LE SACREMENT DE L’ORDRE
DANS LA STRUCTURE SACRAMENTELLE DE
L’EGLISE
EN PARTICULIER L’IMPORTANCE DE LA SUCCESSION APOSTOLIQUE
POUR LA
SANTIFICATION ET L’UNITÉ DU PEUPLE DE DIEU
Introduction
1. Après que notre commission ait exprimé notre conception du mystère de
l’Église comme communion de foi et de sacrements, manifestée de nation à
chacun des trois degrés de l’épiscopat, du presbytérat et du diaconat. Nous
nous appuyons sur la certitude que dans nos Églises la succession apostolique
est fondamentale pour la sanctification et l’unité du peuple de Dieu.
2. Nos Églises affirment que le ministère actualise dans l’Église
celui du Christ lui-même. Dans les écrits du Nouveau Testament le Christ est
appelé apôtre, prophète, serviteur, diakonos, docteur, prêtre, épiscopos.
Notre commune tradition reconnait le lien étroit qui existe entre l’œuvre du
Christ et celle de l’Esprit Saint.
3. Cette compréhension interdit de voir dans l’économie le Christ isolément
de l’Esprit. La présence actuelle du Christ dans son Église est aussi de
nature eschatologique, puisque l’Esprit constitue les arzhes de la réalisation
parfaite du dessein de Dieu sur le monde.
4. Dans cette perspective l’Église apparaît comme la communauté de la
Nouvelle Alliance que la Christ par l’Esprit rassemble autour de lui et édifie
comme son Corps. Par l’Église, le Christ est présent dans l’histoire;
par elle il réalise le salut du monde.
5. Puisque le Christ est présent dans l’Église, c’est son ministère
qui s’accomplit en elle. Le ministère dans l’Église ne vient donc pas se
substituer à celui du Christ. Il a sa source en lui. Puisque l’Esprit envoyé
par le Christ vivifie l’Église, le ministère n’est fructueux que par la grâce
du Saint-Esprit. Il embrasse en fait une multitude de fonctions
qu’exercent les membres de la communauté selon la diversité des dons
qu’ils reçoivent comme membres du Corps du Christ. Certain d’eux reçoivent
par l’ordination et exercent la fonction propre de l’épiscopat, du presbytérat
et du diaconat. Il n’y a pas d’Église sans les ministéres suscités par
l’Esprit; il n’y a pas de ministère sans l’Église, c’est-à-dire en
dehors et au-dessus de la communauté. Les ministères ne trouvent leur sens et
raison d’être que dans celle-ci.
I.
Le Christ et l’Esprit Saint
6. L’Esprit qui éternellement procède du Père et repose sur le Fils, a
préparé l’événement du Christ et l’a réalisé. L’incarnation du Fils
de Dieu, sa mort et sa Résurrection ont été accomplies en effet selon la
volonté du Père, dans l’Esprit Saint. Au baptême, le Père par la
manifestation de l’Esprit inaugure la mission du Fils. Cet Esprit est présent
à son ministère: annoncer la Bonne Nouvelle du salut, manifester la venue du
Royaume, témoigner du Père. C’est également dans le même Esprit que, Prêtre
unique de l’Alliance Nouvelle, le Christ offre le sacrifice de sa propre vie
et c’est par l’Esprit qu’il est glorifié.
7. Depuis la Pentecôte, en l’Eglise qui est son Corps, c’est
uniquement dans l’Esprit que ceux qui sont chargés du ministère peuvent
accomplir les façon éminente dans la célébration eucharistique, nous
abordons maintenant la question capitale de la place et du rôle du ministère
ordonné dans la structure sacramentelle de l’Église. Nous traiterons donc du
sacrement de l’ordre ainsi que de l’ordiactes qui conduisent le Corps à
sa pleine stature. Dans le ministère du Christ comme dans celui de l’Église,
c’est l’unique et même Esprit qui est à l’œuvre et qui agira avec nous
tous les jours de notre vie.
8. Dans l’Église le ministère doit être vécu dans la sainteté, en
vue de la sanctification du peuple de Dieu. Pour que toute l’Église et en
particulier ses ministres ordonnés puissent contribuer à «mettre les saints
en état d’accomplir le ministére pour bâtir le Corps du Christ», les différents
services sont rendus possibles par de multiples charismes (Eph 4,
11-12; cf. 1 Cor 12, 4-28; Rom 12, 48).
9. Telle est la nouveauté du ministére de l’Église: le Christ,
serviteur de Dieu pour l’humanité, est présent par l’Esprit, dans l’Église,
son Corps, dont il ne peut être séparé. Car il est, lui, «le premier d’une
multitude de frères». Selon ce mode sacramentel il faut comprendre l’œuvre
du Christ dans l’histoire depuis la Pentecôte jusqu’à la Parousie. Le
ministère de l’Église en tant que tel est sacramentel.
10. Pour cette raison la présence du Christ dans l’Église est aussi
eschatologique. Là où l’Esprit agit, en effet, il révèle au monde la présence
du Royaume dans la création. Là s’enracine le ministère ecclésial.
11. Ce ministère ecclésial est de nature sacramentelle. Par le mot
sacramentel on entend souligner ici que tout ministère est lié à la réalité
eschatologique du Royaume. La grâce du Saint-Esprit, comme arrhes du monde à
venir, surgit de la mort et de la résurrection du Christ et est offerte, de
manière sacramentelle, au moyen de réalités sensibles. Le mot sacramentel
montre également que le ministre est un membre de la communauté que le
Saint-Esprit investit de fonctions et de pouvoir propres pour rassembler celle-ci
et pour présider au nom du Christ aux actes dans lesquels elle célèbre les
mystères du salut. Cette vision de la sacramentalité du ministère
s’enracine dans le fait que le Christ est rendu présent dans l’Église par
l’Esprit que lui-même à envoyé à l’Église.
12. Cette nature du ministère ecclésial se manifeste en outre dans le
fait que tous les ministères ont pour fin de servir le monde pour l’amener à
son véritable but, le Royaume de Dieu. C’est en constituant la communauté
eschatologique comme Corps du Christ que le ministère de l’Église répond
aux besoins du monde.
13. La communauté rassemblée dans l’Esprit autour du Christ exerçant
son ministère, a son fondement dans le Christ, lui-même pierre angulaire, et
dans la communauté des Douze. Le caractère apostolique des Églises et de leur
ministère se comprend à cette lumière.
14. D’une part, les Douze sont les témoins de la vie historique de Jésus,
de son ministère et de sa Résurrection. D’autre part, en tant qu’associés
au Christ glorifié, ils relient chaque communauté à la communauté des
derniers temps. Le ministère ecclésial sera donc appelé apostolique parce
qu’il s’exerce dans la continuité et la fidélité avec ce qui est donné
par le Christ et transmis dans l’histoire par les apôtres. Mais il sera aussi
apostolique parce que l’assemblée eucharistique que le ministre préside
est une anticipation de la communauté finale avec le Christ. Par cette double
relation, le ministère de l’Église demeure constamment relié à celui des
Douze et, par là, à celui du Christ.
II.
Le sacerdote dans l’enconomie du salut
15. Toute l’économie divine culmine dans l’incarnation du Fils, dans
son enseignement, sa passion, sa glorieuse résurrection, son ascension et sa
seconde parousie. Le Christ agit dans l’Esprit Saint. Ainsi est fondé, une
fois pour toutes, le rétablissement de la communion de l’homme avec Dieu.
16. Selon l’épître aux Hébreux, le Christ par sa mort est devenu
l’unique médiateur de l’Alliance nouvelle (Héb 9,15) et, ayant pénétré
une fois pour toutes dans le sanctuaire avec son propre sang (Héb 9,12),
il est à jamais dans les cieux l’unique et éternel grand Prêtre de cette
nouvelle Alliance, «afin de paraìitre maintenant pour nous devant la face de
Dieu» (Héb 9,24) pour présenter son sacrifie (Héb 10,12).
17. Invisiblement présent dans l’Église par le Saint-Esprit, qu’il a
envoyé, le Christ en est donc l’unique grand Prêtre. En lui, prêtre et
victime, tous ensemble, pasteurs et fidèles, forment «une race élue, un
royaume, un sacerdoce, une nation sainte, un peuple acquis» (1 P 2, 9;
cf. Apoc 5, 10).
18. Tous les membres de l’Église, en tant que membres du Corps du
Christ, participent à son sacerdoce, appelés à devenir «victime vivante et
sainte, offerte à Dieu» (Rom 12,1; cf. 1 P 2,5). Tête de l’Église,
le Christ a établi pour le rendre présent les apôtres choisis parmi le
peuple, qu’il a munis d’autorité et de pouvoir en les fortifiant par la grâce
du Saint-Esprit. L’œuvre et la mission des apôtres sont continuées dans
l’Église par les évêques avec les prêtres et les diacres qui les assistent.
Les évêques sont établis par l’ordination successeurs des apôtres et
dirigent le peuple sur les voies du salut.
19. Autour du Seigneur glorifié, les Douze témoignent de la présence
du Royaume déjà inauguré et qui sera manifesté pleinement lors de la seconde
venue. Le Christ leur a promis, en effet, de siéger sur douze trônes pour
juger avec le Fils de l’homme les douze tribus d’Israël (Mt 19,28).
20. En tant que témoins historiques de ce que le Seigneur a accompli, le
ministère des Douze est unique et irremplaçable. Ce qu’ils ont fondé, l’a
donc été une fois pour toutes et personne à l’avenir ne pourra bâtir
sinon sur le fondement ainsi posé (Eph 2,20; Apoc 21,14).
21. Mais les apôtres demeurent en même temps les fondations de l’Église
dans sa durée à travers les siècles, de manière que la mission qu’ils ont
reçue du Seigneur reste toujours visible et agissante, dans l’attente du
retour du Seigneur (cf. Mt 18,18 et déjà 16,19).
22. C’est pourquoi l’Église, dans laquelle opère la grâce de Dieu,
est par elle-même le sacrement par excellence, la manifestation anticipée des
réalités dernières, l’avant-goût du Royaume de Dieu, de la gloire de
Dieu et Père, de l’eschaton dans l’histoire.
23. Au sein de ce sacrement qu’est l’Église, trouve sa place le
sacerdoce conféré par l’ordination, donné pour cette Église. Il
constitue, en effet, dans l’Église, un-ministère (leitourgêma)
charismatique par excellence. Il est au service de la vie et de l’existence
continue de celle-ci par l’Esprit Saint, c’est-à-dire de l’unité dans le
Christ de tous les fidèles vivants et morts, des martyrs, des saints, des
justes de l’Ancien Testament.
III.
Le ministere de l’évêque, du presbytère et du diacre
24. Dans la célébration de l’eucharistie, l’assemblée entière,
chacun à son rang, est «liturge» de la koinônia, et elle ne l’est
que par l’Esprit. «Il y a diversité de ministères, mais c’est le même
Seigneur (…). A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du
bien de tous» (1 Cor 12,5,7). Les divers ministères convergent
dans la synaxe eucharistique au cours de laquelle ils sont conférés.
Cependant, leur diversité est ordonnée à l’ensemble de la vie de la
communauté: fidélité à la Parole de Dieu, permanence dans la concorde et la
charité fraternelle, témoignage auprès de «ceux du dehors», croissance dans
la sainteté, assiduité à la prière, souci des plus pauvres.
25. Culminant dans la célébration de l’eucharistie où s’achève
l’initiation chrétienne par laquelle tous deviennent un seul Corps du Christ,
le ministère de l’évêque est, au sein de l’ensemble des charismes et
des ministères que l’Esprit suscite, un ministère de présidence pour le
rassemblement dans l’unité. En effet, porteuse de la variété des dons de
l’Esprit, l’Église locale a en son centre l’évêque dont la communion réalise
l’unité de tous et exprime la plénitude de l’Église.
26. Cette unité de l’Église locale est inséparable de la communion
universelle des Églises. Il est essentiel à une Église d’être en communion
avec les autres. Cette communion s’exprime et se réalise dans et par le collège
épiscopal. Par son ordination, l’évêque est constitué ministre d’une Église
qu’il représente dans la communion universelle.
27. L’ordination épiscopale, qui, selon les canons, est conférée au
moins par deux ou trois évêques, exprime la communion des Églises avec celle
de l’élu: elle agrège celui-ci à la communion des évêques. Dans
l’ordination les évêques exercent leur fonction de témoins de la communion
dans la foi apostolique et la vie sacramentelle, non seulement à l’égard de
celui qu’ils ordonnent, mais à l’égard aussi de l’Église dont il sera
l’évêque. Ce qui est fondamental pour l’incorporation du nouvel élu dans
la communion épiscopale, c’est qu’elle s’accomplit par le Seigneur
glorifié dans la puissance de l’Esprit Saint au moment de l’imposition des
mains.
Nous considérons ici seulement l’ordination sous son aspect sacramentel. Les
problèmes soulevés par le mode de l’élection seront étudiés plus tard.
28. L’ordination épiscopale confère à celui qui la reçoit par le don
de l’Esprit la plénitude du sacerdoce. Lors de l’ordination, la concélébration
des évêques exprime l’unité de l’Église et son identité avec la
communauté apostolique. Ils imposent les mains et invoquent l’Esprit Saint,
sur celui qui sera ordonné, comme seuls habilités à lui conférer le ministère
épiscopal. Ils le font, cependant, au sein de la prière de la communauté.
29. Par son ordination l’évêque reçoit tous les pouvoirs nécessaires
à l’accomplissement de sa fonction. Les conditions canoniques de l’exercice
de sa fonction et l’installation de l’évêque dans l’Église locale
seront discutées ultérieurement par la commission.
30. Le don conféré consacre, de manière définitive, au service de l’Église,
celui qui le reçoit. C’est un point de la doctrine traditionnelle en Orient
et en Occident que confirme le fait que, en cas de sanctions disciplinaires
contre un évêque, suivies de la réintégration canonique, on ne réordonne
pas. Sur ce sujet comme sur tous les points essentiels concernant
l’ordination, nos Églises ont une doctrine et une pratique communes, même si
sur certaines exigences canoniques et disciplinaires, telles que le célibat,
les usages peuvent être différents pour des raisons pastorales et
spirituelles.
31. Mais le ministère ecclésial s’exerce à travers une diversité de
fonctions. Celles-ci s’accomplissent dans l’interdépendance; aucune ne
saurait en remplacer une autre. Cela vaut spécialement des ministères
fondamentaux de l’évêque, du presbytre et du diacre, et des fonction des laïcs,
qui, tous ensemble, structurent la communauté eucharistique
32. Dans toute l’histoire de nos Églises les femmes ont joué un rôle
fondamental dont témoignent, non seulement la très Sainte Mère de Dieu, les
saintes femmes mentionnées dans le Nouveau Testament et les nombreuses saintes
que nous vénérons, mais aussi tant d’autres femmes qui jusqu’à
aujourd’hui ont servi l’Église de multiples manières. Leurs charismes
propres sont très importants dans l’édification du Corps du Christ. Mais nos
Églises restent fidèles à la tradition historique et théologique selon
laquelle elles n’ordonnent au ministère sacerdotal que des hommes.
33. De même que les apôtres ont rassemblé les premières communautés en
annonçant le Christ, en célébrant l’eucharistie, en conduisant les baptisés
vers une communion croissante avec le Christ et entre eux, ainsi l’évêque,
établi par le même Esprit, continue d’annoncer le même Evangile, de présider
à la même eucharistie, de servir l’unité et la sanctification de la même
communauté. Il est ainsi l’icône du Christ serviteur au milieu de ses frères.
34. Parce que c’est à l’Eucharistie que l’Église se manifeste en plénitude,
c’est également dans la présidence de l’eucharistie que le rôle de l’évêque
et du presbytre apparaît en pleine lumière.
35. En effet, dans la célébration eucharistique les croyants s’offrent
avec le Christ comme sacerdoce royal. Ils le font grâce à l’acte du ministère
rendant présent au milieu d’eux le Christ lui-même qui annonce la Parole,
fait que le pain et la coupe deviennent par l’Esprit son Corps et son Sang,
les incorporant à lui, leur donnant sa vie. De plus, la prière et l’offrande
du peuple, incorporé au Christ, sont comme récapitulées dans la prière
d’action de grâce de l’évêque et son offrande des dons.
36. L’eucharistie réalise ainsi l’unité de la communauté chrétienne.
Elle manifeste aussi l’unité de toutes les Églises qui la célèbrent en vérité
et, plus encore, l’unité à travers les siècles de toutes les Églises avec
la communauté apostolique depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Dans
l’Esprit, elle rejoint, au-delà de l’histoire, la grande assemblée des apôtres,
des martyrs, des témoins de tous les temps réunis autour de l’Agneau. Ainsi,
acte central du ministère épiscopal, elle rend déjà présent le monde à
venir: l’Eglise rassemblée dans la communion s’offrant au Père, par le
Fils dans l’Esprit Saint.
37. Celui qui préside ainsi à l’eucharistie a la responsabilité de
garder la communion dans la fidélité à l’enseignement des apôtres et de la
guider dans la vie nouvelle. Il est son serviteur et son pasteur. L’évêque
est aussi le guide de toute la vie liturgique de son Église locale et, à son
exemple, elle devient une communauté de prière. Il préside à sa louange et
à son intercession, et lui-même prie sans cesse pour tous ceux que le Seigneur
lui a confiés, se sachant responsable de chacun devant le tribunal de Dieu.
38. Il lui revient aussi de veiller à ce que soit donné à son peuple,
par la prédication et la catéchèse, le contenu authentique de la Parole de
Dieu livrée aux apôtres «une fois pour toutes». Il est, en effet, le premier
responsable de l’annonce de la Parole de Dieu dans son diocèse.
39. C’est aussi à lui qu’il incombe d’entraîner ce peuple vers
l’annonce à tous les hommes du salut en Jésus Christ, et vers un témoignage
qui incarne cette annonce. Il lui revient donc d’administrer son Église de
telle façon qu’elle demeure toujours fidèle à sa vocation chrétienne et à
la mission qui en découle. En tout cela, cependant, il demeure un membre de
l’Église appelé à la sainteté et dépendant du ministère salvifique de
cette Église, comme saint Augustin le rappelle à sa communauté: «pour vous
je suis évêque, avec vous je suis chrétien». Lors de son ordination, l’évêque
fait sienne la foi de l’Église entière en la confessant solennellement et
devient ainsi père dans la mesure où il est devenu pleinement son fils par
cette confession. Il est essentiel à l’évêque d’être le père de son
peuple.
40. Comme successeurs des apôtres, les évêques sont responsables de la
communion dans la foi apostolique et de la fidélité aux exigences d’une vie
selon l’Evangile.
41. C’est dans la présidence de l’assemblée eucharistique que le rôle
de l’évêque trouve son achèvement. Les presbytres forment le collège qui
l’entoure lors de cette célébration. Ils exercent les responsabilités que
l’évêque leur confie en célébrant les sacrements, en enseignant la Parole
de Dieu et en gouvernant la communauté en communion profonde et continuelle
avec lui. Le diacre, lui, est attaché au service de l’évêque et du prêtre
et il sert de lien entre eux et l’assemblée des fidèles.
42. Le prêtre, ordonné par l’évêque et sous sa dépendance, est envoyé
pour accomplir des tâches déterminées; il est surtout envoyé à une
communauté paroissiale pour en être le pasteur: il préside à l’eucharistie
sur l’autel (consacré par l’évêque), il est ministre des sacrements pour
la communauté, il annonce l’Evangile et catéchise, il a la charge de garder
dans l’unité les charismes du peuple (laos) de Dieu; il apparaît
comme le ministre ordinaire de la communauté eucharistique locale, et le diocèse
est alors une communion de communautés eucharistiques.
43. Le diaconat est exercé au service de l’évêque et du presbytre,
dans la liturgie, l’évangélisation et la diaconie de la charité
IV.
La succession apostolique
44. Le même et unique ministère du Christ et des apôtres demeure
agissant dans l’histoire. Cette action est, par l’Esprit, la percée du «monde
qui vient», dans la fidélité à ce que les apôtres ont transmis de ce que Jésus
a fait et enseigné.
45. L’importance de cette succession vient encore de ce que la tradition
apostolique concerne la communauté et non seulement un individu isolé, ordonné
évêque. La succession apostolique se transmet à travers les Eglises locales («dans
chaque ville», selon l’expression d’Hégésippe; «en raison de leur
consanguinité de doctrine», selon Tertullien dans le De Praescriptione, 32,
6). Il s’agit d’une succession de personnes dans la communauté, car l’Una
Sancta est communion d’Églises locales et non d’individus isolés. C’est
dans ce mystère de la koinônia que l’épiscopat apparaît comme le
foyer de la succession apostolique.
46. Selon ce que nous avons déjà dit dans le document de Munich, «la
succession apostolique dit donc plus qu’une pure transmission de pouvoirs,
Elle est succession dans une Église témoin de la foi apostolique, en communion
avec les autres Églises témoins de la même foi apostolique. La «sedes» (la cathedra)
joue un rôle capital dans l’insertion de l’évêque au coeur de
l’apostolicité ecclésiale» (Document de Munich II, 4). Nous précisons
que le terme «cathedra» est utilisé ici au sens de la présence de l’évêque
dans chaque Église locale.
47. «D’autre part, une fois ordonné, l’évêque devient dans son Église
le garant de l’apostolicité, celui qui représente au sein de la communion
des Églises, son lien avec les autres Églises. C’est pourquoi, dans son
Église, toute eucharistie ne peut se célébrer en vérité que présidée
par lui ou par un presbytre en communion avec lui. Sa mention dans
l’anaphore est essentielle» (id.).
48. «Le rattachement à la communion apostolique relie l’ensemble des évêques,
assurant l’épiscopé des Églises locales, au collège des apôtres
(id. III, 4). Les évêques sont ainsi enracines dans le «une fois pour toutes»
du groupe apostolique par lequel le Saint-Esprit témoigne de la foi. En effet,
comme fondement de l’Église, les Douze sont uniques. Pourtant il fallait que
d’autres hommes rendent visible leur irremplaçable présence. De cette façon
serait assuré le lien de chaque communauté tant avec la communauté des
origines qu’avec la communauté eschatologique.
49. Par son ordination chaque évêque devient successeur des apôtres
quelle que soit l’Église à laquelle il préside ou les prérogatives (presbeta)de cette Église parmi les autres Églises.
50. Incorporé dans le nombre de ceux auxquels a été confiée la
responsabilité particulière pour le ministère du salut, et placé ainsi dans
la succession des apôtres, l’évêque doit transmettre leur enseignement
aussi bien que leur ressembler dans toute sa vie. Irénée de Lyon s’exprime
ainsi: «C’est là où furent déposés les charismes de Dieu qu’il faut
s’instruire de la vérité, c’est-à-dire auprès de ceux en qui se trouvent
réunies la succession dans l’Église depuis les apôtres, l’intégrité
inattaquable de la conduite et la pureté incorruptible de la parole» (Adv
Haer. IV, 26, 5). Parmi les fonctions essentielles de l’évêque se trouve
celle d’être dans son Église par l’Esprit témoin et garant de la foi et
instrument qui la maintient dans la fidélité apostolique. La succession
apostolique est également une succession dans les efforts et les souffrances
des apôtres au service de l’Evangile et dans la défense du peuple confié à
chaque évêque. Selon la parole de la première épître de saint Pierre, la
succession apostolique est aussi une succession dans la présence de miséricorde
et de compréhension, de défense des faibles, d’attention constante à ceux
qui sont échus en partage, l’évêque devenant ainsi modèle du troupeau (cf.
1 P 5, 1-4; 2 Cor 4, 8-11; 1 Tm 4, 12, Tt 2, 7).
51. Il revient de plus au ministère épiscopal d’articuler et
d’organiser la vie de l’Église avec ses services et ses charges. Il lui
revient aussi de veiller au choix de ceux et celles qui auront à exercer des
responsabilités dans son diocèse. La communion fraternelle veut que tous les
membres, ministres ou laïcs, s’écoutent les uns les autres pour le bien du
peuple de Dieu.
52. Au cours de son histoire, l’Église en Orient et en Occident a connu
des formes diverses d’exercice de la communion entre les évêques: par les échanges
épistolaires, par les visites d’une Église à l’autre, mais principalement
par la vie synodale ou conciliaire. Dès les premiers siècles, une distinction
et une hiérarchie s’est instaurée entre Églises de fondation plus ancienne
et Églises de fondation plus récente, entre Églises mères et Églises
filles, entre Églises des villes majeures et Églises plus périphériques.
Cette hiérarchie ou taxis trouva bientôt son expression canonique
formulée par les conciles, en particulier dans les canons qui furent reçus
dans l’ensemble des Églises d’Orient et d’Occident. Ce sont en premier
lieu les canons 6 et 7 du Ier Concile de Nicée (325), le canon 3 du
Ier Concile de Constantinople (IIe Concile œcuménique,
381), le canon 28 de Chalcédoine (IVe Concile œcuménique, 451), comme aussi
les canons 3, 4 et 5 de Sardique (343) et le premier canon du Concile de
Sainte-Sophie (879-880). Même si ces canons n’ont pas toujours été interprétés
de la même manière en Orient et en Occident, ils appartiennent au patrimoine
de l’Église. Ils ont attribué une place et des prérogatives reconnues dans
l’organisation de la vie synodale de l’Église aux évêques qui occupaient
certains sièges métropolitains ou majeurs. Ainsi s’est formée la
pentarchie: Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, même si
au cours de l’histoire sont apparus en dehors de la pentarchie d’autres
archevêques, métropolites, primats et patriarches.
53. Le caractère synodal de l’action des évêques se manifestait
surtout dans les question débattues qui intéressaient plusieurs Églises
locales ou l’ensemble des Églises. Ainsi dans chaque région ont été
organisés les différents types de synodes ou conciles locaux ou régionaux et
de conférences d’évêques. Leurs formes ont pu changer selon les lieux et les époques, mais leur principe
est de manifester et de rendre efficiente la vie de l’Église par l’action
conjointe des évêques sous la présidence de celui qu’ils reconnaissaient
comme le premier parmi eux. En effet, selon le canon 34 des apôtres, présent
dans la tradition canonique de nos Églises, le premier des évêques ne décide
qu’en accord avec les autres évêques et ceux-ci ne décident rien
d’important sans l’accord du premier.
54. Dans les conciles œcuméniques, réunis dans l’Esprit Saint lors de
situations de crise, les évêques de l’Église, avec une autorité suprême,
ont décidé en commun de la foi et édicté les canons pour affirmer la
Tradition des apôtres dans des circonstances historiques qui menaçaient
directement la foi, l’unité et l’œuvre de sanctification de tout le peuple
de Dieu, mettant en cause l’existence même de l’Église et sa fidélité à
son Fondateur, Jésus Christ.
55. C’est dans cette perspective de la communion entre les Églises
locales que pourrait être abordé le thème de la primauté dans l’ensemble
de l’Église et en particulier celui de la primauté de l’évêque de Rome,
qui constitue une divergence grave entre nous et qui sera discuté ultérieurement.
Valamo (Finlande), 26 juin, 1988