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Troisième rencontre internationale des
prêtres
Basilique Notre-Dame de Guadalupe (Mexico),
dimanche 12 juillet 1998
Homélie de son Éminence le cardinal Darío
Castrillón Hoyos,
Préfet de la Congrégation pour le clergé,
à l’occasion des ordinations concluant la
rencontre
Loué soit Jésus-Christ !
Nous célébrons aujourd’hui, comme moment
culminant de cette rencontre internationale des prêtres, en préparation du
prochain grand jubilé, un moment de joie très pure et de grâce ineffable.
Dans une époque marquée, comme la nôtre, par des replis égoïstes, c’est
un événement miraculeux qu’une flopée de nouveaux prêtres se prépare à
exercer l’œuvre sacerdotale du Christ dans la joie et dans une charité
sincère.
Il a été dit que chaque enfant qui naît
annonce que Dieu ne se lasse pas de l’humanité.
On peut dire que tout nouveau prêtre signifie
que Dieu veut, avec une sainte obstination, continuer à aimer passionnément
les hommes pour les sauver. Oui, pour les sauver parce que l’homme est
pécheur et a besoin du ministère de l’Église, dont la structure porteuse
pour appliquer la rédemption salvifique est justement le sacerdoce du Christ,
participé à tous ceux qui lui sont configurés ontologiquement.
Chacun de vous a à peine prononcé son
« me voici » « existensif » !
Vous l’avez dit avec conviction et joie, en
reprenant en une seule parole très brève la déclaration publique et
solennelle d’un autre « me voici »: celui que vous avez proféré
en l’intime de vous-mêmes quand vous avez eu la certitude de la vocation.
Saint Jérôme, à ce sujet, remarque comment le prophète en disant « me
voici » s’abandonne avec confiance, sans rien ajouter d’autre parce
que la certitude lui vient du « va » que Dieu lui dira (cf.
Hieronymus - Epistulae 18B). Une vocation splendide, qui est de toujours,
parce que Dieu a pensé à vous pour être ses prêtres depuis l’éternité :
Avant de te former dans le sein maternel je te
connaissais, avant que tu viennes à la lumière, je t’avais consacré :
je t’ai établi prophète des nations (Jr 1,5).
« Me voici », cela anticipe cette
disponibilité et cette obéissance que vous donnerez à l’évêque quand il
vous confiera une mission et vous enverra dans le champ de l’apostolat qui
vous est destiné, dans la conscience de devoir collaborer à la croissance et
à la bonne santé du corps ecclésial tout entier, universel, catholique. Nous
lisons ces mots évocateurs dans la Lettre au nouvel ordonné Anfilochio (CLXI,
1-2) : « Même ta patrie se réjouit de la Providence du Seigneur et
elle ne considère pas qu’elle a été privée d’un homme, mais plutôt qu’elle
a conquis toutes les Églises à travers cet homme ».
« Me voici » exprime également le
« oui » mûri dans le temps et dans l’effort de vos mères et de
vos pères ; il exprime la sollicitude empressée et l’exemple de vos
curés et de vos directeurs spirituels, des bons prêtres que vous avez connu
depuis l’enfance et l’adolescence ; il exprime le continuel engagement
éducatif de vos supérieurs de séminaire ; les prières et les sacrifices
humbles et cachés de tant de fidèles, des malades, des amis de vos
communautés de provenance, les offrandes très précieuses de tant de
religieuses et d’âmes généreuses, répandues dans le monde entier.
Derrière votre « me voici » il y a un monde mystérieux et très
réel, totalement pénétré de la réalité la plus exaltante de notre sainte
mère l’Église : la communion des saints !
Très chers, d’ici peu à travers l’imposition
des mains et la prière consécratoire que je prononcerai comme successeur des
apôtres, vous serez empreints d’un sceau particulier du Saint-Esprit, qui
réalisera en vous une configuration mystérieuse et réelle au Christ, Tête et
Pasteur de l’Église : vous serez consacrés comme de vrais prêtres du
Nouveau Testament, et à ce titre, qui vous unit dans le sacerdoce à vos
évêques, vous serez des prédicateurs de l’Évangile, des pasteurs du peuple
de Dieu, les ministres et les dispensateurs des divins mystères.
Vous sortirez de ce sanctuaire, cœur du
continent américain, avec la joyeuse conscience d’être un prolongement de la
sacro-sainte humanité du Christ.
Vous consacrerez dans l’Eucharistie le pain
et le vin en rendant présent sur l’autel le Saint Sacrifice de l’unique
rédempteur. Vous dispenserez aux âmes le très Saint-Sacrement en concentrant
autour de lui la foi et la piété des fidèles, en les préparant à être
offerts en sacrifices spirituels, en union avec celui du Christ.
Vous recueillerez les confidences des âmes
pénitentes, en remettant les péchés au nom du Christ et de l’Église et en
restituant aux âmes la joie d’être et de se sentir aimées jusqu’au don
parfait : le pardon de Jésus Sauveur. Vous donnerez de nouveaux fidèles
au Peuple de Dieu dans le sacrement de Baptême, et dans la succession des
heures du jour vous ferez monter fidèlement vers Dieu la prière officielle de
louange et d’action de grâce, pour vos fidèles et pour le monde entier ;
vous rassemblerez le monde par la prière et vous en serez ainsi les plus grands
bienfaiteurs !
D’ici peu vous sortirez d’ici avec la
conscience d’être des ambassadeurs de l’absolu, parmi les anxiétés de ce
monde ; d’être porteurs de la parole qui demeure pour l’éternité au
milieu de la confusion des paroles qui passent comme les feuilles dans le vent ;
d’être envoyés pour annoncer avec l’autorité du Christ les certitudes
absolues et salvifiques à tant de frères égarés dans le labyrinthe de doutes
angoissants et d’erreurs grossières.
Vous ne vous prêcherez pas vous-mêmes, mais
- comme l’avertit Saint Paul - vous prêcherez le Christ Jésus Seigneur,
parce que vous êtes serviteurs du Peuple de Dieu pour l’amour de Jésus...
pour faire resplendir la connaissance de la gloire divine qui brille sur le
visage du Christ (2 Cor 4, 5).
Les âmes, qu’elles soient proches ou
lointaines, ont le droit d’attendre de votre part que... vous annonciez
ouvertement la vérité (2 Cor 4, 2) ; elles exigent, et elles en ont le
droit, que le message chrétien leur soit communiqué de la façon la plus
efficace dans sa forme et la plus absolument fidèle dans sa substance, pur et
intègre en chacune de ses parties, sans contaminations mondaines et sans
raccourcis, mais tel qu’il est, comme l’Église l’a toujours enseigné.
Vous ne pouvez pas ignorer ou demeurer
insensible à une demande de sens qui monte, forte et douloureuse, du cœur de
tant de personnes. Elles demandent votre aide spécifique de prêtres pour
trouver le sens de Dieu et de l’homme, le pourquoi ultime de la vie et de la
mort, du péché et de la douleur, de la souffrance salvifique et de la
Réconciliation qui unit à Dieu.
Peut-être devrez-vous redimensionner quelques
activités extérieures dispersives pour donner à l’annonce de la parole la
priorité absolue, et à la recherche patiente et laborieuse de plus profonds
niveaux de spiritualité le plus grand engagement.
La tâche qui vous attend et formidable. Si
vous êtes tentés de répéter les objections de Jérémie : « Pitié,
Seigneur Dieu, voici que je ne sais pas parler, parce que je suis jeune »,
vous ne devez pas vous décourager. Le Seigneur s’adresse à vous comme il s’est
adressé au prophète : « Ne dis pas je suis jeune, mais va vers ceux
à qui je t’enverrai et annonce-leur ce que je t’ordonnerai. Ne les crains
pas : je suis avec toi pour te protéger. Voici : Je mets mes paroles
dans ta bouche » (Jer 1, 7-9). Ne craignez rien parce que vous êtes les
« Christs » du Seigneur, ses « oints », ses consacrés,
et Il a vaincu le monde !
Rappelez-vous plutôt que vous serez toujours
perdants si vous voulez vous séculariser dans la façon de penser, de faire, de
vous présenter, etc., parfois même dans le but de pouvoir rencontrer ceux qu’on
appelle les « lointains » (alors que souvent ce sont eux justement qui
demandent, parfois même sans s’en apercevoir, le bon esprit ecclésiastique) ;
vous serez toujours vainqueurs si vous vous établissez avec une sainte joie,
avec force, avec simplicité en ce qui est votre « domaine » incommunicable de
consacrés à la cause du Christ ; vous serez vainqueurs si vous vous
montrez toujours pour ce que vous êtes, si votre identité est nette et si
votre ministère pastoral en est le rayonnement conséquent, si vous êtes
toujours et partout seulement des prêtres !
Vous le serez si vous pouvez dire « ce n’est
plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ».
La vocation vous appelle à ce sommet,
exigeant mais certainement pas impossible à atteindre. Que le Christ soit la
pensée qui domine notre esprit, l’amour personnel qui donne joie au cœur, le
motif d’inspiration qui unifie toutes nos actions. Le célibat sacré, l’obéissance
et la liberté intérieure face aux biens de ce monde constituent la
merveilleuse panoplie pour pouvoir réussir en cette admirable entreprise.
Frères et sœurs, nous sommes réunis ici
dans l’émotion et pleins d’une joie intime : faisons monter ensemble
notre action de grâce, et aussi notre supplication au Père des miséricordes ; que
par l’intercession de Marie toujours vierge, mère du Christ et notre mère,
modèle de la vie évangélique et apostolique, soient gardés les grands dons
du Seigneur dans le cœur de ces nouveaux prêtres, et de tous les autres qui
portent le poids d’un effort apostolique maintenu au fil des ans : la
douceur, la paix, la ferveur, la fraternité sacerdotale, la persévérance, la
charité pastorale, la communion ecclésiale effective avec le Souverain Pontife.
Afin que le Peuple de Dieu soit nourri de
saine doctrine, et qu’avec un témoignage de vie cohérent, il reçoive
soutien et réconfort ; pour que le temple de Dieu qui est la sainte
Église grandisse avec la célébration pieuse des divins mystères !
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