The Holy See
back up
Search
riga

S. Congrégation pour le Clérgé

Directoire Catéchétique Général

(édition 1971)

 

Traduction par les soins du CNER sous le contrôle de Mgr Gand.

Ce Directoire Catéchétique Général Paraît conformément au Décret Christus Dominus, n. 44.

La préparation de ce document a demandé beaucoup de temps, en raison non seulement des difficultés inhérentes à ce genre de travail, mais aussi de la méthode employée pour le réaliser.

Après avoir constitué une commission spéciale composée d’hommes particulièrement compétents en matière catéchétique - provenant de diverses Nations et choisis d’après les indications recueillies auprès de plusieurs Épiscopats - on a d’abord sollicité les conseils et les avis d’Épiscopats différents.

Compte tenu de ces conseils et de ces avis, on a commencé par esquisser dans ses grandes lignes un schéma de Directoire, et on l’a soumis à l’examen de la Sacrée Congrégation pour le Clergé, réunie en séance plénière extraordinaire. Ensuite, on a établi un schéma plus détaillé sur lequel, de nouveau, les Conférences Épiscopales ont été invitées à exprimer leur sentiment. D’après les conseils et les remarques formulés par les Évêques en cette seconde consultation, on a procédé à l’élaboration du schéma définitif de Directoire, lequel, avant de devenir de droit public, a cependant été révisé par une commission spéciale de théologiens et par la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Ce Directoire vise à fournir les principes fondamentaux théologico-pastoraux, tirés du Magistère ecclésiastique et particulièrement du Concile Œcuménique Vatican II, qui sont de nature à orienter et coordonner de manière convenable l’action pastorale du ministère de la parole. C’est ce qui explique pourquoi, dans ce Directoire, domine l’aspect théorique, bien que de toute évidence l’aspect pratique ne soit aucunement absent. Cette voie et cette méthode ont été choisies surtout pour la raison suivante : c’est seulement quand on a, dès le départ, une connaissance exacte de la nature et des fins de la catéchèse, et des vérités qu’elle a à transmettre - compte tenu des destinataires de la catéchèse et des situations dans lesquelles ils se trouvent - qu’il est possible d’éviter les défauts et les erreurs qu’il n’est pas rare de rencontrer aujourd’hui en matière catéchétique. Quant à l’application concrète des propositions et des principes contenus dans ce Directoire, c’est la fonction spécifique des divers Épiscopats : ils s’en acquittent par des Directoires nationaux et régionaux, des catéchismes, et tous autres moyens aptes à promouvoir efficacement l’œuvre du ministère de la parole.

Il est évident que toutes les parties de ce Directoire n’ont pas la même importance. Ce qui est dit de la révélation divine, de la nature de la catéchèse, des critères de l’annonce du message chrétien, ainsi que de ses éléments principaux, s’impose à l’attention de tous. Par contre, ce qui est dit de la situation présente, de la méthodologie, de la catéchèse selon les âges, est à considérer plutôt comme des suggestions et des indications, étant donné que bien des choses sont nécessairement tirées des sciences humaines théoriques ou pratiques et sont susceptibles d’une certaine évolution.

Ce Directoire est principalement destiné aux Évêques, aux Conférences Épiscopales et, en général, à tous ceux qui, sous leur direction et leur contrôle, ont une responsabilité dans le domaine de la catéchèse. Le but, que se propose dans l’immédiat ce Directoire, est d’apporter une aide à la composition des directoires catéchistiques et des catéchismes. C’est précisément pour aider à la préparation de ces documents qu’on a proposé certains traits fondamentaux des situations actuelles, afin de susciter, dans les diverses parties de l’Église, des recherches attentives et diligentes sur les conditions et les nécessités pastorales de chaque pays ; en outre, on a indiqué quelques principes généraux de méthodologie et d’application de la catéchèse aux différents âges, pour souligner à quel point il est nécessaire d’apprendre l’art et la sagesse de l’éducation ; enfin, dans une troisième partie, on a apporté un soin particulier à déterminer les critères d’après lesquels il faut proposer les vérités que doit transmettre la catéchèse ; en même temps, on y donne une vue d’ensemble des éléments essentiels de la foi chrétienne, afin qu’apparaisse en pleine lumière le but que doit nécessairement garder la catéchèse : proposer intégralement le message chrétien.

Ce Directoire étant destiné à des Nations où les conditions et les nécessités pastorales sont très différentes, il est évident que seules ont pu être prises en considération les situations communes ou, comme on dit, moyennes. C’est pourquoi on devra, pour juger et apprécier ce Directoire, tenir compte de cette structure et de ce caractère particuliers. Il faut en dire tout autant de la description du travail pastoral, que propose la sixième partie. Il s’agit des moyens à employer pour promouvoir l’action pastorale, et l’on s’est contenté d’en dessiner les grands traits. Cela ne suffira peut-être pas dans les régions où la catéchèse a déjà fait de grands progrès, mais sans doute cela apparaîtra-t-il trop exigeant là où la catéchèse a encore peu progressé.

Au moment où paraît ce document, nouveau témoignage de la sollicitude de l’Église envers un ministère absolument indispensable au bon accomplissement de sa mission dans le monde, il est à souhaiter qu’il reçoive bon accueil, et qu’il soit examiné et étudié avec grand soin, compte tenu des nécessités pastorales de chacune des communautés ecclésiales ; qu’il puisse aussi stimuler des recherches ultérieures plus approfondies, qui répondent fidèlement aux exigences du ministère de la parole et aux normes du Magistère ecclésiastique.

 

 

PRINCIPALES ABRÉVIATIONS

 

AA = Apostolicam Actuositatem

AG = Ad Gentes divinitus

CD = Christus Dominus

DH = Dignitatis Humanae

DV = Dei Verbum

GE = Gravissimum Educationis

GS = Gaudium et Spes

IM = Inter Mirifica

LG = Lumen Gentium

NA = Nostra Aetate

OT = Optatam Totius

PC = Perfectae Caritatis

PO = Presbyterorum Ordinis

SC = Sacrosanctum Concilium.

UR = Unitatis Redintegratio.

 

 

PREMIÈRE PARTIE

L’actualité du problème

 

NATURE ET BUT DE CETTE PARTIE

 

1. Le projet essentiel de l’Église étant d’annoncer la foi aux hommes d’aujourd’hui et de la promouvoir au cœur d’une société secouée par de profondes mutations socioculturelles, il importe, en ayant sous les yeux les enseignements du Concile Vatican II, de dégager certains traits ou caractères de la situation actuelle, en indiquant leurs répercussions spirituelles et les devoirs nouveaux qui incombent à l’Église. Ce faisant, il ne s’agit pas d’épuiser une matière qui offre, dans les diverses parties de l’Église, des éléments particuliers et souvent fort différents. Il reviendra aux directoires nationaux de compléter ces esquisses et de les adapter aux nécessités de chaque nation ou de chaque région.

 

Par rapport au monde

 

NOTRE MONDE EN CONTINUELLE ÉVOLUTION

 

2. " Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe... A tel point que l’on peut déjà parler d’une véritable métamorphose sociale et culturelle dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse " (GS, 4).

A titre d’exemple, voici deux incidences sur la vie de foi qui concernent plus particulièrement la catéchèse :

a) Dans le passé, la tradition culturelle favorisait plus qu’aujourd’hui la transmission de la foi ; elle a tellement changé que, désormais, on peut de moins en moins s’appuyer sur cette continuité de la tradition culturelle. Dès lors, pour transmettre aux nouvelles générations la même foi, il est indispensable de rénover, en quelque sorte, l’évangélisation.

b) Il faut remarquer que la foi chrétienne, si elle veut s’enraciner dans l’évolution culturelle, requiert des approfondissements et de nouvelles formes d’expression. Même si les aspirations et les requêtes profondes de la nature et de la condition humaines demeurent fondamentalement les mêmes, il reste que nos contemporains posent des questions nouvelles sur le sens et la valeur de la vie.

Les croyants de notre époque ne sont pas absolument semblables à ceux d’autrefois. D’où la nécessité d’affirmer la pérennité de la foi, mais aussi de proposer l’annonce du salut selon des modes renouvelés.

Aujourd’hui, il faut aussi tenir compte de l’immense rayonnement des moyens de communication sociale, dont l’efficacité dépasse les frontières des nations et fait, pour ainsi dire, de chaque individu un citoyen du monde (cf. IM, 22).

Ces moyens d’information exercent sur la vie des fidèles une extrême influence, tant par ce qu’ils leur apprennent que par la mentalité et les manières d’agir qu’ils leur inculquent. Il est indispensable de traiter ce fait avec toute l’attention qu’il mérite.

LE PLURALISME ACTUEL

3. " De ce fait, il se produit des changements, de jour en jour plus importants, dans les communautés locales traditionnelles (familles patriarcales, clans, tribus, villages), dans les différents groupes et dans les rapports sociaux " (GS, 6)

Dans la chrétienté de jadis, la religion était considérée comme le principe essentiel de l’unité des peuples. Les choses se présentent différemment de nos jours ; le rapprochement des peuples, qui tire son origine du phénomène démocratique, tend à développer la concorde entre diverses familles spirituelles ; le " pluralisme ", comme on dit, n’est plus considéré comme un mal à écarter, mais comme un fait dont il faut tenir compte ; chacun peut se comporter comme il l’entend, sans s’exclure de la société ni faire figure d’étranger.

Ceux donc qui s’adonnent au ministère de la parole ne doivent jamais oublier que la foi est une réponse libre à la grâce de Dieu qui révèle. Ils ont, plus encore qu’autrefois, à proposer la bonne nouvelle du Christ dans son admirable caractère à la fois de clé mystérieuse expliquant la condition humaine tout entière, et de don gratuit de Dieu que l’homme, dans l’aveu de sa propre insuffisance, ne peut recevoir que de la grâce céleste (cf. GS, 10).

LE DYNAMISME DE NOTRE ÉPOQUE

4. La construction de la cité humaine, le progrès de l’humanité et la réalisation croissante des projets des hommes stimulent les énergies de nos contemporains (cf. GS, 4). La foi ne doit absolument pas se considérer comme étrangère à ce progrès humain, même s’il comporte parfois de graves déviations. Aussi, le messager de l’Évangile doit-il savoir discerner cet état de choses et en montrer la signification.

Le ministère de la parole, en développant sa réflexion sur la vocation humaine et divine de l’homme, doit faire en sorte que l’Évangile répande ses germes vitaux d’authentique liberté et de progrès (cf. AG, 8, 12). Il doit également stimuler le désir de promouvoir le progrès de la personne humaine et de lutter contre cette manière de penser et d’agir qui favorise le fatalisme.

Ces réflexions veulent simplement montrer comment, aujourd’hui, le ministère de la parole doit orienter son action vers ce monde : " ... il est maintenant demandé à l’Église de transfuser la force éternelle, vitale, divine de l’Évangile dans les veines de la communauté humaine, telle qu’elle est aujourd’hui " (Jean XXIII, Const. Apost. Humanae salutis, AAS, 1962, page 6).

SITUATION ACTUELLE DU SENS RELIGIEUX

5. Il n’est pas rare que cette forme de civilisation, dite scientifique, technique et urbaine, détourne des choses divines l’attention des hommes et rende plus malaisées de véritables préoccupations d’ordre religieux. Pour beaucoup, Dieu semble moins présent, moins nécessaire, moins efficace pour expliquer les choses de la vie, tant personnelle que sociale : d’où naît aisément une crise religieuse (cf. GS, 5, 7).

La foi chrétienne fait l’expérience, tout comme les autres religions, d’une crise de ce genre parmi ses adeptes. Elle a donc le devoir pressant de témoigner de sa vraie nature qui transcende tout progrès culturel, et de marquer sa nouveauté dans les cultures sécularisées et désacralisées.

La fonction du ministère de la parole réclame que l’on sache découvrir, purifier et promouvoir les valeurs réelles qui existent dans le patrimoine spirituel des cultures humaines où le sens religieux demeure encore vivant et vigoureux, imprégnant en profondeur et en totalité l’existence humaine.

Autrefois, les opinions contestables ou les erreurs sur la foi et sur le sens chrétien de la vie ne touchaient le plus souvent qu’un nombre restreint d’hommes ; elles se limitaient plus nettement qu’aujourd’hui aux milieux intellectuels. Maintenant, les progrès de l’humanité et les moyens de communication sociale font, en réalité, que ces opinions se répandent à une vitesse accrue et influencent chaque jour davantage les chrétiens, surtout les jeunes qui traversent des crises graves et sont souvent enclins à admettre des manières de penser et d’agir opposées à la religion. Ces circonstances requièrent -véritablement des remèdes pastoraux adaptés.

 

Par rapport à l’Église

 

Les signes particuliers, qui caractérisent l’état spirituel du monde, se retrouvent également dans la vie de l’Église.

FOI " TRADITIONNELLE "

6. Pour beaucoup, la foi chrétienne s’est trouvée gravement en péril, là où la religion semblait surtout favoriser les prérogatives de certaines classes sociales, ou bien lorsqu’elle s’appuyait plus que de raison sur des coutumes ancestrales ou sur l’unanimité de la pratique religieuse dans la région.

Ces foules glissent peu à peu dans l’indifférence religieuse ou sont exposées au danger de ne garder qu’une foi privée de son nécessaire dynamisme, incapable de pénétrer efficacement la vie réelle. Plutôt que de s’en tenir à des coutumes religieuses traditionnelles, il s’agit, par-dessus tout, à l’heure actuelle, de s’appliquer à une ré-évangélisation des hommes, de les amener à une nouvelle conversion, de les éduquer au partage d’une foi plus profonde et plus personnelle.

Cela ne veut pas dire, toutefois, qu’il faille négliger la foi originelle conservée dans les groupes de culture chrétienne traditionnelle ou faire peu de cas du sens religieux populaire. Le sens religieux, nonobstant les progrès de la sécularisation, continue d’être bien vivant dans certaines parties de l’Église. Personne ne peut en faire fi, puisque, la plupart du temps, il s’exprime avec sincérité et authenticité dans la vie courante d’une multitude d’hommes. Bien plus, le sens religieux populaire est l’occasion, l’amorce d’une annonce de la foi. Il s’agit seulement, en réalité, de le purifier et d’apprécier correctement les éléments de valeur qu’il sous-tend, de façon à ne pas s’attacher à des formes d’action pastorale aujourd’hui insuffisantes, inadaptées, peut-être même hors de propos.

 

INDIFFÉRENCE RELIGIEUSE ET ATHÉISME

 

7. Nombre de baptisés se sont éloignés de la religion, au point de faire preuve d’un certain indifférentisme, voire presque d’athéisme. " Beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point que l’athéisme compte parmi les faits les plus graves de ce temps et doit être soumis à un examen très attentif " (GS, 19).

Le Concile Vatican II a pris sérieusement en considération ce problème (cf. GS, 19-20) et il a indiqué, sans équivoque, les remèdes à y apporter. " Quant au remède à l’athéisme, on doit l’attendre d’une part d’une présentation adéquate de la doctrine, d’autre part de la pureté de vie de l’Église et de ses membres. C’est à l’Église qu’il revient, en effet, de rendre présents et comme visibles Dieu le Père et son Fils incarné, en se renouvelant et en se purifiant sans cesse, sous la conduite de l’Esprit-Saint. Il y faut surtout le témoignage d’une foi vivante et adulte, c’est-à-dire d’une foi formée à reconnaître lucidement les difficultés et capable de les surmonter " (GS, 21).

Il y a même des cas où l’on rencontre une foi chrétienne contaminée par une forme nouvelle de paganisme, bien qu’il reste un certain sens religieux et une certaine croyance en l’Être suprême. Une mentalité religieuse peut être éloignée de l’influence de la parole de Dieu, de la pratique des sacrements, et même tirer profit d’une pratique superstitieuse ou magique ; la vie morale peut régresser vers une éthique pré-chrétienne. Dans la religion chrétienne, s’introduisent parfois des éléments empruntés au culte de la nature, à l’animisme, à la divination, et c’est ainsi qu’en certains endroits on en arrive au syncrétisme. Il arrive même que se propagent des sectes religieuses qui mêlent aux mystères chrétiens des éléments d’une mythologie antique.

Dans ces cas, il importe au plus haut point de renouveler le ministère de la parole, surtout l’évangélisation et la catéchèse, selon les directives du Décret Ad Gentes divinitus, n. 13, 14, 21, 22.

 

FOI ET DIVERSITÉ DES CULTURES

 

8. Il ne manque pas de fidèles, ayant reçu une excellente éducation chrétienne, qui éprouvent de la difficulté concernant une manière d’exprimer la foi qu’ils estiment trop attachée à des formules vieillies et surannées, ou trop liée à la culture occidentale. Aussi cherchent-ils à exprimer les vérités religieuses d’une manière nouvelle qui parle à l’esprit des contemporains, dans l’espoir que la foi éclaire les réalités qui touchent aujourd’hui les hommes, et que l’Évangile puisse passer dans les cultures diverses. C’est assurément le devoir de l’Église d’examiner, avec la plus grande attention, cette aspiration des hommes.

Ce que le Décret Ad Gentes divinitus recommande pour les églises de fondation récente vaut aussi pour tous ceux à qui incombe le ministère de la parole : " ... (les églises) empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et ordonner comme il le faut la vie chrétienne " (n. 22 ; cf. n. 21 ; Paul VI, Alloc. du 6 août 1969).

Pour cette raison, " en proposant d’une manière renouvelée le message évangélique, le ministère de la parole doit montrer l’unité du dessein salvifique de Dieu. Confusions et connaissances trop sommaires ayant été écartées, il doit toujours montrer la correspondance intime qui existe entre le projet salvifique de Dieu, accompli dans le Christ Seigneur, et les aspirations des hommes, entre l’histoire du salut et l’histoire humaine, entre l’Église peuple de Dieu et les communautés humaines, entre l’action révélatrice de Dieu et l’expérience de l’homme, entre les dons ou charismes surnaturels et les valeurs humaines " (Comm. 5, s/comm. 2. Conférence Générale de l’Épiscopat Latino-Américain, 1968).

 

LE RENOUVEAU

 

9. Ce nouvel état de choses, penseront peut-être certains, constitue une entrave à l’ardeur apostolique que l’Église s’efforce actuellement de promouvoir. En tout cas, on ne peut accuser ni le zèle des pasteurs ni celui des fidèles : en vérité, il est grand. Les obstacles viendraient plutôt, soit d’un manque trop fréquent de préparation suffisante pour affronter des tâches nouvelles et difficiles, soit de quelque réflexion sommaire qui s’exprime en des théories plus opposées que favorables à l’œuvre d’évangélisation.

Après avoir bien examiné cette situation, le Concile Vatican II a multiplié ses encouragements pour un renouveau du ministère de la parole dans l’Église. Ce renouveau paraît être mis en question aujourd’hui, surtout :

- par ceux qui ne sont pas capables de voir la profondeur de la rénovation entreprise, comme s’il ne s’agissait que de supprimer l’ignorance de la doctrine. Le remède serait, à leur avis, de renforcer l’institution catéchétique. A bien considérer les choses, on comprend tout de suite que le remède est loin d’être à la mesure du problème. En réalité, la proposition catéchétique doit être rénovée du dedans, et cette rénovation concerne l’éducation permanente de la foi, non seulement chez les enfants, mais chez les adultes.

- par ceux qui sont portés à réduire le message évangélique à ses conséquences pour la vie temporelle des hommes.

Certes, l’Évangile avec sa loi d’amour exige que les fidèles collaborent, autant qu’ils le peuvent, - dans l’exercice de leurs obligations et de leurs charges séculières - à instaurer de plus en plus la justice et la fraternité parmi les hommes. Cela, toutefois, ne saurait suffire pour témoigner de Jésus-Christ, le Fils de Dieu et notre Sauveur, qui nous a révélé l’ineffable amour de Dieu (cf. 1 Jn 4,9) et dont le mystère doit être clairement et intégralement annoncé aux hommes et reconnu par eux.

La doctrine de la Constitution Gaudium et Spes et de la Déclaration Dignitatis humanae ne conduit aucunement à minimiser l’importance du ministère de la parole dans la pastorale de la foi. Dans l’un et l’autre document apparaît le souci de porter remède à la situation que l’on vient de décrire. En tout cas, le renouveau du ministère de la parole, notamment de la catéchèse, ne peut être séparé du renouveau de l’ensemble de la pastorale.

Pour obtenir un bon résultat, des moyens difficiles, mais d’une très grande importance doivent être mis en œuvre jusqu’au bout : promouvoir le progrès des formes habituelles du ministère de la parole et en susciter de nouvelles ; évangéliser et catéchiser les hommes d’un moindre niveau culturel ; prendre contact avec les classes instruites et pourvoir à leurs besoins ; améliorer les formes traditionnelles de présence chrétienne et en trouver de nouvelles ; rassembler toutes les ressources actuelles de l’Église et, en même temps, écarter tout ce qui semble moins conforme à l’Évangile.

Pour mener à bien cette tâche, l’Église compte sur tous les membres du peuple de Dieu. Chacun dans sa fonction - évêques, prêtres, religieux et religieuses, laïcs - doit remplir entièrement sa mission. Et, qui plus est, la remplir en tenant compte de l’état du monde qui bouleverse profondément la vie de foi.

Pour apporter à ces ouvriers évangéliques une aide efficace, le renouveau catéchétique doit utiliser les secours que peuvent lui apporter les sciences sacrées, la théologie, les études bibliques, la réflexion pastorale, ainsi que les sciences humaines, sans oublier les techniques actuelles de diffusion des idées et des opinions, notamment les moyens de communication sociale.

 

DEUXIÈME PARTIE

Le ministère de la parole

CHAPITRE PREMIER

 

Le ministère de la parole et la révélation

 

LA RÉVÉLATION : DON DE DIEU

 

10. Dans le Décret Dei Verbum, le Concile Œcuménique a considéré la révélation comme un acte par lequel Dieu se communique personnellement : " Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté... pour inviter les hommes à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion " (DV, 2). Dieu apparaît là comme celui qui veut se communiquer lui-même, réalisant ainsi un dessein d’amour.

La catéchèse doit donc prendre son point de départ dans ce don de l’amour divin. La foi est l’acceptation et la mise en valeur de ce don divin en nous. Ce signe distinctif, par lequel la foi doit être regardée comme un don, affecte tout ce qui regarde le ministère de la parole.

 

LA RÉVÉLATION : FAITS ET PAROLES

 

11. Dieu agit de telle sorte que les hommes parviennent à la connaissance de son dessein, à la fois par les événements de l’histoire du salut et par les paroles divinement inspirées qui accompagnent et illustrent ces événements : " Cette économie de la révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre elles, que les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et l’ensemble des choses signifiées par les paroles, et que les paroles proclament les œuvres et font découvrir le mystère qui s’y trouve contenu " (DV, 2).

La révélation consiste donc en des faits et des paroles qui s’éclairent mutuellement. Le ministère de la parole doit les annoncer de façon à mettre en lumière et à communiquer les profonds mystères qu’ils contiennent. Ainsi, non seulement le ministère de la parole reprend la révélation des merveilles de Dieu faite dans le temps et conduite à sa perfection dans le Christ, mais en même temps, à la lumière de cette révélation, il interprète la vie des hommes de notre époque, les réalités de ce monde et les signes des temps, car c’est en eux que s’accomplit le dessein de Dieu pour le salut des hommes.

 

JÉSUS-CHRIST, MÉDIATEUR ET PLÉNITUDE DE TOUTE LA RÉVÉLATION

 

12. " Par cette révélation, la vérité profonde... resplendit à nos yeux dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de la révélation tout entière " (DV, 2).

Le Christ n’est pas seulement le plus grand des prophètes qui a, par sa doctrine, accompli ce que Dieu avait dit et fait dans les siècles passés. Il est lui-même le Fils éternel de Dieu, fait homme, et par le fait même, l’événement majeur vers lequel convergent tous les événements de l’histoire du salut ; il est aussi celui qui accomplit et manifeste les desseins définitifs de Dieu. " C’est pourquoi lui-même... a donné à la révélation son dernier achèvement " (DV, 4 ; cf. LG, 9).

Le ministère de la parole doit mettre en lumière ce caractère admirable, propre à l’économie de la révélation. Le Fils de Dieu entre dans l’histoire des hommes, assume la vie et la mort humaines et réalise, dans cette histoire, son dessein d’alliance.

A l’exemple de l’Évangéliste Luc, le ministère de la parole doit d’abord rappeler aux croyants l’événement Jésus, en montrer la signification, et chercher à creuser de plus en plus ce fait unique et irréversible : " Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous... j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi " (Lc 1, 1-3).

C’est pourquoi le ministère de la parole doit se fonder sur le commentaire divinement inspiré que nous ont donné de l’Incarnation rédemptrice Jésus lui-même, les premiers disciples et particulièrement les apôtres qui furent témoins des événements. " Il n’échappe à personne que parmi toutes les Écritures... les Évangiles l’emportent à juste titre, du fait qu’ils sont le témoignage principal sur la vie et l’enseignement du Verbe Incarné, notre Sauveur " (DV, 18).

Il faut rappeler, en outre, que Jésus, Messie et Seigneur, est toujours présent à son Église par son Esprit (cf. Jn 14, 26 ; 15, 26 ; 1,6, 13 ; Ap 2, 7). Dès lors, le ministère de la parole présente le Christ, non seulement comme son objet, mais aussi comme celui qui ouvre le cœur des auditeurs à l’accueil et à l’intelligence du message divin (cf. Act 16, 14).

 

LE MINISTÈRE DE LA PAROLE OU PRÉDICATION DE LA PAROLE DE DIEU : ACTE DE LA TRADITION VIVANTE

 

13. " Ce qui a été transmis par les apôtres embrasse tout ce qui contribue à diriger saintement la vie du peuple de Dieu et à accroître sa foi ; ainsi l’Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit " (DV, 8).

Cette tradition est liée à des paroles, mais elle va plus loin, elle est plus profonde que ces paroles. C’est une tradition vivante, parce qu’en elle Dieu continue sa conversation avec les hommes. " Ainsi Dieu, qui a parlé jadis, ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit-Saint, par qui la voix vivante de, l’Évangile retentit dans l’Église, et par l’Église dans le monde... " (DV, 8).

C’est pourquoi on peut regarder le ministère de la parole comme le héraut de cette vivante tradition, dans l’ensemble de toute la tradition. " Cette Tradition qui vient des Apôtres se développe dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit-Saint : grandit, en effet, la perception des réalités et des paroles transmises, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit par l’intelligence intime qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la proclamation qu’en font ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme assuré de vérité " (DV, 8).

D’une part, la révélation divine, objet de la foi catholique, qui s’est achevée au temps des Apôtres, doit être nettement distinguée de la grâce du Saint-Esprit sans l’inspiration et l’illumination duquel nul ne peut croire. D’autre part, Dieu qui autrefois, à travers des faits divins et le message des prophètes, du Christ et des Apôtres, a parlé au genre humain en se révélant lui-même, continue encore maintenant, par l’Esprit-Saint, de diriger secrètement l’Église son Épouse dans la Sainte Tradition par la lumière et le sens de la foi, et de converser avec elle ; ainsi le peuple de Dieu, sous la conduite du Magistère, peut-il parvenir à une intelligence plus ample de la révélation.

Les Pasteurs de l’Église, non seulement proclament et expliquent directement au peuple de Dieu le dépôt de la foi qui leur a été confié, mais, en ce qui concerne les expressions et explications que les fidèles recherchent et proposent, ils décident avec autorité, si bien que " dans le maintien de la foi transmise, dans sa pratique et sa confession, s’établit, entre évêques et fidèles, une singulière unité d’esprit " (DV, 10).

C’est la raison pour laquelle il est indispensable que le ministère de la parole rapporte la révélation divine telle que le Magistère l’enseigne et telle que, sous la vigilance du Magistère, elle s’exprime dans la conscience et la foi vivantes du peuple de Dieu. De cette façon, le ministère de la parole n’est pas la simple répétition de la doctrine du passé, mais sa reproduction fidèle avec une adaptation aux problèmes nouveaux et une intelligence croissante de cette doctrine.

 

LA SAINTE ÉCRITURE

 

14. La révélation divine, sous l’inspiration particulière de l’Esprit-Saint, a été exprimée aussi par écrit, dans les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui contiennent et présentent la vérité divinement révélée (cf. DV, 11).

L’Église, gardienne et interprète des Saintes Écritures, est instruite par celles-ci, grâce à une méditation assidue et une perception de plus en plus profonde de leur doctrine. Restant toujours fidèle à la tradition, le ministère de la parole trouve dans la Sainte Écriture sa nourriture et sa règle (cf. DV, 21, 24, 25). Dans les Livres saints, en effet, le Père des Cieux vient avec tout son amour à la rencontre de ses fils et engage conversation avec eux (cf. DV, 21).

Mais s’il est vrai que l’Église tire de la Sainte Écriture sa règle de pensée, c’est elle-même animée par l’Esprit qui l’interprète : " C’est en elle que les Saintes Lettres elles-mêmes sont comprises de façon plus pénétrante et sont rendues indéfiniment actives " (DV, 8).

Ainsi, le ministère de la parole tire-t-il son principe des Lettres Sacrées et de la prédication des Apôtres, en tant que c’est de l’Église qu’elles reçoivent compréhension, explication et application aux situations concrètes.

 

LA FOI : RÉPONSE A LA PAROLE DE DIEU

 

15. Par la foi, l’homme accueille la révélation et, par elle, il participe au don de Dieu, de manière consciente.

A Dieu qui révèle, il faut apporter cette obéissance de la foi, par laquelle l’homme adhère librement à l’Évangile de la grâce de Dieu (cf. Act 20, 24), par l’hommage total de son intelligence et de sa volonté. Instruit par la foi et grâce au don de l’Esprit, l’homme parvient à contempler et à goûter l’amour de Dieu qui a révélé dans le Christ les richesses de sa gloire (cf. Col 1, 26) ; bien plus, la foi vivante est en nous le commencement de la vie éternelle où les profondeurs de Dieu (cf. 1 Cor 2, 10) seront enfin connues sans voile. La foi, instruite du dessein salvifique de Dieu, conduit l’homme à discerner pleinement la volonté divine sur nous en ce monde et à coopérer à sa grâce. " La foi, en effet, éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines " (GS, 11).

 

LA CHARGE DU MINISTÈRE DE LA PAROLE

 

16. En somme, le ministre de la parole doit avoir pleine conscience de la charge qui lui est confiée : il s’agit de stimuler une foi vigoureuse, capable de tourner l’esprit vers Dieu, d’amener à obéir à son action, de conduire à une connaissance vivante des expressions de la tradition, de dire et de manifester le sens véritable du monde et de l’existence humaine.

Le ministère de la parole est la communication de l’annonce du salut : il apporte l’Évangile aux hommes. Le mystère annoncé et livré atteint en profondeur cette volonté de vivre, ce désir intime de plénitude, cette attente de la félicité future, que Dieu a inscrits au cœur de tout homme et qu’il a élevés, par sa grâce, à l’ordre surnaturel.

Les vérités à croire portent en elles l’amour de Dieu qui a tout créé pour le Christ et nous a ressuscités dans le Christ Jésus. Les divers aspects du mystère doivent être présentés de telle sorte que le fait central, Jésus, en tant qu’il est le plus précieux don de Dieu aux hommes, occupe la première place et qu’à partir de lui, les autres vérités de la doctrine catholique reçoivent leur place et leur hiérarchie, dans une perspective pédagogique (cf. nn. 43 et 39).

 

CHAPITRE II

La catéchèse dans la mission pastorale de l’Église

(Nature, fin, efficacité)

 

LE MINISTÈRE DE LA PAROLE DANS L’ÉGLISE

 

17. Le ministère de la parole revêt de nombreuses formes, selon les diverses situations dans lesquelles il s’exerce et les buts qu’il se propose ; la catéchèse en est une.

Il y a la forme appelée évangélisation, ou prédication missionnaire, qui a pour but d’éveiller initialement la foi (cf. CD, 11, 13 ; AG, 6, 13, 14), de façon à susciter l’adhésion des hommes à la parole de Dieu.

Ensuite vient la catéchèse " dont le but est de rendre chez les hommes la foi vivante, explicite et active, en l’éclairant par la doctrine " (CD, 14).

Puis la forme liturgique, au cours de la célébration liturgique, et surtout eucharistique (par exemple l’homélie) (cf. SC, 33, 52 ; Inter Œcum., 54).

Enfin, la forme théologique, c’est-à-dire l’exposé systématique et l’étude scientifique des vérités de foi.

Pour notre propos, il importe de distinguer ces diverses formes qui sont régies par des lois particulières. Cependant, dans la réalité concrète du ministère pastoral, elles sont étroitement liées.

En conséquence, tout ce qui a été dit jusqu’ici du ministère de la parole en général doit être également appliqué à la catéchèse.

 

CATÉCHÈSE ET ÉVANGÉLISATION

 

18. La catéchèse suppose, de soi, une adhésion globale à l’Évangile du Christ, proposé par l’Église. Souvent, cependant, elle a pour destinataires des hommes qui, tout en ayant quelque lien avec l’Église, n’ont jamais donné, de fait, une véritable adhésion personnelle au message de la révélation.

Ceci montre que l’évangélisation peut précéder ou accompagner, selon les circonstances, l’acte de catéchèse proprement dit. Mais, dans tous les cas, il ne faut pas perdre de vue que la conversion est un élément toujours présent dans le dynamisme de la foi ; pour cette raison, toute forme de catéchèse doit inclure aussi certaines démarches qui relèvent de l’évangélisation.

 

FORMES DE CATÉCHÈSE

 

19. Vu la variété des circonstances et la multiplicité des besoins, l’activité catéchistique prend nécessairement des formes variées.

Dans les régions de vieille chrétienté, la catéchèse prend souvent la forme d’une instruction religieuse donnée aux enfants et aux adolescents dans les écoles ou en dehors. On y trouve aussi des organisations variées pour la catéchèse des adultes, ainsi qu’une institution catéchuménale à l’intention de ceux qui se préparent au baptême, ou de ceux qui, bien que baptisés, manquent d’une initiation chrétienne suffisante. Le plus souvent, l’état réel dans lequel se trouvent un grand nombre de fidèles exige, de toute nécessité, une certaine forme d’évangélisation des baptisés, antérieure à la catéchèse.

Dans les églises de fondation récente, on donne une importance particulière au travail d’évangélisation au sens strict ; c’est pourquoi on adopte une forme caractérisée de catéchuménat à l’intention de ceux qui sont initiés à la foi en vue de la réception du baptême (cf. AG, 4).

En un mot, l’action catéchistique peut prendre des formes et des structures fort variées : systématiques ou occasionnelles, individuelles ou communautaires, organisées ou spontanées, etc...

 

20. Que les pasteurs aient constamment présent à l’esprit le devoir qui leur incombe, d’assurer et de promouvoir l’illumination de l’existence chrétienne par la parole de Dieu, à tous les âges de la vie et dans toutes les conjonctures historiques (cf. CD, 14), en sorte que n’importe quel individu ou collectivité puisse être atteint dans l’état spirituel où il se trouve.

Qu’ils se souviennent aussi que la catéchèse des adultes, s’adressant à des hommes capables d’une adhésion pleinement responsable, doit être considérée comme la forme privilégiée de catéchèse, à laquelle toutes les autres - évidemment toujours nécessaires - sont d’une certaine manière ordonnées. Qu’ils s’appliquent, en outre, avec le plus grand soin, obéissant aux règles du Concile Vatican II, " à restaurer ou à aménager le catéchuménat des adultes " (CD, 14 ; cf. AG, 14).

 

FONCTIONS DE LA CATÉCHÈSE

 

21. Dans l’ensemble de l’activité pastorale, la catéchèse est la forme d’action ecclésiale qui conduit à la maturité de la foi les communautés et les personnes chrétiennes.

Par la catéchèse, les communautés chrétiennes acquièrent une connaissance plus parfaite et vivante de Dieu et de son dessein salvifique dont le centre est le Christ, Verbe de Dieu Incarné ; elles s’édifient en s’efforçant de parvenir à une foi éclairée et adulte, et de la faire partager par ceux qui en éprouvent le désir.

Pour tout homme ouvert à l’annonce de l’Évangile, la catéchèse est un moyen particulièrement adapté pour comprendre dans sa propre vie le dessein de Dieu, et pour discerner le sens dernier de l’existence et de l’histoire ; en sorte que la vie de tout homme et de la société soit éclairée par la lumière du Royaume de Dieu, qu’elle obéisse à ses exigences, et que puisse être reconnu le mystère de l’Église, comme communauté de ceux qui croient en l’Évangile.

Tout ceci détermine les fonctions propres de la catéchèse.

 

CATÉCHÈSE ET GRACE DE LA FOI

 

22. La foi est un don de Dieu qui suscite la conversion de l’homme. " Pour apporter cette foi, l’homme a besoin de la grâce de Dieu qui fait les premières avances et qui l’aide, et du secours intérieur de l’Esprit-Saint qui touche son cŒur et le tourne vers Dieu, qui ouvre les yeux de son âme, et donne à tous la joie profonde de croire et de consentir à la vérité " (DV, 5).

La communauté chrétienne vit dans la foi adulte en écoutant religieusement la parole de Dieu, elle s’applique avec zèle à sa conversion et à son renouveau, elle se fait attentive à ce que l’Esprit dit à l’Église.

La catéchèse a pour fonction (par la parole, toujours accompagnée du témoignage de la vie, et de la prière) de disposer les hommes à s’ouvrir à l’action de l’Esprit-Saint et à se convertir.

 

CATÉCHÈSE ET EXERCICE DES TÂCHES DE LA FOI

 

23. L’homme adulte dans la foi adhère pleinement à l’invitation contenue dans le message évangélique, qui le pousse à entrer en communion avec Dieu et avec ses frères ; il traduit également dans sa vie les obligations liées à cette invitation (cf. AG, 12).

La catéchèse a pour fonction d’aider les hommes à réaliser effectivement cette communion avec Dieu, de proposer le message chrétien de manière qu’on puisse discerner en lui ce qui assure la suprême valeur de la vie humaine ; ceci demande que la catéchèse soit attentive aux aspirations légitimes des esprits, aux progrès et aux bons fruits des valeurs qu’ils possèdent.

L’union et l’adhésion à Dieu entraînent, comme conséquences nécessaires, l’exercice des tâches humaines et le devoir de solidarité, en réponse à la volonté du Dieu Sauveur (cf. GS, 4).

C’est pourquoi la catéchèse doit favoriser et éclairer l’accroissement de la charité théologale, dans chaque chrétien et dans les communautés ecclésiales, tout comme les témoignages de cette vertu, qu’il s’agisse des tâches concernant les individus ou la communauté.

 

CATÉCHÈSE ET CONNAISSANCE DE LA FOI

 

24. L’homme adulte dans la foi connaît le mystère du salut révélé dans le Christ, ainsi que les œuvres et les signes divins qui attestent l’accomplissement de ce mystère dans l’histoire humaine. Que la catéchèse se contente de susciter une expérience religieuse, fût-elle authentique, n’est donc pas suffisant ; elle doit encore tendre à faire percevoir peu à peu la vérité tout entière du dessein divin, en formant les chrétiens à la lecture des Saintes Écritures et à la connaissance de la Tradition.

 

CATÉCHÈSE ET VIE DE PRIÈRE LITURGIQUE ET PRIVÉE

 

25. " Toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré " (SC, 7). Plus la communauté chrétienne devient adulte dans la foi, plus elle vit son culte en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23) dans les célébrations liturgiques et surtout eucharistiques.

Aussi, la catéchèse doit-elle favoriser la participation active, consciente, authentique à la liturgie de l’Église, non seulement en éclairant la signification des rites, mais encore en formant l’esprit des fidèles à la prière, à l’action de grâce, à la pénitence, aux prières faites avec confiance, au sens communautaire, à la saisie correcte de la signification des symboles : toutes choses nécessaires à une véritable vie liturgique.

" Cependant, la vie spirituelle ne se réduit pas à la participation à la seule liturgie. Car le chrétien, appelé à prier en commun, doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret (cf. Mt 6, 6), et même, enseigne l’Apôtre (cf. 1 Thess 5, 17), il doit prier sans relâche " (SC, 12).

La catéchèse doit donc encore apprendre aux chrétiens la méditation de la parole de Dieu et la prière personnelle.

 

CATÉCHÈSE ET ILLUMINATION CHRÉTIENNE DE L’EXISTENCE HUMAINE

 

26. L’homme adulte dans la foi est capable de reconnaître, dans les diverses circonstances de sa vie et dans ses rencontres avec le prochain, l’invitation de Dieu qui l’appelle à accomplir son dessein de salut.

Il appartient dès lors à la catéchèse de mettre en lumière cette tâche, en apprenant aux fidèles à interpréter chrétiennement les réalités humaines, surtout les signes des temps, en sorte que tous " puissent apprécier et interpréter toutes choses avec un sens chrétien authentique " (GS, 62).

 

CATÉCHÈSE ET UNITÉ DES CHRÉTIENS

 

27. Les communautés chrétiennes doivent, selon les circonstances oÙ elles se trouvent, participer au dialogue œcuménique et aux autres entreprises qui visent à restaurer l’unité des chrétiens (cf. UR, 5).

C’est pourquoi la catéchèse doit apporter son aide à cette cause (cf. UR, 6), en exposant clairement la doctrine intégrale de l’Église (cf. UR, 11), en favorisant une juste connaissance des autres confessions, aussi bien dans leur accord que dans leurs différences avec la foi catholique ; ce faisant, on évitera les propos et les façons d’exposer la doctrine susceptibles " d’induire en erreur les frères séparés, ou toute autre personne, sur la véritable doctrine de l’Église " (LG, 67) ; on respectera l’ordre et la hiérarchie des vérités de la doctrine catholique (cf. UR, 11 ; AG, 15 ; Ad Ecclesiam totam, 14 mai 1967, AAS, 1967, pages 574-592). Quant aux arguments en faveur de la doctrine catholique, on les exposera avec charité, en même temps qu’avec la fermeté requise.

 

CATÉCHÈSE ET MISSION DE L’ÉGLISE DANS LE MONDE

 

28. L’Église est, dans le Christ, comme le sacrement ou le signe et l’instrument du salut et de l’unité du genre humain tout entier (cf. LG, 1). Elle est d’autant mieux reconnue comme telle, que chacune des communautés chrétiennes devient plus adulte dans la foi.

La catéchèse doit aider ces communautés à faire rayonner la lumière de l’Évangile et à instaurer un dialogue fructueux avec les personnes et les cultures non chrétiennes, dans le respect de la liberté religieuse bien comprise (cf. DH ; AG, 22).

 

CATÉCHÈSE ET ESPÉRANCE ESCHATOLOGIQUE

 

29. L’homme adulte dans la foi oriente ses pensées et ses désirs vers l’achèvement total du Royaume dans la vie éternelle.

La catéchèse a donc pour fonction d’orienter l’espérance des hommes d’abord vers les biens futurs de la Jérusalem céleste, tout en les invitant à apporter leur concours fraternel aux entreprises de leurs proches et du genre humain, afin de rendre meilleure la société humaine (cf. GS, 39, 40-43).

 

CATÉCHÈSE ET PROGRÈS DE LA VIE DE FOI

 

30. Une même foi habite le cœur des fidèles, mais plus ou moins intense selon la grâce donnée à chacun par l’Esprit-Saint, - grâce qu’il faut constamment solliciter par la prière (cf. Mt 9, 23) - et selon la réponse que chacun lui apporte. De plus, la vie de foi revêt des conditions diverses selon l’évolution de l’existence de l’homme, tandis qu’il s’achemine vers la maturité et remplit les devoirs de sa vie. Aussi, la vie de foi admet divers degrés, soit dans l’acceptation globale de toute la parole de Dieu, soit dans son explication et son application aux divers devoirs de la vie humaine, selon la maturité et les modes particuliers d’existence de chacun (cf. n. 38). De fait, l’accueil de la parole de Dieu, son explication et son application à la ‘vie humaine sont différents selon qu’il s’agit de petits enfants, d’enfants, d’adolescents, de jeunes ou d’adultes. La catéchèse a pour fonction d’aider, durant tout le cours de l’existence humaine, l’éveil et le progrès de cette vie de foi, jusqu’à ce que soit fournie l’explication intégrale de la vérité révélée et que l’homme en ait fait l’application à sa vie.

 

RICHESSE DE L’ACTE CATÉCHISTIQUE

 

31. La catéchèse vise la communauté, niais elle ne néglige pas les fidèles pris individuellement. Elle est associée à d’autres charges pastorales de l’Église, sans perdre pour autant son caractère spécifique. Elle remplit simultanément des tâches d’initiation, d’éducation et d’enseignement.

Il est très important que la catéchèse conserve cette richesse d’aspects variés, et ne sépare pas un aspect des autres, à leur détriment.

 

EFFICACITÉ DE LA PAROLE DE DIEU DANS LA CATÉCHÈSE

 

32. " Vivante est, en effet, la parole de Dieu, et efficace " (Heb 4, 15). Cette phrase de l’Écriture s’applique aussi à la catéchèse.

La parole divine devient présente dans la catéchèse par la parole humaine. Or, pour porter du fruit en l’homme, pour engendrer ces mouvements intérieurs qui dissipent l’indifférence ou l’incertitude et poussent l’homme à embrasser la foi, la catéchèse doit exprimer fidèlement la parole de Dieu, et la présenter de manière adaptée. En outre, c’est le témoignage de la vie, tant du catéchiste que de la communauté ecclésiale, qui contribue le plus à l’efficacité de la catéchèse (cf. n. 35).

Par conséquent, la catéchèse doit traduire la parole de Dieu telle qu’elle est proposée par l’Église, dans le langage des hommes à qui elle est adressée (cf. DV, 13 ; OT, 16). Lorsque Dieu s’est révélé au genre humain, il a fait connaître sa parole par une parole humaine, l’exprimant dans le langage qui convenait à une culture particulière (cf. DV, 12). L’Église, à qui le Christ a confié le dépôt de la révélation, s’efforce, jusqu’à la consommation des siècles, de le transmettre d’une manière vivante, de l’expliquer et de l’interpréter, pour les peuples de toute culture et pour les hommes de toute condition.

 

PÉDAGOGIE DE DIEU DANS LA RÉVÉLATION ET DE L’ÉGLISE DANS LA CATÉCHÈSE

 

33. Dans l’histoire de la révélation, Dieu a utilisé une pédagogie : il a annoncé son dessein de salut dans l’ancienne Alliance, de manière prophétique et par la médiation de figures ; il a préparé ainsi la venue de son Fils, l’auteur de la nouvelle Alliance, qui conduit la foi à la perfection (cf. Heb 12, 2).

Maintenant, la révélation étant achevée, l’Église doit communiquer aux catéchisés la totalité du mystère de notre salut dans le Christ. Se souvenant de la pédagogie divine, elle pratique elle aussi une pédagogie, une pédagogie nouvelle qui répond aux exigences nouvelles de son message. Proposant ce message sans altération ni mutilation, elle prend soin de l’adapter à la capacité des catéchisés.

D’un côté, donc, pour tenir compte du niveau assez faible de certains esprits, elle expose les choses simplement et brièvement, en utilisant les formules succinctes qui conviennent et qui seront développées dans la suite. D’un autre côté, pour les intelligences plus vives et plus ouvertes, elle s’efforce de répondre à leurs besoins par des explications plus poussées.

 

FIDÉLITÉ A DIEU, ÉGARDS POUR L’HOMME

 

34. C’est surtout par la catéchèse que l’Église s’acquitte de cette fonction (cf. DV, 24). Puisant la vérité dans la parole de Dieu, témoignant de son attachement fidèle à l’expression sûre de cette parole, la catéchèse s’applique à enseigner avec une parfaite fidélité cette parole de Dieu. Cependant, son rôle ne peut se réduire à une simple répétition des formules reçues ; il requiert que ces formules soient comprises et que, même en usant de modes nouveaux quand cela convient, elles soient exprimées fidèlement dans un langage à la portée des auditeurs. Ce langage sera différent selon les âges, les conditions sociales, les cultures et les formes de civilisation.

 

NÉCESSITÉ DU TÉMOIGNAGE ECCLÉSIAL

 

35. Finalement, la catéchèse réclame, soit des catéchistes, soit de l’ensemble de la communauté ecclésiale, un témoignage de foi, joint à un exemple authentique de vie chrétienne et à une disposition au sacrifice (cf. LG, 12, 17 ; NA, 2).

La rencontre de l’homme avec le Christ, en effet, ne se fait pas seulement par le ministère sacré, mais aussi par chaque fidèle et par les communautés chrétiennes (cf. LG, 35), qui ont dès lors le devoir de porter témoignage. L’absence de ce témoignage est, pour les auditeurs, un obstacle à l’accueil de la parole de Dieu.

La catéchèse doit être étayée par le témoignage de la communauté ecclésiale. Car la catéchèse parle avec plus d’efficacité de ce qui existe réellement dans la vie, même extérieure, de la communauté. Le catéchiste est, d’une certaine façon, l’interprète de l’Église auprès des catéchisés. Il lit et apprend à lire les signes de la foi, dont le principal est l’Église elle-même (cf. Concile Vatican I, Const. Dei Filius, Dz. - Sch. 3014).

On voit par là combien il est nécessaire que la communauté ecclésiale, selon l’esprit de l’Église et sous la conduite de ses Pasteurs, écarte ou corrige tout ce qui défigure le visage de l’Église et empêche les hommes d’embrasser la foi (cf. GS, 19).

Ainsi, la fonction des catéchistes ne consiste pas seulement à communiquer directement la catéchèse, mais encore à contribuer à l’animation de la communauté ecclésiale, afin qu’elle puisse elle-même porter un témoignage authentiquement chrétien.

L’action catéchistique fait donc partie de cette action pastorale générale dans laquelle sont judicieusement ordonnés et liés entre eux tous les éléments de la vie ecclésiale (cf. GS, 4, 7, 43).

 

 

TROISIÈME PARTIE

 

Le message chrétien

 

SIGNIFICATION ET BUT DE CETTE PARTIE

 

36. La foi, que la catéchèse doit conduire à maturité (cf. n. 21), peut être envisagée sous deux aspects : soit comme l’adhésion entière de l’homme à Dieu qui se révèle, adhésion donnée sous l’influence de la grâce (fides qua), soit comme le contenu même de la révélation et du message chrétien (fides quae). Ces deux aspects, de par leur nature, ne peuvent être dissociés et le développement normal de la foi suppose leur progression cohérente ; cependant, il est possible de les distinguer pour des raisons de méthode.

Dans cette troisième partie, il s’agit du contenu de la foi. Le premier chapitre concerne les règles ou critères que doit observer la catéchèse pour découvrir et exposer son contenu propre. Le second chapitre traite du contenu même de la foi. Il n’est cependant pas question d’énumérer ici chacune des vérités chrétiennes qui constituent l’objet de la foi et de la catéchèse, ni de passer en revue les principales erreurs de notre temps, ou les vérités de foi qu’on néglige ou qu’on nie plus nettement de nos jours. Le Magistère ordinaire et extraordinaire de l’Église y pourvoit avec autorité dans ses communications officielles.

Il est encore moins question, dans ce chapitre, d’indiquer la manière adéquate de présenter les vérités de foi selon un ordre organique, en une sorte de synthèse qui tiendrait compte équitablement de leur hiérarchie objective, ou de ce que les hommes d’aujourd’hui demandent le plus ardemment, que ces hommes soient considérés en fonction de leur âge ou en fonction de leur état social et culturel. Cela relève de la théologie et des divers modes d’exposition de la doctrine chrétienne.

Dans ce second chapitre, au contraire, il a paru opportun - en employant des formules globales qui impliquent des développements ultérieurs - d’exposer un certain nombre de points plus importants, inclus dans le message du salut et liés entre eux de façon très organique, en soulignant les traits particuliers que doit clairement mettre en valeur une catéchèse nouvelle et appropriée, fidèle à la poursuite de sa fin.

 

CHAPITRE PREMIER

 

Règles et critères

 

LE CONTENU DE LA CATÉCHÈSE PAR RAPPORT AUX DIVERSES FORMES DE VIE ECCLÉSIALE ET AUX DIFFÉRENTES CULTURES ET MANIÈRES DE S’EXPRIMER DES HOMMES

 

37. La révélation est la manifestation du mystère de Dieu et de son action salvifique dans l’histoire ; elle est le fait d’une communication personnelle de Dieu à l’homme. Le contenu de cette communication constitue le message du salut qui doit être annoncé à tous les hommes.

Aussi, la première et la plus nécessaire fonction du ministère prophétique de l’Église est-elle de rendre le contenu de ce message intelligible aux hommes de tous les temps, afin que, par le Christ, ils se convertissent à Dieu, qu’ils interprètent toute leur vie à la lumière de la foi, compte tenu des circonstances particulières de lieu et de temps où se déroule leur vie, et qu’ils puissent mener une vie conforme à cette dignité que le message du salut leur a apportée et que la foi leur a révélée.

Pour atteindre ce but, la catéchèse, si elle est vraiment un moment privilégié du ministère prophétique de l’Église, ne doit pas seulement entretenir une liaison ferme et soutenue avec les diverses préoccupations vitales de la communauté ecclésiale, elle doit encore chercher à favoriser un rapprochement plus étroit entre les formulations possibles du message divin et les diverses cultures ou manières de s’exprimer des peuples.

 

LE BUT DE LA CATÉCHÈSE EST DE PROPOSER LA TOTALITÉ DU MESSAGE

 

38. Le message du salut se compose d’éléments qui forment un tout cohérent, bien que la révélation ait été faite progressivement, de la part de Dieu, autrefois par les prophètes, et en dernier lieu dans le Fils (cf. Heb 1, 1). Comme la fin de la catéchèse, a-t-on dit, consiste à promouvoir une foi adulte, tant chez les chrétiens pris individuellement que dans les communautés, elle doit apporter le plus grand soin à proposer fidèlement tout le trésor du message chrétien. Elle doit le faire à l’exemple de la pédagogie divine (cf. n. 33), mais en tenant compte de la plénitude de la révélation faite par Dieu, pour que le peuple de Dieu s’en nourrisse et en vive.

Ainsi, la catéchèse part d’une proposition assez simple de la structure intégrale du message chrétien (en employant même des formules succinctes ou globales), et elle la propose de la manière qui correspond aux diverses situations culturelles et spirituelles des catéchisés. Elle ne peut cependant pas s’arrêter à cette proposition initiale ; elle doit avoir à cœur de proposer son contenu de manière toujours plus ample et explicite ; ainsi chaque fidèle et la communauté chrétienne pourront accéder à une connaissance toujours plus profonde et vitale du message chrétien, et juger des situations ou des conduites concrètes de la vie humaine à la lumière de la révélation.

Cette fonction délicate, il est nécessaire que la catéchèse l’accomplisse sous la conduite du Magistère de l’Église dont la mission est de préserver la vérité du message divin et de veiller, au surplus, à ce que le ministère de la parole utilise des moyens appropriés d’expression et tienne compte avec prudence de l’aide que la recherche théologique et les sciences humaines peuvent lui apporter.

 

LE CONTENU DE LA CATÉCHÈSE FAIT, EN QUELQUE SORTE, UN CORPS ORGANIQUE ET VITAL

 

39. L’objet de la foi embrasse un contenu qui, par nature, est complexe : Dieu dans son mystère et son intervention salvifique dans l’histoire ; tout ceci étant connu par la révélation que Dieu a faite de lui-même et de ses œuvres. Dans l’intervention salvifique de Dieu, comme dans sa manifestation aux hommes, l’événement central est le Christ. Dès lors, l’objet de la catéchèse réside dans le mystère et les œuvres de Dieu, celles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera, pour nous les hommes et pour notre salut. Tout cela constitue, dans une cohésion juste et étroite, l’économie du salut.

Une catéchèse qui néglige une telle connexion, une telle harmonie du contenu, peut devenir tout à fait incapable d’atteindre son but.

 

CHRISTOCENTRISME DE LA CATÉCHÈSE

 

40. Le Christ Jésus, Verbe de Dieu Incarné, est le centre du message évangélique dans l’ensemble de l’histoire du salut, puisque c’est par lui d’abord que Dieu intervient dans le monde et se manifeste aux hommes.

Il est lui-même " l’image du Dieu invisible, premier-né de toute créature : car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses " (Col 1, 15). C’est lui, en réalité et en vérité, le seul médiateur puissant par qui Dieu vient à l’homme et par qui l’homme parvient jusqu’à Dieu (cf. 1 Tim 2, 5). C’est en lui que l’Église a son fondement ; en lui que toutes choses sont renouvelées (cf. Eph 1, 10). Ainsi, les réalités créées, la conscience des hommes, les valeurs authentiques qu’on relève dans les autres religions, les divers signes des temps, doivent être regardés comme des chemins et des étapes - compte tenu de l’analogie - par lesquels, sous l’influence de la grâce et non sans une certaine ordonnance à l’Église du Christ, il est possible de s’approcher de Dieu (cf. LG, 16).

C’est la raison pour laquelle la catéchèse doit nécessairement être christocentrique.

 

THÉOCENTRISME TRINITAIRE DE LA CATÉCHÈSE

 

41. De même que le Christ est le centre de l’histoire du salut, le mystère de Dieu est le centre d’où cette histoire tire son origine et auquel elle est ordonnée comme à sa fin dernière. Le Christ crucifié et ressuscité conduit les hommes vers le Père en envoyant l’Esprit-Saint au peuple de Dieu. C’est pourquoi la structure de tout le contenu de la catéchèse doit être théocentrico-trinitaire : par le Christ, vers le Père, dans l’Esprit.

Par le Christ : Toute l’économie du salut reçoit sa signification du Verbe Incarné, dont elle a préparé la venue, dont elle montre et étend le règne sur la terre, depuis sa mort et sa résurrection, jusqu’à son second avènement glorieux qui achèvera l’œuvre de Dieu. Ainsi, le mystère du Christ éclaire le contenu total de la catéchèse. Les divers éléments - bibliques, évangéliques, ecclésiaux et même humains et cosmiques - que l’enseignement catéchétique doit assumer et expliquer, sont donc à rapporter au Fils de Dieu Incarné.

Vers le Père : La fin suprême de l’Incarnation du Verbe et de toute l’économie du salut, c’est que tous les hommes parviennent au Père. La catéchèse, dont le rôle est de permettre une intelligence de plus en plus vive de ce dessein d’amour du Père Céleste, doit donc veiller à montrer que le sens suprême de la vie humaine consiste en ceci : connaître Dieu, lui rendre gloire, en faisant sa volonté, comme le Christ nous l’a enseigné par ses paroles et l’exemple de sa vie, et parvenir ainsi à la vie éternelle.

Dans l’Esprit : La connaissance du mystère du Christ et le chemin vers le Père s’accomplissent dans l’Esprit-Saint. Aussi, la catéchèse, dans la présentation du contenu du message chrétien, doit toujours mettre en lumière cette présence de l’Esprit-Saint qui ne cesse d’inciter les hommes à entrer en communion avec Dieu et leurs frères, et à s’acquitter de leurs devoirs.

Si la catéchèse ne fait pas état de ces trois éléments, ou néglige leur liaison intime, le message chrétien peut assurément perdre son caractère propre.

 

POUR NOUS LES HOMMES ET POUR NOTRE SALUT

 

42. La fin théocentrico-trinitaire de l’économie du salut ne peut être séparée de son objet, qui consiste en ce que les hommes, libérés du péché et de ses conséquences, soient configurés au Christ autant que cela est possible (cf. LG, 39). Comme l’Incarnation du Verbe, toute vérité a été révélée pour nous les hommes et pour notre salut. L’une des conditions pour comprendre avec le meilleur fruit les différentes vérités chrétiennes, c’est de les regarder dans leur rapport avec la fin dernière de l’homme (cf. Concile Vatican I, Const. Dei Filius, Dz. - Sch., 3016).

La catéchèse doit donc montrer nettement le lien très étroit du mystère de Dieu et du Christ avec l’existence et la fin dernière de l’homme. En agissant ainsi, on ne méprise absolument pas les fins terrestres que les hommes sont divinement appelés à poursuivre par un effort personnel et collectif ; mais on montre explicitement que la fin dernière de l’homme n’est pas limitée à ces fins temporelles, qu’elle les dépasse bien plutôt, au-delà de toute attente, d’une façon que seul l’amour de Dieu pour les hommes a pu concevoir.

 

HIÉRARCHIE DES VÉRITÉS À RESPECTER EN CATÉCHÈSE

 

43. Dans le message du salut, il y a une certaine hiérarchie des vérités (cf. UR, 11) ; l’Église l’a toujours reconnue lorsqu’elle a composé les symboles et les résumés des vérités de la foi. Cette hiérarchie ne signifie pas que certaines vérités concernent la foi moins que d’autres, mais que certaines vérités s’appuient sur d’autres plus importantes et reçoivent d’elles leur éclairage.

La catéchèse, à tous les degrés, doit tenir compte de cette hiérarchie des vérités de la foi.

On peut rassembler ces vérités sous quatre chefs fondamentaux : le mystère de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, créateur de tout ; le mystère du Christ, Verbe Incarné qui, né de la Vierge Marie, a souffert, est mort et est ressuscité pour notre salut ; le mystère de l’Esprit-Saint, présent dans l’Église qu’il sanctifie et dirige jusqu’à l’avènement glorieux du Christ, notre Sauveur et notre Juge ; le mystère de l’Église, Corps mystique du Christ, où la Vierge Marie tient une place suréminente.

 

CARACTÈRE HISTORIQUE DU MYSTÈRE DU SALUT

 

44. L’économie du salut se réalise dans le temps : elle a commencé dans le passé, elle s’est développée et elle a atteint son sommet dans le Christ, elle déploie sa puissance dans le présent, et elle attend son accomplissement dans l’avenir. Aussi, le souvenir du passé, la conscience du présent et l’espérance de la vie future doivent-ils être pleinement mis en valeur dans l’exposé du contenu de la catéchèse.

C’est la raison pour laquelle la catéchèse rapporte l’événement suprême de toute l’histoire du salut auquel les chrétiens adhèrent par la foi, à savoir : l’Incarnation, la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ.

En outre, la catéchèse rend les chrétiens capables de reconnaître comment le mystère salvifique du Christ est agissant aujourd’hui et à travers les siècles par l’Esprit-Saint et le ministère de l’Église ; elle les conduit aussi à connaître leurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes et envers le prochain.

Enfin, la catéchèse dispose favorablement les cœurs à l’espérance de la vie future qui est l’achèvement de toute l’histoire du salut, cette vie à laquelle doivent tendre les chrétiens avec une confiance filiale, mais aussi dans la crainte sacrée du jugement de Dieu. Par cette espérance, la communauté des fidèles est remplie d’une attente eschatologique profonde, qui lui permet d’avoir des pensées justes sur les biens humains et terrestres, en les ramenant à leurs proportions réelles, sans pourtant les mépriser comme des réalités sans valeur.

Dans l’exposé du contenu de la catéchèse, il faut sans cesse tenir compte, et d’une façon effective, de ces trois perspectives essentielles.

 

SOURCES DE LA CATÉCHÈSE

 

45. Le contenu de la catéchèse se trouve dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition ; il est compris en profondeur et analysé par la foi du peuple chrétien sous la conduite du Magistère qui seul l’enseigne avec autorité ; il est célébré dans la liturgie ; il se manifeste dans la vie de l’Église, surtout dans la vie des justes et des Saints ; il apparaît aussi, d’une certaine façon, dans les valeurs morales authentiques qui, grâce à Dieu, se trouvent dans la société des hommes.

Ce sont là les sources de la catéchèse, principales ou complémentaires. Il ne faut donc absolument pas les entendre dans un sens univoque. En s’y référant le catéchiste doit d’abord et toujours considérer la supériorité incontestable de la révélation écrite ou transmise par la tradition, ainsi que l’autorité du Magistère de l’Église dans les questions liées à la foi.

En outre, dans l’exposé de n’importe quelle partie du contenu de la foi, le catéchiste doit bien marquer comment le mystère du Christ tient le centre de cette partie qu’il expose, comment l’Église interprète ce point et comment elle le définit, comment elle le célèbre, le rend efficace et le fait entrer dans sa liturgie et dans la pratique de la vie chrétienne. Enfin, le catéchiste doit examiner avec soin comment, avec l’aide de l’Esprit-Saint, peut se réaliser de nos jours le dessein de Dieu.

 

PRINCIPE GÉNÉRAL DE MÉTHODOLOGIE CATÉCHISTIQUE

 

46. Les règles indiquées ci-dessus, ayant trait à l’exposé du contenu de la catéchèse, doivent être appliquées dans les différentes formes de la catéchèse, catéchèse biblique et liturgique, résumé doctrinal, interprétation des conditions de l’existence humaine, etc...

On ne peut, toutefois, en déduire l’ordre à suivre. Il est possible de partir de Dieu pour aboutir au Christ, ou l’inverse ; de même, on peut commencer par l’homme pour aboutir à Dieu, ou l’inverse, etc... On choisira la méthode pédagogique la plus adaptée aux circonstances dans lesquelles se trouvent les destinataires de la catéchèse, qu’il s’agisse de la communauté ecclésiale ou des fidèles pris en particulier. D’où la nécessité de rechercher avec un soin attentif et de découvrir les voies et les manières d’agir qui peuvent le mieux correspondre aux diverses circonstances.

C’est le rôle des Conférences Épiscopales de donner, à ce propos, des directives plus précises et de les mettre en Œuvre par des directoires catéchistiques, par des catéchismes correspondant aux différents âges et aux conditions culturelles, ou par tous autres moyens qui leur paraîtraient opportuns (cf. ci-dessous VIe partie).

 

 

CHAPITRE II

Éléments principaux du mystère chrétien

 

LE MYSTÈRE D’UN SEUL DIEU PÈRE, FILS, ESPRIT-SAINT

 

47. L’histoire du salut, c’est l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et un : Père, Fils, Esprit-Saint, se révèle aux hommes et, après les avoir détournés du péché, se les réconcilie et les unit à lui.

L’Ancien Testament, tout en affirmant hautement l’unité de Dieu dans un monde polythéiste, esquisse déjà une annonce du mystère de la Trinité, annonce qui n’est pourtant pleinement explicitée que dans la personne, les Œuvres et les paroles de Jésus-Christ. Celui-ci, en effet, par là même qu’il se révèle Fils de Dieu, révèle en même temps le Père et le Saint-Esprit. La connaissance intime du vrai Dieu saisit tout l’esprit du divin Maître, et il la communique à ses disciples, les appelant à devenir fils de Dieu par le don, qu’il leur fait avec largesse, de son Esprit filial (cf. Jn 1, 12 ; Rom 8, 15).

Dès lors, dans la catéchèse, la rencontre avec le Dieu Un et Trine a lieu d’abord et principalement lorsque le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont reconnus comme les auteurs de ce dessein de salut qui culmine dans la mort et la résurrection de Jésus (cf. Irénée, Démonst. prédic. apost., n. 6, S. Chr., 62, pages 39 sq). Ainsi, la révélation du mystère transmise par l’Église donne aux fidèles de prendre toujours davantage conscience de leur vocation : ils comprennent dans la foi que leur vie, depuis leur baptême, consiste à entrer dans une familiarité intime avec les trois Personnes divines, puisqu’ils sont appelés à participer à leur nature divine. Enfin, par le don du Saint-Esprit, les chrétiens peuvent déjà contempler avec les yeux de la foi la Très Sainte Trinité des Personnes, telle qu’elle est de toute éternité dans la vie intime de Dieu, et lui témoigner leur amour filial.

 

LE CULTE AUTHENTIQUE DE DIEU DANS UN MONDE SÉCULARISÉ

 

48. " Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ " (Eph 1, 3) est " le Dieu vivant " (Mt 16, 16) : il est le Dieu saint, juste et miséricordieux, le Dieu auteur d’une alliance avec les hommes, le Dieu qui voit, libère et sauve, le Dieu qui aime comme un père, comme un époux. La catéchèse annonce avec joie ce Dieu qui est la source de toute notre espérance (cf. 1 Pierre 1, 3-4).

Or, la catéchèse ne peut ignorer que beaucoup de nos contemporains ressentent vivement l’éloignement, sinon l’absence de Dieu. Ce fait, qui est lié au processus de sécularisation, constitue sans doute un péril pour la foi, mais, par ailleurs, il nous pousse à purifier notre foi et, comme il convient, à devenir plus humbles devant le mystère de Dieu : " Vraiment, tu es un Dieu caché, le Dieu d’Israël, le Sauveur " (Is 45, 15). A cette lumière, il est possible de mieux comprendre la vraie nature du culte que Dieu demande et qui le glorifie : un culte qu’accompagne le désir d’accomplir sa volonté dans n’importe quel secteur d’activité, et de multiplier fidèlement, dans la charité, les talents qu’il nous a confiés (cf. Mt 25, 14 ss.). Dans la sainte Liturgie, les fidèles apportent les fruits de tous leurs actes de charité, de justice et de paix pour les offrir humblement à Dieu ; ils y trouvent les paroles de vie et les grâces dont ils ont besoin pour vivre dans le monde selon la vérité et dans la charité (cf. Eph 4, 15) en communion avec le Christ qui offre son Corps et son Sang pour les hommes.

 

LA CONNAISSANCE DE DIEU ET LE TÉMOIGNAGE DE LA CHARITÉ

 

49. Le meilleur moyen pour les fidèles d’aider le monde athée à s’approcher de Dieu, c’est le témoignage d’une vie conforme au message de charité du Christ, et d’une foi vivante et adulte qui rayonne dans des œuvres de justice et de charité (cf. GS, 21).

On ne doit pas oublier toutefois que, par l’usage correct de la raison humaine, comme l’Église le croit et l’enseigne (cf. Concile Vatican I, Const. dogm. Dei Filius, Dz. - Sch. 3004-3005, 3026), il est possible, à partir des réalités créées, de connaître Dieu principe et fin de toutes choses. Cette connaissance de Dieu, bien loin de s’opposer à la dignité humaine, la fonde au contraire et la garantit.

Bien que la fin de l’Église soit le salut éternel des hommes, la foi dans le Dieu vivant entraîne, néanmoins, avec elle le devoir pressant d’apporter aussi son concours à la solution des questions humaines (cf. 1 Jn 4, 20-21) : en ce domaine, les chrétiens doivent témoigner, par leurs œuvres, de la valeur du message du Seigneur.

 

JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, PREMIER-NÉ DE TOUTE CRÉATURE ET SAUVEUR

 

50. Le point culminant des Œuvres de Dieu est l’Incarnation de son Fils Jésus-Christ. Premier-né de toute créature, il est avant tous et toutes choses subsistent en lui (cf. Col 1, 15-17). C’est en lui, par lui et pour lui que tout a été créé (cf. Col 1, 15 ss.).

Obéissant jusqu’à la mort, il a été exalté comme le Seigneur de tous, il nous a été manifesté Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection (cf. Rom 1, 4). Premier-né d’entre les morts, il vivifie tous les hommes (cf. 1 Cor 15, 22) en lui nous sommes créés hommes nouveaux (cf. Eph 2, 10) par lui toute créature sera délivrée de l’esclavage de la corruption (cf. Rom 8, 19-21). " Le salut n’est en aucun autre " (Act 4, 12).

 

LA CRÉATION, COMMENCEMENT DE L’ÉCONOMIE DU SALUT

 

51. L’univers, créé " ex nihilo ", est le monde dans lequel, par Jésus-Christ, s’accomplissent réellement le salut et la rédemption.

Déjà, dans l’Ancien Testament, la vérité de l’action créatrice de Dieu n’est pas présentée comme un principe philosophique abstrait ; elle entre dans l’esprit des Israélites, grâce à la connaissance de l’unité de Dieu, comme une annonce de la puissance et de la victoire de Yahvé, comme une preuve qui démontre la présence permanente du Seigneur avec son peuple (cf. Is 40, 27-28 ; 51, 9-13). La toute-puissance de Dieu créateur se manifeste encore, de manière éminente, dans la résurrection du Christ, où se révèle " l’extraordinaire grandeur de sa puissance " (Eph 1, 19).

C’est pourquoi la vérité de la création ne doit pas être présentée simplement comme une vérité se tenant par elle-même, à part des autres, mais comme quelque chose qui, de fait, est ordonné au salut accompli par le Christ. La création des choses visibles et invisibles, du monde et des anges, est le commencement de l’histoire du salut (cf. DV, 3) ; la création de l’homme (cf. Pie XII, Enc. Humani Generis, AAS, 1950, page 575 ; GS, 12, 14) doit être considérée comme le premier don et le premier appel qui conduisent à la glorification dans le Christ (cf. Rom 8, 29-30). Lorsqu’il écoute un exposé doctrinal sur la création, un chrétien, en plus de réfléchir au premier acte par lequel Dieu " a créé le ciel et la terre " (Gen 1, 1), doit encore orienter son esprit vers toutes les entreprises salvifiques de Dieu. Celles-ci sont perpétuellement présentes dans l’histoire de l’homme et du monde, elles commencent à briller surtout dans l’histoire d’Israël, elles conduisent à l’événement souverain de la résurrection du Christ, elles s’achèveront à la fin du monde, quand apparaîtront des cieux nouveaux et des terres nouvelles (cf. 1 Pierre 3, 13).

 

JÉSUS-CHRIST, CENTRE DE TOUTE L’ÉCONOMIE DU SALUT

 

52. En Jésus-Christ, le chrétien se reconnaît solidaire de toute l’histoire et eu communion avec tous les hommes. C’est au milieu de l’histoire du monde que s’accomplit l’histoire du salut par laquelle Dieu réalise son dessein de constituer, dans le temps, le peuple de Dieu, autrement dit " le Christ total ". Que le chrétien, avec simplicité et sincérité, reconnaisse qu’une part lui revient dans cette Œuvre qui, par la puissance du Christ Sauveur, vise à ce que la création rende le plus possible gloire à Dieu (cf. 1 Cor 15, 28).

 

JÉSUS-CHRIST, VRAI HOMME ET VRAI DIEU, DANS L’UNITÉ DE SA PERSONNE DIVINE

 

53. Ce grand mystère du Christ, Tête et Seigneur de l’univers, " a été manifesté dans la chair " (1 Tim 3, 16). Le Christ Jésus, homme lui-même, qui a habité parmi les hommes, a travaillé avec des mains d’homme, pensé avec une intelligence d’homme, agi avec une volonté d’homme, aimé avec un cœur d’homme, est vraiment le Verbe et le Fils de Dieu qui, par l’Incarnation, s’est uni en quelque sorte à chacun des hommes (GS, 22).

La catéchèse doit annoncer Jésus dans son existence concrète et dans son message ; elle doit ménager aux auditeurs l’accès à la perfection admirable de son humanité, de telle manière qu’ils puissent reconnaître le mystère de sa divinité. En vérité, le Christ Jésus, uni au Père par une relation unique et assidue de prière, a vécu avec les hommes dans une communion toujours étroite. Il les a tous entourés de sa bonté : justes et pécheurs, pauvres et riches, concitoyens et étrangers ; s’il a marqué une prédilection pour certains, ce fut pour les malades, les pauvres et les humbles. Envers la personne humaine, il a manifesté un respect et une sollicitude dont nul n’a donné le témoignage avant lui.

La catéchèse doit, sans cesse, défendre et fortifier la foi en la divinité de Jésus-Christ, pour que les hommes ne l’accueillent pas seulement en raison de sa -vie humaine admirable, mais qu’ils reconnaissent en lui, à partir de ses paroles et des signes qu’il accomplit, le Fils unique de Dieu (cf. Jn 1, 18), " Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père " (Dz. - Sch. 150). La juste interprétation du mystère de l’Incarnation a progressé dans la tradition chrétienne : par une recherche assidue d’intelligence de la foi, les Pères et les Conciles ont dirigé leurs efforts en vue de préciser les notions, d’exposer plus nettement le caractère propre du mystère du Christ, de scruter les liens mystérieux qui l’unissent au Père céleste lui-même et aux hommes. A l’appui de cette vérité est venu s’ajouter le témoignage vivant de l’Église au cours des siècles : la communion de Dieu avec les hommes, accomplie dans le Christ, s’avère une source de joie et d’inépuisable espérance. Dans le Christ réside toute la plénitude de la divinité, par lui s’est manifesté l’amour de Dieu pour les hommes.

Saint Ignace écrivait aux Éphésiens : " Il n’y a qu’un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et inengendré, Dieu venu en chair, vie véritable dans la mort, né de Marie et né de Dieu, d’abord impassible et maintenant passible, Jésus-Christ notre Seigneur " (Eph 7, 2 ; RJ, 39).

 

JÉSUS-CHRIST, SAUVEUR ET RÉDEMPTEUR DU MONDE

 

54. Dans l’histoire des hommes et du monde, soumise au péché, le mystère du Christ apparaît, non seulement comme le mystère de l’Incarnation, mais aussi comme le mystère du Salut et de la Rédemption.

Dieu a tant aimé les hommes pécheurs qu’il a donné son Fils pour se réconcilier le monde (cf. 2 Cor 5, 19). Ainsi Jésus, comme premier-né d’une multitude de frères (cf. Rom 9, 29), saint, innocent et immaculé (cf. Heb 7, 26), obéissant à son Père d’un amour libre et filial (cf. Phil 2, 8), a accepté, pour ses frères pécheurs et comme leur Médiateur, la mort qui, pour eux, est le salaire du péché (cf. Rom 6, 23 ; GS, 18). Par sa mort très sainte, il a racheté le genre humain de l’esclavage du péché et du démon, il a répandu sur lui son Esprit d’adoption, fondant ainsi en lui-même une humanité nouvelle.

 

LES SACREMENTS, ACTES DU CHRIST DANS L’ÉGLISE, QUI EST LE SACREMENT PRIMORDIAL

 

55. Le mystère du Christ se continue dans l’Église, qui jouit sans cesse de l’intimité de sa présence et qui est à son service, spécialement par ces signes, institués par le Christ, qui signifient et produisent le don de la grâce, et auxquels on donne proprement le nom de sacrements (cf. Conc. de Trente, Décret sur les sacrements, Dz. - Sch. 1601).

Mais l’Église, puisqu’elle n’est pas seulement le peuple de Dieu, mais qu’elle est aussi, dans le Christ, comme " le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain " (LG, 1), doit être regardée elle-même, d’une certaine manière, comme le sacrement primordial.

Les sacrements sont les actions principales et fondamentales par lesquelles Jésus-Christ prodigue son Esprit aux fidèles, pour en faire le peuple saint qui, en lui et avec lui, s’offre en une oblation agréable au Père. Sans doute, les sacrements doivent-ils être considérés comme des biens inestimables de l’Église à qui appartient le pouvoir de les administrer ; ils doivent cependant être toujours rapportés au Christ dont ils reçoivent leur efficacité. C’est réellement le Christ qui baptise. Ce n’est pas tant un homme qui célèbre l’Eucharistie que le Christ lui-même ; car c’est lui qui, par le ministère des prêtres, s’offre dans le sacrifice de la Messe (cf. Conc. de Trente, Doctrine du sacrifice de la Messe, Dz. Sch. 1743). L’action sacramentelle est, avant tout, une action du Christ, et les ministres de l’Église en sont comme les instruments.

 

LES SACREMENTS DANS LEUR VÉRITÉ INTÉGRALE

 

56. La catéchèse aura soin de présenter les sept sacrements dans leur vérité intégrale.

D’abord, il faut les présenter comme les sacrements de la foi. Certes, ils expriment par eux-mêmes la volonté efficace du Christ Sauveur ; mais les hommes, de leur côté, doivent manifester une volonté sincère de répondre à l’amour et à la miséricorde de Dieu. C’est pourquoi la catéchèse aura soin de se préoccuper des dispositions requises, et d’éveiller sincérité et générosité pour une digne réception des sacrements.

Ensuite, il faut présenter les sacrements, en fonction certes, de la nature et du but de chacun d’eux, non seulement comme des remèdes au péché et à ses conséquences, mais surtout comme des sources de la grâce pour les personnes et les communautés, de telle sorte que toute la communication de la grâce dans la vie des fidèles se rapporte d’une certaine manière à l’économie sacramentelle.

 

CATÉCHÈSE DES SACREMENTS

 

57. Le Baptême purifie l’homme de la faute originelle et de tous les péchés personnels, il le fait fils de Dieu en le régénérant, il l’incorpore à l’Église, il le sanctifie par les dons du Saint-Esprit et, par un caractère indélébile imprimé dans l’âme, il le fait participer de manière initiale aux fonctions sacerdotale, prophétique et royale du Christ.

La Confirmation attache plus parfaitement le chrétien à l’Église et l’enrichit d’une force spéciale du Saint-Esprit, pour qu’il vive dans le monde en témoin du Christ.

Puisque la vie des chrétiens, qui est un combat sur la terre, est exposée aux tentations et aux péchés, la voie du sacrement de pénitence est ouverte aux chrétiens, pour qu’ils obtiennent le pardon du Dieu de miséricorde et qu’ils se réconcilient avec l’Église.

L’Ordre configure au Christ Médiateur, d’une façon particulière, certains membres du peuple de Dieu, en leur conférant le pouvoir sacré de paître l’Église, de nourrir les fidèles de la parole de Dieu, de les sanctifier, et surtout d’offrir le sacrifice de la Messe au nom même du Christ, et de présider le banquet eucharistique.

" Par l’onction sainte des malades et la prière des prêtres, l’Église tout entière recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour les soulager et les sauver " (LG, 11 ; cf. Jac 5, 14-16).

Dans la catéchèse des sacrements, on donnera une grande importance à l’explication des signes. La catéchèse conduira les fidèles, par le moyen des signes visibles, à pénétrer les invisibles mystères du salut de Dieu.

 

L’EUCHARISTIE, CENTRE DE TOUTE LA VIE SACRAMENTELLE

 

58. Le primat de l’Eucharistie sur tous les sacrements ne fait aucun doute, non plus que son efficacité suréminente dans l’édification de l’Église (cf. LG, 11, 17 ; Instr. Eucharisticum mysterium, nn. 5-15).

Dans l’Eucharistie, en effet, quand sont prononcées les paroles de la consécration, la réalité profonde (et non la réalité phénoménale) du pain et du vin est changée au corps et au sang du Christ ; ce changement admirable a reçu, dans l’Église, le nom de " transsubstantiation ". Ainsi, sous les apparences (ou la réalité phénoménale) du pain et du vin, l’humanité même du Christ, non seulement par sa puissance, mais par, elle-même (c’est-à-dire substantiellement), unie à la personne divine du Christ, se trouve mystérieusement cachée (Cf. Paul VI, Encyc. Mysterium fidei, AAS, 1965, page 766).

Ce sacrifice n’est pas seulement un rite commémoratif du sacrifice du passé. En lui, en effet, le Christ perpétue au long des siècles le sacrifice de la Croix par le ministère des prêtres, d’une manière non sanglante (cf. SC, 47), et il nourrit les fidèles de lui-même, qui est le pain de vie, afin que, pénétrés de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, ils deviennent de plus en plus un peuple agréable à Dieu.

Que les fidèles, nourris de la Victime du sacrifice de la Croix, écartent par un amour vrai et actif les préjugés qui font parfois dénoncer la stérilité d’un culte accusé de détourner les chrétiens de la collaboration fraternelle avec les hommes. La raison d’être du banquet eucharistique est de faire que les fidèles unissent, chaque jour davantage, leur cœur à Dieu dans une prière fervente et, par là, qu’ils puissent reconnaître dans les autres des frères du Christ et des fils de Dieu, et les aimer comme tels.

 

LE SACREMENT DE MARIAGE

 

59. Aujourd’hui, tout en maintenant l’excellence que le message chrétien reconnaît à la virginité consacrée (cf. 1 Cor 7, 38 ; Concile de Trente, Canons sur le sacrement de mariage, Dz. - Sch. 1810), il faut accorder une particulière importance à la catéchèse du mariage, institué par le Créateur lui-même et possédant en propre ses valeurs, ses fins et ses lois diverses (cf. GS, 48).

S’appuyant sur les enseignements de la foi et sur la loi naturelle, sous la conduite du Magistère de l’Église, à qui il revient d’interpréter authentiquement la loi morale et la loi naturelle (cf. Encyc. Humanae vitae, n. 4, AAS, 1968, page 483), tenant compte en même temps des progrès actuels des sciences anthropologiques, la catéchèse doit situer le fondement de la vie familiale dans le mariage, aussi bien en ce qui regarde ses valeurs et la loi divine d’unité et d’indissolubilité, qu’en ce qui concerne les exigences d’amour qu’il comporte, par son caractère naturel, et qui sont ordonnées à la procréation et à l’éducation des enfants. Dans la régulation des naissances, la chasteté conjugale doit être observée selon la doctrine de l’Église (cf. Encyc. Humanae vitae, n. 14, AAS, 1968, page 490).

Puisque, pour les baptisés, le Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement, les époux, ministres du sacrement par le consentement personnel et irrévocable qu’ils expriment, en vivant dans la grâce du Christ, imitent et d’une certaine façon représentent l’amour du Christ lui-même pour son Église (cf. Eph 5, 25). Les époux chrétiens sont fortifiés et comme consacrés par ce sacrement, pour remplir les devoirs de leur état et en conserver la dignité (cf. GS, 48).

Enfin, il importe que la famille, dans la ligne même de sa vocation, devienne une communauté ouverte à la fois à l’Église et au monde.

 

L’HOMME NOUVEAU

 

60. Lorsqu’il reçoit l’Esprit du Christ, l’homme instaure avec Dieu une forme de vie entièrement nouvelle et gratuite.

L’Esprit-Saint, présent dans l’âme du chrétien, rend celui-ci participant de la nature divine, il l’unit intimement au Père et au Christ dans une communion de vie que la mort même ne peut rompre (cf. Jn 14, 23). L’Esprit-Saint guérit l’homme de ses faiblesses et de ses infirmités spirituelles ; il le libère de l’esclavage des passions et de l’amour immodéré de soi, en lui donnant une énergie pour observer la loi divine ; il l’affermit par l’espérance et la force ; il l’éclaire dans la recherche du bien ; il répand en lui des fruits de charité, de joie, de paix, de patience, de bienveillance, de bonté, de longanimité, de douceur, de foi, de modestie, de continence, de chasteté (cf. Gal 5, 22-213). Aussi l’Esprit-Saint est-il invoqué comme l’hôte de l’âme.

La grâce est la justification du péché et l’habitation de Dieu dans l’âme. Quand on dit que l’homme pécheur est justifié par Dieu, qu’il est vivifié par le Saint-Esprit, qu’il possède en lui la vie du Christ, ou qu’il a la grâce, on emploie des expressions qui, en termes différents, veulent dire une seule et même chose : mourir au péché, devenir par l’esprit d’adoption participant de la divinité du Fils, entrer en communion intime de vie avec la Très Sainte Trinité.

L’homme de l’histoire du salut est l’homme ordonné à la grâce d’adoption filiale et à la vie éternelle. L’anthropologie chrétienne trouve son caractère propre dans la grâce du Christ Sauveur.

 

LIBERTÉ HUMAINE ET CHRÉTIENNE

 

61. La vocation divine de l’homme exige qu’il donne une réponse libre dans le Christ Jésus.

L’homme ne peut pas ne pas être libre. Il importe souverainement à sa dignité et à son devoir que, maître de ses actes, il observe la loi morale de l’ordre de la nature et de l’ordre de la grâce, et qu’il s’attache ainsi à Dieu qui s’est révélé dans le Christ. La liberté de l’homme déchu a été à ce point blessée, qu’il ne peut observer longtemps même les devoirs de la loi naturelle sans le secours de la grâce de Dieu ; mais avec la grâce, sa liberté est élevée et fortifiée de telle sorte que, ce qu’il vit dans la chair, il peut le vivre saintement dans la foi au Christ Jésus (cf. Gal 2, 10).

L’Église a mission de défendre et de promouvoir ce sens véritable de la liberté, ainsi que son usage normal, contre toute espèce de contrainte injuste. Elle protège, en outre, la liberté contre ceux qui la nient, prétendant que l’activité de l’homme est simplement soumise au déterminisme psychologique et aux conditions économiques, sociales, culturelles ou autres.

Cependant, l’Église n’ignore pas du tout que la liberté, même aidée par la grâce divine, est en butte à de graves difficultés psychologiques et à l’influence des conditions extérieures dans lesquelles chacun doit vivre, au point que la responsabilité humaine se trouve souvent diminuée et, dans certains cas, quasi ou franchement supprimée. L’Église tient compte aussi des recherches et des progrès actuels des sciences anthropologiques concernant l’usage et les limites de la liberté humaine. C’est pourquoi elle se préoccupe, à la fois, de l’éducation et de la formation d’une liberté authentique, et des conditions à établir, sur les terrains psychologique, social, économique, politique et religieux, pour que cette liberté puisse s’exercer en vérité et en toute justice. Les chrétiens doivent donc apporter leur concours attentif et loyal, dans l’ordre des choses temporelles, pour que soient instaurées, dans la mesure du possible, les conditions les plus favorables à un sain exercice de la liberté. Ce devoir leur est, certes, commun avec tous les hommes de bonne volonté, mais ils savent qu’ils sont astreints à ce devoir pour une raison plus haute et plus pressante : il ne s’agit pas seulement, en effet, de promouvoir un bien concernant cette vie terrestre, il s’agit d’un devoir qui finalement concerne l’acquisition de l’inestimable bienfait de la grâce et du salut éternel.

 

LE PÉCHÉ DE L’HOMME

 

62. Il ne faut cependant pas regarder les conditions de l’histoire et de la vie comme le principal obstacle à la liberté de l’homme ; l’homme, lorsqu’il adhère librement à l’œuvre du salut, rencontre l’opposition majeure du péché.

" Établi par Dieu dans un état de justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu " (GS, 13). " Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché " (Rom 5, 12). " La nature humaine ainsi tombée, dépouillée du don de la grâce qui l’ornait auparavant, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire de la mort, est transmise à tous les hommes, et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché " (Paul VI, Profession de foi, n. 16, AAS, 1968, page 439). C’est pourquoi la multitude des péchés est devenue l’expérience douloureuse des hommes et demeure la cause de toutes sortes de douleurs et de ruines. Il ne faut pas non plus oublier la doctrine de la nature et des effets du péché personnel, par lequel l’homme, agissant sciemment et délibérément, viole par ses actes la loi morale et, en matière grave, offense gravement Dieu même.

L’histoire du salut est aussi l’histoire de la libération du péché. Toutes les interventions de Dieu, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, visent à ce que les hommes soient guidés dans le combat contre les forces de péché ; le rôle accordé au Christ dans l’histoire du salut concerne la destruction du péché et trouve son achèvement dans le mystère de la Croix. Les profondes considérations que l’on trouve chez saint Paul (cf. Rom 5) sur la réalité du péché et " l’œuvre de justice " du Christ qui en découle, sont à ranger parmi les points principaux de la foi chrétienne, qu’il n’est pas possible de passer sous silence en catéchèse.

Cependant, le salut apporté par le Christ dépasse de beaucoup la rédemption du péché, puisque par ce salut s’accomplit le dessein formé par Dieu de se communiquer en Jésus avec une plénitude qui dépasse tout à fait l’entendement humain ; il s’agit d’un dessein qui perdure malgré les péchés des hommes, et qui confère une grâce surabondante par rapport à la mort apportée par le péché (cf. Rom 5, 15-17). Ce dessein d’amour, en vertu duquel les hommes sont appelés à participer à la vie divine elle-même par le Saint-Esprit, garde toujours sa force et concerne tous les temps. L’homme, même pécheur, demeure toujours dans cet ordre unique que Dieu a voulu, cet ordre où Dieu se communique à nous avec bonté dans le Christ Jésus, et ainsi, sous la motion de la grâce, l’homme peut, par la pénitence, parvenir au salut.

 

LA VIE MORALE DES CHRÉTIENS

 

63. Le Christ a confié à ses apôtres la mission d’apprendre à observer tout ce qu’il avait lui-même prescrit (cf. Mt 28, 20). La catéchèse doit donc comprendre, non seulement ce qu’il faut croire, mais aussi ce qu’il faut faire.

La vie morale des chrétiens, qui est la manière d’agir digne aussi bien de l’homme que du fils adoptif de Dieu, correspond au devoir de vivre et de grandir sous la conduite de l’Esprit-Saint dans la vie nouvelle communiquée par Jésus-Christ.

La vie morale des chrétiens est dirigée par la grâce et les dons du Saint-Esprit : " L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné "(Rom 5, 5).

La docilité avec laquelle il faut obéir au Saint-Esprit implique également l’observance fidèle des commandements de Dieu, des lois de l’Église et des lois civiles justes.

En outre, il est nécessaire que la liberté chrétienne soit dirigée et orientée dans les circonstances concrètes de la vie humaine. En conséquence, la conscience des fidèles, même informée par la vertu de prudence, doit être soumise au Magistère de l’Église à qui il appartient de proclamer avec autorité l’ensemble de la loi morale, pour exprimer avec justesse et vérité l’ordre moral objectif.

De plus, la conscience des chrétiens doit elle-même être avertie qu’il existe aussi des règles absolues ou obligatoires pour tous et dans tous les cas. C’est la raison pour laquelle les saints ont confessé le Christ par la pratique de vertus

héroïques, et que les martyrs ont subi les tortures et la mort plutôt que de renier le Christ.

 

LA PERFECTION DE LA CHARITÉ

 

64. L’action de l’Esprit du Christ se manifeste clairement lorsqu’on met en lumière la note propre de la doctrine morale chrétienne, dont tous les préceptes et conseils sont ramenés, comme à leur centre vital, à la foi qui opère par la charité (cf. Gal 5, 6).

L’homme est appelé à adhérer librement en toutes choses à la volonté de Dieu : c’est " l’obéissance de la foi par laquelle l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu " (DV, 5). Or, Dieu est charité et son dessein vise à ce que, dans le Christ, son propre amour soit communiqué et que les hommes soient invités à l’amour mutuel ; il s’ensuit donc qu’adhérer librement et parfaitement à Dieu et à soi, dessein équivaut à entreprendre une vie qui, dans l’observance des commandements, soit dirigée par l’amour : c’est, en d’autres termes, embrasser et traduire en acte dans la vie le commandement nouveau qu’est le précepte de la charité.

L’homme est donc appelé à assumer, dans la foi, une vie de charité envers Dieu et envers les autres hommes ; en cela réside sa plus grande responsabilité et sa plus haute dignité morale. La sainteté de l’homme, quels que soient son état de vie ou sa vocation, n’est rien d’autre que la perfection de la charité (cf. LG, 39-42).

 

L’ÉGLISE, PEUPLE DE DIEU ET INSTITUTION SALVIFIQUE

 

65. L’Église, instituée par le Christ, est née de sa mort et de sa résurrection. Elle est le nouveau peuple de Dieu, préparé tout au long de l’histoire d’Israël, le peuple que le Christ vivifie et développe par l’effusion de l’Esprit, qu’il rénove et dirige perpétuellement par ses dons hiérarchiques et charismatiques ; " le peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint " (LG, 4).

Ainsi donc l’Église, peuple de Dieu, société des fidèles, communion des hommes dans le Christ, est l’œuvre de l’amour salvifique de Dieu dans le Christ.

Les principes qui engendrent et forment les chrétiens, qui les constituent en communauté, à savoir : le dépôt de la foi, les sacrements, les ministères apostoliques, se trouvent dans l’Église Catholique, lui sont confiés et suscitent les activités ecclésiales. En d’autres termes, se trouvent dans l’Église tous les moyens nécessaires pour la rassembler et la conduire à la maturité en tant que communion des hommes dans le Christ. Cette œuvre est le fruit, non seulement de l’acte du Dieu transcendant, de l’opération du Christ invisible et de son Esprit, mais aussi le fruit des institutions, des fonctions et des actions salvifiques de l’Église. Ainsi l’Église n’est pas seulement la société des fidèles ; elle est encore, par son activité ministérielle et salutaire, la mère des fidèles.

L’Église est le peuple saint de Dieu, qui participe de la fonction prophétique du Christ (cf. LG, 12) ; rassemblé par la parole de Dieu, il la reçoit et en témoigne dans le monde entier. C’est un peuple sacerdotal : " Le Christ Seigneur, Pontife pris d’entre les hommes, du peuple nouveau " a fait... un royaume et des prêtres pour Dieu son Père " (Apoc 1, 6). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour présenter, par toute l’activité de l’homme chrétien, des offrandes spirituelles, et pour annoncer la puissance de celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière " (LG, 10). Mais l’Église est essentiellement une société hiérarchique : un peuple conduit par ses Pasteurs unis au Souverain Pontife, Vicaire du Christ, et sous sa direction (cf. LG, 22) ; les fidèles se tournent vers eux avec un amour filial et un respect obéissant. C’est un peuple en marche vers la plénitude du mystère du Christ.

La présence de l’Esprit-Saint dans l’Église, d’une part, assure en elle, et de façon indéfectible, les conditions objectives requises pour sa rencontre sanctifiante avec le Christ , d’autre part, cette même présence fait que l’Église, dans ses membres et pour ses membres ainsi que dans ses structures contingentes, tend à une purification et une rénovation continuelles.

 

L’ÉGLISE COMME COMMUNION

 

66. L’Église est communion : elle a pris une conscience plus lucide de cette vérité au Concile Vatican II.

Elle est le peuple rassemblé par Dieu, uni par des liens spirituels étroits. Certes, sa structure réclame une diversité de dons et de fonctions ; cependant cette distinction, qui peut être, non seulement de degré, mais aussi d’essence comme c’est le cas entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles, ne supprime pas du tout en elle l’égalité des personnes, radicale et constitutive. " Il n’y a donc qu’un seul peuple de Dieu élu : " Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême " (Eph 4, 5) ; une commune dignité des membres de par leur régénération dans le Christ, une commune grâce filiale, une commune vocation à la perfection, un seul salut, une seule espérance, une charité sans division... Bien que, par la volonté du Christ, certains soient établis, pour les autres, docteurs, dispensateurs des mystères, et pasteurs, il règne cependant entre eux une vraie égalité quant à la dignité et à l’action commune à tous les fidèles pour l’édification du Corps du Christ " (LG, 32).

Dans l’Église, donc, toute vocation est digne d’honneur et appelle à la plénitude de l’amour, c’est-à-dire à la sainteté ; toute personne possède sa propre qualité surnaturelle qui mérite respect ; toutes les fonctions et tous les charismes, même si certains sont objectivement plus éminents que d’autres, (cf. 1 Cor 12, 31 ; 7, 38), contribuent au bien de tous les membres, par une sage multiplicité de formes que la fonction apostolique doit discerner et coordonner (cf. LG, 12). Il en va de même pour chacune des églises particulières ; en effet, dans chacune, fût-elle restreinte, pauvre ou vivant dans la dispersion, " le Christ est présent, par la vertu de qui se rassemble l’Église une, sainte, catholique et apostolique " (LG, 26).

Les fidèles catholiques doivent se préoccuper des chrétiens séparés qui ne vivent pas en pleine communion avec l’Église catholique, en priant pour eux, en établissant avec eux des échanges sur les problèmes de l’Église, en faisant les premiers pas -vers eux. Mais d’abord, ils doivent, chacun selon sa situation, examiner avec un esprit sincère et attentif ce qu’il faut rénover et instaurer dans la famille catholique elle-même, pour que sa vie rende plus fidèlement et plus clairement témoignage à la doctrine et aux règles reçues du Christ et transmises par les apôtres (cf. UR, 4, 5).

 

L’ÉGLISE, INSTITUTION SALVIFIQUE

 

67. L’Église n’est pas seulement une communion entre frères, dont la tête est le Christ ; elle apparaît aussi comme une institution à laquelle a été confiée une mission universelle de salut. Le peuple de Dieu, " établi par le Christ dans une communion de vie, de charité et de vérité, est pris aussi par lui comme instrument de la rédemption de tous, et il est envoyé au monde entier comme la lumière du monde et le sel de la terre " (LG, 9).

Pour cette raison, le Concile Vatican II montre l’Église comme une réalité qui embrasse toute l’histoire, admet toute la diversité des cultures et les ordonne à Dieu ; par l’action de l’Esprit du Christ, elle est établie " sacrement universel du salut ". De même, le Concile la montre comme l’Église qui instaure un dialogue avec le monde ; observant les signes des temps, elle discerne ceux qui ont de l’importance pour les hommes et sur lesquels elle s’accorde avec eux ; en outre, elle veille à se faire comprendre et connaître du monde, s’efforçant de se défaire des formes extérieures qui semblent moins évangéliques et dans lesquelles apparaissent de manière trop manifeste les vestiges d’âges révolus.

L’Église, en vérité, n’est pas de ce monde, " elle n’est poussée par aucune ambition terrestre " (GS, 3), elle ne sera parfaite que dans les Cieux vers lesquels elle regarde et chemine ; elle n’en est pas moins liée au monde et à son histoire. Cependant, " l’intense sollicitude de l’Église, Épouse du Christ, pour les besoins des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs travaux, n’a d’autre raison que son ardent désir de leur être présente, dans le dessein d’éclairer les hommes de la lumière du Christ, de les rassembler et de les unir tous en lui, leur unique Sauveur. Cette sollicitude ne peut jamais signifier que l’Église se conforme aux choses de ce monde ou que diminue l’ardeur de l’attente de son Seigneur et du Royaume éternel " (Paul VI, Profession de foi, n. 27, AAS, 1968, page 444).

 

MARIE, MÈRE DE DIEU, MÈRE ET MODÈLE DE L’ÉGLISE

 

68. Marie est unie au Seigneur d’une manière ineffable elle est sa Mère toujours vierge et, " dans la sainte Église, elle tient la place la plus élevée après le Christ et en même temps la plus proche de nous " (LG, 54).

Le don de l’Esprit du Christ se manifeste en elle d’une façon tout à fait singulière, parce que Marie est " pleine de grâce " (Lc 1, 28) et qu’elle est " le type de l’Église " (LG, 63). Préservée de toute tache du péché originel, librement et totalement fidèle au Seigneur, élevée en corps et en âme dans la gloire céleste, en elle l’Esprit-Saint a déjà pleinement manifesté ses bienfaits. Elle est, en effet, pleinement conforme " à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort " (LG, 59). Comme elle est la Mère de Dieu et " notre mère dans l’ordre de la grâce " (L,G, 61), figure de la virginité et de la maternité de toute l’Église (cf. LG, 63-65), signe d’espérance assurée et de consolation pour le peuple de Dieu en marche (cf. LG, 69), Marie " unit en elle pour ainsi dire et reflète les plus grandes affirmations de la foi " et " elle renvoie les croyants à son Fils et à son sacrifice, et à l’amour du Père "(LG, 65). C’est pourquoi l’Église, qui a en honneur les fidèles et les Saints qui sont déjà auprès du Seigneur et intercèdent pour nous (cf. LG, 49, 50), vénère la Mère du Christ et sa propre mère d’une façon toute spéciale.

 

COMMUNION FINALE AVEC DIEU

 

69. Dans le Christ Jésus et par son mystère, les fidèles vivant déjà de l’espérance en cette vie terrestre attendent " notre Seigneur Jésus-Christ qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire " (Ph 3, 21 ; cf. 1 Cor 15). Cependant, les réalités dernières ne seront manifestées et n’atteindront leur perfection que lorsque le Christ, juge des vivants et des morts, viendra avec puissance pour achever l’histoire et remettre son peuple au Père, afin que " Dieu soit tout en tous " (1 Cor 15, 24-28). Jusqu’à ce que " le Seigneur vienne en sa majesté et tous les Anges avec lui, et que, la mort une fois détruite, toutes choses lui soient soumises, certains parmi ses disciples sont en pèlerinage sur cette terre, d’autres qui ont quitté cette vie sont soumis à la purification, d’autres enfin sont glorifiés, voyant clairement Dieu lui-même, Trinité et parfaite Unité, tel qu’il est " (LG, 49).

<