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CONGRÉGATION POUR LES ÉVÊQUES DIRECTOIRE “APOSTOLORUM SUCCESSORES”
Chap. I. IDENTITÉ
ET MISSION DE L’ÉVÊQUE
DANS LE MYSTÈRE
Chap. III. SPIRITUALITÉ ET LA FORMATION PERMANENTE DE L’ÉVÊQUE
Chap. IV. LE MINISTÈRE DE L’ÉVÊQUE DANS L’ÉGLISE PARTICULIÈRE
Chap. V. LE «MUNUS DOCENDI » DE L’ÉVÊQUE DIOCÉSAIN
Chap. VI. LE «MUNUS SANCTIFICANDI » DE L’ÉVÊQUE DIOCÉSAIN
Chap. VII. LE «MUNUS REGENDI » DE L’ÉVÊQUE DIOCÉSAIN
Chap. VIII. LA PAROISSE, LES VICARIATS FORAINS ET LA VISITE PASTORALE
Successeurs des Apôtres («Apostolorum Successores ») par institution divine, les Évêques, de par l’Esprit Saint qui leur est conféré lors de la consécration épiscopale, sont constitués Pasteurs de l’Église, ayant pour tâche d’enseigner, de sanctifier et de guider, en communion hiérarchique avec le Successeur de Pierre et avec les autres membres du Collège épiscopal. Le titre de « Successeur des Apôtres » est à la racine du ministère pastoral de l’Évêque et de sa mission dans l’Église, et il décrit bien la figure de l’Évêque et sa mission. Insérés dans le Collège épiscopal, qui succède au Collège apostolique, les Évêques sont étroitement unis au Christ Jésus, qui continue à choisir et à envoyer ses apôtres. Comme successeur des Apôtres, l’Évêque, en vertu de la consécration épiscopale et par la communion hiérarchique, est le principe visible et le garant de l’unité de son Église particulière.1 Le Livre de l’Apocalypse affirme que la muraille de la nouvelle Jérusalem « repose sur douze fondations portant les noms des douze Apôtres » (Ap 21, 14). La Constitution dogmatique Lumen gentium enseigne que « les Évêques, en vertu d’une institution divine, ont pris par succession la place des Apôtres comme pasteurs de l’Église, en sorte que celui qui les écoute, écoute le Christ, mais que celui qui les méprise, méprise le Christ et celui qui a envoyé le Christ ».2 Le fait d’être successeurs des Apôtres donne aux Évêques la grâce et la responsabilité d’assurer à l’Église la note de l’apostolicité. Pour que l’Évangile soit toujours conservé inaltéré et vivant dans l’Église, les Apôtres laissèrent pour successeurs les Évêques, leur confiant leur propre charge d’enseigner.3 C’est pourquoi les Évêques, tout au long des générations qui se suivent, sont appelés à conserver et à transmettre la Sainte Écriture et à promouvoir la Traditio, c’est-à-dire l’annonce de l’unique Évangile et de l’unique foi, en toute fidélité à l’enseignement des Apôtres; en même temps ils sont tenus d’éclairer de la lumière de l’Évangile les questions nouvelles que les changements des situations historiques de l’humanité présentent continuellement (changements dans les questions culturelles, sociales et économiques, scientifiques et technologiques, etc.).4 En outre, les Évêques ont pour tâche de sanctifier et de guider le Peuple de Dieu « cum et sub Petro », en continuité avec l’œuvre accomplie par les Évêques qui les ont précédés et avec dynamisme missionnaire. Le présent Directoire, qui reprend, met à jour et complète celui du 22 février 1973, a été élaboré par la Congrégation pour les Évêques en vue d’offrir aux « Pasteurs du troupeau du Christ » un instrument utile pour un exercice plus organique et plus efficace de leur ministère pastoral complexe et difficile dans l’Église et dans la société d’aujourd’hui. Il entend aider les Évêques à affronter avec une humble confiance en Dieu et avec un courage cohérent les défis que comporte l’heure actuelle –caractérisée par des problèmes nouveaux, un grand progrès et de brusques changements – en ce début du troisième millénaire. Le Directoire fait suite à la riche tradition ecclésiastique que de nombreux auteurs ecclésiastiques créèrent à partir du XVIe siècle, avec des écrits de noms divers, tels que Enchiridion, Praxis, Statuta, Ordo, Dialogi, Aphorismata, Munera, Institutiones, Officium et autres semblables, afin de fournir aux Évêques des instruments pastoraux homogènes qui les aident à mieux exercer leur ministère. Les sources principales de ce Directoire sont constituées par le Concile Vatican II, par les nombreux documents et enseignements pontificaux publiés ces dernières années et par le Code de Droit canonique promulgué en 1983. Il est significatif que le Directoire soit publié au lendemain de la publication de l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis, qui a recueilli les propositions et les suggestions de la Xe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques (2001), qui a eu pour thème « l’Évêque, serviteur de l’Évangile de Jésus Christ pour l’espérance du monde » et qui a été consacrée au ministère épiscopal. Avec cette Exhortation apostolique s’est complétée la réflexion magistérielle faite par le Saint-Père, à la suite des Synodes correspondants, sur les diverses vocations du Peuple de Dieu dans le cadre de l’ecclésiologie de communion tracée par le Concile Vatican II, qui trouve dans l’Évêque diocésain son centre d’impulsion et son signe visible. Le Directoire est donc étroitement lié à l’Exhortation apostolique Pastores gregis pour ce qui concerne ses fondements doctrinaux et pastoraux. Il a été élaboré après une large consultation, en tenant compte des suggestions et des souhaits exprimés par divers Évêques diocésains et par certains Évêques émérites. Enfin, le Directoire est de nature fondamentalement pastorale et pratique, avec des indications et des directives concrètes pour l’activité des Pasteurs, restant sauve la prudence discrétionnaire de chaque Évêque pour en assurer l’application, surtout en considération des conditions particulières de lieu, de mentalité, de situation sociale et d’épanouissement de la foi. Naturellement, ce qui, dans son contenu, provient de la discipline de l’Église conserve la même valeur que dans ses sources.
IDENTITÉ ET
MISSION DE L’ÉVÊQUE
DANS LE
« Moi,
je suis le Bon Pasteur ;
je
connais mes brebis,
« La muraille de
la cité reposait sur douze fondations
portant les noms
I. L’ÉVÊQUE DANS LE MYSTÈRE DU CHRIST 1. Identité et mission de l’Évêque. Quand Évêque se considère lui-même ainsi que ses fonctions, il doit avoir présent à l’esprit, comme le centre qui précise son identité et sa mission, le mystère du Christ et les caractéristiques que le Seigneur Jésus a voulues pour son Église, « peuple uni de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint ».5 C’est en effet à la lumière du mystère du Christ, Pasteur et Évêque des âmes (cf. 1 P 2, 25), que l’Évêque comprendra toujours plus profondément le mystère de l’Église, dans laquelle la grâce de la consécration épiscopale l’a placé comme maître, prêtre et pasteur pour la guider par son pouvoir lui-même. Vicaire 6 du « grand pasteur des brebis » (He 13, 20), l’Évêque doit manifester par sa vie et par son ministère épiscopal la paternité de Dieu, la bonté, la sollicitude, la miséricorde, la douceur, l’autorité du Christ, qui est venu pour donner la vie et pour faire de tous les hommes une seule famille, réconciliée dans l’amour du Père. L’Évêque doit manifester aussi la vitalité éternelle de l’Esprit Saint, qui anime l’Église et la soutient dans la faiblesse humaine. Ce caractère trinitaire de la vie et de l’action de l’Évêque a sa racine dans la vie même du Christ, qui a été toute trinitaire. Il est le Fils éternel et unique du Père depuis toujours en son sein (cf. Jn 1, 18) et celui qui a reçu l’onction de l’Esprit Saint et a été envoyé dans le monde (cf. Mt 11, 27 ; Jn 15, 26 ; 16, 13-14).7 2. Images expressives de l’Évêque. Certaines images vivantes de l’Évêque tirées de l’Écriture et de la Tradition de l’Église, comme celles du pasteur, du pêcheur, du père, du frère, de l’ami, de celui qui réconforte, du serviteur, du maître, de l’homme fort, du sacramentum bonitatis, renvoient à Jésus Christ et présentent l’Évêque comme un homme de foi et de discernement, d’espérance et d’engagement réel, de douceur et de communion. Ces images montrent qu’entrer dans la succession apostolique signifie entrer dans le combat pour l’Évangile.8 Parmi les différentes images, celle du pasteur éclaire avec une particulière éloquence l’ensemble du ministère épiscopal, car elle manifeste son sens, sa fin, son style, son dynamisme évangélisateur et missionnaire. Le Christ Bon Pasteur indique à l’Évêque la fidélité quotidienne à sa mission, la consécration totale et sereine à l’Église, la joie de conduire vers le Seigneur le Peuple de Dieu qui lui est confié et le bonheur d’accueillir dans l’unité de la communion ecclésiale tous les fils de Dieu dispersés (cf. Mt 15, 24 ; 10, 6). Dans la contemplation de l’icône évangélique du Bon Pasteur, l’Évêque trouve le sens du don continuel de soi, se rappelant que le Bon Pasteur a offert sa vie pour son troupeau (cf. Jn 10, 11) et qu’il est venu pour servir et non pour être servi (cf. Mt 20, 28) ;9 en outre, il y trouve la source du ministère pastoral qui fait que les trois fonctions d’enseigner, de sanctifier et de gouverner doivent être exercées avec les traits caractéristiques du Bon Pasteur. Pour exercer un fécond ministère épiscopal, l’Évêque est donc appelé à se conformer au Christ d’une manière toute spéciale dans sa vie personnelle et dans l’exercice du ministère apostolique, de telle sorte que la « pensée du Christ » (1 Co 2, 16) imprègne totalement ses idées, ses sentiments et ses comportements, et que la lumière qui vient du visage du Christ éclaire « le gouvernement des âmes, qui est l’art des arts ».10 Cet engagement intérieur ravive en l’Évêque l’espérance de recevoir du Christ, qui viendra réunir et juger tous les peuples comme pasteur universel (cf. Mt 25, 31-46), la « couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4). C’est cette espérance qui guidera l’Évêque tout au long de son ministère, qui éclairera ses journées, nourrira sa spiritualité, entretiendra sa confiance, soutiendra sa lutte contre le mal et l’injustice, dans la certitude qu’avec ses frères il contemplera l’Agneau immolé, le Pasteur qui conduit tout le monde aux sources de la vie et de la béatitude de Dieu (cf. Ap 7, 17).
II. L’ÉVÊQUE DANS LE MYSTÈRE DE L’ÉGLISE 3. L’Église, Corps mystique du Christ et Peuple de Dieu. La Constitution dogmatique Lumen gentium présente quelques images qui éclairent le mystère de l’Église et qui mettent en évidence ses notes caractéristiques en révélant le lien indissociable qu’a le Peuple de Dieu avec le Christ. Parmi elles ressortent celles du Corps mystique dont le Christ est la tête,11 et celle du Peuple de Dieu, qui regroupe en lui tous les fils de Dieu, aussi bien les pasteurs que les fidèles, étroitement unis par le même Baptême. Ce peuple a pour chef le Christ, qui a été « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Rm 4, 25) ; il a pour condition la dignité et la liberté des fils de Dieu, au cœur de qui, comme en un temple, demeure l’Esprit Saint ; il a pour loi le nouveau commandement de l’amour et pour fin le Règne de Dieu déjà commencé sur la terre.12 Cette Église, une et unique, notre Sauveur l’a donnée, pour la paître, à Pierre (cf. Jn 21, 17) et aux autres Apôtres, leur en confiant la diffusion et le gouvernement (cf. Mt 28, 18-20), et il l’a constituée pour toujours colonne et support de la vérité (cf. 1 Tm3, 15). 4. Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel. Tous les membres de ce peuple, que le Christ a doté de dons hiérarchiques et charismatiques, qu’il a constitué en une communion de vie, de charité et de vérité, orné de la dignité sacerdotale (cf. Ap 1, 6 ; 5, 9-10), ont été par Lui consacrés par le Baptême afin qu’ils offrent des sacrifices spirituels par toute leur activité, et ils ont été envoyés comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) pour proclamer les œuvres merveilleuses de Celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière (cf. 1 P 2, 4-10). Toutefois, certains membres du Corps du Christ sont consacrés, par le sacrement de l’Ordre, pour exercer le sacerdoce ministériel. Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique diffèrent essentiellement entre eux, tout en étant ordonnés l’un à l’autre, car chacun d’eux participe à un titre différent de l’unique sacerdoce du Christ. « Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel forme et dirige, en vertu du pouvoir sacré dont il jouit, le peuple sacerdotal, célèbre le sacrifice eucharistique “in persona Christi” et l’offre à Dieu au nom de tout le peuple ; les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâce, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active ».13 5. Les Églises particulières. Le Peuple de Dieu n’est pas seulement une communauté de personnes différentes, mais à l’intérieur de lui-même il se compose aussi de différentes parties, les Églises particulières, formées à l’image de l’Église universelle, dans lesquelles et à partir desquelles est constituée l’Église catholique une et unique.14 L’Église particulière est confiée à l’Évêque,15 qui est principe et fondement visible d’unité,16 et c’est à travers sa communion hiérarchique avec la tête et les autres membres du Collège épiscopal que l’Église particulière s’inscrit dans la « plena communio ecclesiarum » de l’unique Église du Christ. C’est pourquoi tout le Corps mystique du Christ est aussi un corps d’Églises,17 entre lesquelles s’établit une admirable réciprocité, puisque la richesse de vie et d’œuvres de chacune rejaillit sur le bien de toute l’Église et que le pasteur lui-même et son troupeau participent à l’abondance surnaturelle de tout le Corps. Ces Églises particulières sont aussi « dans » et « à partir de » l’Église, qui en elles « est vraiment présente et agissante ». Pour cette raison, le Successeur de Pierre, Tête du Collège épiscopal, et le Corps des Évêques sont des éléments propres et constitutifs de chaque Église particulière.18 Le gouvernement de l’Évêque et la vie diocésaine doivent manifester la communion réciproque avec le Pontife romain et avec le Collège épiscopal, ainsi qu’avec les Églises particulières sœurs, notamment avec celles qui sont présentes dans le même territoire. 6. L’Église Sacrement de salut. L’Église est Sacrement de salut en ce sens que par sa visibilité le Christ est présent parmi les hommes et il poursuit sa mission, donnant aux fidèles son Esprit Saint. Le corps de l’Église se distingue donc de toutes les sociétés humaines ; en effet, elle ne repose pas sur les capacités personnelles de ses membres, mais sur l’union intime avec le Christ, dont elle reçoit et communique aux hommes la vie et l’énergie. Non seulement l’Église signifie l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain, mais elle en est le signe efficace, et c’est pourquoi elle est sacrement de salut.19 7. L’Église communion et mission. En même temps l’Église est communion. Les images de l’Église et les notes essentielles qui la définissent montrent qu’en sa dimension la plus intime elle est un mystère de communion, avant tout dans la Trinité, car, comme l’enseigne le Concile Vatican II, « les fidèles, unis à leur Évêque, ont accès auprès de Dieu le Père par son Fils, le Verbe incarné, qui a souffert et a été glorifié, dans l’effusion du Saint-Esprit et obtiennent ainsi la communion avec la très sainte Trinité ».20 La communion est au cœur de la connaissance que l’Église a d’elle-même 21 et elle est le lien qui l’exprime comme réalité humaine, comme communauté des Saints et comme corps d’Églises ; en effet, la communion exprime aussi la réalité de l’Église particulière. La communion ecclésiale est communion de vie, de charité et de vérité 22 et, en tant que lien de l’homme avec Dieu, elle fonde une nouvelle relation entre les hommes eux-mêmes et elle manifeste la nature sacramentelle de l’Église. L’Église est « la maison et l’école de la communion » 23 qui se construit autour de l’Eucharistie, sacrement de la communion ecclésiale, où, « participant réellement au corps du Seigneur, nous sommes élevés à la communion avec lui et entre nous »;24 en même temps, l’Eucharistie est l’épiphanie de l’Église, où est manifesté son caractère trinitaire. L’Église a la mission d’annoncer et de propager le Règne de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre, afin que tous les hommes croient au Christ et qu’ainsi ils atteignent la vie éternelle.25 L’Église est donc aussi missionnaire. En effet « la mission propre que le Christ a confiée à son Église n’est pas d’ordre politique, économique ou social : la fin qu’il lui a assignée est d’ordre religieux. Mais c’est justement de cette mission religieuse que découlent une tâche, une lumière et des forces qui peuvent servir à constituer et à affermir la communauté des hommes selon la Loi divine ».26 8. L’Évêque, principe visible d’unité et de communion. L’Évêque, principe visible d’unité dans son Église, est appelé à bâtir sans cesse l’Église particulière dans la communion de tous ses membres et de ceux-ci avec l’Église universelle, veillant à ce que les divers dons et ministères contribuent à l’édification commune des croyants et à la diffusion de l’Évangile. En tant que maître de la foi, sanctificateur et guide spirituel, l’Évêque sait qu’il peut compter sur une grâce divine spéciale, qui lui a été conférée lors de l’ordination épiscopale. Cette grâce le soutient quand il se dépense pour le Règne de Dieu, pour le salut éternel des hommes, et aussi quand il s’efforce de bâtir l’histoire par la force de l’Évangile, donnant un sens à la marche de l’homme dans le temps.
III. LE COLLÈGE DES DOUZE ET LE COLLÈGE DES ÉVÊQUES 9. La mission pastorale des Douze. Au début de sa mission, le Seigneur Jésus, après avoir prié son Père, institua douze Apôtres pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher le Règne de Dieu et chasser les démons. 27 Les Douze ont été voulus par Jésus en tant que collège indivis ayant pour chef Pierre, et c’est précisément comme collège qu’ils accomplirent leur mission, en commençant par Jérusalem (cf. Lc 24, 46), puis, comme témoins directs de sa résurrection, auprès de tous les peuples de la terre (cf. Mc 16, 20). Cette mission, qui a été soulignée comme essentielle par l’Apôtre Pierre devant la première communauté chrétienne de Jérusalem (cf. Ac 1, 21-22), a été accomplie par les Apôtres en annonçant l’Évangile et en faisant de toutes les nations des disciples (cf. Mt 28, 16-20). Ainsi se poursuivait l’œuvre même que le Ressuscité leur avait confiée le soir de Pâques : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).28 10. Les Apôtres, fondements de l’Église. Les Apôtres, avec Pierre à leur tête, sont le fondement de l’Église du Christ, leurs noms sont écrits sur les fondations de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 14) ; en tant qu’architectes du nouveau Peuple de Dieu, ils garantissent sa fidélité au Christ, pierre de fondation de l’édifice, et à 16 Chap. I. Identité et Mission de l’Évêque son Évangile ; ils enseignent avec autorité, ils dirigent la communauté et ils protègent son unité. Ainsi l’Église, « qui a pour fondations les Apôtres » (Ep 2, 20), a en elle-même la note de l’apostolicité, en ce sens qu’elle conserve et transmet en entier ce bon dépôt qu’à travers les Apôtres elle a reçu du Christ lui-même. L’apostolicité de l’Église est une garantie de fidélité à l’Évangile reçu et au sacrement de l’Ordre qui rend permanent dans le temps la charge apostolique. 11. Continuité de la mission des Douze dans le Collège épiscopal. La mission pastorale du Collège apostolique se poursuit dans le Collège épiscopal, de même que dans le Pontife romain se poursuit la charge primatiale de Pierre. Le Concile Vatican II enseigne que « les Évêques, en vertu d’une institution divine, ont pris par succession la place des Apôtres comme pasteurs de l’Église, en sorte que celui qui les écoute, écoute le Christ, mais que celui qui les méprise, méprise le Christ et celui qui a envoyé le Christ (cf. Lc 10, 16) ». 29 Le Collège épiscopal, avec le Pontife romain à sa tête et jamais sans lui, est « sujet du pouvoir suprême et plénier sur l’Église tout entière »,30 tandis que le Pontife lui-même, en tant que «Vicaire du Christ et pasteur de toute l’Église », 31 a « dans l’Église le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement ».32 Cela inclut que le Pontife romain obtient aussi la primauté du pouvoir ordinaire sur toutes les Églises particulières et sur leurs regroupements.33 L’épiscopat, un et indivis, se présente uni dans la même fraternité autour de Pierre, pour accomplir la mission d’annoncer l’Évangile et de guider pastoralement l’Église, afin qu’elle croisse dans le monde entier et que, malgré la diversité des temps et des lieux, elle continue à être une communauté apostolique. 12. Appartenance et formes d’action de l’Évêque dans le Collège épiscopal. L’Évêque devient membre du Collège épiscopal en vertu de la consécration épiscopale, qui confère la plénitude du sacrement de l’Ordre et configure ontologiquement l’Évêque à Jésus Christ comme pasteur dans son Église. En vertu de la consécration épiscopale, l’Évêque devient sacrement du Christ lui-même qui est présent et agissant dans son peuple et qui, par le ministère épiscopal, annonce la Parole, administre les sacrements de la foi et guide son Église. 34 Pour pouvoir être exercé, le « munus » épiscopal a besoin de la « mission canonique » accordée par le Pontife romain. Par elle, le Chef du Collège épiscopal confie une portion du Peuple de Dieu ou une charge au bénéfice de l’Église universelle.35 Par conséquent, les trois fonctions qui constituent le « munus pastorale » reçu par l’Évêque lors de la consécration épiscopale doivent être exercées dans la communion hiérarchique, bien que, en raison de leur nature et de leur finalité différentes, la fonction de sanctifier soit exercée d’une manière distincte de celles d’enseigner et de gouverner. 36 Ces deux dernières fonctions, en effet, ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique à cause de leur nature intrinsèque (natura sua), autrement les actes accomplis ne sont pas valides. La collégialité affective fait de l’Évêque un homme qui n’est jamais seul car il est toujours et continuellement avec ses frères dans l’épiscopat et avec celui que le Seigneur a choisi comme Successeur de Pierre. La collégialité affective s’exprime comme collégialité effective au Concile œcuménique ou par l’action conjuguée des Évêques dispersés dans le monde, promue par le Pontife romain ou reçue par lui, de manière que se réalise un véritable acte collégial. L’affection collégiale, qui n’est pas un simple sentiment de solidarité, se réalise à des degrés divers, et les actes qui en découlent peuvent avoir des conséquences juridiques. Cette affection se concrétise de diverses façons, par exemple le Synode des Évêques, la Visite ad limina, l’insertion des Évêques diocésains dans les Dicastères de la Curie romaine, la collaboration missionnaire, les Conciles particuliers, les Conférences épiscopales, l’engagement œcuménique, le dialogue interreligieux.37
LA SOLLICITUDE
DE L’ÉVÊQUE
POUR L’ÉGLISE UNIVERSELLE
«Tous les Évêques,
en tant que membres du Collège épiscopal
I. LA SOLLICITUDE DE L’ÉVÊQUE POUR L’ÉGLISE UNIVERSELLE 13. Collaboration pour le bien de l’Église universelle. En vertu de son appartenance au Collège épiscopal, l’Évêque a la sollicitude de toutes les Églises et il est lié aux autres membres du Collège par la fraternité épiscopale et par le lien étroit qui unit les Évêques au Chef du Collège ; cela exige que chaque Évêque collabore avec le Pontife romain, Chef du Collège épiscopal, auquel, en raison de la charge primatiale sur toute l’Église, est confiée la mission d’apporter à tous les peuples la lumière de l’Évangile. En premier lieu, l’Évêque devra être effectivement signe et promoteur d’unité dans l’Église particulière, qu’il représente au sein de l’Église universelle. Il devra avoir la sollicitude pour toute ’Église qui, même si elle n’est pas exercée individuellement sur des fidèles déterminés avec le pouvoir de juridiction, contribue au bien de tout le Peuple de Dieu. C’est pour cette raison que l’Évêque devra « promouvoir et protéger l’unité de la foi et la discipline commune à l’ensemble de l’Église », 38 contribuant au Magistère ordinaire de l’Église et à l’application adéquate de la discipline canonique universelle, éduquant ses fidèles au sens de l’Église universelle et collaborant à promouvoir toute activité commune à l’Église. L’Évêque ne devra jamais oublier le principe pastoral selon lequel, en gouvernant bien son Église particulière, il contribue au bien de tout le Peuple de Dieu, qui est le corps des Églises. En plus de la principale forme institutionnelle de collaboration de l’Évêque au bien de toute l’Église, qui est la participation au Concile œcuménique, où s’exerce en forme solennelle et universelle le pouvoir du Collège épiscopal, cette collaboration se réalise aussi dans l’exercice du pouvoir suprême et universel par l’action conjointe avec les autres Évêques, si elle est comme telle commandée ou librement reçue par le Pontife romain.39 Tout Évêque a le droit et le devoir d’assister et de collaborer activement à l’une ou l’autre action collégiale par la prière, par l’étude et en exprimant son vote. Le Synode des Évêques offre une aide consultative précieuse à la charge primatiale du Successeur de Pierre, en plus de renforcer les liens d’union entre les membres du Collège épiscopal.40 S’il est appelé à y participer personnellement, l’Évêque accomplira cette charge avec une application zélée, ayant en vue la gloire de Dieu et le bien de l’Église. Ces mêmes sentiments doivent le guider quand il donne son avis sur les questions proposées à la réflexion synodale ou quand il s’agit d’élire, au sein de sa Conférence épiscopale, les Évêques engagés dans le ministère ou les Évêques émérites qui, en raison de leur connaissance et de leur expérience de la matière, peuvent le représenter au Synode. La même sollicitude pour l’Église universelle incitera l’Évêque à présenter au Pape des conseils, des observations et des suggestions, à lui signaler des dangers pour l’Église, des occasions d’initiatives et d’autres indications utiles : il prête ainsi un service inestimable au ministère primatial et une contribution sûre à l’efficacité du gouvernement universel. Lorsqu’on lui demande son avis sur des questions pastorales ou que l’on sollicite sa collaboration pour la préparation de documents de portée universelle – spécialement s’il est membre ou consulteur de quelque Dicastère de la Curie romaine –, l’Évêque répondra avec franchise, après avoir étudié sérieusement la matière et l’avoir méditée coram Domino.41 Si on lui demande de remplir une charge dans l’intérêt de toute l’Église, l’Évêque fera son possible pour l’accepter et il l’accomplira avec diligence. Conscient de sa responsabilité pour l’unité de l’Église et tenant compte de la grande facilité avec laquelle aujourd’hui toute déclaration en vient à être connue de larges tranches de l’opinion publique, l’Évêque se gardera de remettre en question des aspects doctrinaux du Magistère authentique ou disciplinaires afin de ne pas porter atteinte à l’autorité de l’Église et à la sienne propre ; il recourra plutôt aux canaux ordinaires de communication avec le Siège apostolique et avec les autres Évêques s’il a des questions à poser au sujet de ces aspects doctrinaux ou disciplinaires. 14. Collaboration avec le Siège Apostolique. Comme conséquence de sa consécration épiscopale, de la communion hiérarchique et de son appartenance au Collège épiscopal, et en signe d’union à Jésus Christ, l’Évêque tiendra grandement en compte et entretiendra de tout son cœur la communion de charité et d’obéissance avec le Pontife romain, faisant siennes ses intentions, ses initiatives, ses joies et ses préoccupations, et développant aussi chez les fidèles les mêmes sentiments filiaux. L’Évêque exécutera fidèlement les dispositions du Saint-Siège et des divers Dicastères de la Curie romaine, qui aident le Pontife romain dans sa mission de service des Églises particulières et de leurs Pasteurs. En outre, il veillera à ce que les documents du Saint-Siège soient portés à la connaissance de tous les prêtres ou, selon le cas, de tout le peuple chrétien, illustrant opportunément leur contenu afin de le rendre accessible à tous. Pour assurer de la manière la plus appropriée la mise en œuvre de chaque document, en plus des éventuelles indications qui y sont contenues, l’Évêque devra étudier sa nature (magistérielle, donnant des dispositions, indiquant des orientations, etc.) et son contenu pastoral ; quand il s’agit de lois et d’autres dispositions normatives, il faut être spécialement attentif à en assurer l’observance dès qu’elles entrent en vigueur, éventuellement par des normes diocésaines d’application. S’il s’agit de documents d’un autre genre, par exemple d’orientation générale, l’Évêque lui-même devra juger avec prudence de la meilleure façon de procéder, en fonction du bien pastoral de son troupeau. Rapport avec le Légat pontifical. Celui-ci représente le Pontife romain devant les Églises particulières et devant les États. 42 Sa mission ne se superpose pas à la fonction des Évêques ; elle ne lui fait pas non plus obstacle ni ne se substitue à elle ; au contraire elle l’aide de multiples manières et elle la soutient par ses conseils fraternels. L’Évêque s’efforcera donc de maintenir avec le Représentant pontifical des rapports empreints de sentiments fraternels et de confiance réciproque, tant sur le plan personnel qu’au sein de la Conférence épiscopale, et il utilisera ses bons offices pour transmettre des informations au Siège apostolique et pour solliciter les mesures canoniques qui sont de la compétence de ce dernier. Comme forme spécifique de collaboration avec le ministère du Pontife romain, l’Évêque, avec les autres Pasteurs de la province ecclésiastique ou de la Conférence épiscopale ou encore personnellement, signalera au Siège apostolique les prêtres qu’il juge aptes à l’épiscopat. Au cours des enquêtes préliminaires sur les candidats possibles, l’Évêque pourra consulter une à une des personnes informées ; mais il ne permettra jamais que l’on fasse une consultation collective, car cela mettrait en péril le secret prescrit par la loi canonique – nécessaire quand il s’agit du bon renom des personnes – et conditionnerait la liberté du Pontife romain dans le choix du plus apte. 43 « En raison du lien de l’unité et de la charité, les Évêques procureront au Siège apostolique, d’après les ressources de leurs diocèses, les moyens dont il a besoin, selon les conditions du temps, pour bien remplir son service envers l’Église tout entière ». 44 L’Évêque n’omettra pas non plus la quête particulière appelée Denier de Saint-Pierre, destinée à faire en sorte que l’Église de Rome puisse accomplir comme il faut sa charge de présidence dans la charité universelle. Lorsque les possibilités du diocèse le permettent et qu’il y a des prêtres aptes et préparés qui sont demandés, l’Évêque les mettra à la disposition du Saint-Siège ad tempus ou pour un temps illimité. 15. La visite « ad limina ». 45 Selon la discipline canonique, l’Évêque diocésain accomplit tous les cinq ans l’antique tradition de la Visite « ad limina », pour honorer les tombeaux des saints Apôtres Pierre et Paul et rencontrer le successeur de Pierre, Évêque de Rome. Sous ses différents aspects liturgiques, pastoraux et d’échange fraternel, la visite a pour l’Évêque une signification précise : accroître son sens de la responsabilité comme successeur des Apôtres et raffermir sa communion avec le successeur de Pierre. En outre, la visite constitue un moment important pour la vie de l’Église particulière elle-même qui, par son représentant, consolide les liens de foi, de communion et de discipline qui la lient à l’Église de Rome et à tout le corps ecclésial. 46 Les rencontres fraternelles avec le Pontife romain et ses plus proches collaborateurs de la Curie romaine offrent à l’Évêque une occasion privilégiée non seulement pour faire connaître la situation de son diocèse et ses attentes, mais aussi pour avoir davantage d’informations sur les espérances, les joies et les difficultés de l’Église universelle, et pour recevoir des directives et des conseils opportuns sur les problèmes de son troupeau. Cette visite représente aussi un moment capital pour le successeur de Pierre, qui reçoit les pasteurs des Églises particulières afin de traiter avec eux les questions concernant leur mission ecclésiale. Ainsi, la visite « ad limina » est une expression de la sollicitude pastorale de toute l’Église. 47 C’est pourquoi une préparation soigneuse s’impose. Suffisamment à l’avance (pas moins de six mois, si possible), l’Évêque se préoccupera d’envoyer au Saint-Siège le Rapport sur l’état du diocèse ; il dispose pour sa rédaction du Formulaire approprié préparé par la Congrégation pour les Évêques, compétente en la matière. Ce Rapport devra fournir au Pontife romain et aux Dicastères romains une information de source sûre – véridique, synthétique et précise –, ce qui est d’une grande utilité pour l’exercice du ministère pétrinien. À l’Évêque lui-même d’ailleurs le Rapport offrira un bon moyen d’examiner l’état de son Église et de programmer le travail pastoral ; c’est pourquoi il convient que pour son élaboration l’Évêque se fasse aider par ses plus proches collaborateurs dans la charge épiscopale, bien que sa contribution personnelle s’avère indispensable, surtout pour les aspects qui concernent de plus près son activité, afin de donner une vue d’ensemble du travail pastoral. L’usage actuel est que les visites soient accomplies en principe par Conférences épiscopales, ou par groupes d’Évêques qui en font partie si elles sont trop nombreuses, ce qui souligne l’union collégiale entre les Évêques. Bien que certaines parties de la visite se fassent en groupe – visites aux tombeaux des Apôtres, discours du Pape, réunion avec les Dicastères de la Curie romaine –, c’est toujours l’Évêque individuel qui présente le rapport et accomplit la visite au nom de son Église, rencontrant personnellement le Successeur de Pierre et ayant toujours le droit et le devoir de communiquer directement avec lui et avec ses collaborateurs sur toutes les questions concernant son ministère diocésain. 16. Les Évêques diocésains membres des Dicastères de la Curie romaine. Un autre signe de l’affection collégiale entre les Évêques et le Pape est fourni par la présence de quelques Évêques diocésains comme membres des Dicastères de la Curie romaine. Cette présence permet aux Évêques de faire connaître au Souverain Pontife la mentalité, les désirs et les besoins de toutes les Églises. De cette façon, par la Curie romaine, le lien d’union et de charité qui existe dans le Collège épiscopal s’étend à tout le Peuple de Dieu. 48 17. L’œuvre missionnaire. Les Évêques, avec le Pontife romain, sont directement responsables de l’évangélisation du monde; 49 chaque Évêque mettra donc en pratique cette responsabilité avec le plus grand soin. En tant que coordinateur et centre de l’activité missionnaire diocésaine, l’Évêque veillera à ouvrir l’Église particulière aux besoins des autres Églises, suscitant l’esprit missionnaire chez les fidèles, procurant des missionnaires hommes et femmes, développant un fervent esprit apostolique et missionnaire dans son presbytérium ainsi que chez les religieux et les membres des Sociétés de vie apostolique, chez les étudiants de son séminaire et chez les laïcs, collaborant avec le Siège apostolique dans l’œuvre d’évangélisation des peuples, soutenant les jeunes Églises par des aides matérielles et spirituelles. De cette façon et par d’autres manières appropriées aux circonstances de lieu et de temps, l’Évêque manifeste sa fraternité avec les autres Évêques et il accomplit le devoir d’annoncer l’Évangile à toutes les nations. 50 Selon les possibilités du diocèse, après s’être mis d’accord avec le Saint-Siège et avec les autres Évêques concernés, l’Évêque veillera à envoyer des missionnaires et des moyens matériels aux territoires de mission, en concluant des accords particuliers ou en établissant des liens de fraternité avec une Église missionnaire déterminée. En outre, il promouvra et il soutiendra dans son Église particulière les Œuvres missionnaires pontificales, fournissant l’aide spirituelle et économique nécessaire.51 Pour atteindre ces buts, l’Évêque désignera un prêtre, un diacre ou un laïc compétent, qui s’occupera d’organiser les diverses initiatives diocésaines, comme la journée annuelle pour les missions et la collecte annuelle en faveur des œuvres pontificales.52 De même, l’Évêque joindre ses efforts à ceux du Saint-Siège en vue d’aider les Églises qui subissent des persécutions ou qui sont travaillées par une grave pénurie de clergé ou de moyens.53 Le lien de communion entre les Églises est souligné par les prêtres «fidei donum », choisis parmi ceux qui sont aptes et bien préparés, grâce auxquels les diocèses de fondation ancienne contribuent efficacement à l’évangélisation des nouvelles Églises et, à leur tour, puisent fraîcheur et vitalité de foi chez ces jeunes communautés chrétiennes. 54 Quand un clerc idoine (prêtre ou diacre) manifeste le désir d’être inscrit parmi les prêtres « fidei donum », l’Évêque, dans la mesure du possible, ne lui refusera pas l’autorisation, même si cela peut impliquer des sacrifices immédiats pour son diocèse, et il veillera à déterminer ses droits et devoirs par une convention écrite avec l’Évêque du lieu de destination. On pourra pourvoir au transfert temporaire sans recourir à l’excardination, de manière qu’à son retour le clerc conserve tous les droits qui lui reviendraient s’il était resté dans le diocèse. 55 Les Évêques des jeunes Églises de mission développeront eux aussi le don de prêtres vers des zones du même pays, du même continent ou d’autres continents moins évangélisés ou disposant d’un moindre personnel au service de l’Église. L’Évêque sera largement disposé à accueillir dans son diocèse les prêtres des pays de mission qui demandent une hospitalité temporaire pour raison d’études ou pour d’autres motifs. Dans ces cas, les Évêques concernés établiront une convention pour préciser les divers aspects de la vie du prêtre. À cette fin seront observées les normes établies par la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples. 56 18. L’engagement œcuménique. Sachant que le rétablissement de l’unité a été l’un des principaux buts du Concile Vatican II57 et que ce n’est pas un appendice qui s’ajoute à l’activité traditionnelle de l’Église, 58 l’Évêque comprendra l’urgence de promouvoir l’œcuménisme, secteur dans lequel l’Église catholique est engagée de manière irréversible. Bien que la direction du mouvement œcuménique appartienne principalement au Saint-Siège, il revient toutefois aux Évêques, individuellement et réunis en Conférence épiscopale, d’établir des normes pratiques pour appliquer aux circonstances locales les dispositions venant d’en haut. 59 En suivant fidèlement les indications et les orientations du Saint-Siège, l’Évêque se préoccupera en outre de maintenir des relations œcuméniques avec les diverses Églises et Communautés chrétiennes présentes dans le diocèse, nommant un représentant compétent en la matière, afin qu’il anime et coordonne les activités du diocèse dans ce domaine.60 Si les circonstances du diocèse le conseillent, l’Évêque établira un secrétariat ou une commission ayant pour tâche de proposer à l’Évêque ce qui peut aider à l’unité entre les chrétiens et de réaliser les initiatives qu’il indiquera lui-même, de promouvoir dans le diocèse l’œcuménisme spirituel, d’offrir des moyens pour la formation œcuménique du clergé et des séminaristes,61 de soutenir les paroisses dans leur engagement œcuménique. 19. Relations avec le Judaïsme. Le Concile Vatican II rappelle le lien par lequel le peuple du Nouveau Testament est spirituellement uni à la lignée d’Abraham ; 62 c’est en raison de ce lien que, par rapport aux religions non chrétiennes, une place tout à fait particulière est réservée, dans les attentions de l’Église, aux juifs, lui « ont pour eux l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né » (Rm 9, 4-5). L’Évêque doit promouvoir chez les chrétiens une attitude de respect envers ces « frères aînés », afin d’éviter que se produisent des phénomènes d’antijudaïsme, et il doit veiller à ce que les ministres sacrés reçoivent une formation adaptée sur la religion juive et ses rapports avec le christianisme. 20. Le dialogue interreligieux. L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les autres religions. «Avec un respect sincère, elle considère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, tout en différant sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, reflètent cependant assez souvent un rayon de cette Vérité qui illumine tous les hommes. Mais elle annonce sans cesse, et elle est tenue de le faire, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), en qui les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse, et en qui Dieu s’est réconcilié toutes choses ». 63 Dans les relations avec les religions non chrétiennes, l’Église est appelée à établir un dialogue sincère et respectueux qui, sans ombre d’irénisme, aide à découvrir les semences de vérité qui se trouvent dans les traditions religieuses de l’humanité et encourage les aspirations spirituelles légitimes des hommes. Ce dialogue est en connexion étroite avec l’appel imprescriptible à la mission, suscitée par le précepte du Christ : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15), et il est guidé par le respect attentif de la conscience individuelle. 21. Soutien aux initiatives du Saint-Siège sur le plan international. Selon la possibilité de son Église, l’Évêque contribue à la réalisation des finalités des institutions et associations internationales promues et soutenues par le Siège apostolique : pour la paix et la justice dans le monde, pour la protection de la famille et de la vie humaine à partir de la conception, pour le progrès des peuples et autres initiatives. Comme forme particulière d’action apostolique sur le plan international, le Saint-Siège est représenté à plein titre au sein des principaux organismes internationaux et il intervient activement dans divers congrès convoqués par ces organismes. Dans ces instances internationales, l’Église doit se faire entendre, pour la défense de la dignité de l’homme et de ses droits fondamentaux, de la protection des plus faibles, d’une juste base des rapports internationaux, du respect de la nature, etc. L’Évêque ne manquera pas de soutenir ces initiatives devant les fidèles et devant l’opinion publique, se souvenant que son ministère pastoral peut avoir une notable incidence sur l’affermissement d’un ordre international juste et respectueux de la dignité de l’homme. 64
II.
LA
COOPÉRATION
ÉPISCOPALE
ET
LES ORGANES
A) LA COOPÉRATION ÉPISCOPALE 22. L’exercice conjoint du ministère épiscopal. « Restant sauf le pouvoir d’institution divine que l’Évêque a dans son Église particulière, la conscience de faire partie d’un corps non divisé a amené les Évêques, au long de l’histoire de l’Église, à employer dans l’accomplissement de leur mission, des instruments, des organismes ou des moyens de communication qui manifestent leur communion et leur sollicitude pour toutes les Églises et qui continuent la vie même du collège des Apôtres : la collaboration pastorale, les consultations, l’aide mutuelle, etc. ». 65 L’Évêque exerce donc le ministère qui lui a été confié non seulement quand il accomplit dans le diocèse les fonctions qui lui sont propres, mais aussi quand il coopère avec ses frères dans l’épiscopat dans les divers organismes épiscopaux supra-diocésains. Parmi ceux-ci, il faut compter les réunions des Évêques de la Province ecclésiastique, de la Région ecclésiastique (là où elles ont été constituées par le Siège apostolique) et surtout les Conférences épiscopales. Ces assemblées épiscopales sont l’expression de la dimension collégiale du ministère épiscopal et de son adaptation nécessaire aux diverses formes des communautés humaines parmi lesquelles l’Église exerce sa mission salvifique.66 Elles ont pour but principal l’aide mutuelle pour l’exercice de la charge épiscopale et l’harmonisation des initiatives de chaque Pasteur, pour le bien de chaque diocèse et de toute la communauté chrétienne du territoire. Grâce à elles, les Églises particulières resserrent elles-mêmes les liens de communion avec l’Église universelle à travers les Évêques, leurs représentants légitimes. 67 À part les cas où la loi de l’Église ou un mandat spécial du Siège apostolique leur aurait attribué un pouvoir contraignant, l’action conjuguée propre à ces assemblées épiscopales doit avoir comme premier critère d’action le respect attentif de la responsabilité personnelle de chaque Évêque par rapport à l’Église universelle et à l’Église particulière qui lui est confiée, tout en ayant conscience de la dimension collégiale inscrite dans la charge épiscopale.
B) LES ORGANES SUPRA-DIOCÉSAINS ET LE MÉTROPOLITAIN 23. Les diverses assemblées épiscopales supra-diocésaines
C) LES CONCILES PARTICULIERS 24. L’expérience historique des conciles. « Depuis les premiers siècles de l’Église, les Évêques, placés à la tête d’Églises particulières,… » organisèrent « des Synodes ou des Conciles provinciaux ou enfin des Conciles pléniers…, dans lesquels les Évêques établirent des règles identiques à observer dans les diverses Églises tant pour l’enseignement des vérités de la foi que pour l’établissement de la discipline ecclésiastique ».73 25. Nature. Les Conciles particuliers sont des assemblées d’Évêques, auxquelles participent aussi avec voix consultative d’autres ministres et des fidèles laïcs et qui ont pour fin de pourvoir dans le territoire aux besoins pastoraux du Peuple de Dieu, en établissant ce qui convient au développement de la foi,74 à la réglementation de l’activité pastorale commune, des bonnes mœurs, et à la sauvegarde de la discipline ecclésiastique.75 Les Conciles particuliers peuvent être provinciaux, si leur cadre correspond à la Province ecclésiastique, ou pléniers s’il s’agit des Églises particulières de la même Conférence épiscopale. S’il s’agit d’un Concile plénier, ou bien provincial quand la Province coïncide avec les limites d’une nation, l’approbation préalable du Siège apostolique est nécessaire pour procéder à sa célébration.76 Pour pouvoir prendre une décision à ce sujet, le Siège apostolique doit connaître avec exactitude le motif qui induit à la célébration et aussi les thèmes ou les matières qui seront soumis à la délibération. 26. Membres. Dans les Conciles particuliers, il appartient aux seuls Évêques de prendre les décisions, puisque ce sont eux qui ont voix délibérative, mais on doit convoquer aussi les titulaires de certains offices ecclésiastiques importants et les Supérieurs majeurs des Instituts religieux et des Sociétés de vie apostolique, afin qu’ils collaborent avec les Pasteurs par leur expérience et leurs conseils. En outre, les Évêques sont libres de convoquer également des clercs, des religieux et des laïcs, en veillant toutefois à ce que leur nombre ne dépasse pas la moitié des membres de droit.77 En raison de la grande importance des Conciles particuliers pour la réglementation de la vie ecclésiale dans la Province ou la nation, l’Évêque collabore, par sa contribution personnelle, à leur préparation et à leur célébration.78 27. Pouvoir législatif. Pour atteindre ces objectifs, les Conciles particuliers ont le pouvoir de gouvernement, surtout législatif, en vertu duquel les Évêques établissent pour les diverses Églises les mêmes normes, pourvoyant ainsi à une activité pastorale plus efficace et plus adaptée aux exigences des temps. La discipline canonique laisse donc une grande liberté aux Évêques de la même Province ou Conférence pour réglementer ensemble les matières pastorales, toujours dans le respect des normes venant d’en haut.79 Cette même liberté doit inciter les Évêques à ne soumettre au jugement commun et à la décision commune que les questions qui exigent une même réglementation dans tout le territoire, puisque, autrement, le pouvoir qui revient à chaque Évêque dans son diocèse serait inutilement limité. Toutes les décisions contraignantes du Concile particulier, les décrets généraux comme les décrets particuliers, doivent être examinées et approuvées par le Siège apostolique avant d’être promulguées. 80 D) LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE 28. Finalités de la Conférence épiscopale. La Conférence épiscopale, dont le rôle est devenu d’une grande importance ces dernières années, contribue sous des formes multiples et fécondes à la mise en œuvre et au développement de l’affection collégiale entre les membres du même épiscopat. En elle, les Évêques exercent conjointement certaines fonctions pastorales pour les fidèles de leur territoire. Cette action répond à la nécessité, spécialement ressentie aujourd’hui, de pourvoir au bien commun des Églises particulières par un travail de ses Pasteurs effectué en accord et bien harmonisé. 81 Le rôle de la Conférence épiscopale est d’aider les Évêques dans leur ministère, au bénéfice de tout le Peuple de Dieu. La Conférence exerce une fonction importante dans différents domaines ministériels par :
Il faut y ajouter le vaste domaine du soutien mutuel dans l’exercice du ministère épiscopal, par l’information réciproque, l’échange d’idées, l’harmonisation des points de vue, etc. 29. Les membres de la Conférence épiscopale. Font partie de la Conférence épiscopale, selon le droit lui-même, tous les Évêques diocésains du territoire et ceux qui leur sont assimilés, 84 comme aussi les Évêques coadjuteurs, les Auxiliaires et les autres Évêques 40 Chap. II. La sollicitude de l’Évêque pour l’Église universelle titulaires qui exercent une charge pastorale spéciale au bénéfice des fidèles. En sont membres également ceux qui sont par intérim à la tête d’une circonscription ecclésiastique du pays. 85 Les Évêques catholiques de rite oriental qui ont leur siège dans le territoire de la Conférence épiscopale peuvent être invités à l’Assemblée plénière de l’organisme avec voix consultative. Les Statuts de la Conférence épiscopale peuvent établir qu’ils en soient membres. Dans ce cas, ils ont voix délibérative. 86 Les Évêques émérites ne sont pas membres de droit de la Conférence, mais il est souhaitable qu’ils soient invités à l’Assemblée plénière, à laquelle ils participeront avec voix consultative. De plus, il est bon de recourir à eux pour les réunions ou commissions d’étude créées pour examiner des matières dans lesquelles ces Évêques seraient particulièrement compétents. Quelques Évêques émérites peuvent également être appelés à faire partie de Commissions de la Conférence épiscopale. 87 Bien que le Représentant pontifical ne soit pas membre de la Conférence épiscopale et qu’il n’ait pas droit de vote, il est invité à la session d’ouverture de la Conférence épiscopale, selon les Statuts de chaque Assemblée épiscopale. De sa condition de membre de la Conférence découlent pour l’Évêque certains devoirs naturels :
La Conférence peut inviter à ses réunions des personnes qui n’en sont pas membres, mais uniquement dans des cas déterminés et avec voix seulement consultative. 89 30. Matières confiées concrètement à la Conférence. C’est une réalité évidente qu’il y a aujourd’hui des matières pastorales et des problèmes de l’apostolat qui ne peuvent être dûment abordés qu’au niveau national. C’est pourquoi la loi canonique a confié certains secteurs à l’attention commune des Évêques, de manière différente dans chaque cas. Parmi eux ressortent :
Dans tous ces secteurs, il est nécessaire de coordonner les compétences propres de la Conférence avec la responsabilité de chaque Évêque dans son diocèse. Cette harmonisation est la conséquence naturelle du respect des normes canoniques qui règlent les matières en question. 31. Les compétences juridiques et doctrinales de la Conférence épiscopale. Selon les indications du Concile Vatican II, aux Conférences épiscopales, instruments d’aide mutuelle entre les Évêques dans leur tâche pastorale, est attribué par le Siège apostolique le pouvoir de donner des normes contraignantes dans des matières déterminées 91 et d’adopter d’autres décisions particulières que l’Évêque reçoit fidèlement et exécute dans son diocèse. 92 Le pouvoir normatif de la Conférence est exercé par les Évêques réunis en Assemblée plénière, qui rend possible le dialogue collégial et l’échange d’idées, et qui exige le vote favorable des deux tiers des membres ayant voix délibérative. Ces normes doivent être réexaminées par le Saint-Siège avant d’être promulguées, afin de garantir leur conformité avec l’ordonnancement canonique universel. 93 Aucun autre organisme de la Conférence ne peut s’arroger les compétences de l’Assemblée plénière. 94 Les Évêques réunis en Conférence épiscopale exercent aussi, selon les conditions déterminées par le droit, une fonction doctrinale, 95 étant à la fois docteurs authentiques et maîtres de la foi pour leurs fidèles. En exerçant cette fonction doctrinale, surtout quand ils doivent aborder de nouvelles questions et éclaircir de nouveaux problèmes qui naissent dans la société, les Évêques seront conscients des limites de leurs déclarations, leur Magistère n’étant pas universel tout en étant authentique et officiel. 96 Les Évêques auront soin de se rappeler que la doctrine est un bien de tout le Peuple de Dieu et un lien de sa communion ; ils suivront donc le Magistère universel de l’Église et s’emploieront à le faire connaître à leurs fidèles. Pour que les déclarations doctrinales de la Conférence épiscopale puissent constituer un Magistère authentique et être publiées au nom de la Conférence, elles doivent être approuvées à l’unanimité par les Évêques membres ou par la majorité d’au moins les deux tiers des Évêques ayant voix délibérative. Dans ce deuxième cas, pour pouvoir être publiées, les déclarations doctrinales doivent obtenir la « recognitio » du Saint-Siège. Ces déclarations doctrinales devront être envoyées à la Congrégation pour les Évêques ou à la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, selon la compétence territoriale de ces dernières. Ces Dicastères accorderont la « recognitio » après avoir consulté les autres instances compétentes du Saint-Siège. 97 Quand il s’agit d’approuver les déclarations doctrinales de la Conférence épiscopale, les membres non Évêques de l’organisme épiscopal n’ont pas le droit de voter au sein de l’Assemblée plénière. 98 Si plusieurs Conférences épiscopales jugent nécessaire une action « in solidum », elles devront demander l’autorisation au Saint-Siège, qui indiquera dans chaque cas les normes qu’il est nécessaire d’observer. En dehors de ces cas, les Évêques diocésains sont libres d’adopter ou non dans leur diocèse une orientation partagée par les autres Pasteurs du territoire, et de lui attribuer un caractère obligatoire, en leur nom et par leur autorité. Toutefois il n’est pas licite d’élargir le domaine du pouvoir de la Conférence en transférant à cette dernière la juridiction et la responsabilité qu’ont ses membres sur leurs diocèses, car ce transfert est de la compétence exclusive du Pontife romain, 99 qui, de sa propre initiative ou à la demande de la Conférence, donnera un mandat spécial dans les cas où il le jugera opportun.100 32. Les Commissions de la Conférence. De la Conférence dépendent divers organes et commissions, qui ont pour tâche spécifique d’aider les Pasteurs ainsi que de préparer et d’exécuter les décisions de la Conférence. Les Commissions permanentes ou « ad hoc » de la Conférence, appelées « épiscopales », doivent être composées de membres Évêques ou de ceux qui leur sont assimilés par le droit. Si le nombre des Évêques était insuffisant pour former ces Commissions, on peut instituer d’autres organismes comme des Conseils présidés par un Évêque et composés de prêtres, de personnes consacrées et de laïcs. Ces organismes ne peuvent pas être appelés « épiscopaux ».101 Les membres des diverses commissions doivent être conscients que leur tâche n’est pas de guider ou de coordonner le travail de l’Église de la nation dans un secteur pastoral particulier; leur tâche est autre, plus humble mais aussi efficace : aider l’Assemblée plénière – c’est-à-dire la Conférence elle-même – à atteindre ses objectifs et à procurer aux Pasteurs les moyens adaptés pour leur ministère dans l’Église particulière. Ce critère fondamental doit inciter les responsables des Commissions à éviter des formes d’action inspirées plutôt par un sens d’indépendance ou d’autonomie, comme pourrait l’être la publication pour son propre compte d’orientations dans un secteur pastoral déterminé ou une façon de se référer aux commissions et aux organes diocésains sans passer par l’intermédiaire obligatoire des Évêques diocésains respectifs.
SPIRITUALITÉ ET FORMATION PERMANENTE DE L’ÉVÊQUE
« Exerce-toi à
la piété… Sois pour les croyants
un modèle par ta
façon de parler
I. JÉSUS CHRIST, SOURCE DE LA SPIRITUALITÉ DE L’ÉVÊQUE 33. Jésus Christ, source de la spiritualité de l’Évêque. Par la consécration épiscopale, l’Évêque reçoit une effusion spéciale de l’Esprit Saint qui le configure d’une manière toute spéciale au Christ, Tête et Pasteur. Le Seigneur lui-même, « bon maître » (Mt 19, 6), « souverain prêtre » (He 7, 26), « bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11), a imprimé son visage humain et divin, sa ressemblance, son pouvoir et sa force dans l’Évêque. 102 Il est la source unique et permanente de la spiritualité de l’Évêque. Celui-ci, sanctifié dans le sacrement par le don de l’Esprit Saint, est donc appelé à répondre à la grâce qu’il a reçue par l’imposition des mains en se sanctifiant et en conformant sa vie personnelle au Christ dans l’exercice du ministère apostolique. La conformation au Christ permettra à l’Évêque de correspondre par tout lui-même à l’Esprit Saint pour harmoniser en lui les aspects de membre de l’Église et en même temps de chef et pasteur du peuple chrétien, de frère et de père, de disciple du Christ et de maître de la foi, de fils de l’Église et, en un sens, de père de l’Église, étant lui-même ministre de la régénération surnaturelle des chrétiens. L’Évêque se rappellera toujours que sa sainteté personnelle ne s’arrête jamais à un niveau purement subjectif ; dans son efficacité elle rejaillit au bénéfice de ceux qui ont été confiés à sa sollicitude pastorale. En plus d’un homme d’action, l’Évêque doit être une âme contemplative de manière que son apostolat soit un « contemplata aliis tradere ». L’Évêque doit être un amoureux du Christ. De plus, il n’oubliera pas que, pour être crédible, l’exercice du ministère épiscopal a besoin de l’autorité morale et de la prestance qui proviennent de la sainteté de vie et qui soutiennent l’exercice du pouvoir juridique.103 34. Spiritualité typiquement ecclésiale. En vertu des sacrements du Baptême et de la Confirmation, qui l’unissent à tous les fidèles, et de la consécration sacramentelle elle-même, la spiritualité de l’Évêque est typiquement ecclésiale et se présente essentiellement comme une spiritualité de communion104 vécue avec tous les fils de Dieu dans l’incorporation au Christ et à sa suite, selon les exigences de l’Évangile. La spiritualité de l’Évêque a aussi une spécificité qui lui est propre ; en effet, en tant que pasteur, serviteur de l’Évangile et époux de l’Église, il doit revivre, avec son presbytérium, l’amour sponsal du Christ à l’égard de l’Église épouse, dans l’intimité de la prière et dans le don de soi à ses frères et à ses sœurs, afin qu’il aime l’Église d’un cœur nouveau et que par son amour il la maintienne unie dans la charité. C’est pourquoi l’Évêque devra promouvoir inlassablement par tous les moyens la sainteté des fidèles et il s’emploiera à ce que le Peuple de Dieu croisse dans la grâce par la célébration des sacrements.105 En vertu de la communion avec le Christ Tête, l’Évêque a la stricte obligation de se présenter comme celui qui rend parfaits les fidèles, c’est-à-dire le maître, le promoteur et l’exemple de la perfection chrétienne pour le clergé, les personnes consacrées par les conseils évangéliques et les laïcs, chacun selon sa vocation particulière. Cette raison doit le conduire à s’unir au Christ pour discerner la volonté du Père, de manière que « la pensée du Seigneur » (1 Co 2, 16) occupe entièrement sa façon de penser, de ressentir et de se comporter au milieu des hommes. Son but doit être une sainteté toujours plus grande, afin qu’il puisse dire en vérité : « Prenez-moi pour modèle ; mon modèle à moi, c’est le Christ » (1 Co 11, 1). 35. Spiritualité mariale. En raison du profil marial de l’Église la spiritualité de l’Évêque assume une connotation mariale. L’icône de l’Église naissante qui voit Marie, unie aux Apôtres et aux disciples de Jésus, dans une prière unanime et persévérante, dans l’attente de l’Esprit Saint, exprime le lien indissoluble qui lie la Vierge aux Successeurs des Apôtres. 106 En tant que mère, des fidèles comme des pasteurs, modèle et type de l’Église,107 elle soutient l’Évêque dans son effort intérieur de conformation au Christ et dans son service ecclésial. À l’école de Marie, l’Évêque apprend la contemplation du visage du Christ, il trouve consolation dans l’accomplissement de sa mission ecclésiale et force pour annoncer l’Évangile du salut. L’intercession maternelle de Marie accompagne la prière confiante de l’Évêque pour pénétrer plus profondément dans les vérités de la foi et garder cette foi intègre et pure comme elle le fut dans le cœur de la Vierge,108 pour raviver son espérance confiante, qu’il voit réalisée dans la « Mère de Jésus, déjà glorifiée corps et âme »,109 et nourrir sa charité afin que l’amour maternel de Marie anime toute la mission apostolique de l’Évêque. En Marie, qui « brille devant le Peuple de Dieu en marche », 110 l’Évêque contemple ce qu’est l’Église dans son mystère,111 il voit déjà atteinte la perfection de la sainteté à laquelle il doit tendre de toutes ses forces et il la désigne comme modèle d’union intime avec Dieu aux fidèles qui lui sont confiés. Marie, « femme eucharistique »,112 apprend à l’Évêque à offrir chaque jour sa vie dans la Messe. Sur l’autel, il fera sien le fiat par lequel la Vierge s’est offerte elle-même au moment joyeux de l’Annonciation et au moment douloureux au pied de la Croix de son Fils. C’est précisément l’Eucharistie, « source et sommet de toute l’évangélisation »,113 à laquelle sont étroitement unis les sacrements, 114 qui fera en sorte que la dévotion mariale de l’Évêque se réfère de façon exemplaire à la Liturgie, où la Vierge a une présence particulière dans la célébration des mystères du salut et est pour toute l’Église un modèle exemplaire de l’écoute et de la prière, de l’offrande et de la maternité spirituelle. 36. La prière. La fécondité spirituelle du ministère de l’Évêque dépend de l’intensité de sa vie d’union au Seigneur. C’est dans la prière qu’un Évêque doit puiser lumière, force et réconfort dans son activité pastorale. La prière est pour un Évêque comme un bâton sur lequel il s’appuie pour marcher chaque jour. L’Évêque qui prie ne se décourage pas devant les difficultés, même les plus graves, car il sent que Dieu est près de lui et il trouve refuge, sérénité et paix entre ses bras paternels. En s’ouvrant avec confiance à Dieu, il s’ouvre avec une plus grande générosité au prochain, devenant capable de bâtir l’histoire selon le dessein divin. Être conscient de ce devoir veut dire pour l’Évêque célébrer chaque jour l’Eucharistie et prier la Liturgie des Heures, s’adonner à l’adoration de l’Eucharistie devant le tabernacle et à la récitation du chapelet, à la méditation fréquente de la Parole de Dieu et à la lectio divina. 115 Ces moyens nourrissent sa foi et la vie selon l’Esprit, nécessaire pour vivre pleinement la charité pastorale dans la quotidienneté de l’exercice du ministère, dans la communion avec Dieu et dans la fidélité à sa mission.
II. LES VERTUS DE L’ÉVÊQUE 37. L’exercice des vertus théologales. Il est évident que la sainteté à laquelle l’Évêque est appelé exige l’exercice des vertus, en premier lieu des vertus théologales, car par leur nature elles orientent l’homme directement vers Dieu. L’Évêque, homme de foi, d’espérance et de charité, réglera sa vie sur les conseils évangéliques et sur les béatitudes (cf. Mt 5, 1-12), de telle sorte que lui aussi, comme cela fut ordonné aux Apôtres (cf. Ac 1, 8), puisse être témoin du Christ devant les hommes, document véritable et efficace, fidèle et crédible de la grâce divine, de la charité et des autres réalités surnaturelles. 38. La charité pastorale. La vie de l’Évêque, grevée de lourdes charges et exposée au risque de la dispersion à cause de la multiple diversité de ses occupations, trouve son unité intérieure et la source de ses énergies dans la charité pastorale, laquelle, à juste titre, doit être appelée lien de la perfection épiscopale et est comme le fruit de la grâce et du caractère du sacrement de l’épiscopat. 116 « Saint Augustin définit l’ensemble de ce ministère épiscopal comme amoris officium. Cela nous donne la certitude que jamais dans l’Église la charité pastorale de Jésus Christ ne viendra à manquer ». 117 La charité pastorale de l’Évêque est l’âme de son apostolat. « Il s’agit non seulement d’une existentia, mais aussi d’une pro-existentia, c’est-à-dire d’une vie qui s’inspire du modèle suprême constitué par le Christ Seigneur et qui, par conséquent, se dépense totalement dans l’adoration du Père et dans le service des frères ». 118 Enflammé par cette charité, l’Évêque doit être porté à la contemplation et à l’imitation de Jésus Christ et de son dessein de salut. La charité pastorale unit l’Évêque à Jésus Christ, à l’Église, au monde qu’il faut évangéliser, et elle le rend apte à faire fonction d’ambassadeur pour le Christ (cf. 2 Co 5, 20) avec dignité et compétence, à se dépenser chaque jour pour le clergé et le peuple qui lui sont confiés, et à s’offrir comme victime en sacrifice pour ses frères.119 Ayant accepté la charge de pasteur dans la perspective non de la tranquillité mais du labeur, 120 l’Évêque doit exercer son autorité en esprit de service et la considérer comme une vocation à servir toute l’Église avec les dispositions mêmes du Seigneur. 121 L’Évêque devra donner l’exemple le plus grand de charité fraternelle et de sens collégial, aimant et aidant spirituellement et matériellement l’Évêque coadjuteur, auxiliaire et émérite ; le presbytérium diocésain, les diacres et les fidèles, surtout les plus pauvres et les plus nécessiteux. Sa maison sera ouverte comme le sera son cœur pour accueillir, conseiller, exhorter et consoler. La charité de l’Évêque s’étendra aux Pasteurs des diocèses voisins, particulièrement à ceux qui appartiennent à la même province ecclésiastique et aux Évêques qui en ont besoin. 122 39. La foi et l’esprit de foi. L’Évêque est un homme de foi, conformément à ce que la Sainte Écriture affirme de Moïse qui, en conduisant le peuple de l’Égypte vers la terre promise, « tint ferme, comme s’il voyait l’Invisible » (He 11, 27). L’Évêque jugera tout, accomplira tout, supportera tout, à la lumière de la foi, et il interprétera les signes des temps (cf. Mt 16, 4) pour découvrir ce que l’Esprit Saint transmet aux Églises pour ce qui est du salut éternel (cf. Ap 2, 7). Il en sera capable s’il nourrit sa raison et son cœur « des enseignements de la foi et de la bonne doctrine » (1 Tm 4, 6) et s’il cultive avec diligence son savoir théologique et l’accroît toujours davantage avec des doctrines éprouvées, anciennes et nouvelles, en plein accord, en matière et foi et de mœurs, avec le Pontife romain et avec le Magistère de l’Église. 40. L’espérance en Dieu, fidèle à ses promesses. Soutenu par la foi en Dieu, qui est « la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas » (He 11, 1), l’Évêque attendra tout bien de Lui et aura la plus grande confiance en la divine Providence. Il redira comme saint Paul : « Je puis tout en Celui qui me rend fort » (Ph 4, 13), se rappelant les saints Apôtres et les nombreux Évêques qui, tout en éprouvant de grandes difficultés et des obstacles de tout genre, prêchèrent pourtant l’Évangile de Dieu en toute franchise (cf. Ac 4, 29-31 ; 19, 8 ; 28, 31). L’espérance, qui « ne trompe pas » (Rm 5, 5), stimule chez l’Évêque l’esprit missionnaire, qui l’incitera à affronter les entreprises apostoliques avec imagination, à les conduire avec fermeté et à les réaliser jusqu’au bout. L’Évêque sait en effet qu’il a été envoyé par Dieu, maître de l’histoire (cf. 1 Tm 1, 17), pour bâtir l’Église dans le lieu et dans « les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité » (Ac 1, 7). D’où aussi le sain optimisme que l’Évêque aura personnellement et que, pour ainsi dire, il rayonnera chez les autres, spécialement chez ses collaborateurs. 41. La prudence pastorale. Pour paître le troupeau qui lui est confié, l’Évêque est grandement aidé par la vertu de prudence, qui est sagesse pratique et art du bon gouvernement, ce qui demande des actes opportuns et aptes à réaliser le plan divin du salut et à atteindre le bien des âmes et de l’Église, repoussant au deuxième plan toute considération purement humaine. Pour cela, il est nécessaire que l’Évêque modèle sa façon de gouverner aussi bien sur la sagesse divine, qui lui apprend à considérer les aspects éternels des choses, que sur la prudence évangélique, qui lui fait toujours tenir compte, avec l’habileté d’un architecte (cf. 1 Co 3, 10), des exigences changeantes du Corps du Christ. En tant que pasteur prudent, l’Évêque se montrera prêt à assumer ses responsabilités et à faciliter le dialogue avec les fidèles, à faire valoir ses attributions mais aussi à respecter les droit des autres dans l’Église. La prudence lui fera conserver les traditions légitimes de son Église particulière, mais en même temps elle en fera un promoteur du louable progrès et un chercheur zélé d’initiatives nouvelles, tout en sauvegardant l’unité nécessaire. De cette façon, la communauté diocésaine marchera sur les chemins d’une saine continuité et de l’adaptation voulue aux nouvelles exigences légitimes. La prudence pastorale conduira l’Évêque à se rappeler l’image publique qu’il offre, celle qui apparaît dans les moyens de communication sociale, et à évaluer l’opportunité de sa présence dans des lieux sociaux ou des réunions sociales déterminés. Conscient de son rôle, tenant compte des attentes qu’il suscite et de l’exemple qu’il doit donner, l’Évêque traitera tout le monde avec courtoisie, bonnes manières, cordialité, affabilité et douceur, comme signe de son caractère paternel et fraternel. 42. La force et l’humilité. Puisque, comme l’écrit saint Bernard, « la prudence est mère de la force123 – Fortitudinis matrem esse prudentiam », l’exercice de cette vertu aussi est exigé de l’Évêque. Il a en effet besoin d’être patient pour supporter les adversités pour le Règne de Dieu, de même que courageux et ferme dans les décisions prises selon la juste norme. C’est grâce à la force que l’Évêque n’hésitera pas à dire avec les Apôtres « il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 20) et, sans aucune crainte de perdre la bienveillance des hommes,124 il n’hésitera pas à agir courageusement dans le Seigneur contre toute forme de prévarication et de domination par la violence. La force doit être tempérée par la douceur, selon le modèle de Celui qui est « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). En guidant les fidèles, l’Évêque veillera à harmoniser le ministère de la miséricorde avec l’autorité du gouvernement, la douceur avec la force, le pardon avec la justice, conscient que « l’on ne peut en effet surmonter certaines situations par l’âpreté ou la dureté, ni de manière impérieuse, mais plus par l’éducation que par le commandement, par l’avertissement que par la menace ». 125 En même temps, l’Évêque doit agir avec l’humilité qui naît de la conscience de sa propre faiblesse et qui – comme l’affirme saint Grégoire le Grand – est la première vertu. 126 Il sait en effet qu’il a besoin de la compassion de ses frères, comme tous les autres chrétiens, et comme eux il doit se préoccuper de son salut « avec crainte et tremblement » (Ph 2, 12). En outre, la sollicitude pastorale de chaque jour, qui donne à l’Évêque davantage de possibilité de prendre des décisions à sa discrétion, lui fournit aussi davantage d’occasions d’erreurs, même de bonne foi : cela l’incite à être ouvert au dialogue avec les autres et enclin à demander et à accepter les conseils d’autrui, en étant toujours disposé à apprendre. 43. L’obéissance à la volonté de Dieu. Le Christ, qui s’est fait « obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 8), lui dont la nourriture était de faire la volonté de son Père (cf. Jn 4, 34), est continuellement présent aux yeux de l’Évêque comme le plus haut exemple de l’obéissance qui fut la cause de notre justification (cf. Rm 5, 19). En se conformant au Christ, l’Évêque rend un splendide service à l’unité et à la communion ecclésiales et, par sa conduite, il montre que dans l’Église personne ne peut légitimement commander aux autres s’il ne commence pas par s’offrir lui-même comme exemple d’obéissance à la Parole de Dieu et à l’autorité de l’Église. 127 44. Le célibat et la continence parfaite. Le célibat, promis solennellement avant de recevoir les Ordres sacrés, exige de l’Évêque qu’il vive la continence « à cause du Royaume des cieux » (Mt 19, 12), à la suite de Jésus vierge, de façon à montrer à Dieu et à l’Église son amour sans partage et sa totale disponibilité pour le service, et à offrir au monde un lumineux témoignage du Royaume futur. 128 Pour ce motif également, l’Évêque, confiant en l’aide divine, pratiquera volontiers l |