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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
À L’OCCASION DES CÉLÉBRATIONS DE
L’«ECOLE FRANÇAISE DE ROME»
Jeudi 8 juillet 1976
Monsieur le Directeur
et Messieurs les Membres de l’Ecole Française,
Mesdames et Messieurs,
Avec une courtoisie qui vous honore, vous avez tenu a clore les
célébrations du Centenaire de votre Ecole, ici, près de Saint-Pierre, apud
Sanctum Petrum, selon la formule usité dans les documents pontificaux. Ce
n’est d’ailleurs pas votre première visite. Déjà la joie nous fut donnée de vous
accueillir a l’occasion du «Colloque Monseigneur Duchesne», dont les Actes
viennent de nous être offerts en hommage. D’autres visites au Vatican ont
également marque l’histoire de l’Ecole Française. En 1948, l’Ambassadeur et
philosophe Jacques Maritain lui obtint la faveur de rencontrer le Pape Pie XII.
Et en 1922, Monseigneur Duchesne lui-même, presque à la veille de sa mort,
voulut présenter au Pape Pie XI, récemment élu, chaque Membre de l’Ecole.
La rencontre de ce jour Nous parait revêtir une valeur symbolique. A l’aurore
d’un nouveau centenaire d’activités et de rayonnement, l’Ecole Française
réaffirme l’idéal romain qui la fit naître et qui n’a point cesse
de caractériser son histoire. En effet, en se séparant de l’Ecole Française
d’Athènes, non seulement elle prit son nom propre, mais elle se distingua par un
champ d’activités élargies, inspirées par la Cite ou elle voyait le jour: «Nous
nous appelons Ecole Française de Rome et non Ecole d’Archéologie – écrivait le
premier Directeur, Auguste Geoffrey -, nous sommes une Ecole d’érudition, dont
le code parait se modeler d’après les ressources qu’offrent non seulement le
sol, mais les bibliothèques et les archives d’Italie . . . » (AUGUSTE GEFFROY,
L’histoire et l’œuvre de l’Ecole Française de Rome, Paris 1931, p, 21).
La romanité de votre Ecole n’est pas seulement un emblème. Vous êtes allés, avec
une maîtrise remarquable, jusqu’aux racines profondes de Rome, de cette «Cité
sacerdotale et royale», selon la définition donnée par Saint Léon le Grand avec
son génie de l’histoire (S. LEONIS MAGNI Sermo LXXXII, «In Natali
apostolorum Petri et Pauli»: PL 54, 423 A.).
La très riche production scientifique dont témoignent les Actes de votre Ecole
offre en effet un ensemble équilibre d’études sur la Rome antique et la Rome
chrétienne. Si les domaines sont différents, l’inspiration et la valeur sont les
mêmes. Et de grands noms viennent immédiatement a l’esprit: celui de l’Abbé
Louis Duchesne, qui tiendra une place primordiale durant presque un demi-siècle
dans les annales de l’Ecole, se trouve dès le premier fascicule de la
«Bibliothèque des Ecoles Françaises d’Athènes et de Rome».
L’auteur préludait ainsi a sa fameuse édition du «Liber Pontificalis» paru sous
votre emblème, et que vous avez réédité en y ajoutant un troisième volume.
Comment ne pas évoquer aussi, parmi les maîtres prestigieux qui se sont succédés
dans votre Ecole, les noms de Jérôme Carcopino, historien des grands siècles de
la Rome antique, d’Emile Male, qui a si bien mis en relief la signification
spirituelle de l’art médiéval, et encore ceux de Camille Jullian, du Père Jean
Festugière et de tant d’autres?
Mais l’histoire de la Papauté inspire aussi vos recherches. Grâce à la
bienveillance de notre prédécesseur Pie IX, Elie Berger put commencer la seconde
série de votre «Bibliothèque», consacrée aux «Registres» des Papes du treizième
siècle. La troisième série se poursuit avec les «Registres» de ceux du
quatorzième siècle, et y prend place la toute récente publication, que vous Nous
avez offerte, d’un volume de «Lettres» d’Urbain V. Bien d’autres œuvres sont
également méritantes et constituent autant de monuments érigés à la gloire de la
Rome pontificale, depuis l’ouvrage d’Eugène Müntz sur «Les arts a la tour des
Papes pendant le XVème siècle», ou celui de Philippe Lauer, intitulé «Le Palais
du Latran», jusqu’a la prochaine parution d’une œuvre très importante sur
l'Eglise de Rome aux IVème et Vème siècles, due a Monsieur Charles Pietri, et
que Nous’ avons nous-mêmes favorisée.
Comment enfin ne pas mentionner ici les publications entreprises en
collaboration avec nos Instituts culturels? Celle des «Acta Nuntiaturae
Gallicae», avec le contours de la Faculté d’Histoire ecclésiastique de
l’Université pontificale Grégorienne, et aussi la toute nouvelle série du
«Catalogue des manuscrits classiques latins de la Bibliothèque Vaticane», dont
vous venez de Nous offrir le premier tome. C’est la une œuvre très appréciable,
dont bénéficie notre Bibliothèque Vaticane; elle est le fruit du travail patient
entrepris par toute une équipe de l’«Institut de Recherche et d’Histoire des
Textes» de Paris: Nous tenons a en remercier vivement le Directeur, Monsieur
Jean Glénisson, et ses collaborateurs.
La clairvoyance de vos gouvernants qui ont cre6 et soutenu l'Ecole Française, le
haut niveau moral et scientifique de ses Directeurs, le courage exemplaire de
ceux qui ont accepté l’exigeante discipline de l’Ecole et ont donne les
meilleurs fruits de leur intelligence et de leur culture, ont véritablement fait
grandir ce chêne merveilleux et toujours vigoureux, planté au cœur de Rome,
voici cent ans déjà! Des hauteurs du Palais Farnèse, vous la contemplez et vous
la reconnaissez, cette «Cite sacerdotale et royale»! C’est la votre tradition,
votre vocation. C’est le service que vous rendez a la culture, à la société, a
l’Eglise. Nous vous en remercions de tout cœur.
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