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« Incarnationis mysterium »
BULLE D'INDICTION DU GRAND JUBILÉ DE L'AN 2000
JEAN-PAUL ÉVÊQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU À TOUS LES FIDÈLES EN MARCHE VERS LE TROISIÈME MILLÉNAIRE SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE!
1. Les yeux fixés sur le mystère de l'incarnation du Fils
de Dieu, l'Église s'apprête à franchir le seuil du
troisième millénaire. Nous n'avons jamais mieux senti que
maintenant le devoir de faire nôtre le chant de louange et d'action
de grâce de l'Apôtre: « Qu'il soit béni, le Dieu
et Père de notre Seigneur, Jésus, le Christ! Il nous a bénis
et comblés des bénédictions de l'Esprit, au ciel,
dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant que le monde fut
créé, pour être saints et sans péchés
devant sa face grâce à son amour. Il nous a prédestinés
à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le
Christ. Ainsi l'a voulu sa bonté. [...] Il nous dévoile
ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté
l'avait prévu dans le Christ: pour mener les temps à leur plénitude,
récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles
de la terre » (Ep 1, 3-5.9-10).
De ces paroles, il ressort à l'évidence que l'histoire du
salut trouve en Jésus Christ son point culminant et son sens
parfait. En lui, nous avons tous reçu « grâce après
grâce » (Jn 1, 16), et nous avons obtenu d'être réconciliés
avec le Père (cf. Rm 5, 10; 2 Co 5, 18).
La naissance de Jésus à Bethléem n'est pas un fait
que l'on peut reléguer dans le passé. Devant Lui, en effet,
prend place toute l'histoire humaine: notre présent et l'avenir du
monde sont éclairés par sa présence. Il est « le
Vivant » (Ap 1, 18), « Celui qui est, qui était
et qui vient » (Ap 1, 4). Devant lui tout genou doit fléchir,
au ciel, sur terre et aux enfers, et toute langue doit proclamer qu'il est
le Seigneur (cf. Ph 2, 10-11). En rencontrant le Christ, tout
homme découvre le mystère de sa propre vie.(1)
Jésus est la véritable nouveauté, qui dépasse
toute attente de l'humanité, et il le restera pour toujours, dans
la succession des périodes de l'histoire. L'incarnation du Fils de
Dieu et le salut qu'il a opéré par sa mort et sa résurrection
sont donc le vrai critère pour juger la réalité
temporelle et tout projet qui tend à rendre la vie de l'homme
toujours plus humaine.
2. Le grand Jubilé de l'An 2000 est à notre porte. Dès
ma première encyclique, Redemptor hominis, j'ai envisagé
cette échéance avec la seule intention de préparer
les esprits de tous à se rendre dociles à l'action de
l'Esprit.(2) Ce sera un événement que l'on célébrera
en même temps à Rome et dans toutes les Églises
particulières répandues à travers le monde, et il
aura pour ainsi dire deux centres: d'une part, la Ville où la
Providence a voulu placer le siège du Successeur de Pierre, et
d'autre part la Terre Sainte, où le Fils de Dieu s'est fait homme,
prenant chair d'une Vierge nommée Marie (cf. Lc 1, 27).
Avec la même dignité et la même importance, le Jubilé
sera donc célébré non seulement à Rome mais
dans la Terre appelée à juste titre « sainte »
parce qu'elle a vu naître et mourir Jésus. Cette terre, où
est apparue la première communauté chrétienne, est le
lieu où Dieu s'est révélé à l'humanité.
C'est la Terre promise qui a marqué l'histoire du peuple juif et
qui est vénérée également par les fidèles
de l'Islam. Puisse le Jubilé favoriser un nouveau pas en avant dans
le dialogue réciproque jusqu'à ce qu'un jour tous ensemble
juifs, chrétiens et musulmans nous échangions à
Jérusalem le baiser de paix! (3)
Le temps du Jubilé nous introduit dans le vigoureux langage
qu'emploie la pédagogie divine du salut pour inciter l'homme à
la conversion et à la pénitence, principe et voie de sa réhabilitation,
et condition pour retrouver ce qu'il ne pourrait atteindre par ses seules
forces: l'amitié de Dieu, sa grâce, la vie surnaturelle, la
seule où puissent être satisfaites les aspirations les plus
profondes du cur humain.
L'entrée dans le nouveau millénaire encourage la communauté
chrétienne à élargir son regard de foi vers des
horizons nouveaux pour l'annonce du Règne de Dieu. En cette
circonstance spéciale, il faut revenir avec une fidélité
raffermie à l'enseignement du Concile Vatican II, qui a apporté
un éclairage nouveau sur l'engagement missionnaire de l'Église
face aux exigences actuelles de l'évangélisation. Au
Concile, l'Église a pris plus vivement conscience de son mystère
et de la tâche apostolique que le Seigneur lui a confiée.
Cette prise de conscience engage la communauté des croyants à
vivre dans le monde en sachant qu'il faut être « le ferment et
pour ainsi dire l'âme de la société humaine destinée
à être renouvelée dans le Christ et à être
transformée en famille de Dieu ».(4) Pour correspondre
efficacement à cet engagement, elle doit demeurer dans l'unité
et développer sa vie de communion.(5) L'imminence de l'événement
jubilaire constitue un bon stimulant dans ce sens.
La marche des croyants vers le troisième millénaire ne se
ressent nullement de la fatigue que le poids de deux mille ans d'histoire
pourrait comporter; les chrétiens se sentent plutôt réconfortés
à la pensée qu'ils apportent au monde la vraie lumière,
le Christ Seigneur. En annonçant Jésus de Nazareth, vrai
Dieu et Homme parfait, l'Église ouvre à chaque être
humain la perspective d'être « divinisé » et ainsi
de devenir davantage homme.(6) C'est là l'unique voie par laquelle
le monde peut découvrir la haute vocation à laquelle il est
appelé et la réaliser dans le salut opéré par
Dieu.
3. En ces années de préparation immédiate au Jubilé,
les Églises particulières, conformément à ce
que j'écrivais dans ma Lettre Tertio millennio adveniente,(7)
se disposent, par la prière, la catéchèse et
l'engagement dans les diverses formes de la pastorale, à ce
rendez-vous qui introduit l'Église entière dans une nouvelle
période de grâce et de mission. L'approche de l'événement
jubilaire suscite par ailleurs un intérêt croissant chez ceux
qui sont à la recherche d'un signe propice qui les aide à
discerner les traces de la présence de Dieu en notre temps.
Les années de préparation au Jubilé ont été
placées sous le signe de la très sainte Trinité: par
le Christ dans l'Esprit Saint à Dieu le Père.
Le mystère de la Trinité est l'origine du chemin de foi et
son terme ultime, lorsque finalement nos yeux contempleront éternellement
le visage de Dieu. En célébrant l'Incarnation, nous fixons
notre regard sur le mystère de la Trinité. Jésus de
Nazareth, qui révèle le Père, a porté à
son achèvement le désir caché au cur de tout
homme de connaître Dieu. Ce que la création gardait imprimé
en elle comme un sceau de la main créatrice de Dieu et ce que les
Prophètes antiques avaient annoncé comme une promesse
atteint sa manifestation définitive dans la révélation
du Christ.(8)
Jésus révèle le visage de Dieu le Père «
miséricordieux et compatissant » (Jc 5, 11), et par
l'envoi de l'Esprit Saint il rend manifeste le mystère d'amour de
la Trinité. C'est l'Esprit du Christ qui agit dans l'Église
et dans l'histoire: il faut rester à son écoute pour reconnaître
les signes des temps nouveaux et rendre toujours plus vivante dans le cur
des croyants l'attente du retour glorieux du Seigneur. L'Année
sainte devra donc être un chant unique, ininterrompu, de louange à
la Trinité, Dieu Suprême. Les paroles poétiques de
saint Grégoire de Nazianze, le Théologien, viennent ici à
notre aide:
« Gloire à Dieu le Père et au Fils, Roi de l'univers. Gloire à l'Esprit, digne de louange et totalement saint. La Trinité est un seul Dieu qui créa et remplit toute chose: le ciel, d'êtres célestes, et la terre, d'êtres
terrestres. La mer, les fleuves et les fontaines, il les remplit d'êtres aquatiques, vivifiant toute chose par son Esprit, afin que toute créature chante louange à son sage Créateur, cause unique de la vie et de la durée. Plus que toute autre, que la créature raisonnable le célèbre sans cesse comme le grand Roi et le Père plein de bonté ».(9)
4. Puisse cette hymne à la Trinité, louange pour
l'incarnation du Fils, être chantée unanimement par tous ceux
qui, ayant reçu le même Baptême, partagent la même
foi en Jésus le Seigneur! Que le caractère cuménique
du Jubilé soit un signe concret du chemin que, surtout ces dernières
décennies, les fidèles des diverses Églises et
Communautés ecclésiales sont en train de parcourir. C'est l'écoute
de l'Esprit qui doit nous rendre tous capables d'arriver à
manifester visiblement dans la pleine communion la grâce de la
filiation divine inaugurée par le Baptême: tous enfants d'un
seul Père. L'Apôtre ne cesse de répéter pour
nous aussi aujourd'hui l'exhortation qui nous engage: « Il n'y a
qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au
terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule
foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est
au-dessus de tous, par tous et en tous » (Ep 4, 4-6).
Empruntant les paroles de saint Irénée, je dirai que nous ne
pouvons nous permettre de donner au monde l'image d'une terre aride, après
que nous avons reçu la Parole de Dieu comme une pluie descendue du
ciel; et nous ne pourrons jamais prétendre devenir un seul pain si
nous empêchons la farine de devenir une pâte grâce à
l'eau qui a été versée en nous.(10)
Toute année jubilaire est comme une invitation à la célébration
de noces. Nous accourons tous, des diverses Églises et Communautés
ecclésiales répandues à travers le monde, vers la fête
qui se prépare; nous apportons ce qui nous unit déjà,
et le regard fixé uniquement sur le Christ nous permet de croître
dans l'unité qui est le fruit de l'Esprit. Comme Successeur de
Pierre, l'Évêque de Rome est ici pour renforcer l'invitation à
la célébration jubilaire, afin que l'échéance
bimillénaire du mystère central de la foi chrétienne
soit vécue comme un chemin de réconciliation et comme un
signe d'espérance authentique pour ceux qui regardent le Christ et
son Église, sacrement « de l'union intime avec Dieu et de
l'unité de tout le genre humain ».(11)
5. Combien de pages d'histoire sont évoquées par l'échéance
jubilaire! La pensée se reporte à l'année 1300, quand
le Pape Boniface VIII, répondant au désir du peuple entier
de Rome, ouvrit solennellement le premier Jubilé de l'histoire.
Reprenant une tradition antique qui octroyait « d'abondantes rémissions
et indulgences de péchés » à ceux qui visitaient
dans la Ville éternelle la basilique Saint-Pierre, il voulut
accorder à cette occasion « une indulgence de tous les péchés,
non seulement plus abondante mais tout à fait pleine ».(12)
Depuis ce moment, l'Église a toujours célébré
le Jubilé comme une étape significative de sa marche vers la
plénitude dans le Christ.
L'histoire montre avec quel enthousiasme le peuple de Dieu a toujours vécu
les Années saintes, voyant en elles une circonstance où
l'invitation de Jésus à la conversion se fait entendre de
manière plus intense. Dans cette marche, les abus et les incompréhensions
n'ont pas manqué, mais les témoignages de foi authentique et
de charité sincère ont été largement supérieurs.
On en a pour preuve exemplaire la figure de saint Philippe Néri
qui, à l'occasion du Jubilé de 1550, donna naissance à
la « charité romaine » comme signe tangible de l'accueil
des pèlerins. On pourrait écrire une longue histoire de
sainteté précisément à partir de la pratique
du Jubilé et des fruits de conversion que la grâce du pardon
a produits en d'innombrables croyants.
6. Durant mon pontificat, j'ai eu la joie de décréter, en
1983, le Jubilé extraordinaire pour le mille neuf cent cinquantième
anniversaire de la Rédemption du genre humain. Ce mystère,
accompli dans la mort et la résurrection de Jésus, constitue
le point culminant d'un événement qui a commencé par
l'incarnation du Fils de Dieu. Ce Jubilé peut donc être
considéré comme « grand » et l'Église
exprime le vif désir d'accueillir entre ses bras tous les croyants
pour leur donner la joie de la réconciliation. De toute l'Église
s'élèvera l'hymne de louange et d'action de grâce au Père,
qui, dans son amour incomparable, nous a accordé dans le Christ d'être
« concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu » (Ep
2, 19). À l'occasion de cette grande fête, les fidèles
d'autres religions, de même que ceux qui sont éloignés
de la foi en Dieu, sont cordialement invités eux aussi à
partager notre joie. En frères de l'unique famille humaine,
franchissons ensemble le seuil d'un nouveau millénaire qui exigera
l'engagement et la responsabilité de tous!
Pour nous, croyants, l'année jubilaire mettra bien en évidence
la Rédemption que le Christ a opérée par sa mort et
sa résurrection. Après cette mort, personne ne peut être
séparé de l'amour de Dieu (cf. Rm 8, 21-39) que par
sa faute. La grâce de la miséricorde va à la rencontre
de tous, afin que tous ceux qui ont été réconciliés
puissent être aussi « sauvés par sa vie » (Rm
5, 10).
Je décrète donc que le grand Jubilé de l'An
2000 commencera dans la nuit de Noël 1999, par l'ouverture de la
porte sainte de la basilique Saint-Pierre du Vatican, qui précédera
de quelques heures la célébration inaugurale prévue à
Jérusalem et à Bethléem, ainsi que l'ouverture de la
porte sainte dans les autres basiliques patriarcales de Rome. Pour la
basilique Saint-Paul, l'ouverture de la porte sainte est reportée
au mardi 18 janvier, au début de la Semaine de prière pour
l'unité des chrétiens, afin de souligner aussi de cette façon
le caractère cuménique particulier qui marquera ce
Jubilé.
Je décrète en outre pour les Église particulières
que l'inauguration du Jubilé sera célébrée le
jour très saint de la Nativité du Seigneur Jésus, par
une Liturgie eucharistique solennelle présidée par l'Évêque
diocésain dans la cathédrale ainsi que dans la co-cathédrale.
Dans la co-cathédrale, l'Évêque peut confier la présidence
de la célébration à un délégué. Étant
donné que le rite d'ouverture de la porte sainte est propre à
la basilique vaticane et aux basiliques patriarcales, il conviendra que
l'inauguration de la période jubilaire dans les diocèses
privilégie la statio dans une autre église d'où
partira le pèlerinage vers la cathédrale, la mise en valeur
liturgique du Livre des Évangiles, la lecture de quelques
paragraphes de la présente Bulle, selon les indications du «
Rituel pour la célébration du grand Jubilé dans les Églises
particulières ».
Que pour tous, Noël 1999 soit une solennité rayonnante de
lumière, le prélude d'une expérience particulièrement
profonde de grâce et de miséricorde divine, qui se prolongera
jusqu'à la clôture de l'Année jubilaire le jour de
l'Épiphanie de notre Seigneur Jésus Christ, le 6 janvier de
l'année 2001. Que tout croyant accueille l'invitation des Anges
qui annoncent sans fin: « Gloire à Dieu au plus haut des
cieux, et paix sur terre aux hommes, qu'il aime » (Lc 2, 14).
Le temps de Noël sera ainsi le cur vibrant de l'Année
sainte, qui introduira dans la vie de l'Église l'abondance des dons
de l'Esprit pour une nouvelle évangélisation.
7. Au cours de son histoire, l'institution du Jubilé s'est
enrichie de signes qui attestent la foi et qui aident la piété
du peuple chrétien. Parmi eux, il faut rappeler avant tout le pèlerinage.
Celui-ci ramène à la condition de l'homme qui aime décrire
sa propre existence comme un cheminement. De sa naissance à sa
mort, chacun est dans la condition, toute particulière, d'homo
viator. La Sainte Écriture, pour sa part, atteste à
maintes reprises la valeur du fait de se mettre en route pour arriver aux
lieux saints; c'était une tradition que l'Israélite se rende
en pèlerinage à la ville où était conservée
l'arche de l'alliance, ou qu'il visite le sanctuaire de Béthel (cf.
Jg 20, 18), ou celui de Silo, où Anne, mère de
Samuel, vit sa prière exaucée (cf. 1 S 1, 3). En se
soumettant volontairement à la Loi, Jésus, lui aussi, avec
Marie et Joseph, se fit pèlerin vers la ville sainte de Jérusalem
(cf. Lc 2, 41). L'histoire de l'Église est le journal
vivant d'un pèlerinage jamais terminé. En route vers la
ville des saints Pierre et Paul, vers la Terre sainte ou vers les anciens
ou nouveaux sanctuaires consacrés à la Vierge Marie et aux
Saints: tel est le but d'innombrables fidèles qui alimentent ainsi
leur piété.
Le pèlerinage a toujours été un moment significatif
dans la vie des croyants, tout en revêtant selon les époques
des expressions culturelles différentes. Il évoque le
cheminement personnel du croyant sur les pas du Rédempteur: c'est
un exercice d'ascèse salutaire, de repentance pour les faiblesses
humaines, de vigilance constante sur sa propre fragilité, de préparation
intérieure à la réforme du cur. Par la veille,
par le jeûne, par la prière, le pèlerin avance sur la
voie de la perfection chrétienne, s'efforçant d'atteindre,
avec le soutien de la grâce de Dieu, « l'état d'Homme
parfait, la plénitude de la stature du Christ » (Ep 4,
13).
8. Le pèlerinage est accompagné du signe de la porte
sainte, ouverte pour la première fois à la basilique
Saint-Sauveur du Latran durant le Jubilé de 1423. Elle évoque
le passage que tout chrétien est appelé à effectuer
du péché à la grâce. Jésus a dit: «
Moi, je suis la porte » (Jn 10, 7), pour montrer que personne
ne peut accéder au Père sinon par lui. Cette désignation
que Jésus fait de lui-même atteste que lui seul est le
Sauveur envoyé par le Père. Il n'y a qu'une seule porte qui
ouvre toute grande l'entrée dans la vie de communion avec Dieu, et
cette porte, c'est Jésus, chemin unique et absolu de salut. À
lui seul on peut appliquer en toute vérité la parole du
psalmiste: « C'est ici la porte du Seigneur: qu'ils entrent, les
justes! » (Ps 118[117], 20).
L'indication de la porte rappelle la responsabilité qu'a tout
croyant d'en franchir le seuil. Passer par cette porte signifie professer
que Jésus Christ est le Seigneur, en raffermissant notre foi en lui
pour vivre la vie nouvelle qu'il nous a donnée. C'est une décision
qui suppose la liberté de choisir et en même temps le courage
d'abandonner quelque chose, sachant que l'on acquiert la vie divine (cf.
Mt 13, 44-46). C'est dans cet esprit que, le premier, le Pape
franchira la porte sainte dans la nuit du 24 au 25 décembre 1999.
En traversant ce seuil, il montrera à l'Église et au monde
le saint Évangile, source de vie et d'espérance pour le
troisième millénaire qui vient. À travers la porte
sainte, symboliquement plus large au terme d'un millénaire,(13) le
Christ nous fera entrer plus profondément dans l'Église, son
Corps et son Épouse. Nous comprenons ainsi la riche signification
du rappel de l'Apôtre Pierre quand il écrit que, unis au
Christ, nous aussi nous nous prêtons, « comme pierres vivantes,
à l'édification d'un édifice spirituel, pour un
sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels, agréables
à Dieu » (1 P 2, 5).
9. Un autre signe particulier, bien connu des fidèles, est l'indulgence,
qui est un des éléments constitutifs de l'événement
jubilaire. En elle se manifeste la plénitude de la miséricorde
du Père, qui vient à la rencontre de tous avec son amour,
exprimé avant tout par le pardon des fautes. Ordinairement, Dieu le
Père accorde son pardon par le sacrement de Pénitence, ou de
la Réconciliation.(14) En effet, céder consciemment et
librement au péché grave sépare le croyant de la vie
de grâce avec Dieu et par là même l'exclut de la
sainteté à laquelle il est appelé. L'Église,
ayant reçu du Christ le pouvoir de pardonner en son nom (cf. Mt
16, 19; Jn 20, 23), est dans le monde la présence vivante
de l'amour de Dieu qui se penche sur toute faiblesse humaine pour
l'accueillir dans l'étreinte de sa miséricorde. C'est précisément
à travers le ministère de l'Église que Dieu répand
dans le monde sa miséricorde par ce don précieux qui est
appelé du nom très ancien d'« indulgence ».
Le sacrement de la Réconciliation offre au pécheur «
une nouvelle possibilité de se convertir et de retrouver la grâce
de la justification » (15) obtenue par le sacrifice du Christ. Il est
ainsi immergé à nouveau dans la vie de Dieu et dans la
pleine participation à la vie de l'Église. En confessant ses
péchés, le croyant reçoit vraiment le pardon et il
peut de nouveau prendre part à l'Eucharistie comme signe de la
communion retrouvée avec le Père et avec son Église.
Toutefois, depuis l'antiquité, l'Église a toujours été
profondément convaincue que le pardon, accordé gratuitement
par Dieu, implique comme conséquence un réel changement de
vie, une élimination progressive du mal intérieur, un
renouvellement de sa propre existence. L'acte sacramentel devait être
uni à un acte existentiel, avec une réelle purification de
la faute, qui justement s'appelle pénitence. Le pardon ne signifie
pas que ce processus existentiel devient superflu, mais plutôt qu'il
reçoit un sens, qu'il est accepté, accueilli.
Car le fait d'avoir été réconcilié avec Dieu
n'exclut pas qu'il reste certaines conséquences du péché
dont il est nécessaire de se purifier. C'est précisément
dans ce cadre que prend toute sa valeur l'indulgence, par laquelle est
exprimé le « don total de la miséricorde de Dieu ».(16)
Par l'indulgence accordée au pécheur repenti, est remise la
peine temporelle pour les péchés déjà pardonnés
quant à la faute.
10. En effet, par son caractère d'offense à la sainteté
et à la justice de Dieu, comme aussi de mépris de l'amitié
personnelle que Dieu a pour l'homme, le péché a une double
conséquence. En premier lieu, s'il est grave, il comporte la
privation de la communion avec Dieu et, par conséquent, l'exclusion
de la participation à la vie éternelle. Au pécheur
repenti, toutefois, Dieu dans sa miséricorde accorde le pardon du péché
grave et la rémission de la « peine éternelle »
qui s'ensuivrait.
En second lieu, « tout péché, même véniel,
entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin
de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l'état
que l'on nomme Purgatoire. Cette purification libère de ce qu'on
appelle la peine temporelle du péché »;
(17) une fois celle-ci expiée, ce qui fait obstacle à la
pleine communion avec Dieu et avec les frères est effacé.
D'autre part, la Révélation enseigne que, dans son chemin
de conversion, le chrétien ne se trouve pas seul. Dans le Christ et
par le Christ, sa vie est unie par un lien mystérieux à la
vie de tous les autres chrétiens dans l'unité surnaturelle
du Corps mystique. Ainsi s'instaure entre les fidèles un
merveilleux échange de biens spirituels, en vertu duquel la sainteté
de l'un apporte aux autres un bénéfice bien supérieur
au dommage que le péché de l'un a pu causer aux autres. Il y
a des personnes qui laissent derrière elles comme un surplus
d'amour, de souffrance supportée, de pureté et de vérité,
qui se déverse sur les autres et les soutient. C'est la réalité
de la « vicariance », sur laquelle est fondé tout le mystère
du Christ. Son amour surabondant nous sauve tous. Néanmoins, cela
fait partie de la grandeur de l'amour du Christ de ne pas nous laisser
dans la condition de destinataires passifs, mais de nous impliquer dans
son action salvifique, et en particulier dans sa passion. C'est ce que dit
le passage bien connu de la lettre aux Colossiens: « Je complète
ce qui manque aux souffrances du Christ en ma chair pour son Corps, qui
est l'Église » (1, 24).
Cette profonde réalité est admirablement exprimée
aussi dans un passage de l'Apocalypse, où l'Église est décrite
comme l'épouse vêtue d'une simple robe de lin blanc, d'une étoffe
pure et resplendissante. Et saint Jean dit: « Le lin, ce sont les
bonnes actions des saints » (Ap 19, 8). Dans la vie des
saints est en effet tissée l'étoffe splendide qui est le vêtement
de l'éternité.
Tout vient du Christ, mais parce que nous lui appartenons, tout ce qui
est nôtre est aussi à Lui et acquiert une force qui guérit.
C'est ce qu'il faut comprendre quand on parle de « trésor de
l'Église » que constituent les bonnes uvres des saints.
Prier pour obtenir l'indulgence signifie entrer dans cette communion
spirituelle et donc s'ouvrir totalement aux autres. En effet, personne ne
vit pour soi-même, dans le domaine spirituel aussi. Et la salutaire
préoccupation pour le salut de son âme n'est libérée
de la crainte et de l'égoïsme que si elle devient préoccupation
également pour le salut de l'autre. C'est la réalité
de la communion des saints, le mystère de la « réalité
vicaire », de la prière comme voie d'union au Christ et à
ses saints. Il nous prend avec lui pour tisser avec lui le vêtement
blanc de la nouvelle humanité, le vêtement de lin
resplendissant de l'Épouse du Christ.
Donc, cette doctrine sur les indulgences « enseigne d'abord qu'il
est mauvais et amer d'abandonner le Seigneur Dieu (Jr 2,
19). En effet, lorsqu'ils gagnent des indulgences, les fidèles
comprennent qu'ils ne peuvent pas expier par leurs propres forces le mal
que par leur péché ils se sont fait à eux-mêmes
et qu'ils ont fait à toute la communauté, et ils sont ainsi
incités à une salutaire humilité ».(18) La vérité
sur la communion des saints, qui unit les croyants au Christ et réciproquement,
nous dit à quel point chacun peut aider les autres vivants
ou défunts à être toujours plus intimement unis
au Père céleste.
M'appuyant sur ces motifs doctrinaux et interprétant la pensée
maternelle de l'Église, je décide que tous les fidèles,
convenablement préparés, pourront bénéficier
abondamment, durant tout le Jubilé, du don de l'indulgence, selon
les indications qui accompagnent la présente Bulle (cf. décret
annexe).
11. Ces signes appartiennent désormais à la tradition de
la célébration jubilaire. Le peuple de Dieu ne manquera pas
de garder l'esprit ouvert pour reconnaître d'autres signes possibles
de la miséricorde de Dieu agissant dans le Jubilé. Dans la
lettre apostolique Tertio millennio adveniente, j'en ai indiqué
quelques-uns qui peuvent servir à vivre plus intensément la
grâce insigne du Jubilé.(19) Je les rappelle ici brièvement.
Tout d'abord, le signe de la purification de la mémoire:
cela demande à tous un acte de courage et d'humilité pour
reconnaître les fautes commises par ceux qui ont porté et
portent le nom de chrétien.
L'Année sainte est, de par sa nature, un moment d'appel à
la conversion. C'est là le premier mot de la prédication de
Jésus, et il est significatif qu'il soit associé à la
disposition à croire: « Convertissez-vous et croyez à
la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15). L'ordre que donne le Christ
est une conséquence de la prise de conscience du fait que «
les temps sont accomplis » (Ibid.). L'accomplissement du
temps de Dieu se traduit par l'appel à la conversion. Par ailleurs,
celle-ci est en premier lieu le fruit de la grâce. C'est l'Esprit
qui pousse chacun à « rentrer en luimême » et à
ressentir le besoin de retourner chez le Père (cf. Lc 15,
17-20). L'examen de conscience est donc un des moments les plus caractéristiques
de l'existence personnelle. Par lui, en effet, tout homme se place face à
la vérité de sa propre vie. Il découvre ainsi la
distance qui sépare ses actions de l'idéal qu'il s'est fixé.
L'histoire de l'Église est une histoire de sainteté. Le
Nouveau Testament affirme avec force cette caractéristique des
baptisés: ils sont « saints » dans la mesure où, séparés
du monde qui est soumis au Malin, ils se consacrent à rendre le
culte au Dieu unique et vrai. En fait, cette sainteté se manifeste
dans l'histoire d'innombrables saints et bienheureux, reconnus par l'Église,
comme aussi dans celle d'une immense multitude d'hommes et de femmes
inconnus dont le nombre est impossible à calculer (cf. Ap
7, 9). Leur vie atteste la vérité de l'Évangile et
donne au monde la preuve tangible que la perfection est possible. Il faut
toutefois reconnaître que l'histoire a enregistré bon nombre
de faits qui constituent un contre-témoignage pour le
christianisme. En raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit
les uns aux autres, nous tous, bien que nous n'en ayons pas la
responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de
Dieu qui seul connaît les curs, nous portons le poids des
erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés.
Mais nous aussi, fils de l'Église, nous avons péché,
et ainsi l'Épouse du Christ n'a pu resplendir dans toute la beauté
de son visage. Notre péché à fait obstacle à
l'action de l'Esprit dans le cur de beaucoup de personnes. Notre
manque de foi a fait tomber beaucoup de personnes dans l'indifférence
et les a éloignées d'une rencontre authentique avec le
Christ.
Comme Successeur de Pierre, je demande que, en cette année de miséricorde,
l'Église, forte de la sainteté qu'elle reçoit de son
Seigneur, s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés
passés et présents de ses fils. Tous ont péché
et personne ne peut se dire juste devant Dieu (cf. 1 R 8, 46). Que
l'on redise sans crainte: « Nous avons péché » (Jr
3, 25), mais que l'on maintienne vivante la certitude que « là
où le péché s'est multiplié, la grâce a
surabondé » (Rm 5, 20)!
L'accolade que le Père réserve à ceux qui,
repentis, vont à sa rencontre sera la juste récompense pour
l'humble reconnaissance de leurs propres fautes et de celles des autres,
fondée sur la conscience du lien profond qui unit entre eux tous
les membres du Corps mystique du Christ. Les chrétiens sont invités
à prendre en charge, devant Dieu et devant les hommes offensés
par leur comportement, les fautes qu'ils ont commises. Qu'ils le fassent
sans rien demander en échange, forts du seul « amour de Dieu
[qui] a été répandu dans nos curs » (Rm
5, 5). Des personnes impartiales, et elles ne manqueront pas, seront
capables de reconnaître que l'histoire passée et présente
a enregistré et enregistre souvent à l'égard des fils
de l'Église des épisodes de marginalisation, d'injustices et
de persécutions.
Que personne, en cette année jubilaire, ne s'exclue de l'accolade
du Père! Que personne ne se comporte comme le frère aîné
de la parabole évangélique qui refuse d'entrer dans la
maison pour faire la fête (cf. Lc 15, 25-30)! Que la joie du
pardon soit plus forte et plus grande que tout ressentiment! De cette manière,
l'Épouse brillera aux yeux du monde de la beauté et de la
sainteté qui viennent de la grâce du Seigneur. Depuis deux
mille ans, l'Église est le berceau où Marie dépose Jésus
et où elle le confie à l'adoration et à la
contemplation de tous les peuples. Qu'à travers l'humilité
de l'Épouse puisse resplendir davantage encore la gloire et la
force de l'Eucharistie, qu'elle célèbre et conserve en son
sein! Dans le signe du Pain et du Vin consacrés, le Christ Jésus
ressuscité et glorifié, lumière des nations (cf. Lc
2, 32), révèle la continuité de son Incarnation. Il
reste vivant et vrai au milieu de nous pour nourrir les croyants de son
Corps et de son Sang.
Que nos yeux soient donc fixés sur l'avenir! Le Père des
miséricordes ne tient pas compte des péchés dont nous
nous sommes vraiment repentis (cf. Is 38, 17). Il accomplit
maintenant quelque chose de nouveau et, dans l'amour qui pardonne, il
anticipe les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Que la foi se ranime
donc, que l'espérance grandisse, que la charité devienne
toujours plus active, en vue d'un engagement renouvelé de témoignage
chrétien dans le monde du prochain millénaire!
12. Il y a un signe de la miséricorde de Dieu qui est aujourd'hui
particulièrement nécessaire: la charité, qui
ouvre nos yeux aux besoins de ceux qui vivent dans la pauvreté et
dans la marginalité. Ce sont là des situations qui s'étendent
aujourd'hui sur de vastes secteurs sociaux et qui couvrent de leur ombre
de mort des peuples entiers. Le genre humain se trouve face à des
formes d'esclavage nouvelles et plus subtiles que celles qu'il a connues
dans le passé; la liberté continue à être pour
trop de personnes un mot privé de contenu. Beaucoup de pays, spécialement
les plus pauvres, sont opprimés par une dette qui a pris des
proportions telles qu'elles rendent pratiquement impossible leur
remboursement. Il est clair, par ailleurs, que l'on ne peut atteindre un
progrès réel sans la collaboration effective entre les
peuples de toute langue, race, nationalité et religion. Il faut éliminer
les violences qui engendrent la domination des uns sur les autres: il y a
là péché et injustice. Celui qui ne cherche à
amasser des trésors que sur la terre (cf. Mt 6, 19) ne peut
« s'enrichir en vue de Dieu » (Lc 12, 21).
Il est nécessaire également de créer une nouvelle
culture de solidarité et de coopération internationales, où
tous spécialement les pays riches et le secteur privé
assument leur responsabilité à travers un modèle
d'économie qui soit au service de chaque personne. Il ne faut pas
remettre encore une fois à plus tard le temps où le pauvre
Lazare pourra lui aussi s'asseoir à côté du riche pour
partager le même banquet et ne plus être obligé de se
nourrir de ce qui tombe de la table (cf. Lc 16, 19-31). L'extrême
pauvreté est source de violence, de rancurs et de scandales.
Lui porter remède est faire uvre de justice et donc de paix.
Le Jubilé est un nouvel appel à la conversion du cur
par le changement de vie. Il rappelle à tous qu'il ne faut considérer
comme absolus ni les biens de la terre, car ils ne sont pas Dieu, ni la
domination ou la prétention de domination de l'homme, car la terre
appartient à Dieu et à Lui seul: « La terre
m'appartient et vous n'êtes pour moi que des étrangers et des
hôtes » (Lv 25, 23). Puisse cette année de grâce
toucher le cur de ceux qui ont entre leurs mains le sort des
peuples!
13. La mémoire des martyrs est un signe permanent, mais
aujourd'hui particulièrement éloquent, de la vérité
de l'amour chrétien. Il ne faut pas oublier leur témoignage.
Ils ont annoncé l'Évangile, donnant leur vie par amour. Le
martyr, surtout de nos jours, est signe du plus grand amour qui récapitule
toutes les autres valeurs. Son existence reflète la parole suprême
prononcée par le Christ sur la Croix: « Père,
pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23,
34). Le croyant qui prend au sérieux sa vocation chrétienne,
pour laquelle le martyre est une possibilité déjà
annoncée dans la Révélation, ne peut exclure cette
perspective de l'horizon de sa vie. Les deux mille ans écoulés
depuis la naissance du Christ sont marqués par le témoignage
persistant des martyrs.
Ce siècle lui-même, qui arrive à son terme, a connu
de très nombreux martyrs, surtout à cause du nazisme, du
communisme et des luttes raciales ou tribales. Des personnes de toutes les
couches sociales ont souffert en raison de leur foi, payant de leur sang
leur adhésion au Christ et à l'Église ou affrontant
avec courage d'interminables années de prison et d'autres
privations de tout genre, parce qu'elles ne voulaient pas céder à
une idéologie qui s'était transformée en un régime
de dictature impitoyable. Du point de vue psychologique, le martyre est la
preuve la plus éloquente de la vérité de la foi, qui
sait donner un visage humain même à la plus violente des
morts et qui manifeste sa beauté même dans les persécutions
les plus atroces.
Inondés de la grâce lors de la prochaine année
jubilaire, nous pourrons faire monter avec plus de force l'hymne d'action
de grâce au Père et chanter: Te martyrum candidatus
laudat exercitus. Oui, c'est là l'armée de ceux qui «
ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau »
(Ap 7, 14). C'est pourquoi, partout sur la terre, l'Église
devra rester attachée à leur témoignage et défendre
jalousement leur mémoire. Puisse le peuple de Dieu, raffermi dans
sa foi par les exemples de ces modèles authentiques de tous âges,
de toutes langues et de tous pays, franchir avec confiance le seuil du
troisième millénaire! Qu'à l'admiration pour leur
martyre soit joint, dans le cur des fidèles, le désir
de pouvoir, avec la grâce de Dieu, suivre leur exemple si les
circonstances l'exigent!
14. La joie du Jubilé ne serait pas complète si le regard
ne se tournait vers Celle qui, dans la pleine obéissance au Père,
a engendré pour nous dans la chair le Fils de Dieu. À Bethléem
s'accomplirent pour Marie « les jours où elle devait enfanter »
(Lc 2, 6) et, remplie de l'Esprit, elle mit au monde le Premier-né
de la nouvelle création. Appelée à être la Mère
de Dieu, Marie, à partir du jour de la conception virginale, a vécu
pleinement sa maternité, la menant jusqu'à son couronnement
sur le Calvaire au pied de la Croix. Là, par un don admirable du
Christ, elle est devenue aussi Mère de l'Église, montrant à
tous le voie qui mène à son Fils.
Femme de silence et d'écoute, docile entre les mains du Père,
la Vierge Marie est invoquée par toutes les générations
comme « bienheureuse », parce qu'elle a su reconnaître les
merveilles accomplies en elle par l'Esprit Saint. Les peuples ne se
lasseront jamais d'invoquer la Mère de la miséricorde et ils
trouveront toujours refuge sous sa protection. Que Celle qui, avec son
fils Jésus et son époux Joseph, alla en pèlerinage
vers le temple saint de Dieu, protège la route de ceux qui se
feront pèlerins en cette année jubilaire! Qu'elle veuille
bien intercéder avec une intensité particulière
durant les mois prochains pour le peuple chrétien, afin qu'il
obtienne l'abondance de la grâce et de la miséricorde, tandis
qu'il se réjouit des deux mille ans écoulées depuis
la naissance de son Sauveur!
Que monte à Dieu le Père, dans l'Esprit Saint, la louange
de l'Église pour le don du salut dans le Christ Seigneur,
maintenant et pour les siècles à venir!
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 29
novembre de l'an du Seigneur 1998, premier dimanche de l'Avent, en la
vingt et unième année de mon Pontificat.
Joannes Paulus II
DISPOSITIONS POUR L'OBTENTION DE L'INDULGENCE DU JUBILÉ
Par le présent décret, pris en exécution de la
volonté du Saint-Père exprimée dans la Bulle
d'indiction du grand Jubilé de l'An 2000, et en vertu des facultés
qui lui ont été attribuées par le Souverain Pontife
lui-même, la Pénitencerie apostolique détermine la
discipline à observer pour obtenir l'indulgence du Jubilé.
Tous les fidèles convenablement préparés peuvent bénéficier
abondamment, durant tout le temps du Jubilé, du don de
l'indulgence, selon les mesures spécifiées ci-dessous.
Après avoir précisé que les indulgences accordées
soit en forme générale soit par un rescrit spécial
restent en vigueur durant le grand Jubilé, il est rappelé
que l'indulgence du Jubilé peut être appliquée par
mode de suffrage aux âmes des défunts; ce faisant, on
accomplit une action insigne de charité surnaturelle, en vertu du
lien par lequel, dans le Corps mystique du Christ, les fidèles qui
sont encore en pèlerinage sur la terre sont unis à ceux qui
ont déjà conclu leur cheminement terrestre. En outre, la
norme selon laquelle l'indulgence plénière ne peut être
obtenue qu'une fois par jour (20) reste valable au cours de l'année
jubilaire.
Le sommet du Jubilé est la rencontre avec Dieu le Père,
par le Christ Sauveur, présent en son Église, de manière
spéciale par les sacrements. C'est pourquoi tout le cheminement
jubilaire, préparé par le pèlerinage, a pour point de
départ et d'arrivée la célébration du
sacrement de la Réconciliation, ainsi que du sacrement de
l'Eucharistie, mystère pascal du Christ, notre paix et notre réconciliation:
c'est là la rencontre transformante qui ouvre au don de
l'indulgence pour soi et pour les autres.
Après avoir procédé dignement à la
confession sacramentelle, qui, aux termes du can. 960 du Code de Droit
canonique, et du can. 720, § 1 du Code des Canons des Églises
orientales, doit être ordinairement la confession individuelle
et complète, le fidèle, en exécutant ce qui doit être
accompli, peut recevoir ou appliquer durant une période convenable
de temps le don de l'indulgence plénière, même
quotidiennement, sans être obligé de se confesser à
nouveau. Il importe toutefois que les fidèles reçoivent fréquemment
la grâce du sacrement de la Réconciliation, pour progresser
dans la conversion et dans la pureté du cur.(21) Par contre,
il est opportun que la participation à l'Eucharistie nécessaire
pour chaque indulgence ait lieu le jour même où l'on
accomplit les uvres prescrites.(22)
Ces deux moments culminants doivent être accompagnés avant
tout du témoignage de communion avec l'Église, manifestée
par la prière aux intentions du Pontife Romain, et aussi les
actions de charité et de pénitence, selon les indications
données ci-dessous, actions qui entendent exprimer la vraie
conversion du cur à laquelle conduit la communion avec le
Christ dans les sacrements. En effet, le Christ est l'indulgence et la
victime offerte pour nos péchés (cf. 1 Jn 2, 2). En
répandant dans le cur des fidèles l'Esprit Saint qui
est le « pardon des péchés »,(23) il incite chacun
à une rencontre filiale et confiante avec le Père des miséricordes.
De cette rencontre découlent les engagements de conversion et de
renouvellement, de communion ecclésiale et de charité envers
les frères.
Pour le prochain Jubilé est confirmée également la
norme selon laquelle les confesseurs peuvent commuer, en faveur de ceux
qui sont légitimement empêchés, soit l'uvre
prescrite soit les conditions requises.(24) Les religieux et les
religieuses tenus à la clôture, les malades et tous ceux qui,
d'une façon ou d'une autre, ne sont pas en mesure de sortir de chez
eux, pourront accomplir une visite de la chapelle de leur maison, au lieu
de la visite d'une église déterminée; et si même
cela leur est impossible, ils pourront obtenir l'indulgence en s'unissant
spirituellement à ceux qui accomplissent de manière
ordinaire l'uvre prescrite, offrant à Dieu leurs prières,
leurs souffrances et leurs privations.
En ce qui concerne les uvres à accomplir, les fidèles
pourront obtenir l'indulgence du Jubilé:
1) À Rome, s'ils effectuent un pèlerinage à
l'une des basiliques patriarcales, c'est-à-dire à la
basilique Saint-Pierre du Vatican, ou à l'archibasilique
Saint-Sauveur du Latran, ou à la basilique Sainte-Marie-Majeure, ou
à la basilique Saint-Paul sur la via Ostiense, et si là ils
participent avec dévotion à la Messe ou à une autre célébration
liturgique comme les Laudes ou les Vêpres, ou à un exercice
de piété (par exemple le chemin de croix, le chapelet, la récitation
de l'hymne Acathiste en l'honneur de la Mère de Dieu); en
outre, s'ils visitent, en groupe ou individuellement, l'une des quatre
basiliques patriarcales, et qu'il s'y livrent pendant un certain temps à
l'adoration eucharistique et à une pieuse méditation, les
concluant par un « Notre Père », la profession de foi,
sous n'importe quelle forme légitime, et l'invocation à la
Vierge Marie. Aux quatre basiliques patriarcales sont ajoutées, en
cette occasion spéciale du grand Jubilé, les lieux suivants,
aux mêmes conditions: la basilique Sainte-Croix de Jérusalem,
la basilique Saint-Laurent hors les murs, le sanctuaire de la «
Madonna del Divino Amore », les catacombes chrétiennes.(25)
2) En Terre Sainte si, en observant les mêmes conditions,
ils visitent la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem,
ou la basilique de la Nativité à Bethléem, ou encore
la basilique de l'Annonciation à Nazareth.
3) Dans les autres circonscriptions ecclésiastiques,
s'ils effectuent un pèlerinage à l'église cathédrale
ou à d'autres églises ou lieux désignés par
l'Ordinaire, et s'ils y assistent avec dévotion à une célébration
liturgique, ou à un autre pieux exercice, comme il est indiqué
ci-dessus pour la ville de Rome; en outre, s'ils visitent, en groupe ou
individuellement, l'église cathédrale ou un sanctuaire désigné
par l'Ordinaire, et s'ils s'y livrent pendant un certain temps à
une pieuse méditation, la concluant par le « Notre Père
», la profession de foi, sous n'importe quelle forme légitime,
et l'invocation de la Vierge Marie.
4) En tout lieu, s'ils vont rendre visite pendant un temps
convenable à leurs frères qui se trouvent dans la nécessité
ou dans la difficulté (malades, prisonniers, personnes âgées
et seules, handicapés, etc.), comme s'ils faisaient un pèlerinage
vers le Christ présent en eux (cf. Mt 25, 34-36), en
respectant les conditions habituelles, conditions spirituelles,
sacramentelles et de prière. Les fidèles voudront
certainement renouveler ces visites au cours de l'Année sainte,
pouvant obtenir chaque fois l'indulgence plénière, évidemment
pas plus d'une fois par jour.
L'indulgence plénière du Jubilé pourra être
obtenue aussi grâce à des initiatives qui mettent en uvre,
de façon concrète et généreuse, l'esprit de pénitence
qui est comme l'âme du Jubilé. Par exemple s'abstenir pendant
une journée de choses superflues (tabac, boissons alcoolisées,
jeûnant ou pratiquant l'abstinence selon les normes générales
de l'Église et les précisions données par les épiscopats)
et donner aux pauvres une somme proportionnelle; soutenir par une
contribution significative des uvres à caractère
religieux ou social (notamment en faveur de l'enfance abandonnée,
de la jeunesse en difficulté, des personnes âgées dans
le besoin, des étrangers dans les pays où ils cherchent de
meilleures conditions de vie); consacrer une partie convenable de leur
temps libre à des activités qui ont un intérêt
pour la communauté, ou d'autres formes semblables de sacrifice
personnel.
Rome, Pénitencerie apostolique, le 29 novembre 1998, premier
dimanche de l'Avent.
William Wakefield card. Baum Grand Pénitencier
Luigi De Magistris Régent
(1) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans
le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 22.
(2) Cf. n. 1: AAS 71 (1979), p. 258; La Documentation
catholique 76 (1979), p. 301.
(3) Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Redemptionis anno (20 avril
1984): AAS 76 (1984), p. 627; La Documentation catholique
81 (1984), p. 551.
(4) Conc. cum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n.
40.
(5) Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente
(10 novembre 1994), n. 36: AAS 87 (1995), p. 28; La
Documentation catholique 91 (1994), pp. 1026-1027.
(6) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes,
n. 41.
(7) Cf. nn. 39-54: AAS 87 (1995), pp. 31-37; La
Documentation catholique 91 (1994), pp. 1028-1030.
(8) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation
divine Dei Verbum, nn. 2, 4.
(9) Poèmes dogmatiques, XXXI, Autres Hymnes: PG
37, 510-511.
(10) Cf. Adversus hæreses, III, 17: PG 7, 930;
SC 211, p. 333.
(11) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église Lumen
gentium, n. 1.
(12) Bulle Antiquorum habet (22 février 1300): Bullarium
Romanum III/2, p. 94.
(13) Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente
(10 novembre 1994), n. 33: AAS 87 (1995), p. 25; La
Documentation catholique 92 (1995), p. 1025.
(14) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Reconciliatio et
pænitentia (2 décembre 1984), nn. 28-34: AAS 77
(1985), pp. 250-273; La Documentation catholique 82 (1985), pp.
20-27.
(15) Catéchisme de l'Église catholique, n. 1446.
(16) Jean-Paul II, Bulle Aperite portas Redemptori (6 janvier
1983), n. 8: AAS 75 (1983), p. 98; La Documentation catholique
80 (1983), p. 186.
(17) Catéchisme de l'Église catholique, n. 1472.
(18) Paul VI, Const. apost. Indulgentiarum doctrina (1er janvier
1967), n. 9: AAS 59 (1967), p. 18; La Documentation catholique
64 (1967), col. 211.
(19) Cf. nn. 33, 37, 51: AAS 87 (1995), pp. 25-26, 29-30, 36;
La Documentation catholique 91 (1994), pp. 1025, 1027, 1030.
(20) Cf. Enchiridion Indulgentiarum, Librairie Ed. Vaticane
1986, norme 21, § 1.
(21) Cf. ibid., norme 23, §§ 1-2.
(22) Cf. ibid., norme 23, § 3.
(23) « Qui ipse est remissio omnium peccatorum »: Missale
Romanum, Super oblata, samedi après le VIIe dimanche de Pâques.
(24) Cf. Ench. indulg., norme 27.
(25) Cf. Ench. indulg., concession 14.
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