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CONGREGATION POUR LE CLERGE

DIRECTOIRE GENERAL
POUR LA CATECHESE

SIGLES

I

ABREVIATIONS DES LIVRES BIBLIQUES

Ab: Abdias

Ac: Actes

Ag: Aggée

Am: Amos

Ap: Apocalypse

Ba: Baruch

1 Ch: 1er Chroniques

2 Ch: 2eme Chroniques

1 Co: 1er Corinthiens

2 Co: 2eme Corinthiens

Col: Colossiens

Ct: Cantique

Dn: Daniel

Dt: Deutéronome

Ep: Ephésiens

Esd: Esdras

Est: Esther

Ex: Exode

Ez: Ezéchiel

Ga: Galates

Gn: Genèse

Ha: Habaquq

He: Hébreux

Is: Isaïe

Jb: Job

Jc: Jacques

Jdt: Judith

Jg: Juges

Jl: Joël

Jn: Jean

1 Jn: 1re de Jean

2 Jn: 2eme de Jean

3 Jn: 3eme de Jean

Jon: Jonas

Jos: Josué

Jr: Jérémie

Jude: Jude

Lc: Luc

Lm: Lamentations

Lv: Lévitiques

1 M: 1er Maccabées

2 M: 2eme Maccabées

Mc: Marc

Mi: Michée

Ml: Malachie

Mt: Matthieu

Na: Nahum

Nb: Nombres

Ne: Néhémie

Os: Osée

1 P: 1re de Pierre

2 P: 2eme de Pierre

Ph: Philippiens

Phm: Philémon

Pr: Proverbes

Ps: Psaumes

Qo: Qohélet=Ecclésiaste

1 R: 1er Rois

2 R: 2eme Rois

Rm: Romains

Rt: Ruth

1 S: 1er Samuel

2 S: 2eme Samuel

Sg: Sagesse

Si: Sirac=Ecclésiastique

Sof: Sophonie

Tb: Tobie

1 Th: 1re Thessaloniciens

2 Th: 2eme Thessaloniciens

1 Tm: 1re Timothée

2 Tm: 2eme Timothée

Tt: Tite

Za: Zacharie

II

DOCUMENTS DU MAGISTERE

AA: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l'apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem (18 novembre 1965)

AG: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise Ad gentes (7 décembre 1965)

CA: Jean-Paul II, Encyclique Centesimus Annus (1er mai 1991): AAS 83 (1991), pp. 793-867

CD: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur la charge pastorale des évêques dans l'Eglise Christus Dominus (28 octobre 1965)

CEC: Catéchisme de l'Eglise catholique (11 octobre 1992)

CCL: Corpus Christianorum, Series Latina (Turnholti 1953 ss.)

CIC: Codex Iuris Canonici (Code de droit canonique) (25 janvier 1983)

ChL: Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988): AAS 81 (1989), pp. 393-521

COINCAT: Conseil international pour la catéchèse, La catéchèse des adultes dans la communauté chrétienne, Libreria Editrice Vaticana 1990

CSEL: Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (Wn 1866 ss.)

CT: Jean-Paul II, Exhortation apostolique Catechesi tradendae (16 octobre 1979): AAS 71 (1979), pp. 1277-1340

DGC (1971): Sacrée Congrégation pour le Clergé, Directoire général de catéchèse Ad normam decreti (11 avril 1971): AAS 64 (1972), pp. 97-176

DH: Conc. œcum. Vat. II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae (7 décembre 1965)

DM: Jean-Paul II, Encyclique Dives in misericordia (30 novembre 1980): AAS 72 (1980), pp. 1177-1232

DV: Conc. œcum. Vat. II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum (18 novembre 1965)

DS: H. Denzinger - A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de Rebus Fidei et Morum, Editio XXXVI emendata, Romae 1976

EA: Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa (14 septembre 1995): AAS 88 (1996), pp. 5-82

EN: Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975): AAS 58 (1976), pp. 5-76

EV: Jean-Paul II, Encyclique Evangelium Vitae (25 mars 1995): AAS 87 (1995), pp. 401-522

FC: Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Familiaris consortio (22 novembre 1981): AAS 73 (1981), pp. 81-191

FD: Jean-Paul II, Constitution apostolique Fidei depositum (11 octobre 1992): AAS 86 (1994), pp. 113-118

GCM: Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, Guide pour les catéchistes. Document d'orientation en vue de la vocation, de la formation et de la promotion des catéchistes dans les territoires de mission qui dépendent de la Congrégation pour l'Evangélisation des peuples (3 décembre 1993), Città del Vaticano 1993

GE: Conc. œcum. Vat. II, Déclaration sur l'éducation Gravissimum educationis (28 octobre 1965)

GS: Conc. œcum. Vat. II, Constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes (7 décembre 1965)

LC: Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Libertatis Conscientia (22 mars 1986): AAS 79 (1987), pp. 554-599

LE: Jean-Paul II, Encyclique Laborem exercens (14 septembre 1981), AAS 73 (1981), pp. 577-647

LG: Conc. œcum. Vat. II, Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen gentium (21 novembre 1964)

MM: Jean XXIII, Encyclique Mater et Magistra (15 mai 1961): AAS 53 (1961), pp. 401-464

MPD: Synode des Evêques, Message au Peuple de Dieu Cum iam ad exitum sur la catéchèse en notre temps (28 octobre 1977), Typis Polyglottis Vaticanis 1977

NA: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur les relations de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes Nostra aetate (28 octobre 1965)

PB: Jean-Paul II, Constitution apostolique Pastor bonus (28 juin 1988): AAS 80 (1988), pp. 841-93

PG: Patrologiae Cursus completus, Series Graeca, ed. Jacques P. Migne, Parisiis 1857 ss.

PL: Patrologiae Cursus completus, Series Latina, ed. Jacques P. Migne, Parisiis 1844 ss.

PO: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum Ordinis (7 décembre 1965)

PP: Paul VI, Encyclique Populorum progressio (26 mars 1967): AAS 59 (1967), pp. 257-299

RH: Jean-Paul II, Encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979): AAS 71 (1979), pp. 257-324

RICA: Rituel de l'initiation chrétienne des adultes (Ordo Initiationis Christianae Adultorum), Editio Typica, Typis Polyglottis Vaticanis 1972

RM: Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris missio (7 décembre 1990): AAS 83 (1991), pp. 249-340

SC: Conc. œcum. Vat. II, Constitution sur la sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963)

SCh: Sources Chrétiennes, Collection, Paris 1946 ss.

SRS: Jean-Paul II, Encyclique Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987): AAS 80 (1988), pp. 513-586

SYNODE 1985: Synode des Evêques (assemblée extraordinaire de 1985), Relation finale Ecclesia sub verbo Dei mysteria Christi celebrans pro salute mundi (7 décembre 1985), Cité du Vatican 1985

TMA: Jean-Paul II, Exhortation apostolique Tertio millennio adveniente (10 novembre 1994): AAS 87 (1995) pp. 5-41

UR: Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l'œcuménisme Unitatis redintegratio (21 novembre 1964)

UUS: Jean-Paul II, Encyclique Ut unum sint (25 mai 1995): AAS 87 (1995), pp. 921-982

VS: Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor (6 août 1993): AAS 85 (1993), pp. 1133-1228

PREFACE

1. Le Concile Vatican II avait prescrit la rédaction d'un « Directoire sur l'enseignement catéchétique du peuple chrétien ».(1) Pour réaliser ce mandat conciliaire, la Congrégation pour le Clergé fit appel à une commission d'experts et consulta les conférences épiscopales du monde, qui firent parvenir de nombreuses suggestions et observations sur ce projet. Le texte élaboré fut revu par une commission théologique ad hoc, et par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Le 18 mars 1971, il fut définitivement approuvé par Paul VI et promulgué le 11 avril de la même année sous le titre de Directoire Catéchétique Général.

2. Les trente années qui se sont écoulées depuis la fin du Concile Vatican II jusqu'à la veille du troisième millénaire ont été, sans aucun doute, fécondes du point de vue des orientations et de la promotion de la catéchèse. Ce fut un temps qui, en quelque sorte, rendit à l'Eglise la vitalité de ses origines dans l'œuvre d'évangélisation remit en valeur les enseignements des Pères et favorisa un sage retour au catéchuménat antique. Depuis 1971, le Directoire général de catéchèse a guidé les Eglises particulières sur le long chemin du renouveau de la catéchèse. Il a voulu être une référence, aussi bien pour le contenu que pour la pédagogie et les méthodes à suivre.

Le chemin parcouru par la catéchèse durant cette période a été partout marqué par le dévouement généreux de nombreuses personnes, par des initiatives admirables, par de beaux fruits pour l'éducation et la maturation dans la foi, d'enfants, de jeunes et d'adultes. Cependant, il y eut en même temps des lacunes doctrinales et des expériences qui ont appauvri la qualité de la catéchèse. Elles furent dues en grande partie à l'évolution du contexte culturel mondial et à des questions ecclésiales qui ne relèvent pas de la catéchèse.

3. Le magistère de l'Eglise n'a jamais cessé, au cours de ces années, d'exercer sa sollicitude pastorale envers la catéchèse. Dans tous les continents, de nombreux évêques et conférences épiscopales ont donné un élan remarquable à l'activité catéchétique, notamment en publiant de bons catéchismes et des orientations pastorales, en encourageant la formation d'experts et en favorisant la recherche catéchétique. Ces efforts ont été féconds et ont favorablement influencé la pratique catéchétique des Eglises particulières. Le Rituel pour l'initiation chrétienne des adultes, promulgué le 6 janvier 1972 par la Congrégation pour le Culte divin, a, d'autre part, apporté une particulière richesse au renouveau de la catéchèse.

Et il faut rappeler, d'une façon spéciale, le ministère de Paul VI, le Pape qui a guidé l'Eglise pendant la première période de l'après-Concile. Jean Paul II a dit de lui: « Par ses gestes, sa prédication, son interprétation autorisée du Concile Vatican II — qu'il considérait comme le grand catéchisme des temps modernes —, par sa vie entière, mon vénéré prédécesseur Paul VI a servi la catéchèse de l'Eglise d'une manière particulièrement exemplaire ».(2)

4. Une pierre angulaire, déterminante pour la catéchèse, a été la réflexion engagée à l'occasion de l'Assemblée générale du Synode des Evêques sur l'Evangélisation dans le monde moderne, en octobre 1974. Les propositions de cette instance ont été présentées au Pape Paul VI qui a promulgué l'exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi le 8 décembre 1975. Ce document propose, entre autres, un principe qui mérite d'être souligné, à savoir que la catéchèse est une action évangélisatrice dans le cadre de la grande mission de l'Eglise. L'activité catéchétique devra, dorénavant, être considérée comme faisant constamment partie des besoins urgents et des préoccupations propres au mandat missionnaire pour notre temps.

De même, la dernière assemblée du Synode des évêques convoquée par Paul VI en octobre 1977 a choisi la catéchèse comme thème d'analyse et de réflexion épiscopale. Ce synode a vu « dans le renouveau catéchétique un don précieux de l'Esprit Saint à l'Eglise d'aujourd'hui ».(3)

5. Jean-Paul II a accueilli cet héritage en 1978 et a formulé ses premières orientations dans l'exhortation apostolique Catechesi Tradendae, du 16 octobre 1979. Cette exhortation forme un tout cohérent avec l'exhortation Evangelii Nuntiandi et resitue pleinement la catéchèse dans le cadre de l'évangélisation.

Durant son pontificat, Jean-Paul II a constamment exercé un magistère de grande valeur catéchétique. Parmi ses discours, ses lettres et ses enseignements écrits, émergent les douze Encycliques — de Redemptor Hominis à Ut Unum Sint: elles constituent un corps de doctrine synthétique et organique, en application du renouveau de la vie ecclésiale souhaité par le Concile Vatican II.

Parmi ces documents du Magistère de Jean-Paul II, certains se distinguent par leur valeur catéchétique: Redemptor Hominis (4 mars 1979), Dives in Misericordia (30 novembre 1980), Dominum et vivificantem (18 mai 1986), et, pour réaffirmer la validité permanente du mandat missionnaire, Redemptoris Missio (7 décembre 1990).

6. D'autre part, les assemblées générales, ordinaires et extraordinaires, du Synode des évêques, ont eu des répercussions particulières sur la catéchèse. Ainsi, les synodes de 1980 et de 1987, sur la mission de la famille et sur la vocation des laïcs baptisés. Les travaux de ces deux synodes ont été suivis par les exhortations apostoliques de Jean-Paul II: Familiaris Consortio (22 novembre 1981) et Christifideles Laici (30 décembre 1988). De même, le Synode extraordinaire des évêques de 1985 a marqué de manière décisive le présent et l'avenir de la catéchèse. Un bilan de 20 années d'application du Concile Vatican II a été dressé à cette occasion et les pères du Synode ont proposé au Saint-Père l'élaboration d'un catéchisme universel pour l'Eglise catholique. Jean-Paul II a non seulement accueilli favorablement cette proposition, mais il l'a faite sienne. Au terme d'un travail patient et complexe, le « Catéchisme de l'Eglise Catholique » a été remis aux évêques et aux Eglises particulières par le biais de la Constitution Apostolique Fidei Depositum, le 11 octobre 1992.

7. Cet événement riche de signification et l'ensemble des actes et interventions du Magistère auxquels nous avons fait allusion, imposaient une révision du « Directoire général de catéchèse », afin d'adapter cet instrument théologique et pastoral précieux à la situation et aux nécessités nouvelles. Recueillir cet héritage et en réaliser une synthèse en fonction de l'activité catéchétique, toujours dans la perspective de l'étape actuelle de la vie de l'Eglise, est un service que le Siège Apostolique rend à tous.

Le travail de révision du Directoire général de catéchèse, réalisé par les soins de la Congrégation pour le Clergé, a été effectué par un groupe d'évêques et par des experts en théologie et en catéchèse. Le texte a été envoyé pour consultation aux conférences épiscopales, à divers spécialistes, et aux principaux instituts ou centres d'études catéchétiques; le travail a été fait en respectant dans sa substance, l'esprit et le contenu du texte de 1971.

La nouvelle rédaction du Directoire général de catéchèse a dû tenir compte, bien sûr, de deux exigences majeures:

– d'une part, l'insertion de la catéchèse dans l'évangélisation, demandée par les Exhortations Evangelii Nuntiandi et Catechesi Tradendae;

– d'autre part, la prise en compte des contenus de la foi proposés par le Catéchisme de l'Eglise Catholique.

8. Le nouveau Directoire général de catéchèse, tout en maintenant la structure de base du texte de 1971, s'articule de la façon suivante:

– Un exposé préliminaire donne des indications aidant à l'interprétation et à la compréhension des situations humaines et ecclésiales, à la lumière de la foi et en faisant confiance à la vitalité de la semence de l'Evangile. Il s'agit de brefs diagnostics en vue de la mission.

– La première partie(4) comprend trois chapitres et ancre davantage la catéchèse dans la Constitution conciliaire Dei Verbum, la situant dans le cadre de l'évangélisation présenté par Evangelii Nuntiandi et Catechesi Tradendae. Elle offre également une clarification sur la nature de la catéchèse.

– La deuxième partie(5) comprend deux chapitres. Le premier, intitulé « Normes et critères pour la présentation du message évangélique dans la catéchèse », sous une nouvelle articulation et dans une perspective enrichie, rassemble tout le contenu du chapitre du premier texte. Le deuxième chapitre, totalement nouveau, est consacré à la présentation du catéchisme de l'Eglise catholique comme texte de référence dans la transmission de la foi par la catéchèse et dans la rédaction des catéchismes locaux. Le texte offre aussi des principes fondamentaux en vue de l'élaboration de catéchismes pour les Eglises particulières et locales.

– La troisième partie(6) se présente sous une forme assez renouvelée, en formulant différemment les lignes essentielles d'une pédagogie de la foi inspirée de la pédagogie divine, une question qui concerne autant la théologie que les sciences humaines.

– La quatrième partie(7) est intitulée « Les destinataires de la catéchèse ». En cinq chapitres brefs, elle examine les situations, fort différentes, des personnes auxquelles s'adresse la catéchèse, les aspects concernant la situation socio-religieuse, et, d'une manière spéciale, la question de l'inculturation.

– La cinquième partie(8) fait de l'Eglise particulière le centre de gravité de la catéchèse; elle a le devoir primordial de promouvoir, de prévoir, de surveiller et de coordonner toute l'activité catéchétique. On y met particulièrement en valeur la description des rôles respectifs des divers agents (qui trouvent toujours leur point de référence dans le pasteur de l'Eglise particulière), ainsi que les exigences de la formation en chacun des cas.

– La conclusion qui invite à intensifier, de nos jours, l'activité catéchétique, couronne la réflexion et les orientations par un appel à la confiance en l'action de l'Esprit Saint et en l'efficacité de la Parole de Dieu semée dans l'amour.

9. Le but de ce Directoire est, bien sûr, le même que celui du texte de 1971. Il se propose, en effet, d'énoncer « les principes fondamentaux théologico-pastoraux, tirés du Magistère de l'Eglise et spécialement du Concile Oecuménique Vatican II, afin que l'action pastorale du ministère de la parole — et concrètement, la catéchèse — puisse ainsi être conduite et ordonnée de façon plus adaptée ».(9) L'intention était alors et reste essentiellement celle d'offrir des réflexions et des principes plutôt que de suggérer des applications immédiates ou de donner des directives pratiques. Cette démarche a été adoptée pour la raison suivante: ce n'est qu'en comprenant comme il se doit, dès le début, la nature et les objectifs de la catéchèse, ainsi que les vérités et les valeurs qui doivent être transmises, que l'on évitera des manques et des erreurs en matière catéchétique.(10)

Il est de la compétence spécifique des épiscopats de faire appliquer concrètement ces principes et ces énoncés, par des orientations et des directoires nationaux, régionaux ou diocésains, des catéchismes et par tout autre moyen qu'ils jugeront apte à promouvoir efficacement la catéchèse.

10. Il est évident que toutes les parties du Directoire n'ont pas la même importance. Celles qui traitent de la Révélation divine, de la nature de la catéchèse, des critères qui régissent l'annonce du message chrétien, valent pour tous. En revanche, les parties qui ont trait à la situation actuelle, à la méthodologie et à la manière d'adapter la catéchèse aux différents âges et contextes culturels, sont à prendre plutôt comme des indications et des orientations.(11)

11. Les destinataires du Directoire sont principalement les évêques, les conférences épiscopales, et, en général, ceux qui, sous leur mandat et direction, ont des responsabilités dans le domaine de la catéchèse. Il est évident que le Directoire peut être un instrument utile pour la formation des candidats au sacerdoce, pour la formation permanente des prêtres et pour la formation des catéchistes.

Un objectif immédiat du Directoire est d'aider à la rédaction des directoires de catéchèse et des catéchismes. Conformément aux suggestions avancées par de nombreux évêques, de nombreuses notes et références ont été insérées, qui peuvent être d'une grande utilité pour l'élaboration de tels instruments.

12. Le Directoire s'adressant aux Eglises particulières, dont les situations et les nécessités pastorales sont très variées, il n'a évidemment été possible que de prendre en considération les situations communes ou moyennes. Il en est de même lorsqu'il s'agit de décrire l'organisation de la catéchèse aux divers niveaux. Il est bon de tenir compte de cette observation dans l'utilisation du Directoire. Comme le faisait remarquer le texte de 1971, ce qui paraîtra insuffisant dans les régions où la catéchèse a atteint un niveau élevé de qualité et de moyens, semblera peut-être excessif là où la catéchèse ne connaît pas encore un tel développement.

13. En publiant ce document, nouveau témoignage de la sollicitude du Siège Apostolique à l'égard du ministère catéchétique, nous souhaitons qu'il soit accueilli, examiné et étudié avec attention, en tenant compte des nécessités pastorales de chaque Eglise particulière, et qu'il puisse également conduire à une étude et à une recherche plus approfondies, qui répondent aux besoins de la catéchèse ainsi qu'aux normes et aux orientations du Magistère de l'Eglise.

Que la Bienheureuse Vierge Marie, étoile de la nouvelle évangélisation, nous guide vers la pleine connaissance de Jésus-Christ, Maître et Seigneur.

« Enfin, frères, priez pour nous, demandant que la Parole du Seigneur accomplisse sa course et soit glorifiée, comme elle le fait chez vous » (2 Th 3, 1).

Du Vatican, le 15 août 1997

Solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie


Darío Castrillón Hoyos
Archevêque émérite de Bucaramanga
Pro-Préfet

et Crescenzio Sepe
Archevêque tit. de Grado
Secrétaire

EXPOSE PRELIMINAIRE

L'annonce de l'Evangile
dans le monde d'aujourd'hui

« Ecoutez! Voici que le semeur est sorti pour semer. Et il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé. Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de terre; et lorsque le soleil s'est levé, elle a été brûlée, et, faute de racine, s'est desséchée. Une autre est tombée dans les épines et les épines ont monté et l'ont étouffée, et elle n'a pas donné de fruit. D'autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit, l'un trente, l'autre soixante, l'autre cent » (Mc4,3-8).

14. Cet exposé préliminaire souhaite encourager les pasteurs et les agents de la catéchèse à prendre conscience de la nécessité de toujours prêter une grande attention au terrain à ensemencer, et à le faire dans une vision de foi et de miséricorde. L'interprétation du monde contemporain qui est présentée ici a évidemment un caractère provisoire, lié aux contingences historiques.

« Voici que le semeur est sorti pour semer » (Mc 4,3)

15. Cette parabole est source d'inspiration pour l'évangélisation. « La semence, c'est la parole de Dieu » (Lc 8,11). Le semeur est Jésus-Christ. Il annonça l'Evangile en Palestine il y a deux mille ans et envoya ses disciples le semer dans le monde. Jésus-Christ, aujourd'hui, présent dans l'Eglise par son Esprit, continue de répandre la Parole du Père dans le champ qu'est le monde.

La qualité du terreau est toujours très variée. L'Evangile tombe « au bord du chemin » (Mc 4,4) lorsqu'il n'est pas réellement écouté; il tombe sur le « terrain rocheux » (Mc 4,5), sans pénétrer la terre en profondeur; « dans les épines » (Mc 4,7), et il est aussitôt étouffé dans le cœur des hommes, aux prises avec nombre de préoccupations. Mais une partie tombe « dans la bonne terre » (Mc 4,8), c'est-à-dire en des hommes et des femmes ouverts à la relation personnelle avec Dieu et solidaires avec leur prochain, et elle donne du fruit en abondance. Jésus, dans la parabole, annonce une bonne nouvelle: le Royaume de Dieu vient, en dépit des difficultés dues au terrain, des tensions, des conflits et des problèmes du monde. La semence de l'Evangile féconde l'histoire des hommes et annonce une récolte abondante. Jésus informe également que la Parole de Dieu ne germe que dans un cœur disposé à l'accueillir.

Un regard sur le monde avec les yeux de la foi

16. L'Eglise continue de semer l'Evangile de Jésus dans le vaste champ de Dieu. Les chrétiens, insérés dans les contextes sociaux les plus divers, portent sur le monde le même regard que Jésus portait sur la société de son temps. Le disciple de Jésus-Christ participe, en effet, du dedans aux « joies et aux espoirs, aux tristesses et aux angoisses des hommes de ce temps »,(12)il regarde l'histoire humaine, il y participe, non seulement avec la raison mais aussi avec la foi. A la lumière de la foi, le monde apparaît en même temps « fondé et conservé par l'amour du Créateur, tombé sous l'esclavage du péché, mais libéré par le Christ, crucifié et ressuscité et qui a brisé le parvoir du Malin ».(13)

Le chrétien sait qu'à toute réalité et événement humain sont sous-tendues en même temps:

– l'action créatrice de Dieu, qui communique à tout être sa bonté,

– la force engendrée du péché, qui limite et engourdit l'homme,

– le dynamisme qui jaillit de la Pâque du Christ comme

un germe de renouveau qui donne au croyant l'espérance d'un « accomplissement » (14) définitif.

Un regard sur le monde qui ne tiendrait pas compte de l'un de ces trois aspects, ne serait pas authentiquement chrétien. C'est pourquoi il est important que la catéchèse sache initier les catéchumènes et les catéchisés à une lecture théologique des problèmes modernes.(15)

Le champ du monde

17. Mère des hommes, l'Eglise voit avant tout, avec une douleur profonde, « une multitude incalculable d'hommes et de femmes, d'enfants, d'adultes et de vieillards, en un mot une multitude des personnes humaines concrètes et uniques, qui souffrent sous le poids intolérable de la misère ».(16)

Par une catéchèse dans laquelle son enseignement social a sa place,(17) elle souhaite susciter dans le cœur des chrétiens « l'engagement pour la justice » (18) et l'« option ou amour préférentiel pour les pauvres »,(19) de sorte que sa présence soit vraiment la lumière qui éclaire et le sel qui transforme.

Les droits de l'homme

18. Dans son analyse du champ du monde, l'Eglise est très sensible à tout ce qui offense la dignité de la personne humaine.

Elle sait que les droits de l'homme découlent de cette dignité; (20) ils sont l'objet constant du souci constant et de l'engagement des chrétiens. C'est pourquoi son regard ne se porte pas uniquement sur les indicateurs économiques et sociaux,(21) mais surtout sur ceux qui sont culturels et religieux. Son objectif est le développement intégral des personnes et des peuples.(22)

L'Eglise se réjouit qu'actuellement « un courant bienfaisant parcourt et envahit tous les peuples de la terre, qui ont pris davantage conscience de la dignité de l'homme ».(23) Cette conscience s'exprime par un souci profond du respect des droits de l'homme et par un ferme rejet de ses violations. Le droit à la vie, au travail, à l'éducation, à la création d'une famille, à la participation à la vie publique, à la liberté religieuse sont, aujourd'hui, particulièrement revendiqués.

19. Cependant en divers endroits, et en contradiction apparente avec la perception de la dignité de la personne, les droits de l'homme sont clairement bafoués,(24) Cela provoque d'autres formes de pauvreté qui ne sont pas d'ordre matériel: il s'agit d'une pauvreté culturelle et religieuse qui préoccupe également la communauté ecclésiale. La négation ou la limitation des droits de l'homme, en effet, appauvrit la personne et les peuples tout autant sinon plus que la privation de biens matériels.(25)

L'œuvre évangélisatrice de l'Eglise, dans ce vaste domaine des droits de l'homme, ne peut renoncer à la tâche de faire découvrir la dignité inaliénable de toute personne humaine. En un certain sens, « c'est la tâche centrale et unifiante du service que l'Eglise, et en elle les fidèles laïcs, est appelée à rendre à la famille des hommes ».(26) La catéchèse doit les préparer à ce devoir.

La culture et les cultures

20. Le semeur sait que la semence pénètre en des terreaux concrets et qu'il lui faut absorber tous les éléments nécessaires pour porter du fruit.(27) Il sait également que, parfois, certains de ces éléments peuvent compromettre la germination et la récolte.

La constitution « Gaudium et Spes » souligne la grande importance de la science et de la technique dans la gestation et dans le développement de la culture moderne. La mentalité scientifique qui en découle « modifie profondément l'état culturel et les modes de penser »(28) avec des conséquences humaines et religieuses considérables. La rationalité scientifique et expérimentale est profondément enracinée dans l'homme d'aujourd'hui.

Cependant, la conscience que ce type de rationalité ne peut pas tout expliquer gagne aujourd'hui du terrain. Les hommes de science eux-mêmes constatent qu'un autre type de connaissance doit s'ajouter à la rigueur de l'expérience pour comprendre en profondeur l'être humain. La réflexion philosophique sur le langage montre, par exemple, que la pensée symbolique est une forme d'accès au mystère de la personne humaine, inaccessible autrement. D'où l'exigence d'une rationalité qui ne divise pas l'être humain, qui intègre son affectivité, l'unifie, donnant un sens plus profond à sa vie.

21. Ces « nouvelles formes de culture »(29) s'accompagnent aujourd'hui d'un désir croissant de remettre en valeur les cultures autochtones. La question du Concile demeure: « Comment favoriser le dynamisme et l'expansion d'une culture nouvelle sans que disparaisse la fidélité vivante à l'héritage des traditions? ».(30)

– En de nombreux lieux, on se rend compte que les cultures traditionnelles subissent l'agression d'influences extérieures dominantes et d'imitations aliénantes de modes de vie importés, qui minent progressivement l'identité et les valeurs propres des peuples.

– On constate aussi l'influence considérable des moyens de communication qui, à des fins économiques ou idéologiques souvent, imposent une vision de la vie qui ne respecte pas la physionomie culturelle des peuples auxquels ils s'adressent.

L'évangélisation trouve ainsi, dans l'inculturation, l'un de ses plus grands défis. L'Eglise, à la lumière de l'Evangile, doit assumer toutes les valeurs positives de la culture et des cultures,(31) et rejeter les éléments qui empêchent les personnes et les peuples de développer leurs potentialités authentiques.

La situation religieuse et morale

22. Parmi les éléments qui constituent le patrimoine culturel d'un peuple, l'aspect religieux et moral revêt, pour le semeur, une importance particulière. L'indifférence religieuse continue de se diffuser dans la culture actuelle: « Beaucoup de nos contemporains (...) ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l'homme à Dieu ».(32)

L'athéisme, négation de Dieu, « compte parmi les faits les plus graves de ce temps ».(33) Il s'exprime avec des nuances diverses mais, de nos jours, il se manifeste sous la forme du sécularisme qui consiste en une vision autonomiste de l'homme et du monde « d'après laquelle ce dernier s'explique par lui-même sans qu'il soit besoin de recourir à Dieu ».(34) Dans le domaine spécifiquement religieux, il y a pourtant des « signes d'un retour au sens du sacré »,(35) d'une soif nouvelle de réalités trancendantes et divines. Le monde actuel témoigne, sous des formes toujours plus vastes et plus vives, d'« un réveil de la recherche religieuse ».(36) Ce phénomène n'est certes pas dépourvu d'ambiguités.(37) La prolifération des sectes et des nouveaux mouvements religieux ainsi que la résurgence du « fondamentalisme »(38) incitent l'Eglise à s'interroger sérieusement et méritent une analyse très attentive.

23. La situation morale évolue de la même manière, de nos jours, que la situation religieuse. On constate en effet un obscurcissement de la vérité ontologique de la personne humaine. Tout se passe comme si le refus de Dieu voulait signifier une rupture intérieure des aspirations de l'être humain.(39) On assiste ainsi, en de nombreux endroits, à un « relativisme éthique qui enlève à la convivialité civile toute référence morale sûre ».(40)

L'évangélisation trouve dans le terrain religieux et moral un champ privilégié. La mission première de l'Eglise est, en effet, d'annoncer Dieu et d'être son témoin face au monde. Il s'agit de faire connaître le vrai visage de Dieu ainsi que son dessein d'amour et de salut pour les hommes, comme Jésus l'a révélé.

Pour préparer de tels témoins, l'Eglise doit développer une catéchèse qui favorise la rencontre avec Dieu, et qui renforce un lien permanent de communion avec Lui.

L'Eglise dans le champ du monde

La foi des chrétiens

24. Les disciples de Jésus sont immergés dans le monde comme un levain, mais comme à chaque époque, ils n'échappent pas à l'influence des situations humaines.

C'est pourquoi il est nécessaire de s'interroger sur la situation actuelle de la foi des chrétiens.

Le renouveau catéchétique réalisé dans l'Eglise lors des dernières décennies est en train de donner de nombreux fruits positifs.(41) La catéchèse des enfants, des jeunes et des adultes, au cours de ces dernières années, a donné naissance à un type de chrétien vraiment conscient de sa foi et vivant en cohérence avec elle. Cette catéchèse a en effet favorisé chez ces chrétiens:

– une nouvelle expérience vitale de Dieu comme Père miséricordieux;

– une redécouverte plus profonde de Jésus-Christ, non seulement dans sa divinité mais aussi dans sa véritable humanité;

– le sens d'être tous coresponsables de la mission de l'Eglise dans le monde;

– la prise de conscience des exigences sociales de la foi.

25. Cependant, devant le panorama religieux actuel, un test s'impose aux fils de l'Eglise: « A quel point ne sont-ils pas eux-mêmes atteints par l'atmosphère de sécularisme et de relativisme éthique? »(42)

Une première catégorie est représentée par « des multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent en dehors de toute vie chrétienne ».(43) Il s'agit d'une foule de chrétiens « non-pratiquants »,(44) même si, au fond du cœur de beaucoup, le sentiment religieux n'a pas totalement disparu. Les réveiller à la foi est un véritable défi pour l'Eglise.

Il y a aussi les « gens simples »(45) qui expriment parfois des sentiments religieux très sincères et une « religiosité populaire »(46) très ancrée. Ils ont une certaine foi, « mais en connaissent mal les fondements ».(47) Il y a encore ces nombreux chrétiens, très cultivés, mais qui n'ont reçu de formation religieuse que dans leur enfance, et qui éprouvent le besoin de remettre en place leur foi et de la faire mûrir sous une autre lumière.(48)

. En outre, un certain nombre de baptisés cachent malheureusement leur identité chrétienne, soit en raison d'une mauvaise compréhension du dialogue interreligieux, soit parce qu'ils sont mal à l'aise pour témoigner de leur foi en Jésus-Christ dans la société contemporaine.

Ces situations de la foi des chrétiens réclament de toute urgence de la part du semeur la mise en route d'une « nouvelle évangélisation »,(49) surtout dans les Eglises d'ancienne tradition chrétienne, où le sécularisme a le plus pénétré. Dans cette situation nouvelle qui a besoin d'évangélisation, l'annonce missionnaire et la catéchèse, surtout pour les jeunes et les adultes, sont, de toute évidence, prioritaires.

La vie interne de la communauté ecclésiale

27. Il est important d'examiner aussi la vie même de la communauté ecclésiale, sa qualité intime.

En premier lieu, il faut voir comment le Concile Vatican II a été accueilli dans l'Eglise et quels en ont été les fruits. Les grands documents conciliaires ne sont pas restés lettre morte: on constate leurs effets. Les quatre Constitutions (Sacrosanctum Concilium, Lumen Gentium, Dei Verbum, et Gaudium et Spes) ont fécondé l'Eglise. En effet:

– la vie liturgique est perçue davantage comme la source et le sommet de la vie ecclésiale.

– Le peuple de Dieu a pris une conscience plus vive du « sacerdoce commun »(50) qui trouve sa racine dans le baptême. En même temps, il redécouvre toujours plus la vocation universelle à la sainteté et un sens plus vif du service de la charité.

– La communauté ecclésiale a acquis un sens plus vif de la Parole de Dieu. L'Ecriture Sainte, par exemple, est lue, goûtée et méditée d'une manière plus intense.

– La mission de l'Eglise dans le monde est perçue d'une manière nouvelle. En effet, sur la base d'un renouveau intérieur, le Concile a montré aux catholiques l'exigence d'une évangélisation toujours liée à la promotion humaine; la nécessité du dialogue avec le monde et avec les diverses cultures et religions et l'urgence de rechercher l'unité des chrétiens.

28. Certes, des fautes et des difficultés ont marqué la réception du Concile,(51) il faut le reconnaître. Malgré l'ampleur et la profondeur de la doctrine ecclésiologique, le sens de l'appartenance à l'Eglise s'est affaibli; on assiste souvent à « une désaffection à l'égard de l'Eglise ».(52) On la regarde parfois unilatéralement comme une pure institution, privée de son mystère.

Des positions partiales et opposées ont été prises parfois dans l'interprétation et dans l'application du renouveau demandé à l'Eglise par le Concile Vatican II. De telles idéologies et attitudes ont conduit à des éclatements, compromettant le témoignage de communion indispensable pour l'évangélisation.

L'action évangélisatrice de l'Eglise, et en elle la catéchèse, doit chercher plus fermement à consolider la cohésion ecclésiale. Dans ce but, il est urgent de promouvoir et d'approfondir une authentique ecclésiologie de communion(53) et d'engendrer chez les chrétiens une spiritualité ecclésiale profonde.

La situation de la catéchèse: vitalité et problèmes

29. Nombreux sont les aspects positifs de la catéchèse qui, ces dernières années, montrent sa vitalité. Certains méritent d'être mis en évidence:

– Le grand nombre de prêtres, de religieux et de laïcs qui se consacrent avec enthousiasme et persévérance à la catéchèse. C'est l'une des activités ecclésiales les plus mises en relief.

– Il faut souligner aussi le caractère missionnaire de la catéchèse actuelle et sa tendance à garantir l'adhésion à la foi des catéchumènes et des catéchisés, dans un monde où le sens religieux s'obscurcit. Dans cette dynamique, on perçoit clairement que la catéchèse doit acquérir le caractère de la formation intégrale, et ne pas se réduire à un simple enseignement: elle devra, en effet, travailler à susciter une véritable conversion.(54)

– D'où l'importance extraordinaire du développement de la catéchèse des adultes(55) dans le projet catéchétique de très nombreuses Eglises particulières. Cette option semble être devenue prioritaire dans les plans pastoraux de nombreux diocèses. Elle occupe une place centrale également dans certains mouvements et groupes ecclésiaux.

– Favorisée sans doute par les orientations récentes du Magistère, la pensée catéchétique a gagné, de nos jours, en densité et en profondeur. De nombreuses Eglises particulières disposent déjà d'orientations pastorales adaptées.

30. Toutefois, il est nécessaire d'examiner attentivement certains problèmes pour essayer de leur trouver des solutions:

– Le premier a trait à la conception de la catéchèse comme école de foi, comme apprentissage et entraînement à toute la vie chrétienne, conception qui n'est pas pleinement entrée dans la conscience des catéchistes.

– En ce qui concerne l'orientation de fond, le concept de « Révélation » imprègne généralement l'activité catéchétique; cependant le concept conciliaire de « Tradition » en tant que réel élément d'inspiration a une influence moins grande. De fait, dans beaucoup de catéchismes, la référence à l'Ecriture Sainte est quasi exclusive, et pas suffisamment accompagnée de la réflexion et de la vie bimillénaire de l'Eglise.(56) La nature ecclésiale de la catéchèse apparaît, dans ce cas, moins claire. Le concours de la Sainte Ecriture, de la Tradition et du Magistère, « chacun à sa façon »,(57) ne féconde pas encore harmonieusement la transmission catéchétique de la foi.

– Quant à l'objectif de la catéchèse, à savoir la promotion de la communion avec Jésus-Christ, la nécessité apparaît d'une présentation plus équilibrée de toute la vérité sur le mystère du Christ. L'accent est mis parfois uniquement sur son humanité, sans référence explicite à sa divinité; en d'autre cas, moins fréquents de nos jours, l'accent est mis exclusivement sur sa divinité, au point d'assombrir la réalité du mystère de l'Incarnation du Verbe.(58)

– Quant au contenu de la catéchèse, divers problèmes demeurent, comme certaines lacunes doctrinales au sujet de la vérité sur Dieu et sur l'homme, sur le péché, la grâce et les fins dernières. Une formation morale plus solide est nécessaire; l'histoire de l'Eglise est présentée de manière inadéquate et sa doctrine sociale n'est pas assez mise en évidence. En certaines régions, on assiste à une prolifération de catéchismes et de textes dus à des initiatives particulières, aux tendances sélectives et aux accentuations si différentes qu'elles nuisent à l'indispensable convergence dans l'unité de la foi.(59)

– « La Catéchèse est intrinsèquement reliée à toute l'action liturgique et sacramentelle ».(60) Souvent, pourtant, la pratique de la catéchèse n'a qu'un rapport faible ou décousu avec la liturgie. On constate peu d'attention aux signes et aux rites liturgiques et une pauvre mise en valeur des sources liturgiques. Des parcours catéchètiques sont peu ou pas du tout reliés à l'année liturgique et les célébrations n'y ont qu'une présence marginale.

– En ce qui concerne la pédagogie, après l'insistance excessive de certains sur la valeur des méthodes et des techniques, on continue à ne pas porter l'attention qu'il faudrait aux exigences et à l'originalité de la pédagogie propre de la foi.(61) On tombe facilement dans le dualisme « contenu-méthode », avec des réductions dans un sens comme dans l'autre. Quant à la dimension pédagogique, le discernement théologique nécessaire n'a pas toujours été opéré.

– Enfin, en ce qui concerne la différence des cultures dans le service de la foi, le problème reste de savoir transmettre l'Evangile en tenant compte du contexte culturel des peuples auxquels il est annoncé, de sorte qu'il puisse être réellement perçu comme une grande nouvelle pour la vie des personnes et de la société.(62)

– La formation à l'apostolat et à la mission est l'une des tâches fondamentales de la catéchèse. Cependant, tandis que progresse dans l'activité catéchétique une nouvelle sensibilité concernant la formation des fidèles laïcs au témoignage chrétien, au dialogue interreligieux et à l'engagement séculier, l'éducation à la mission ad gentes apparaît encore faible et insuffisante. Souvent la catéchèse ordinaire réserve une attention marginale et épisodique aux missions.

Les semailles de l'evangile

31. Après avoir examiné le terrain, le semeur envoie ses ouvriers annoncer l'Evangile dans le monde entier, en leur communiquant — dans ce but — la force de son esprit. Il leur enseigne, en même temps, à lire les signes des temps et exige d'eux qu'ils soient bien préparés pour les semailles.

Comment lire les signes des temps

32. La voix de l'Esprit que Jésus, par le Père, a fait parvenir à ses disciples se fait entendre aussi à travers les événements de l'histoire.(63) Dans les mutations de la situation actuelle et dans les motivations profondes des défis lancés à l'évangélisation, il faut découvrir « les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu ».(64) Cette analyse doit s'effectuer à la lumière de la foi, avec une attitude de compassion et de miséricorde. Avec l'aide des sciences humaines,(65) toujours nécessaires, l'Eglise cherche à découvrir le sens de la situation actuelle à l'intérieur de l'histoire du Salut. Ses jugements sur la réalité sont toujours des diagnostics en vue de la mission.

Quelques défis pour la catéchèse

33. Pour être en mesure d'exprimer sa vitalité et son efficacité, la catéchèse aujourd'hui devrait prendre les orientations suivantes:

– avant tout, se proposer comme un véritable service pour l'évangélisation de l'Eglise, avec un caractère missionnaire accentué;

– elle doit s'adresser à certains de ses destinataires privilégiés, comme ont été et continuent de l'être les petits enfants, les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes, en partant surtout de ces derniers;

– à l'exemple de la catéchèse patristique, elle doit modeler la personnalité du croyant et être par conséquent une école vraie et propre de pédagogie chrétienne;

– elle doit annoncer les mystères essentiels du christianisme, en promouvant l'expérience trinitaire de la vie dans le Christ comme centre de la vie de foi;

– elle doit enfin considérer comme tâche prioritaire la préparation de catéchistes qui aient une foi profonde.

PARTIE I

LA CATECHESE
DANS
LA MISSION EVANGELISATRICE
DE L'EGLISE

La catéchèse
dans la mission évangélisatrice de l'Eglise

« Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création » (Mc 16,15).
« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).
« Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins... jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1,8).

Le mandat missionnaire de Jésus

34. Jésus, après sa résurrection, envoya l'Esprit-Saint de la part du Père pour qu'il accomplisse de l'intérieur l'œuvre du salut et qu'il stimule les disciples à poursuivre sa mission dans le monde entier, comme lui-même avait été envoyé par le Père. Il fut le premier évangélisateur, le plus grand. Il annonça le Royaume de Dieu (66) comme étant l'intervention nouvelle et définitive de Dieu dans l'histoire, et il désigna cette annonce comme « l'Evangile », c'est-à-dire la Bonne Nouvelle. Il lui consacra toute sa vie terrestre: il fit connaître la joie d'appartenir au Royaume,(67) les exigences de celui-ci et sa grande charte,(68) les mystères qu'il contient,(69) la vie fraternelle de ceux qui y pénètrent,(70) et sa plénitude future.(71)

Sens et but de cette partie

35. Cette première partie entend définir le caractère propre de la catéchèse.

Le premier chapitre porte sur la structure théologique; il rappelle brièvement le concept de Révélation exposé dans le Document conciliaire Dei Verbum. Il précise la manière de concevoir le ministère de la Parole. Les concepts de parole de Dieu, Evangile, Royaume de Dieu et Tradition, présents dans la Constitution dogmatique, fondent le sens de la catéchèse. Avec eux, le concept d'évangélisation devient un repère obligé pour la catéchèse. Sa dynamique et ses éléments sont exposés avec une précision nouvelle et approfondie dans l'Exhortation Apostolique Evangelii Nuntiandi.

Le deuxième chapitre situe la catéchèse dans le cadre de l'évangélisation et la met en relation avec les autres formes du ministère de la parole de Dieu. Grâce à ce rapport, on découvre plus facilement le caractère propre de la catéchèse.

Le troisième chapitre analyse plus directement la catéchèse en tant que telle: sa nature ecclésiale, sa finalité contraignante de communion avec Jésus-Christ, ses devoirs, l'esprit catéchuménal qui l'anime.

La conception que l'on a de la catéchèse conditionne profondément la sélection et l'organisation de ses contenus (cognitifs, expérimentaux, comportementaux), en précise les destinataires et définit la pédagogie requise pour en atteindre les objectifs.

Le terme « catéchèse » a subi une évolution sémantique durant les vingt siècles d'histoire de l'Eglise. En ce directoire la conception de la catéchèse s'inspire des documents du magistère pontifical post-conciliaire, et surtout d'Evangelii nuntiandi, Catechesi tradendae et Redemptoris missio.

CHAPITRE I

La révélation et sa transmission
par l'évangélisation

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ... Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu'il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis: ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ » (Ep 1,3-10).

La Révélation du dessein providentiel de Dieu

36. « Dieu, qui crée et conserve toute chose par son Verbe, offre aux hommes, dans les choses créées, un perpétuel témoignage de lui-même ».(72) L'homme est, par nature et vocation « capable de Dieu »; il peut donc, quand il écoute le message de la Création, parvenir à la certitude que Dieu, cause et fin de tout, existe et peut se révéler à l'homme.

La constitution Dei Verbum du Concile Vatican II a décrit la Révélation comme l'acte par lequel Dieu se manifeste personnellement aux hommes. Dieu se montre, en effet, comme celui qui veut se communiquer lui-même, en rendant la personne humaine participante à sa nature divine.(73) Il réalise ainsi son dessein d'amour.

« Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler lui-même aux hommes et de faire connaître le mystère de sa volonté... pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie ».(74)

37. Ce dessein providentiel (75) du Père, pleinement révélé en Jésus-Christ, se réalise par la force de l'Esprit Saint.

Il comprend:

– La révélation de Dieu, de sa « vérité profonde »,(76) de son « secret »,(77) de la vraie vocation et dignité de la personne humaine; (78)

– l'offre du salut à tous les hommes, comme don de la grâce et de la miséricorde de Dieu,(79) qui implique la délivrance du mal, du péché, de la mort; (80)

– l'appel définitif à rassembler, dans la famille de Dieu, tous les fils dispersés, réalisant ainsi l'union fraternelle des hommes.(81)

La Révélation: faits et paroles

38. Pour se révéler à la personne humaine, Dieu, dans son immensité, a recours à une pédagogie: (82) il se sert d'événements et de paroles humaines pour communiquer son dessein; il le fait progressivement et par étapes,(83) pour mieux se rapprocher des hommes. Dieu agit en effet en sorte que les hommes parviennent à la connaissance de son dessein de salut à travers les événements de l'histoire du salut et les paroles inspirées qui les accompagnent et les expliquent.

« Cette économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux, de sorte que

– les œuvres réalisées par Dieu dans l'histoire du salut, attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqué par les paroles,

– tandis que les paroles publient les œuvres et éclairent le mystère qu'elles contiennent ».(84)

39. L'évangélisation, qui transmet au monde la Révélation, s'accomplit également par des œuvres et des paroles. Elle est, à la fois, témoignage et annonce, parole et sacrement, enseignement et engagement.

De son côté, la catéchèse transmet les faits et les paroles de la Révélation: elle doit les proclamer et les raconter et, en même temps, éclairer les mystères profonds qu'ils renferment. D'autre part, la catéchèse fait mémoire non seulement des merveilles réalisées par Dieu dans le passé, mais, à l'aide de la Révélation qui est source de lumière pour la personne humaine, elle interprète les signes des temps et la vie présente des hommes et des femmes, puisque c'est en eux que s'accomplit le dessein de Dieu pour le salut du monde.(85)

Jésus-Christ, médiateur et plénitude de la Révélation

40. Dieu s'est révélé progressivement aux hommes, par l'intermédiaire des prophètes et des événements salvifiques, jusqu'à l'accomplissement de sa Révélation par l'envoi de son propre Fils: (86)

« Jésus-Christ, par toute sa présence et par la manifestation qu'il fait de lui-même en paroles et en œuvres, par signes et miracles, et plus particulièrement par sa mort et par sa résurrection glorieuse d'entre les morts, par l'envoi, enfin, de l'Esprit de vérité, achève en la complétant la révélation ».(87)

Jésus-Christ n'est pas seulement le plus grand des prophètes, il est le Fils éternel de Dieu fait homme, et, par conséquent, l'événement ultime vers lequel convergent tous les événements de l'histoire du Salut.(88) Il est, en effet, « la Parole unique, parfaite et indépassable du Père ».(89)

41. Le ministère de la Parole doit mettre en évidence cette caractéristique admirable, propre à l'économie de la Révélation: le Fils de Dieu entre dans l'histoire des hommes, assume la vie et la mort humaines et réalise l'Alliance Nouvelle et définitive entre Dieu et les hommes. Le rôle propre de la catéchèse est de montrer qui est Jésus-Christ — sa vie et son mystère —, et de présenter la foi chrétienne comme marche à la suite de sa Personne.(90) La catéchèse doit donc partir toujours des Evangiles, « cœur de toutes les Ecritures en tant qu'ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l'enseignement du Verbe Incarné, notre Sauveur ».(91)

Le fait que Jésus-Christ soit la plénitude de la Révélation est le fondement du « christocentrisme » (92) de la catéchèse: le mystère du Christ, dans le message révélé, n'est pas un élément ajouté à tant d'autres, mais le centre à partir duquel tous les autres éléments reçoivent leur hiérarchie et leur lumière.

La transmission de la Révélation par l'Eglise, œuvre de l'Esprit Saint

42. La Révélation de Dieu, qui culmine en Jésus-Christ, est destinée à toute l'humanité: « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4). En vertu de cette volonté universelle de salut, Dieu a fait en sorte que la Révélation soit transmise à tous les peuples et à toutes les générations, et qu'elle demeure toujours intègre.(93)

43. Pour accomplir le dessein de Dieu, Jésus-Christ a institué l'Eglise sur le fondement des apôtres et, leur envoyant l'Esprit du Père, il leur a ordonné de prêcher l'Evangile dans le monde entier. Les apôtres, par des paroles, des œuvres et des écrits, ont accompli fidèlement ce mandat.(94)

Cette Tradition apostolique se poursuit dans l'Eglise et par l'Eglise. Et l'Eglise toute entière, pasteurs et fidèles, veille à sa conservation et à sa transmission. Dans l'Eglise, l'Evangile conserve, en effet, son intégrité et demeure vivant: les disciples de Jésus-Christ le contemplent et le méditent sans cesse, le vivent au quotidien et l'annoncent dans la mission. L'Esprit Saint ne cesse de féconder l'Eglise quand elle vit l'Evangile; il la fait grandir continuellement dans la compréhension de l'Evangile, la pousse et la soutient dans la tâche de l'annoncer à toute la terre.(95)

44. La conservation intègre de la Révélation, parole de Dieu contenue dans la Tradition et dans l'Ecriture, ainsi que sa transmission continue, jouissent d'une garantie d'authenticité. Le Magistère de l'Eglise, soutenue par l'Esprit Saint et doté du « charisme de vérité », a la charge d'« interpréter de façon authentique la Parole de Dieu ».(96)

. L'Eglise, « sacrement universel de salut »,(97) mue par le Saint-Esprit, transmet la Révélation à travers l'Evangélisation: elle annonce la Bonne Nouvelle du dessein de salut du Père et, dans les sacrements, communique les dons divins.

A Dieu qui se révèle est due l'obéissance de la foi, en vertu de laquelle l'homme adhère librement à « l'Evangile de la grâce de Dieu » (Ac 20, 24), avec plein assentiment de l'intelligence et de la volonté. Guidé par la foi, don de l'Esprit, l'homme parvient à contempler et goûter le Dieu d'amour qui dans le Christ a révélé les richesses de sa gloire.(98)

L'évangélisation (99)

46. L'Eglise « existe pour évangéliser », (100) c'est-à-dire « pour porter la Bonne Nouvelle à toutes les couches de l'humanité et, sous son influence, transformer de l'intérieur et rendre nouvelle l'humanité elle-même ». (101) Le mandat missionnaire de Jésus revêt divers aspects intimement liés entre eux: « annoncez » (Mc 16,15), « faites des disciples et enseignez », (102) « soyez mes témoins », (103) « baptisez », (104) « faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22,19), « aimez-vous les uns les autres » (Jn 15,12). Annonce, témoignage, enseignement, sacrements, amour du prochain, faire des disciples: autant d'aspects qui sont des chemins et des moyens pour la transmission de l'unique Evangile et constituent les éléments de l'évangélisation.

Certains revêtent une telle importance que l'on a parfois tendance à les identifier avec l'action évangélisatrice. Cependant, « aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu'est l'évangélisation ». (105) On court le risque de l'appauvrir, de la mutiler même. Or, elle doit développer « sa totalité » (106) et incorporer sa bipolarité propre: témoignage et annonce, (107) parole et sacrement, (108) changement intérieur et transformation sociale. (109) Les agents de l'évangélisation doivent savoir agir avec une « vision globale » (110) de l'évangélisation et l'identifier avec l'ensemble de la mission de l'Eglise. (111)

Le processus de l'évangélisation

47. L'Eglise, bien qu'elle contienne en elle-même la plénitude des moyens de salut, œuvre de façon graduelle. (112) Le décret conciliaire Ad Gentes a bien expliqué la dynamique du processus d'évangélisation: témoignage chrétien, dialogue et présence de la charité [11-12], annonce de l'évangile et appel à la conversion [13], catéchuménat et initiation chrétienne [14], formation de la communauté chrétienne par le moyen des sacrements et des ministères (15-18). (113) C'est le dynamisme de l'implantation et de l'édification de l'Eglise.

48. C'est pourquoi, l'évangélisation doit être conçue comme le processus par lequel l'Eglise, animée par l'Esprit, annonce et diffuse l'Evangile dans le monde entier:

– l'Eglise, animée par la charité, imprègne et transforme tout l'ordre temporel, en assumant et en renouvelant les cultures; (114)

– elle témoigne (115) parmi les peuples de la nouvelle manière d'être et de vivre qui caractérise les chrétiens;

– elle proclame explicitement l'Evangile, au moyen de la « première annonce », (116) en appelant à la conversion; (117)

– elle initie à la foi et à la vie chrétienne, par la « catéchèse » (118) et les « sacrements d'initiation », (119) ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui recommencent à marcher à sa suite, en incorporant les uns et les autres dans la communauté chrétienne; (120)

– elle développe sans arrêt le don de la communion (121) chez les fidèles, par l'éducation permanente de la foi (homélies, autres formes du ministère de la Parole), les sacrements et l'exercice de la charité;

– elle ne cesse de promouvoir la mission, (122) en envoyant tous les disciples du Christ annoncer l'Evangile, en paroles et en œuvres, dans le monde entier.

49. Le processus d'évangélisation (123) est, par conséquent, organisé en étapes ou « moments essentiels »: (124) l'activité missionnaire pour les non-croyants et pour ceux qui vivent dans l'indifférence religieuse; l'activité catéchistique d'initiation pour ceux qui choisissent l'Evangile et pour ceux qui ont besoin de compléter ou de restructurer leur initiation; et l'action pastorale pour les fidèles chrétiens ayant déjà atteint la maturité au sein de la communauté chrétienne. (125) Ces moments ne constituent pas des étapes définitives: ils sont à reprendre, si nécessaire, puisqu'ils apporteront la nourriture évangélique la plus adaptée à la croissance spirituelle de chaque personne ou de la communauté elle-même.

Le ministère de la Parole de Dieu dans l'évangélisation

50. Le ministère de la Parole (126) est un élément fondamental de l'évangélisation. La présence chrétienne parmi les différents groupes humains et le témoignage de vie ont besoin d'être clarifiés et justifiés par l'annonce explicite de Jésus-Christ, le Seigneur. « Il n'y a pas d'évangélisation vraie si le nom, l'enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu ne sont pas annoncés ». (127) Même ceux qui sont déjà des disciples du Christ ont besoin d'être sans cesse nourris de la Parole de Dieu pour grandir dans leur vie chrétienne. (128)

Le ministère de la Parole, dans l'évangélisation, transmet la Révélation par l'Eglise, en utilisant des « paroles » humaines. Mais celles-ci sont toujours référées aux « œuvres »: à celles que Dieu a accomplies et continue d'accomplir, surtout dans la liturgie; au témoignage de vie des chrétiens; à l'œuvre de transformation que ceux-ci, avec tant d'hommes de bonne volonté, réalisent dans le monde. Cette parole humaine de l'Eglise est le moyen dont se sert l'Esprit Saint pour poursuivre le dialogue avec l'humanité. Il est en effet l'agent principal du ministère de la Parole, celui par qui « la voix vivante de l'Evangile retentit dans l'Eglise et, par l'Eglise, dans le monde ». (129)

Il y a « bien des manières » (130) d'exercer le ministère de la Parole. Au temps des Apôtres, (131) déjà, dans son désir d'offrir la Parole de Dieu de la façon la mieux adaptée, l'Eglise a réalisé ce ministère sous de nombreuses formes. (132) Celles-ci servent toutes à véhiculer ces fonctions de base que le ministère de la Parole est appelé à remplir.

Les fonctions et les formes du ministère de la Parole de Dieu

51. Les principales fonctions du ministère de la Parole sont les suivantes:

– Convocation et appel à la foi

C'est la fonction que l'on déduit immédiatement du mandat missionnaire de Jésus. Elle se réalise par la « première annonce », adressée aux non-croyants: ceux qui ont choisi de ne pas croire, les baptisés qui vivent en marge de la vie chrétienne, ceux qui appartiennent à d'autres religions... (133) L'éveil religieux des enfants, dans les familles chrétiennes, est aussi une forme très importante de cette tâche.

L'initiation

Ceux qui, mus par la grâce, décident de suivre Jésus sont « introduits dans la vie de la foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu ». (134) L'Eglise réalise cette fonction, fondamentalement, par la catéchèse, en lien étroit avec les sacrements d'initiation, qu'ils aient été reçus ou qu'ils soient encore à recevoir. Parmi les formes importantes: la catéchèse des adultes non-baptisés dans le catéchuménat; la catéchèse des adultes baptisés qui souhaitent revenir à la foi, ou de ceux qui ont besoin de compléter leur initiation; la catéchèse des enfants et des jeunes qui a, de par elle-même un caractère d'initiation. De même, l'éducation chrétienne au sein de la famille et l'enseignement de la religion à l'école exercent une fonction d'initiation.

– L'éducation permanente de la foi

En diverses régions elle est appelée aussi « catéchèse permanente ». (135)

Elle s'adresse aux chrétiens initiés aux éléments de base, qui ont besoin de nourrir et de mûrir sans cesse leur foi, tout au long de leur vie. Cette fonction se réalise sous des formes très variées: « systématiques ou occasionnelles, individuelles ou communautaires, organisées ou spontanées, etc. ». (136)

– La fonction liturgique

Le ministère de la Parole a également une fonction liturgique car, lorsqu'il est exercé dans une action sacrée, il en est partie intégrante. (137) Il s'exprime éminemment à travers l'homélie. Les interventions et les exhortations au cours des célébrations de la Parole en constituent d'autres formes. Il faut aussi mentionner la préparation immédiate aux divers sacrements, aux célébrations sacramentelles, et surtout à la participation des fidèles à l'eucharistie, comme une forme première de l'éducation à la foi.

– La fonction théologique

Elle a pour but de développer l'intelligence de la foi en se plaçant dans la dynamique de la « fides quaerens intellectum », c'est-à-dire de la foi qui cherche à comprendre. (138) Pour accomplir cette fonction, la théologie doit entrer en contact et dialoguer avec les courants philosophiques de pensée, avec les humanismes qui marquent la culture et avec les sciences humaines. Elle s'articule sous diverses formes qui favorisent « l'exposé systématique et l'étude scientifique des vérités de la foi ». (139)

52. Les formes importantes du ministère de la Parole sont: la première annonce ou prédication missionnaire; la catéchèse pré et post-baptismale; la forme liturgique et la forme théologique. Il arrive souvent que ces formes — pour des raisons pastorales —, doivent assumer plus d'une fonction. La catéchèse, par exemple, en même temps que sa fonction d'initiation, doit accomplir fréquemment des tâches missionnaires. L'homélie elle-même, selon les circonstances, devrait remplir la tâche de convocation et d'initiation organique.

La conversion et la foi

53. En annonçant au monde la Bonne Nouvelle de la Révélation, l'évangélisation invite les hommes et les femmes à la conversion et à la foi. (140) L'appel de Jésus, « convertissez-vous et croyez à l'Evangile » (Mc 1,15) retentit aujourd'hui encore, grâce à l'œuvre d'évangélisation de l'Eglise.

La foi chrétienne est, avant tout, conversion à Jésus-Christ, (141) adhésion pleine et sincère à sa personne et décision de marcher à sa suite. (142) La foi est une rencontre personnelle avec Jésus-Christ; c'est devenir son disciple, à savoir s'engager à penser comme lui, à juger comme lui et à vivre comme il a vécu. (143) Le croyant s'unit ainsi à la communauté des disciples et fait sienne la foi de l'Eglise. (144)

54. Ce « oui » à Jésus-Christ, plénitude de la Révélation du Père, renferme une double dimension: l'abandon confiant à Dieu et l'assentiment amoureux à tout ce qu'il nous a révélé. Cela n'est possible que par l'action de l'Esprit Saint. (145)

« Par l'obéissance de la foi,

– l'homme s'en remet tout entier et librement à Dieu,

– dans un complet hommage d'intelligence et de volonté à Dieu qui révèle, et dans un assentiment volontaire à la révélation qu'il fait ». (146)

« Croire a donc une double référence: à la personne et à la vérité; à la vérité par confiance en la personne qui l'atteste ». (147)

55. La foi implique un changement de vie, une « metanoïa », (148) c'est-à-dire un changement profond du regard et du cœur; elle conduit le croyant à une « nouvelle manière d'être, de vivre, de vivre ensemble, que l'Evangile inaugure ». (149) Ce changement de vie se manifeste à tous les niveaux de l'existence du chrétien: dans sa vie intérieure d'adoration et d'accueil de la volonté de Dieu; dans sa participation à la mission de l'Eglise; dans sa vie conjugale et familiale; dans la vie professionnelle; dans les activités économiques et sociales.

La foi et la conversion jaillissent du « cœur », c'est-à-dire du plus profond de la personne humaine, et l'engagent tout entière. Par sa rencontre avec Jésus-Christ et par son adhésion à sa personne, l'être humain voit se combler ses attentes les plus intimes, il trouve ce qu'il a toujours cherché et l'obtient en abondance. (150) La foi répond à cette « attente », (151) souvent inconsciente et toujours limitée, de connaître la vérité sur Dieu, sur l'homme et sur sa destinée. Elle est comme une eau pure (152) sur le chemin de l'homme, pèlerin à la recherche de son foyer.

La foi est un don de Dieu. Elle ne peut naître à l'intime du cœur de l'homme que comme fruit de la grâce « prévenante et aidante » (153) et comme réponse, totalement libre, à l'appel de l'Esprit Saint qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, en lui donnant « la douceur de consentir et de croire à la vérité ». (154)

La Vierge Marie a vécu de la manière la plus parfaite ces dimensions de la foi. L'Eglise vénère en elle « la réalisation la plus pure de la foi ». (155)

Le processus de conversion permanente

56. La foi est un don destiné à se développer dans le cœur des croyants. (156) L'adhésion à Jésus-Christ déclenche, en effet, un processus de conversion permanente qui dure toute la vie. (157) La personne qui accède à la foi est comme un nouveau-né (158) qui, petit à petit, grandit et devient un adulte à constituer l'« Homme parfait », (159) à réaliser la plénitude du Christ.

Dans le processus de foi et de conversion, divers moments essentiels sont à souligner du point de vue de la théologie:

a) L'intérêt pour l'Evangile: Le premier moment est celui au cours duquel la première annonce fait naître dans le cœur du non-croyant, de l'indifférent ou du membre d'une autre religion, un intérêt pour l'Evangile, sans qu'il s'agisse encore d'une décision ferme. Ce premier mouvement de l'esprit de l'homme vers la foi, qui est déjà un fruit de la grâce, porte plusieurs noms: « inclination à la foi », (160) « préparation à l'Evangile », (161) inclination à croire, « recherche religieuse ». (162) L'Eglise appelle ceux qui manifestent cette préoccupation des « sympathisants ». (163)

b) La conversion. Ce premier intérêt pour l'Evangile exige un temps de recherche (164) avant de devenir un choix ferme. L'option pour la foi est une décision qui doit être bien pesée. Cette recherche, sous l'action de l'Esprit Saint et par l'annonce du kerygme, conduit à la conversion qui sera, bien sûr, « initiale », (165) mais qui est déjà adhésion à Jésus-Christ et désir de marcher à sa suite. Cette « option fondamentale » fonde toute la vie chrétienne du disciple du Seigneur. (166)

c) La profession de foi. L'abandon à Jésus-Christ engendre chez les croyants le désir de le mieux connaître et de s'identifier à Lui. La catéchèse les initie à la connaissance de la foi et à l'apprentissage de la vie chrétienne, en favorisant un itinéraire spirituel qui entraîne « un changement progressif de la mentalité et des mœurs », (167) fait de renoncements et de luttes, mais aussi de joies que Dieu donne sans mesure. Le disciple de Jésus-Christ est alors prêt pour une profession de foi vivante, explicite et agissante. (168)

d) Le chemin vers la perfection. Cette maturité initiale, source de la profession de foi, n'est pas la dernière étape du processus permanent de conversion. La profession de foi baptismale est le fondement d'un édifice spirituel destiné à grandir. Le baptisé, toujours animé par l'Esprit, nourri par les sacrements, par la prière et par la pratique de la charité, et aidé par les multiples formes d'éducation permanente à la foi, cherche à faire sien le désir du Christ: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). (169) C'est l'appel à la plénitude adressé à tout baptisé.

57. Le ministère de la Parole est au service de ce processus de pleine conversion. La première annonce appelle à la foi; la catéchèse donne un fondement à la conversion et une structure de fond à la vie chrétienne; l'éducation permanente à la foi — dans laquelle l'homélie tient une place de choix —, est la nourriture dont tout organisme adulte a besoin pour vivre. (170)

L'Evangélisation et les diverses situations socio-religieuses

58. Dans le panorama religieux complexe et mouvant qui se présente à l'évangélisation, « trois situations » (171) exigent tout particulièrement des réponses adéquates et différenciées.

a) La situation des « peuples, des groupes humains, des contextes socio-culturels dans lesquels le Christ et son Evangile ne sont pas connus, ou dans lesquels il n'y a pas de communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la foi dans leur milieu et l'annoncer à d'autres groupes ». (172) Cette situation requiert la « mission ad gentes », (173) avec une activité évangélisatrice centrée de préférence sur les jeunes et les adultes. Sa particularité tient au fait qu'elle s'adresse aux non-chrétiens en les invitant à la conversion. Dans cette situation, la catéchèse se fait d'ordinaire dans le catéchuménat baptismal.

b) Il est, par ailleurs, d'autres situations où, dans un contexte socio-culturel déterminé, on trouve « des communautés chrétiennes aux structures ecclésiales fortes et adaptées, à la foi et à la vie ferventes, qui rendent témoignage à l'Evangile de manière rayonnante dans leur milieu et qui prennent conscience du devoir de la mission universelle ». (174) Ces communautés ont besoin d'une intense « activité pastorale de l'Eglise », du moment qu'elles sont constituées de personnes et de familles ayant un sens chrétien profond. Dans ce contexte, la catéchèse des petits enfants, des adolescents et des jeunes doit promouvoir de vrais processus d'initiation chrétienne bien organisés, qui leur permettent d'arriver à l'âge adulte avec une foi mûre. D'évangélisés, elle fera d'eux des évangélisateurs. Dans ces situations également, diverses méthodes sont adoptées pour la formation chrétienne des adultes.

c) En de nombreux pays de vieille tradition chrétienne et parfois aussi dans les Eglises plus jeunes, il existe une « situation intermédiaire », (175) où « des groupes entiers de baptisés ont perdu le sens de la foi vivante ou vont jusqu'à ne plus se reconnaître comme membres de l'Eglise, en menant une existence éloignée du Christ et de son Evangile ». (176) Cette situation requiert une « nouvelle évangélisation ». Sa caractéristique consiste dans le fait que l'activité missionnaire s'adresse à des baptisés de tous âges qui vivent dans un contexte religieux où les références chrétiennes existent mais ne sont perçues qu'extérieurement. Dans cette situation, la première annonce et une catéchèse de base sont une priorité.

Interdépendance entre les activités évangélisatrices
dans ces situations

59. Ces situations socio-religieuses sont évidemment différentes et il ne faut pas les assimiler. Cette diversité, qui a toujours caractérisé la mission de l'Eglise, revêt aujourd'hui, dans ce monde qui change, un aspect nouveau. En effet, diverses situations coexistent sur un même territoire. Dans les grandes villes, par exemple, il faut faire face à la situation qui requiert une « mission ad gentes » et à celle qui requiert « une nouvelle évangélisation ». Au milieu de celles-ci des communautés chrétiennes missionnaires sont présentes, édifiées par une « activité pastorale » adaptée. Souvent de nos jours, sur le territoire d'une Eglise particulière, il faut faire face à l'ensemble de ces situations. « Les frontières de la charge pastorale des fidèles, de la nouvelle évangélisation et de l'activité missionnaire spécifique ne sont pas nettement définissables et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation rigide ». (177) De fait, « chacune exerce une influence sur l'autre, la stimule et lui vient en aide ». (178)

C'est pourquoi, en vue d'un enrichissement mutuel des activités évangélisatrices qui coexistent, il faut tenir compte que:

– la mission ad gentes, quelle que soit la zone ou le milieu dans lequel elle se réalise, est la tâche la plus spécifiquement missionnaire que Jésus ait confiée à son Eglise; elle est par conséquent le modèle par excellence de toute l'activité missionnaire de l'Eglise. La « nouvelle évangélisation » ne peut ni évincer ni remplacer la « mission ad gentes », qui continue d'être l'activité missionnaire spécifique et première. (179)

– « Le modèle de toute catéchèse est le catéchuménat baptismal. Il constitue la formation spécifique par laquelle l'adulte converti à la foi est conduit à la profession de foi baptismale pendant la veillée pascale ». (180) Cette formation catéchuménale doit inspirer les autres formes de catéchèse, dans leurs objectifs et dans leur dynamisme.

– « La catéchèse des adultes, s'adressant à des hommes capables d'une adhésion pleinement responsable, doit être considérée comme la forme privilégiée de la catéchèse, à laquelle toutes les autres — non moins nécessaires —, sont d'une certaine manière ordonnées ». (181) Cela implique que la catéchèse qui s'adresse aux autres tranches d'âge doit s'y référer et former avec elle un projet catéchistique cohérent de pastorale diocésaine.

Ainsi, la catéchèse qui fait partie de la mission évangélisatrice de l'Eglise et qui en est un « moment » essentiel, puise dans l'évangélisation le dynamisme missionnaire qui la féconde du dedans et lui donne son identité propre. Le ministère de la catéchèse est donc un service ecclésial fondamental dans l'accomplissement du mandat missionnaire de Jésus.

CHAPITRE II

La catéchèse dans le processus
d'évangélisation

« Nous l'avons entendu et connu, nos pères nous l'ont raconté; nous ne le tairons pas à leurs enfants; nous raconterons à la génération qui vient la puissance du Seigneur et les merveilles qu'Il a accomplies » (Ps 78,3-4).
« Apollos avait été instruit de la Voie du Seigneur et, dans la ferveur de son âme, il prêchait et enseignait avec exactitude ce qui concerne Jésus » (Ac 18,25).

60. Ce chapitre expose le rapport de la catéchèse avec les autres éléments de l'évangélisation dont elle est partie intégrante.

Il commence par décrire le rapport entre la catéchèse et la première annonce, qui se réalise dans la mission. Il souligne ensuite le lien étroit entre la catéchèse et les sacrements de l'initiation chrétienne. Puis il met en évidence le rôle fondamental de la catéchèse dans la vie ordinaire de l'Eglise, dans sa tâche d'éduquer en permanence à la foi.

Ce chapitre porte une attention particulière au rapport entre la catéchèse et l'enseignement de la religion à l'école car les deux activités sont interdépendantes et, avec l'éducation chrétienne dans la famille, elles sont essentielles à la formation de l'enfance et de la jeunesse.

Première annonce et catéchèse

61. La première annonce est destinée aux non-croyants et à ceux qui, de fait, vivent dans l'indifférence religieuse. Elle a pour objet l'annonce de l'Evangile et l'appel à la conversion. La catéchèse, qui se « distingue de la première annonce de l'Evangile », (182) développe et porte à maturité la conversion initiale en éduquant le converti à la foi et en l'incorporant dans la communauté chrétienne. Ainsi, ces deux formes du ministère de la Parole sont distinctes et se complètent.

La première annonce qui est du devoir de chaque chrétien est une réponse à l'appel de Jésus à ses disciples: « Allez ». (183)

Cette première annonce engage par conséquent à sortir, à se hâter, à proposer. La catéchèse, au contraire, part de la condition mise par Jésus lui-même: « celui qui croira », (184) celui qui se convertira, celui qui se décidera. Les deux actions sont essentielles et s'appellent mutuellement: aller et accueillir, annoncer et éduquer, appeler et incorporer.

62. Dans la pratique pastorale, cependant, les frontières entre les deux actions ne sont pas facilement définissables. Souvent, les personnes qui accèdent à la catéchèse ont besoin, de fait, d'une conversion authentique. C'est pourquoi l'Eglise souhaite, en général, qu'une première étape du processus catéchistique soit consacrée à susciter la conversion. (185) Dans la « missio ad gentes », cette tâche s'effectue dans le « pré-catéchuménat ». (186) Dans la situation qui requiert la « nouvelle évangélisation, on a recours à la catéchèse kérygmatique » que certains appellent « précatéchèse », (187) parce que, en s'inspirant du pré-catéchuménat, elle est une proposition de la Bonne Nouvelle en vue d'une option de foi solide. C'est uniquement à partir de la conversion, c'est-à-dire en comptant sur l'attitude intérieure de « celui qui croira », que la catéchèse proprement dite jouera son rôle spécifique d'éducation à la foi. (188)

Le fait que la catéchèse accomplisse, en un premier temps, cette tâche missionnaire, ne dispense pas l'Eglise particulière de promouvoir une intervention action institutionnelle de première annonce comme accomplissement plus direct du mandat missionnaire de Jésus. Le renouveau catéchistique doit se fonder sur cette évangélisation missionnaire préalable.

La catéchèse au service de l'initiation chrétienne

La catéchèse, « moment » essentiel du processus d'évangélisation

63. L'exhortation apostolique Catechesi Tradendae, en situant la catéchèse dans la mission de l'Eglise, rappelle que l'évangélisation est une réalité riche, complexe et dynamique, faite de « moments » essentiels et différents entre eux. Et elle ajoute: « La catéchèse est l'un de ces moments — et combien remar-

quable — de tout le processus d'évangélisation ». (189) Cela veut dire qu'il y a des activités qui « préparent » (190) la catéchèse et d'autres qui en « découlent ». (191)

Le « moment » de la catéchèse est le temps pendant lequel prend forme la conversion à Jésus-Christ; il établit les fondements de la première adhésion. Les convertis, par « une formation à la vie chrétienne intégrale et un apprentissage mené de la façon qui convient », (192) sont initiés au mystère du Salut et à un mode de vie évangélique. Il s'agit, en effet, de les « initier à la plénitude de la vie chrétienne ». (193)

64. En exerçant de diverses manières cette tâche d'initiation du ministère de la Parole, la catéchèse établit les fondements de l'édifice de la foi. (194) D'autres tâches de ce ministère élèveront ensuite les étages de l'édifice.

La catéchèse d'initiation est ainsi le maillon reliant l'activité missionnaire, qui appelle à la foi, à l'activité pastorale qui régénère la communauté chrétienne. Il ne s'agit donc pas d'une activité facultative, mais fondamentale pour développer aussi bien la personnalité du disciple que celle de la communauté. Sans elle, l'activité missionnaire serait vaine. Sans elle, encore, l'activité pastorale n'aurait pas de fondement et serait donc superficielle, vague: le moindre coup de vent ferait s'écrouler l'édifice. (195)

En vérité, « la croissance intérieure de l'Eglise, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d'elle ». (196) En ce sens, la catéchèse doit être considérée comme un moment prioritaire dans l'évangélisation.

La catéchèse au service de l'initiation chrétienne

65. La foi, par laquelle l'homme répond à l'annonce de l'Evangile, exige le baptême. Le lien intime entre foi et baptême s'enracine dans la volonté même du Christ qui ordonne à ses apôtres de faire de toutes les nations ses disciples et de les baptiser. « La mission de baptiser, donc la mission sacramentelle, est impliquée dans la mission d'évangéliser ». (197)

En recevant les sacrements de l'initiation chrétienne — le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie —, ceux qui se sont convertis à Jésus-Christ et ont été éduqués à la foi par la catéchèse, sont « délivrés de la puissance des ténèbres; morts avec le Christ, ensevelis avec Lui et ressuscités avec lui, ils reçoivent l'Esprit d'adoption des enfants et célèbrent avec tout le Peuple de Dieu le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur ». (198)

. La catéchèse est ainsi un élément fondamental de l'initiation chrétienne; elle est étroitement liée aux sacrements de l'initiation, surtout au Baptême, « sacrement de la foi ». (199) Le maillon qui relie la catéchèse au baptême est la profession de foi; celle-ci est, à la fois, l'élément intérieur de ce sacrement et l'objectif de la catéchèse. La finalité de l'activité catéchistique est précisément de favoriser une profession de foi vivante, explicite et agissante. (200) Pour y parvenir, l'Eglise transmet aux catéchumènes et à ceux qu'il faut catéchiser, son expérience vivante de l'Evangile, sa foi, afin qu'ils se l'approprient en la professant à leur tour. Par conséquent, « la catéchèse authentique est toujours initiation ordonnée et systématique à la Révélation que Dieu a faite de lui-même à l'homme, en Jésus-Christ, Révélation gardée dans la mémoire profonde de l'Eglise et dans les Saintes Ecritures, et constamment communiquée, par une « traditio » vivante et active, d'une génération à l'autre ». (201)

Caractéristiques fondamentales de la catéchèse d'initiation

67. « Moment essentiel » du processus d'évangélisation, au service de l'initiation chrétienne, la catéchèse revêt certaines caractéristiques. (202) Elle est:

– Une formation organique et systématique de la foi. Le Synode de 1977 a souligné la nécessité d'une catéchèse « structurée et cohérente », (203) étant donné que l'approfondissement du mystère chrétien distingue fondamentalement la catéchèse de toutes les autres formes d'annonce de la Parole de Dieu.

– Cette formation organique est plus qu'un enseignement: elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, « une initiation chrétienne intégrale » (204) qui permet une vie authentique à la suite du Christ, centrée sur sa Personne. Il s'agit, en effet, d'éduquer à la connaissance et à la vie de foi, de sorte que l'homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu. Le disciple du Christ sera ainsi aidé à transformer le vieil homme, à assumer les promesses de son Baptême et à professer la foi à partir du « cœur ». (205)

– Elle est une formation de base, essentielle, (206) centrée sur le noyau de l'expérience chrétienne, sur les certitudes de la foi et sur les valeurs évangéliques les plus fondamentales. La catéchèse établit les fondements de l'édifice spirituel du chrétien, nourrit les racines de sa vie de foi, en le préparant à recevoir la nourriture solide dans la vie ordinaire de la communauté chrétienne.

68. En résumé, organique et systématique, la catéchèse d'initiation ne peut être un fait circonstanciel ou occasionnel; (207) apprentissage de la vie chrétienne, elle va au-delà — d'un simple enseignement tout en l'incluant —; (208) essentielle, elle porte sur ce qui est « ordinaire » pour le chrétien, sans aborder les questions disputées ni se transformer en recherche théologique. Enfin, initiation, elle incorpore dans la communauté qui vit, célèbre et témoigne de la foi. Elle accomplit donc en même temps des tâches d'initiation, d'éducation et d'instruction. (209) Cette richesse, inhérente au catéchuménat des adultes non-baptisés, doit inspirer les autres formes de catéchèse.

La catéchèse au service de l'éducation permanente de la foi

L'éducation permanente de la foi dans la communauté chrétienne

69. L'éducation permanente de la foi suit l'éducation de base et la suppose. Toutes deux sont des formes du ministère de la Parole, distinctes et complémentaires, au service du processus permanent de conversion.

La catéchèse d'initiation établit les fondements de la vie chrétienne chez les disciples de Jésus. Le processus permanent de conversion va au-delà de ce qu'apporte la catéchèse de base. Pour favoriser ce processus, il faut une communauté chrétienne qui accueille les catéchumènes, les soutienne et les forme dans la foi. « La catéchèse risque de se stériliser si une communauté de foi et de vie chrétienne n'accueille pas le catéchumène à un certain stade de sa catéchèse ». (210) En accompagnant le catéchumène, la communauté le fait vivre pleinement au milieu d'elle.

70. Dans la communauté chrétienne, les disciples de Jésus s'alimentent à une double table: « tant celle de la Parole de Dieu que celle du Corps du Christ ». (211) L'Evangile et l'Eucharistie sont la nourriture constante du pèlerin dans sa marche vers la maison du Père. L'action de l'Esprit Saint fait que le don de la « communion » et l'engagement pour la « mission » sont vécus de manière toujours plus profonde et intense.

L'éducation permanente de la foi s'adresse non seulement à chaque chrétien qu'elle accompagne dans sa marche vers la sainteté, mais aussi à la communauté chrétienne qu'elle fait mûrir dans sa vie intime d'amour de Dieu et des frères et dans son ouverture missionnaire au monde. Le désir et la prière de Jésus au Père sont un appel incessant: « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé ». (212) Pour s'approcher peu à peu de cet idéal, la communauté a besoin d'une grande fidélité à l'action de l'Esprit Saint, de s'alimenter sans cesse au Corps et au Sang du Seigneur et d'éduquer sa foi en permanence, dans l'écoute de la Parole.

A cette table de la Parole de Dieu, l'homélie occupe une place privilégiée car « elle reprend l'itinéraire de foi proposé par la catéchèse et le porte à son achèvement naturel; en même temps, elle pousse les disciples du Seigneur à reprendre chaque jour leur itinéraire spirituel dans la vérité, l'adoration et l'action de grâce ». (213)

Les nombreuses formes de catéchèse permanente

71. Dans l'éducation permanente de la foi, le ministère de la Parole peut compter sur de nombreuses formes de catéchèse, parmi lesquelles:

– L'étude et l'approfondissement de l'Ecriture Sainte, lue non seulement dans l'Eglise, mais avec l'Eglise et avec sa foi toujours vivante. Cela aide à découvrir la vérité divine, de façon à susciter une réponse de foi. La « lectio divina » est une des formes par excellence de cette étude vitale de l'Ecriture. (214)

– La lecture chrétienne des événements, que réclame la vocation missionnaire de la communauté chrétienne. A ce sujet, l'étude de la doctrine sociale de l'Eglise est indispensable puisque « son but principal est d'interpréter ces réalités (celles, complexes, de la vie de l'homme dans la société et dans le contexte international), en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l'enseignement de l'Evangile ». (215)

– La catéchèse liturgique qui prépare aux sacrements et favorise une compréhension et une expérience plus profonde de la liturgie. Elle explique les contenus des prières, le sens des gestes et des signes, elle éduque à la participation active, à la contemplation et au silence. Elle doit être considérée « comme une forme éminente de catéchèse ». (216)

– La catéchèse occasionnelle qui aide à interpréter et à vivre dans une vision de foi certaines circonstances de la vie personnelle, familiale et sociale. (217)

– Les initiatives de formation spirituelle qui renforcent les convictions, ouvrent à de nouveaux horizons et aident à persévérer dans la prière et dans les engagements de la « sequela Christi ».

– L'approfondissement systématique du message chrétien par un enseignement théologique qui éduque vraiment à la foi, qui fait grandir dans l'intelligence de la foi et donne au chrétien la capacité de rendre compte de son espérance dans le monde actuel. (218) En un certain sens, on pourrait appeler cet enseignement « catéchèse de perfectionnement ».

72. Il est extrêmement important que la catéchèse d'initiation pour les adultes — baptisés ou non —, la catéchèse d'initiation — pour les enfants et les jeunes — et la catéchèse permanente soient reliées entre elles dans le projet catéchistique de la communauté chrétienne, afin que l'Eglise particulière grandisse harmonieusement et que son activité évangélisatrice découle de sources sûres. « Il importe que catéchèse d'enfants et de jeunes, catéchèse permanente, catéchèse d'adultes ne soient pas des domaines étanches... Il faut favoriser leur parfaite complémentarité ». (219)

Catéchèse et enseignement de la religion a l'école

Le caractère propre de l'enseignement de la religion à l'école

73. Une attention spéciale mérite d'être portée — au sein du ministère de la Parole — sur le caractère propre de l'enseignement religieux à l'école et sur son rapport avec la catéchèse des enfants et des jeunes.

L'enseignement de la religion à l'école et la catéchèse ont un rapport distinct et complémentaire: « Il existe un lien indissoluble et, à la fois, une nette distinction entre l'enseignement de la religion et la catéchèse ». (220)

Ce qui confère à l'enseignement de la religion à l'école sa caractéristique, c'est qu'il est appelé à pénétrer le milieu culturel et à entrer en relation avec d'autres formes du savoir. En tant que forme originale du ministère de la parole, en effet, cet enseignement insère l'Evangile dans le processus personnel d'assimilation, systématique et critique, de la culture.(221)

Dans l'univers culturel intériorisé par les élèves et défini par les connaissances et par les valeurs offertes par d'autres disciplines scolaires, l'enseignement de la religion à l'école dépose le ferment dynamique de l'Evangile et tente de « rejoindre vraiment les autres éléments du savoir et de l'éducation, afin que l'Evangile imprègne la mentalité des élèves sur le terrain de leur formation et que l'harmonisation de leur culture se fasse à la lumière de la foi ». (222)

D'où la nécessité que l'enseignement de la religion à l'école apparaisse comme une discipline scolaire, avec la même exigence d'ordre et de rigueur qu'ont les autres disciplines. Il doit présenter le message et l'événement chrétien avec le même sérieux et la même profondeur que ceux mis en œuvre par les autres disciplines pour présenter leurs connaissances. A leurs côtés, il ne se situe pas comme une chose accessoire, mais comme l'élément d'un indispensable dialogue interdisciplinaire. Ce dialogue doit s'instaurer, avant tout, à ce niveau où chaque discipline influe sur la personnalité de l'élève. Ainsi, la présentation du message chrétien jouera sur la manière de concevoir l'origine du monde et le sens de l'histoire, le fondement des valeurs éthiques, le rôle de la religion dans la culture, la destinée de l'homme, le rapport avec la nature. L'enseignement religieux à l'école, à travers ce dialogue interdisciplinaire, fonde, renforce, développe et complète l'action éducative de l'école. (223)

Le contexte scolaire et les destinataires de l'enseignement scolaire de la religion

74. L'enseignement de la religion à l'école s'exerce dans des contextes scolaires différents, ce qui fait que, tout en maintenant son caractère propre, il prend des accentuations diverses. Celles-ci dépendent des conditions juridiques et organisationnelles, de la conception de l'enseignement, des présupposés personnels des enseignants et des élèves, ainsi que des rapports de l'enseignement de la religion à l'école avec la catéchèse familiale et paroissiale.

On ne peut réduire à une seule forme tous les modèles d'enseignement de la religion à l'école qui sont apparus au cours de l'histoire, suite aux conventions avec les Etats et aux délibérations des conférences épiscopales. Il est pourtant nécessaire de s'engager afin que cet enseignement, selon ses présupposés, réponde à sa finalité et à ses caractéristiques particulières. (224)

Les élèves « ont le droit d'apprendre avec vérité et certitude la religion à laquelle ils appartiennent. On ne peut négliger leur droit à connaître plus à fond la personne du Christ ainsi que l'intégrité de l'annonce du salut qu'il a apporté. Le caractère confessionnel de l'enseignement de la religion dans l'école, dispensé par l'Eglise selon les modalités et les formes établies en chaque pays, est donc une garantie indispensable offerte aux familles et aux élèves qui choisissent cet enseignement ». (225)

Pour l'école catholique, cet enseignement de la religion, en étant qualifié et complété par d'autres formes du ministère de la Parole (catéchèses, célébrations liturgiques, etc.), est une partie indispensable de leur tâche pédagogique et le fondement de leur existence. (226)

L'enseignement de la religion, dans le cadre de l'école publique et de l'école non-confessionnelle, là où les autorités civiles ou d'autres circonstances imposent qu'il soit commun aux catholiques et aux non-catholiques, aura un caractère plus œcuménique et servira à une connaissance interreligieuse commune. (227)

En d'autres circonstances, l'enseignement scolaire de la religion pourra prendre un caractère plutôt culturel, s'intéressant à la connaissance des religions, tout en présentant la religion catholique avec l'importance qui lui revient. (228) Dans ce cas également, surtout s'il est dispensé par un professeur sincèrement respectueux, il garde une dimension de vraie « préparation évangélique ».

75. La situation de vie et de foi des élèves qui fréquentent l'enseignement religieux dans l'école est caractérisée par une mutation continue et considérable. L'enseignement religieux à l'école doit tenir compte de ce donné pour pouvoir rejoindre ses propres finalités.

L'enseignement scolaire de la religion aide les élèves croyants à mieux comprendre le message chrétien par rapport aux grands problèmes de l'existence qui sont communs aux religions et caractéristiques de tout être humain, par rapport aux conceptions de la vie les plus répandues dans la culture, et aux principaux problèmes moraux qui concernent l'humanité actuelle.

Quant aux élèves qui sont en phase de recherche, ou confrontés à des doutes religieux, ils pourront trouver dans l'enseignement religieux scolaire ce qu'est exactement la foi en Jésus-Christ, quelles sont les réponses de l'Eglise à leurs questions, leur permettant de mieux peser leur décision personnelle.

Enfin, pour les élèves non-croyants, l'enseignement scolaire de la religion revêt les caractéristiques d'une annonce missionnaire de l'Evangile, en vue d'une décision de foi que la catéchèse, de son côté, dans un contexte communautaire, fera grandir et mûrir.

Education chrétienne en famille, catéchèse et enseignement de la religion à l'école au service de l'éducation dans la foi

76. L'éducation chrétienne en famille, la catéchèse et l'enseignement de la religion à l'école, chacun selon ses caractéristiques propres, sont intimement liés entre eux, au service de l'éducation chrétienne des enfants, des adolescents et des jeunes. Sur le plan pratique, il faut cependant tenir compte des variations qui se présentent, afin de procéder avec réalisme et prudence pastorale à l'application des orientations générales.

Il appartient, par conséquent, à chaque diocèse ou région pastorale de discerner les diverses circonstances, soit en ce qui concerne l'existence ou non d'une initiation chrétienne dans le milieu familial, soit en ce qui concerne les tâches éducatives exercées dans la tradition ou la situation locale par les paroisses, les écoles, etc.

Les Eglises particulières et la conférence épiscopale donneront donc les orientations propres aux divers milieux, en encourageant des activités qui sont, à la fois, distinctes et complémentaires.

CHAPITRE III

Nature, but et tâches
de la catéchèse

« ...Que toute langue proclame de Jésus-Christ qu'il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11).

77. Après avoir défini la place de la catéchèse dans la mission évangélisatrice de l'Eglise, ses rapports avec les divers éléments de l'évangélisation et avec les autres formes du ministère de la Parole, ce chapitre entend réfléchir particulièrement à ce qui suit:

– la nature ecclésiale de la catéchèse, c'est-à-dire le sujet agissant de la catéchèse: l'Eglise animée par l'Esprit;

– la finalité qu'elle poursuit fondamentalement en catéchisant;

– les tâches par lesquelles elle réalise cette finalité, qui constituent ses objectifs les plus immédiats;

– la gradualité interne au processus catéchistique et l'inspiration catéchuménale qui l'anime.

D'autre part, ce chapitre approfondit davantage le caractère propre de la catéchèse — déjà décrit dans le chapitre précédent lors de l'étude des relations qu'elle établit avec les autres activités ecclésiales.

La catéchèse, une action de nature ecclésiale

78. La catéchèse est un acte essentiellement ecclésial. (229) Le vrai sujet de la catéchèse est l'Eglise qui, continuant la mission du Maître, Jésus, et, sous l'action de l'Esprit, a été appelée à être éducatrice de la foi. Par conséquent, l'Eglise, en imitant la Mère du Seigneur, conserve fidèlement l'Evangile dans son cœur, (230) elle l'annonce, le célèbre, le vit et le transmet, par la catéchèse, à tous ceux qui ont décidé de suivre Jésus-Christ.

Cette transmission de l'Evangile est un acte vivant de tradition ecclésiale: (231)

– En effet, l'Eglise transmet la foi qu'elle-même vit: son intelligence du mystère de Dieu et de son dessein de salut; sa vision de la très haute vocation de l'homme; le style de vie évangélique qui communique la joie du Royaume; l'espérance qui l'envahit; l'amour qu'elle ressent pour l'humanité et pour toutes les créatures de Dieu.

– L'Eglise transmet la foi d'une manière active, elle la sème d