quayant
autorité dans et pour la vie synodale des Eglises locales.
La consultation des fidèles est un aspect de la charge épiscopale.
Chaque évêque est à la fois une voix pour lEglise
locale et une voix par laquelle cette Eglise reçoit des
autres Eglises. Lorsque les évêques tiennent conseil
ensemble, ils cherchent à la fois à discerner et à
articuler le sensus fidelium présent dans l'Eglise
locale et dans la plus large communion des Eglises. Leur rôle
est magistériel : c'est-à-dire que dans cette communion des
Eglises
ils ont à déterminer ce qui doit être enseigné
comme fidèle à la Tradition apostolique. Catholiques romains
et anglicans partagent cette compréhension de la synodalité,
mais ils lexpriment de différentes façons.
39. Dans lEglise dAngleterre à lépoque
de la Réforme anglaise, la tradition de la synodalité sexprimait
par le recours aux synodes (des évêques et du clergé)
et au Parlement (qui comportait évêques et laïcs), pour
les questions de liturgie, de doctrine et de discipline. Lautorité
des conciles généraux était également
reconnue. Dans la Communion anglicane, de nouvelles formes de synodes sont
apparues au cours du 19ème siècle, et la participation des
laïcs aux prises de décision sest accrue depuis lors.
Quoique évêques, clergé et laïcs se consultent
mutuellement et légifèrent ensemble, les évêques
gardent leur responsabilité distincte et décisive. Dans
toutes les parties de la Communion anglicane, ils ont un rôle propre
de supervision. Par exemple, un synode diocésain ne peut être
convoqué que par lévêque et ses décisions
nont force de loi quavec le consentement de lévêque.
Au plan provincial ou national, les Chambres épiscopales exercent
un ministère distinct et propre pour les questions de doctrine, de
culte et de morale. En outre, bien que les synodes anglicans utilisent
largement les procédures parlementaires, leur nature est
eucharistique. Cest pourquoi il va de soi que lévêque,
président de lEucharistie, préside également le
synode diocésain réuni pour actualiser loeuvre rédemptrice
de Dieu par la vie et lactivité de l'Eglise locale.
Tout évêque, par ailleurs, na pas seulement lépiscopè
de l'Eglise locale mais il participe à la sollicitude de
toutes les Eglises. Ceci se réalise dans chaque province de
la Communion anglicane, au moyen dorganismes tels que les Chambres épiscopales
et les synodes provinciaux et généraux. Dans la Communion
anglicane comme telle, lAssemblée des Primats, le Conseil
consultatif anglican, la Conférence de Lambeth et lArchevêque
de Cantorbéry servent dinstruments de la synodalité.
40. Dans l'Eglise catholique romaine, la tradition de la
synodalité na pas été interrompue. Après
la Réforme, on a continué de réunir périodiquement
des synodes dévêques et de clercs dans divers diocèses
et régions ; au plan universel, trois conciles ont eu lieu. Au
tournant du 20ème siècle sont apparues des rencontres
particulières dévêques et les conférences
épiscopales, dans un but de consultation en vue de permettre aux Eglises
locales dune région donnée de faire face ensemble aux
exigences de leur mission et de traiter des situations pastorales
nouvelles. Depuis le Deuxième concile du Vatican ces rencontres
sont devenues une structure régulière dans les nations et
les régions. Dans une décision approuvée par les évêques
durant le concile, le Pape Paul VI a institué le Synode des Evêques
pour traiter des questions concernant la mission de l'Eglise dans
le monde. Lantique coutume des visites ad limina aux
tombeaux des Apôtres Pierre et Paul et à lEvêque
de Rome a été rénovée par la substitution aux
visites individuelles de visites en groupe des évêques dune
région. La coutume plus récente des visites de lEvêque
de Rome aux Eglises locales a tenté de promouvoir un sens
plus profond de lappartenance à la communion des Églises
et daider ces Églises à être plus conscientes de
la situation dautres Eglises. Toutes ces institutions
synodales rendent possible une découverte progressive par lEvêque
de Rome et les évêques locaux de manières de
travailler en collaboration dans une communion plus étroite. En
complément de cette synodalité collégiale, une
croissance de la synodalité à léchelon local développe
la participation active des laïcs à la vie et à la
mission de l'Eglise locale.
Persévérance dans la vérité: lexercice
de l'autorité doctrinale
41. A toute époque les chrétiens ont dit « Amen »
à la promesse du Christ que lEsprit conduira son Eglise
à la vérité toute entière. Le Nouveau
Testament fait souvent écho à cette promesse en mentionnant
la hardiesse, lassurance et la certitude dont les chrétiens
peuvent se prévaloir (cf. Lc 1, 4 ; 1 Th 2, 2 ; Ep 3,2 ;
He 11, 1).
La préoccupation de rendre l'Evangile accessible à
tous ceux qui sont disposés à le recevoir a fait que ceux
chargés du ministère de la mémoire et de lenseignement
ont accepté de nouvelles et encore inhabituelles expressions de la
foi. Certaines de ces formulations ont, dans les débuts, engendré
doute et désaccord quant à leur fidélité à
la Tradition apostolique. Face à ces nouvelles formulations, l'Eglise
est allée avec précaution, mais confiante dans la promesse
du Christ quelle persévèrera et sera gardée
dans la vérité (cf. Mt 16, 18 ; Jn 16, 13). Cest ce quon
entend par lindéfectibilité de l'Eglise
( cf. L'autorité dans l'Eglise I, 18 ; L'autorité
dans l'Eglise II, 23).
42. Dans sa vie courante, l'Eglise cherche et reçoit lassistance
de lEsprit Saint qui maintient son enseignement fidèle à
la Tradition apostolique. Le collège des évêques a à
exercer pour cela dans tout le corps le ministère de la mémoire.
Il a à dégager et prodiguer un enseignement auquel on peut
se fier parce quil exprime en toute sûreté la vérité
de Dieu. Dans certaines situations apparaîtra un besoin urgent de
tester de nouvelles formulations de foi. Dans des circonstances précises,
il pourra se faire que ceux qui sont investis du ministère de
surveillance (épiscopè), en viennent ensemble,
assistés par le Saint-Esprit, à un jugement qui, étant
fidèle à l'Ecriture et en harmonie avec la Tradition
apostolique, est exempt derreur. Par un tel jugement, expression
renouvelée de lunique « Oui » de Dieu en Jésus
Christ, l'Eglise est maintenue dans la vérité, de
manière à pouvoir continuer doffrir son « Amen »
à la gloire de Dieu. Cest ce qui fait dire que l'Eglise
peut enseigner de façon infaillible (voir L'autorité
dans l'Eglise II, 24-28, 32). Cet enseignement infaillible est
au service de lindéfectibilité de l'Eglise.
43. Lexercice de lautorité denseignement dans
l'Eglise, spécialement face à des situations lourdes
de défis, requiert la participation de tout le corps des croyants,
chacun selon son rôle, et pas seulement de ceux chargés du
ministère de la mémoire. Dans cette participation, le sensus
fidelium est à loeuvre. Puisque cest la fidélité
de tout le peuple de Dieu qui est en jeu, la réception de lenseignement
est partie intégrante du processus. Les définitions
doctrinales sont reçues comme faisant autorité en vertu de
la vérité divine quelles proclament et à cause
de la mission spécifique de celui ou de ceux qui les proclament du
sein du sensus fidei de tout le peuple de Dieu. Quand le peuple de
Dieu répond par la foi et dit « Amen » à un tel
enseignement, cest parce quil reconnaît que cet
enseignement exprime la foi apostolique et ne sécarte pas de
lautorité et de la vérité du Christ, Tête
de l'Eglise.(3) La vérité et lautorité
de la Tête est la source de lenseignement infaillible dans le
Corps du Christ . Le « Oui » de Dieu révélé
en Christ est la règle à laquelle se mesure un tel
enseignement normatif. Un tel enseignement doit être accueilli par
le peuple de Dieu comme un don de lEsprit Saint destiné à
maintenir l'Eglise dans la vérité du Christ, notre «
Amen » à Dieu.
44. Le devoir de garder l'Eglise dans la vérité est
une des fonctions essentielles du collège épiscopal. Il a le
pouvoir dexercer ce ministère parce quil est lié,
par succession, aux apôtres qui furent le corps autorisé et
envoyé par le Christ pour prêcher l'Evangile à
toutes les nations. Lauthenticité de lenseignement dun
évêque donné est évidente là où
cet enseignement est solidaire de celui de tout le collège épiscopal.
Lexercice de cette autorité doctrinale requiert que ce quelle
enseigne soit fidèle à l'Ecriture Sainte et conforme à
la Tradition apostolique. Cest ce quexprime lenseignement
du Deuxième cconcile du Vatican : « Cette charge doctrinale nest
pas au-dessus de la Parole de Dieu mais à son service »
(Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei
Verbum, 10).
La primauté; lexercice de l'autorité dans la
collégialité et la conciliarité
45. Au cours de lhistoire, la synodalité de l'Eglise
a été servie grâce à lautorité
conciliaire, collégiale et primatiale. Des formes de primauté
existent à la fois dans la Communion anglicane et dans les Eglises
en communion avec lEvêque de Rome. Chez ces dernières,
les charges dArchevêque Métropolitain ou de Patriarche
dune Église catholique orientale sont primatiales par nature.
Chaque province anglicane a son Primat et lAssemblée des
Primats est au service de la Communion entière. LArchevêque
de Cantorbéry exerce un ministère primatial pour toute la
Communion anglicane.
46. LARCIC a déjà reconnu que la «complémentarité
des apects primatial et conciliaire de lépiscopè,
qui favorise la koinonia des Eglises, a besoin dêtre
pratiquée au plan universel » (L'autorité dans l'Eglise
I, 23). Les exigences de la vie de l'Eglise appellent un
exercice spécifique de lépiscope au service de
l'Eglise entière. Dans le modèle quoffre le
Nouveau Testament, lun des Douze est choisi par Jésus Christ
pour fortifier les autres afin quils restent fidèles à
leur mission et en harmonie les uns avec les autres (voir la discussion
des textes pétriniens dans L'autorité dans l'Eglise
II, 2-5). Augustin dHippone exprimait bien la relation existant
entre Pierre, les autres apôtres et toute l'Eglise, lorsquil
écrivait :
Après tout, ce nest pas simplement un individu qui a reçu
ces clés, mais l'Eglise dans son unité. La raison de
la prééminence reconnue à Pierre est quil
incarnait lunité et luniversalité de l'Eglise
lorsquil lui fut dit : « A toi, je remets », ce
qui en fait avait été remis à tous. Je veux vous
faire saisir que cest l'Eglise qui a reçu les clés
du royaume des cieux. Ecoutez ce que dit le Seigneur, ailleurs, à
tous ses apôtres : Recevez le Saint-Esprit ; et aussitôt
: ceux dont vous pardonnerez les péchés, ils leur seront
pardonnés ; ceux dont vous retiendrez les péchés, ils
leur seront retenus (Jn 20, 22-23). Ceci concerne les clés,
dont il est dit : ce que vous lierez sur la terre sera lié dans
le ciel (Mt 16, 19). Mais cela fut dit à Pierre ... Pierre à
ce moment incarnait l'Eglise universelle.
(Sermon 295. En la fête du martyre des Apôtres Pierre et
Paul).
LARCIC a aussi précédemment exploré la
transmission du ministère de la primauté quexerce lEvêque
de Rome (voir L'autorité dans l'Eglise II, 6-9).
Historiquement, lEvêque de Rome a exercé un tel ministère
soit pour le bénéfice de l'Eglise entière,
comme dans la contribution de Léon au Concile de Chalcédoine,
soit pour le bénéfice dune Eglise locale, comme
lorsque Grégoire le Grand a appuyé la mission dAugustin
de Cantorbéry et lorganisation de lEglise
anglaise. Ce don a été accueilli et le ministère de
ces évêques de Rome continue dêtre célébré
dans liturgiquement par les anglicans aussi bien que par les catholiques
romains.
47. Dans le cadre de son ministère le plus large, lEvêque
de Rome exerce un ministère spécifique touchant le
discernement de la vérité, et qui ne fait que traduire sa
primauté universelle. Ce service particulier a été la
source de difficultés et de malentendus entre les Eglises.
Toute définition solennelle prononcée sur la chaire de
Pierre, dans l'Eglise de Pierre et de Paul, ne peut pourtant quexprimer
la foi de l'Eglise. Toute définition de ce genre est prononcée
du sein du collège de ceux qui exercent lépiscopè,
et non pas en-dehors de ce collège. Un tel enseignement faisant
autorité est une forme particulière dexercice de la
vocation et de la responsabilité du corps des évêques
denseigner et daffirmer la foi. Quand la foi est articulée
de cette manière, lEvêque de Rome proclame la foi des Eglises
locales. Cest ainsi lenseignement parfaitement sûr de l'Eglise
entière qui est à luvre dans le jugement du
primat universel. Lorsquil formule solennellement un enseignement de
ce genre, le primat universel est tenu de discerner et déclarer,
avec lassistance et la conduite assurées du Saint-Esprit, en
fidélité à l'Ecriture et à la
Tradition, la foi authentique de toute l'Eglise, c'est-à-dire
la foi proclamée depuis les origines. Cest cette foi, la foi
de tous les baptisés en communion, et cette foi seulement, que
chaque évêque exprime avec le corps des évêques
en concile. Cest cette foi que lEvêque de Rome en
certaines circonstances a le devoir de discerner et de rendre explicite.
Cette forme denseignement autoritaire na pas une garantie plus
grande de lEsprit que nen ont les définitions
solennelles des conciles oecuméniques. La réception de la
primauté de lEvêque de Rome implique la reconnaissance
de ce ministère spécifique du primat universel. Nous croyons
que cest un don à recevoir par toutes les Eglises.
48. Les ministres que Dieu donne à l'Eglise pour soutenir
sa vie sont marqués par la fragilité :
Cest pourquoi, ayant ce ministère par la miséricorde
de Dieu, nous ne perdons pas coeur ...mais nous avons ce trésor
dans des vases de terre, pour montrer que le pouvoir transcendant
appartient à Dieu et non à nous (2 Co 4, 1 ; 4, 7).
Il est clair que cest seulement par la grâce de Dieu que lexercice
de lautorité dans la communion de l'Eglise porte les
marques de lautorité du Christ lui-même. Cette autorité
est exercée par des chrétiens fragiles pour le bien dautres
chrétiens fragiles. Cela nest pas moins vrai du ministère
de Pierre :
« Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour
vous passer au crible comme le blé, mais jai prié pour
toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu,
affermis tes frères » (Lc 22, 31-32 ; cf. Jn 21, 15-19).
Le pape Jean-Paul II sen explique clairement dans Ut Unum Sint
:
Jaccomplis ce devoir avec la profonde conviction dobéir
au Seigneur, et clairement conscient de ma fragilité dhomme.
Si le Christ lui-même a donné à Pierre cette mission
spéciale dans l'Eglise et la exhorté à
affermir ses frères, il lui a certes aussi fait prendre clairement
conscience de sa faiblesse humaine et de son besoin spécial de
conversion (Ut Unum Sint, 4).
La faiblesse humaine et le péché ne font pas quaffecter
les ministres individuels : ils peuvent en outre fausser les structures humaines de lautorité (cf. Mt 23). Cest pourquoi une
critique loyale ainsi que des réformes sont parfois nécessaires,
comme le montre lexemple de Paul (cf. Ga 2, 11-14). La conscience de
la fragilité humaine dans lexercice de l'autorité
garantit que les ministres chrétiens restent ouverts à la
critique et au besoin de renouveau, et surtout attentifs à exercer
lautorité à lexemple et dans lesprit du
Christ .
La discipline: lexercice de lautorité et la
liberté de conscience
49. Lexercice de l'autorité dans l'Eglise doit être
reconnu et accepté comme un instrument de lEsprit de Dieu
pour la guérison de lhumanité. Lexercice de
l'autorité doit toujours respecter la conscience, car loeuvre
divine du salut affirme la liberté humaine. En acceptant librement
la voie de salut offerte par le baptême, le disciple chrétien
assume librement aussi la discipline quimplique le fait dêtre
un membre du Corps du Christ. Puisque l'Eglise de Dieu est reconnue
comme la communauté où les moyens divins du salut sont à
luvre, les exigences de la condition de disciple pour le bien
de la communauté chrétienne entière ne peuvent être
rejetées. Il y a également une discipline requise pour lexercice
de l'autorité. Ceux appelés à ce ministère
doivent eux-mêmes se soumettre à la discipline du Christ, se
conformer à ce que requièrent la collégialité
et le bien commun, et respecter scrupuleusement les consciences de ceux quils
sont appelés à servir.
L « Amen » de l'Eglise au « Oui »
de Dieu dans l'Evangile
50. Nous sommes parvenus à une compréhension commune de
l'autorité en la voyant, dans la foi, comme une manifestation du «
Oui » de Dieu à sa création, et qui appelle l «
Amen » de ses créatures. Dieu est la source de l'autorité,
et lexercice correct de l'autorité est toujours ordonné
au bien commun et au bien de la personne. Dans un monde brisé et à
une Eglise divisée, le « Oui » de Dieu en Jésus
Christ apporte la réalité de la réconciliation, lappel
à devenir disciple et un avant-goût du but final de lhumanité
lorsque, par lEsprit, tous exprimeront en Christ leur « Amen »
à la gloire de Dieu. Le « Oui » de Dieu, incarné
en Christ, est reçu dans lannonce et la Tradition de l'Evangile,
dans la vie sacramentelle de l'Eglise et dans les modes selon
lesquels lépiscopè est exercé. Quand
les Eglises, par leur pratique de l'autorité, manifestent le
pouvoir de l'Evangile pour la guérison et la réconciliation,
le monde se voit alors offrir une vision de ce que Dieu veut pour toute la
création. La visée de lexercice de l'autorité
et de sa réception est de rendre l'Eglise capable de dire «
Amen » au « Oui » de Dieu dans l'Evangile .
IV. ACCORD SUR LEXERCICE DE LAUTORITE:
DES PAS VERS LUNITE
VISIBLE
51. Nous soumettons à nos autorités respectives cette déclaration
commune sur l'autorité dans l'Eglise. Nous croyons que si
cette déclaration au sujet de la nature de l'autorité et de
la manière de lexercer est acceptée et mise en
pratique, cette question cessera dêtre une cause de rupture
permanente de communion entre nos deux Eglises. En conséquence,
nous énumérons ci-dessous quelques traits de notre accord,
certains développements récents significatifs dans chacune
de nos communions et quelques problèmes qui leur restent posés.
Dans notre marche vers la pleine communion ecclésiale, nous suggérons
des moyens par lesquels notre communion déjà existante,
quoique imparfaite, peut être rendue plus visible, grâce à
lexercice dune collégialité renouvelée
entre les évêques, et par un exercice et une réception
renouvelés de la primauté universelle.
Les progrès de lentente
52. Au sentiment de la Commission, nous avons approfondi et élargi
notre accord sur les points que voici :
-
comment lautorité du Christ est présente et
active dans l'Eglise quand la proclamation du « Oui »
de Dieu provoque l « Amen » de tous les croyants
(paragraphes 7-18) ;
-
linterdépendance dynamique de l'Ecriture et de
la Tradition apostolique et le rôle normatif de l'Ecriture à
lintérieur de la Tradition (paragraphes 19-23) ;
-
la nécessité dune réception constante de
l'Ecriture et de la Tradition, et de leur re-réception
dans des circonstances particulières (paragraphes 24-26) ;
-
comment lexercice de l'autorité est au service de la
foi personnelle dans la vie de l'Église (paragraphes 23, 29, 49)
;
-
le rôle du peuple de Dieu en son entier au sein duquel, en
tant que maîtres de la foi, les évêques ont une voix
distincte pour la formation et lexpression de la pensée de
l'Eglise (paragraphes 29-30) ;
-
la synodalité et ses implications pour la communion de tout
le peuple de Dieu et de toutes les Eglises locales, en tant quensemble
elles cherchent à suivre le Christ qui est la Voie (paragraphes
34-40) ;
-
la coopération essentielle du ministère de lépiscopè
et du sensus fidei de toute l'Eglise dans la réception
de la Parole de Dieu (paragraphes 29, 36, 43) ;
-
la possibilité, en certaines circonstances, que l'Eglise
enseigne de façon infaillible, au service de lindéfectibilité
de l'Eglise (paragraphes 41-44) ;
-
une primauté universelle, exercée collégialement
dans le cadre de la synodalité, comme partie intégrante de
lépiscopè au service de la communion
unverselle ; une telle primauté ayant toujours été
associée à lEvêque et au Siège de Rome
(paragraphes 46-48) ;
-
comment le ministère de lEvêque de Rome assiste
le ministère de tout le corps épiscopal dans le contexte
de la synodalité, promouvant la communion des Eglises
locales dans leur vie en Christ et la proclamation de l'Evangile
(paragraphes 46-48) ;
-
comment lEvêque de Rome exerce un ministère spécifique
ayant pour objet le discernement de la vérité ( paragraphe
47)
Des développements significatifs dans les deux Communions
53. La Conférence de Lambeth de 1988 a reconnu le besoin de réfléchir
sur la manière dont la Communion anglicane prend des décisions
normatives. Au plan international, les instruments de synodalité
anglicans ont une autorité considérable pour influencer et
soutenir les provinces, mais aucun deux na pouvoir de lemporter
sur une décision provinciale, même si elle menace lunité
de la Communion. En conséquence, la Conférence de Lambeth de
1998, à la lumière du Virginia Report de la
Commision théologique et doctrinale inter-anglicane, a décidé
de renforcer ces instruments de différentes manières,
particulièrement le rôle de lArchevêque de
Cantorbéry et de lAssemblée des Primats. Cette Conférence
a demandé également à lAssemblée des
Primats dengager une étude en chaque province sur la question
de savoir « si la communion effective à tous les échelons
nexige pas des instruments appropriés, avec les garanties nécessaires
non seulement pour la législation mais aussi pour le contrôle
... et sur la question dun ministère universel au service de
lunité chrétienne » (Résolution III, 8
(h)). Nonobstant lautonomie des provinces, les anglicans en viennent
à voir que linterdépendance entre Eglises
locales et entre provinces est elle aussi nécessaire pour
promouvoir la communion.
54. LEglise catholique romaine, spécialement depuis
le Deuxième Concile du Vatican, a développé
progressivement des structures synodales pour soutenir plus effectivement
la koinonia. Le rôle croissant des Conférences épiscopales
nationales et régionales et la tenue régulière des
assemblées générales du Synode des Evêques
illustrent cette évolution. Il y a eu également un renouveau
dans lexercice de la synodalité à léchelon
local, bien que cela varie dun endroit à lautre.
La législation canonique demande dorénavant que des laïcs,
hommes et femmes, des personnes engagées dans la vie religieuse,
des diacres et des prêtres aient un rôle dans les conseils de
pastorale paroissiaux et diocésains, les synodes diocésains
et une variété dautres organismes quand ils ont des réunions.
55. Il y a dans la Communion anglicane évolution vers des
structures universelles pour promouvoir la koinonia, et dans l'Eglise
catholique romaine un renforcement des structures locales et intermédiaires.
A nos yeux, ces développements reflètent une prise de
conscience croissante et partagée que l'autorité dans l'Eglise
a besoin dêtre exercée comme il faut à tous les échelons.
Mais même ceci acquis, des questions se posent encore pour les
anglicans et les catholiques romains sur des aspects importants de lexercice
de l'autorité au service de la koinonia. La Commission en
pose franchement quelques unes, mais dans la conviction que nous avons
besoin du support lun de lautre pour y répondre. Nous
croyons que dans la situation dynamique et mouvante où elles sont
posées, la recherche dune réponse doit aller de pair
avec de nouvelles avancées dans le partage de lexercice de
l'autorité.
Questions posées aux anglicans
56. Nous avons vu que des instruments de contrôle et
de décision sont nécessaires à tous les niveaux pour
le support de la communion. Dans ce but, la Communion anglicane étudie
présentement le développement de structures dautorité
dans ses provinces. La Communion est-elle également ouverte à
lacceptation de structures de contrôle qui
permettraient quen certaines circonstances des décisions
soient prises qui engagent toute l'Eglise ? Quand de nouvelles
questions majeures surgissent auxquelles la fidélité à
l'Ecriture et à la Tradition demande une réponse
commune, ces structures aideront-elles les anglicans a communier au sensus
fidelium avec tous les chrétiens ? Jusquà quel
point une action unilatérale de provinces ou de diocèses,
dans des matières qui concernent l'Eglise entière, même
à la suite dune consultation, affaiblit-elle la koinonia
? Les anglicans se sont montrés disposés à tolérer
des anomalies afin de sauvegarder la communion. Or cela a pourtant conduit
à affaiblir la communion, aux plans de l'Eucharistie, de lexercice
de lépiscopè et de léchange des
ministres. Quelles conséquences en découlent ? Surtout,
comment les anglicans aborderont-ils la question de la primauté
universelle telle quelle se dégage de leur vie ensemble et du
dialogue oecuménique ?
Questions aux catholiques romains
57. Le Deuxième Concile du Vatican a rappelé aux
Catholiques romains combien les dons de Dieu sont présents dans
tout le peuple de Dieu. Il a aussi enseigné la collégialité
de lépiscopat dans sa communion avec lEvêque de
Rome, tête du collège. Cependant, y a-t-il à tous les
niveaux participation effective du clergé aussi bien que des laïcs
dans les organismes synodaux naissants ? Lenseignement du Deuxième
Concile du Vatican concernant la collégialité des évêques
a-t-il été suffisamment mis en uvre ? Les actions des évêques
reflètent-elles une conscience suffisante de lampleur de lautorité
quils reçoivent par lordination pour gouverner l'Eglise
locale ? A-t-on suffisamment cherché à assurer la
consultation entre lEvêque de Rome et les Eglises
locales avant des décisions importantes qui affectent soit l'Eglise
locale soit l'Eglise universelle ? Comment la variété
des opinions théologiques est-elle prise en compte en de telles décisions
? Les structures et les procédures de la Curie romaine, en
assistant lEvêque de Rome dans sa tâche de promouvoir la
communion entre les Eglises, respectent-elles adéquatement lexercice
de lépiscopè à dautres niveaux ?
Surtout, comment l'Eglise catholique romaine abordera-t-elle la
question de la primauté universelle telle quelle se dégage
du « dialogue patient et fraternel » sur lexercice de la
charge de lEvêque de Rome, auquel Jean-Paul II a invité
« les responsables dEglises et leurs théologiens »
?
Collégialité rénovée: rendre visible
notre communion existante
58. Anglicans et catholiques romains sont déjà attelés
à ces questions, mais les réponses peuvent prendre du temps.
Il ny a cependant pas de retour en arrière dans notre marche à
la pleine communion ecclésiale. A la lumière de notre
accord, la Commission croit que nos deux communions devraient rendre plus
visible la koinonia que nous avons déjà. Le dialogue
théologique doit continuer à tous les niveaux dans les Eglises,
mais à lui seul il ne suffit pas. Pour le bien de la koinonia
et dun témoignage chrétien unique à rendre au
monde, les évêques anglicans et catholiques devraient trouver
des moyens de coopération et des moyens de développer des
relations de responsabilité mutuelle dans leur exercice de
supervision. A ce nouveau stade, nous navons pas seulement à
faire ensemble ce que nous pouvons, mais nous avons à être
ensemble tout ce quautorise notre koinonia existante.
59. Une telle coopération dans lexercice de lépiscopè
impliquerait que les évêques se rencontrent régulièrement
aux plans local et régional, et que des évêques dune
communion participent aux rencontres internationales des évêques
de lautre communion. On devrait examiner sérieusement si des évêques
anglicans ne pourraient pas accompagner les évêques
catholiques dans leurs visites ad limina à Rome. Partout où
cela est possible, les évêques devraient saisir toute
occasion denseigner et dagir ensemble dans les questions de
foi et de moeurs. Ils devraient aussi témoigner conjointement dans
la sphère publique sur les questions qui intéressent le bien
commun. Des modes pratiques plus spécifiques de partage de lépiscopè
se dégageront des initiatives locales.
La primauté universelle: un don à partager
60. Le travail de la Commission a abouti à un accord suffisant
sur la primauté universelle en tant que don à partager, pour
que nous proposions quune telle primauté puisse être
proposée et reçue avant même que nos Eglises
soient en pleine communion. Catholiques romains et anglicans voient ce
ministère exercé collégialement et synodalement - un
ministère de servus servorum Dei (Grégoire le Grand,
cité dans Ut Unum Sint, 88). Nous envisageons une primauté
qui aidera même dès maintenant à maintenir la diversité
légitime des traditions, les renforçant et les sauvegardant
dans la fidélité à l'Evangile. Elle
encouragera les Eglises dans leur mission. Cette sorte de primauté
aidera déjà l'Eglise sur terre à être lauthentique
koinonia catholique dans laquelle lunité ne brade pas
la diversité, et la diversité ne met pas en péril
mais renforce lunité. Elle sera un signe effectif pour tous
les chrétiens de la manière dont ce don de Dieu édifie
cette unité pour laquelle le Christ a prié.
61. Ce primat universel exercera une leadership dans le monde et
aussi dans les deux communions, par des interventions de type prophétique.
Il promouvra le bien commun par des voies non entravées par les intérêts
particuliers, il aura en propre un ministère denseignement
permanent, particulièrement sur les questions difficiles de morale
et de théologie. Une primauté universelle de ce style
accueillera et protègera la recherche théologique et les
autres formes de quête de la vérité, de manière
que leurs résultats enrichissent et fortifient tant la sagesse
humaine que la foi de l'Eglise. Cette primauté universelle
pourra réunir les Eglises de diverses façons pour des
consultations et des discussions.
62. Une expérience de primauté universelle de cette sorte
confirmerait deux conclusions particulières auxquelles nous avons
abouti :
-
que les anglicans souvrent à, et désirent, une
reprise et re-réception, sous certaines conditions claires, de lexercice
de la primauté universelle par lEvêque de Rome ;
-
que les catholiques romains souvrent à, et désirent,
une re-réception de lexercice de la primauté par lEvêque
de Rome et la proposition de ce ministère à toute l'Église
de Dieu.
63. Lorsque la communion réelle, mais imparfaite, entre nous est
rendue plus visible, le réseau de lunité qui est fait
de communion avec Dieu et de réconciliation mutuelle est élargi
et fortifié. Ainsi, l « Amen » que anglicans et
catholiques romains disent à lunique Seigneur est plus près
de devenir un « Amen » dit ensemble par lunique et saint
peuple de Dieu, témoignant du salut de Dieu et de son amour de réconciliation
dans un monde brisé.
MEMBRES DE LA COMMISSION
MEMBRES ANGLICANS
Très Révérend Mark Santer, Evêque de
Birmingham, RU (Coprésident)
Très Révérend John Baycroft, Evêque dOttawa,
Canada
Dr E. Rozanne Elder, Professeur dhistoire, Université du
Western Michigan, USA
Révérend Professeur Jaci Maraschin, Professeur de théologie,
Institut cuménique, São Paolo, Brésil
Révérend Chanoine Richard Marsh, Secrétaire pour
les affaires cuméniques de lArchevêque de Cantorbéry,
Londres, RU (depuis 1996)
Révérend Dr John Muddiman, Fellow et Directeur
détudes en théologie, Mansfield College, Oxford, RU
Très Révérend Michael Nazir-Ali, Evêque
de Rochester, RU
Révérend Dr Nicholas Sagovsky, Chargé de recherche,
Université de Newcastle, RU
Révérend Dr Charles Sherlock, Maître assistant,
Trinity College Theological School, Parkville, Australie
SECRÉTAIRES
Révérend Dr Donald Anderson, Directeur des relations et études
cuméniques, Bureau de la Communion anglicane, Londres, RU (1994-1996)
Révérend Chanoine David Hamid, Directeur des affaires et
des relations cuméniques, Bureau de la Communion anglicane,
Londres, RU (depuis 1996)
Révérend Chanoine Stephen Platten, Secrétaire pour
les affaires cuméniques de lArchevêque de Cantorbéry,
Londres, RU (jusquen 1994)
MEMBRES CATHOLIQUES ROMAINS
Son Excellence Monseigneur Cormac Murphy-OConnor, Evêque
dArundel et Brighton, RU (Coprésident)
Sur Sara Butler MSBT, Professeur assistant de théologie
systématique, Université de St Mary of the Lake, Mundelein,
Illinois, USA
Révérend Peter Cross, Professeur de théologie systématique,
Collège catholique de théologie, Clayton, Australie
Révérend Dr Adelbert Denaux, Professeur, Faculté de
théologie, Université catholique, Louvain, Belgique
Son Excellence Monseigneur Pierre Duprey, Evêque tit. de
Thibaris, Secrétaire, Conseil Pontifical pour la promotion de lunité
des chrétiens, Cité du Vatican
Son Excellence Monseigneur Patrick A. Kelly, Archevêque de
Liverpool, RU (depuis 1996)
Révérend Père Jean M. R. Tillard, OP, Professeur,
Faculté dominicaine de théologie, Ottawa, Canada
Révérend Père Liam Walsh, OP, Professeur de théologie
dogmatique, Université de Fribourg, Suisse
Monseigneur William Steele, Vicaire épiscopal pour la mission et
lunité, Diocèse de Leeds, RU (1994-1995)
SECRÉTAIRE
Révérend Timothy Galligan, Collaborateur, Conseil
Pontifical pour la promotion de lunité des chrétiens,
Cité du Vatican
OBSERVATEURS DU CONSEIL CUMÉNIQUE DES ÉGLISES
Professeur Dr Michael Root, Séminaire luthérien de la
Trinité, Columbus, Ohio, USA (depuis 1995)
Révérend Dr Günther Gassmann, Directeur, Commission
Foi et Constitution, COE, Genève, Suisse (jusquen 1994)
(1) Ce document est le résultat du travail de la Commission
internationale anglicane-catholique romaine (ARCIC). Il sagit dune
déclaration commune de cette Commission. Les autorités qui
ont établi cette Commission ont autorisé la publication de
cette déclaration afin quelle puisse être largement
discutée. Il ne sagit pas dune déclaration de lEglise
catholique romaine ou de la Communion anglicane faisant autorité.
Celles-ci procéderont à une évaluation de ce document
afin démettre un avis sur ce dernier en temps voulu.
Les citations des Ecritures ont été prises dans la
New Revised Standard Version de la Bible.
(2) Conformément à lusage oecuménique, le mot
Tradition, avec une majuscule, renvoie à
« l'Evangile
lui-même, transmis de génération en génération
dans et par l'Eglise, » tandis que le mot tradition,
sans majuscule, désigne le processus de transmission, « la
transmission de la vérité révélée
(Rapport de la 4ème Conférence mondiale de Foi et
Constituttion, [Montréal 1963], Section II, paragraphe 39). Le
pluriel traditions renvoie aux aspects particuliers de la
liturgie, de la théologie, de la vie canonique et ecclésiale
dans les différentes cultures et communautés de foi.
Souvent, cependant, ces usages du mot sont difficiles à distinguer
exactement. Lexpression Tradition apostolique désigne
le contenu de ce qui a été transmis depuis les temps
apostoliques et qui continue dêtre la fondement de la vie et
de la théologie chrétiennes.
(3) Ceci a été relevé par le Deuxième concile
du Vatican : « Le corps entier des fidèles qui a une onction
qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2, 20 ; 2, 27) ne peut errer en matière
de foi. Cette caractéristique se manifeste dans le sens surnaturel
de la foi (sensus fidei) de tout le peuple, lorsque « des évêques
jusquau dernier des fidèles » , il exprime un consensus
universel sur les questions de foi et de moeurs » (Constitution
dogmatique sur l'Eglise, Lumen Gentium, 12).