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Homélie en la Basilique d’ARS
Avec les séminaristes de la « Société
S. Jean-Marie Vianney »
14 septembre 1998 – Fête de la " Croix
glorieuse "
Mes biens chers frères,
" Ce monde, tel qu’il est aujourd’hui,
ce monde confié à l’amour et au ministère des pasteurs de l’Eglise, Dieu
l’a tant aimé qu’il a donné pour lui son Fils unique " (cf. Jn
3,16). Tels sont pratiquement les derniers mots du Concile
Vatican II, dans son décret sur les prêtres (PO 22).
Le mystère de la Croix glorieuse nous invite
à toujours revenir à cette réalité : Dieu a aimé le monde, jusqu’au
sacrifice de son Fils. Dans son encyclique sur la miséricorde (n. 7), le
Saint-Père soulignait : " Dans la passion et la mort du Christ -
dans le fait que le Père n’a pas épargné son Fils, mais "l’a fait
péché pour nous", s’exprime la justice absolue, car le Christ subit la
passion et la croix à cause des péchés de l’humanité. Il y a vraiment là
une "surabondance" de justice, puisque les péchés de l’homme se
trouvent "compensés" par le sacrifice de l’Homme-Dieu. Toutefois
cette justice divine révélée dans la croix du Christ est "à la mesure"
de Dieu, parce qu’elle naît de l’amour et s’accomplit dans l’amour, en
portant des fruits de salut ". Croire dans le Fils crucifié signifie
donc " croire que l’amour est présent dans le monde, et que cet
amour est plus puissant que les maux de toutes sortes dans lesquels l’homme, l’humanité
et le monde sont plongés. Croire en un tel amour signifie croire dans la
miséricorde. "
Or de ce sacrifice du Christ, les prêtres
sont dépositaires. Ils ont en eux la source vive qui peut porter la
miséricorde au monde. À chaque Messe, ils rendent présent le monde d’aujourd’hui
à cet unique sacrifice, ce signe si déconcertant de la tendresse de Dieu qui
nous redit que Dieu veut faire miséricorde au monde. Et plus que cela :
qui réalise cette victoire de la miséricorde, et qui rend possible, dans le cœur
de tous les fidèles, un nouvel engagement en faveur de ce monde, en communion
avec le Christ.
Nous nous trouvons devant la chasse du Saint
Curé d’Ars. Son langage était différent de celui du Concile, mais la
réalité dont il vivait était la même : " Toutes les bonnes œuvres
réunies n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les
œuvres des hommes, et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. Le martyre n’est
rien à comparaison : c’est le sacrifice que l’homme fait à Dieu de sa
vie : la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l’homme de son corps
et de son sang " (Monnin I, 342). L’Eglise a traduit cela en
rappelant, dans le décret Presbyterorum Ordinis, que la Messe est la
" cause finale " des trois dimensions du sacerdoce. En
rappelant également que ces dimensions sont inséparables : je ne peux
prêcher, et je ne peux étendre la miséricorde, dans les oeuvres sociales, que
si je l’ai d’abord expérimentée à la Messe. Nous avons un autre
témoignage de Jean-Marie Vianney sur cette unité du ministère : il nous
disait " Je ne me repose que deux fois par jour : à l’autel et
en chaire ".
Demandons au saint Curé qu’il nous fasse
part de sa propre ferveur ; demandons-le pour nous, et pour tout le clergé
du monde dont il est devenu le protecteur, puisqu’il avertissait déjà :
" La cause du relâchement du prêtre, c’est qu’on ne fait pas
attention à la messe ". Puissions-nous nous engager à la célébrer
quotidiennement, quand bien même il ne serait pas possible de le faire en
présence de peuple (cf. Directoire pour le ministère et la vie des prêtres).
C’est au contact de cette miséricorde que nous trouverons un autre élément
indispensable pour travailler au service de ce monde à la manière que nous a
recommandée le Concile : la foi du semeur, qui ne cherche pas à mesurer
les résultats de son ministère parce qu’il sait que le Christ a vaincu le
monde et " qu’il peut tout faire, et bien au-delà de nos demandes
et de nos pensées " (Eph 20 ; cf. PO 22).
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