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Commission
Théologique Internationale
CHAPITRE I
DE LA DIACONIE DU CHRIST À LA DIACONIE DES APÔTRES
I. Diaconie du Christ et existence chrétienne
Par l’incarnation du Verbe qui est Dieu et par qui tout a été fait (cf. Jn
1,1-18) s’est réalisée la révolution la plus inimaginable. Le kyrios est
le diakonos de tous. Le Seigneur Dieu vient à notre rencontre dans son
Serviteur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu (Rm 1,3), qui était dans le
morphe theou, “n’a pas usé de son droit d’être traité comme Dieu, mais s’est
dépouillé prenant la morphe doulou. Devenu semblable aux hommes…, il
s’est abaissé et s’est fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une
croix” (Ph 2,6-8).
On peut ainsi saisir, dans une perspective christologique, ce qu’est l’essence
du chrétien. L’existence chrétienne est participation à la diakonia, que
Dieu lui-même a accomplie pour les hommes; elle conduit également à la
compréhension de l’accomplissement de l’homme. Être chrétien signifie, à
l’exemple du Christ, se mettre au service des autres jusqu’au renoncement et don
de soi, par l’amour.
Le baptême confère le diakonein à tout chrétien, qui, en vertu de sa
participation à la diakonia, leiturgia et martyria de
l’Église, coopère au service du Christ pour le salut des hommes. En effet, étant
membres du Corps du Christ, tous doivent devenir serviteurs les uns des autres
avec les charismes qu’ils ont reçus pour l’édification de l’Église, et celle des
frères dans la foi et l’amour: “Si quelqu’un assure le service, que ce soit
comme par un mandat reçu de Dieu” (1P 4,11-12; cf. Rm 12,8; 1Co 12,5).
Ce service des chrétiens aux autres peut également se concrétiser dans des
expressions diverses de charité fraternelle, de service auprès des malades du
corps ou de l’âme, auprès des nécessiteux, des prisonniers (Mt 25), dans l’aide
apportée aux églises (Rm 15,25; 1Tm 5,3-16) ou dans diverses formes d’assistance
aux apôtres, ainsi qu’on le conçoit pour les collaborateurs et collaboratrices
de l’apôtre saint Paul, qui leur adresse ses salutations (Rm 16,3-5; Ph 4,3).
II. diaconie des Apôtres
Parce qu’il était le doulos, exécutant en toute obéissance la volonté de
salut du Père, Jésus-Christ fut institué Seigneur de toute la création. Il se
fait le réalisateur de la souveraineté de Dieu par le don de sa vie: car “le
Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa
vie en rançon pour la multitude” (Mc 10,45). Et c’est aussi de cette manière que
Jésus a institué les Douze “pour être ses compagnons et pour les envoyer
prêcher, avec pouvoir de chasser les démons” (Mc 3,14-15). De manière
radicalement opposée aux seigneurs et puissants de ce monde qui abusent de leur
pouvoir, oppriment et exploitent les hommes, le disciple doit être prêt à
devenir diakonos et doulos de tous (Mc 10,42-43).
Le diakonein est la caractéristique essentielle du ministère d’apôtre.
Les apôtres sont collaborateurs et serviteurs de Dieu (cf. 1Th 3,2; 1Co 3,9; 2Co
6,1), “serviteurs du Christ et intendants des mystères de Dieu” (1Co 4,1). Ils
sont “ministres d’une nouvelle alliance” (2Co 3,6) et ministres de l’Évangile
(cf. Col 1,23; Ep 3,6s), “serviteurs de la parole” (Ac 6,4). Ils sont, dans leur
fonction d’apôtres, “ministres de l’Église”, afin de réaliser en plénitude
l’avènement de la parole du Christ chez les croyants (cf. Col 1,25) et
d’organiser l’édification de l’Église, Corps du Christ, dans l’amour (cf. Ep
4,12). Les apôtres deviennent serviteurs des croyants à cause du Christ, lorsque
ce n’est pas eux qu’ils annoncent, mais le Christ Jésus, Seigneur (2Co 4,5). Ils
sont envoyés au nom du Christ, la parole leur ayant été transmise pour qu’ils la
proclament au service de la réconciliation. Par eux, Dieu lui-même exhorte
et agit dans l’Esprit Saint et dans le Christ Jésus, qui a réconcilié le
monde avec lui (cf. 2Co 5,20).
III. Diaconie des collaborateurs des Apôtres
Au sein des communautés pauliniennes se présentent, avec, à côté ou après saint
Paul, saint Pierre et les onze autres apôtres (cf. 1Co 15,3-5; Ga 2), des
collaborateurs directs de saint Paul dans le ministère apostolique (p.ex.
Sylvain, Timothée, Tite, Apollos) ainsi que de nombreux alliés dans les
activités apostoliques et dans le service aux églises locales (2Co 8,23): c’est
le cas d’Epaphrodite (Ph 2,25), Epaphras (Col 4,12) et Archippe (Col 4,17),
nommés serviteurs du Christ. Dans l’adresse de l’Épître aux Philippiens (vers
50), saint Paul salue particulièrement “leurs épiscopes et leurs diacres” (Ph
1,1). Ici, il faut penser aux ministères en train de prendre forme dans
l’Église.
Certes, la terminologie des ministères n’est pas encore fixée. On parle des
proistamenoi (Rm 12,8), “qui sont à votre tête dans le Seigneur et qui vous
reprennent”, que les Thessaloniciens les estiment “avec une extrême charité, en
raison de leur travail“ (1Th 5,12); on parle des chefs (hegoumenoi), “qui
vous ont fait entendre la parole de Dieu”; et l’Epître aux Hébreux ajoute:
“Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles” (13,7.17; cf. 13,24; cf. 1Clem 1,3;
21,6); on parle des “hommes envoyés” qui conduisent les communautés (cf. Ac 15,
22), des apôtres, prophètes, docteurs (cf. 1Co 12,28; Gal 6,6; Ac 13,1;
14,4.14), des “évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs” (Ep 4,11). Saint Paul
dit de Stephanas, de Fortunatus et d’Achaïcus, “prémices d’Achaïe”, “qu’ils se
sont rangés d’eux-mêmes au service des saints” (1Co 16,15); il exhorte les
Corinthiens: “Rangez-vous sous de tels hommes, et sous quiconque travaille et
peine avec eux” (1Co 16,16).
L’activité exprimée dans ces termes signale les titres officiels se
cristallisant peu après. Il ressort de ces documents que l’Église primitive
attribue la formation des divers ministères à l’action de l’Esprit Saint (1Co
12,28; Ep 4,11; Ac 20,28) et à l’initiative personnelle des apôtres, qui doivent
leur envoi en mission au Très-Haut et Seigneur de ce monde et qui ancrent leur
rôle sustentateur de l’Église dans le pouvoir qu’ils ont reçu de lui (Mc
3,13-19; 6,6-13; Mt 28,16-20; Ac 1,15-26; Ga 1,10-24).
Le diakonein s’est révélé comme détermination radicale de l’existence
chrétienne, en s’exprimant dans le fondement sacramentel de l’être chrétien,
de l’édification charismatique de l’Église, ainsi que de l’envoi en mission des
apôtres et du ministère – découlant de l’apostolat – de la proclamation
de l’Évangile, de la sanctification et de la direction des églises.
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