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SACERDOTALIS CAELIBATUS
LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ
LE PAPE
PAUL VI SUR LE CÉLIBAT SACERDOTAL
Aux Evêques A ses confrères dans le sacerdoce et aux
fidèles du monde catholique tout entier
Vénérables Frères, chers Fils, Salut et Bénédiction
Apostolique
Le célibat sacré aujourd’hui
1. Le célibat sacré, que l’Eglise garde depuis des siècles comme un
joyau splendide, conserve toute sa valeur également à notre époque caractérisée
par une transformation profonde des mentalités et des structures.
Cependant, dans ce climat où fermentent tant de nouveautés, s’est fait
jour entre autres choses la tendance, voire la nette volonté, de presser
l’Eglise de remettre en question cette institution caractéristique. D’après
certains, l’observance du célibat ecclésiastique constituerait maintenant un
problème; elle deviendrait quasiment impossible de nos jours et dans notre
monde.
Une promesse de Notre part
2. Cet état de choses, qui émeut la conscience d’un certain nombre de prêtres
et de jeunes aspirants au sacerdoce et leur crée des perplexités, et qui déconcerte
beaucoup de fidèles, Nous oblige à tenir sans plus de délai la promesse faite
naguère aux Pères du Concile: Nous leur avions signifié notre projet de
donner plus d’éclat et de force au célibat sacerdotal, dans les
circonstances actuelles.(1) Depuis lors Nous avons longuement et instamment
invoqué les clartés et l’assistance de l’Esprit Saint et Nous avons, en présence
de Dieu, considéré les avis et les demandes reçus de tous côtés, surtout de
la part d’un bon nombre de Pasteurs de l’Eglise de Dieu.
La réalité et les problèmes
3. La question concernant le célibat
du clergé dans l’Eglise a longuement retenu Notre attention, dans toute son
ampleur et sa gravité : faut-il encore aujourd’hui maintenir cette
obligation exigeante et sublime pour les hommes qui désirent accéder aux
ordres majeurs ? L’observance de cette obligation est-elle possible,
est-elle opportune aujourd’hui ? Le temps ne serait-il pas venu de rompre
le lien qui, dans l’Église, attache le célibat au sacerdoce ? Cette
observance difficile pourrait-elle devenir facultative ? Le ministère
sacerdotal n’y gagnerait-il pas et le rapprochement œcuménique n’en
serait-il pas rendu plus aisé ? Que si cette noble loi du célibat doit
rester en vigueur, quelles sont les raisons qui aujourd’hui en montrent la
sainteté et la convenance ? Enfin moyennant quelles aides peut-elle être
respectée, et comment la vie sacerdotale y trouvera-t-elle, au lieu d’un
poids, un soutien ?
Ampleur et gravité de la question
4. Nous avons consacré une attention particulière aux objections de divers
genre qu’on a formulées contre le maintien du célibat sacerdotal. Un sujet
d’une telle importance et d’une si grande complexité ne Nous impose-t-il
pas, en vertu du service apostolique qui Nous incombe, de regarder loyalement la
réalité et les problèmes qu’elle implique, mais en projetant sur eux, comme
c’est aussi Notre devoir et Notre mission, la lumière de la vérité qui est
le Christ, dans l’intention d’accomplir en tout la volonté de Celui qui
Nous a appelé à cette charge, et de Nous montrer tel que Nous sommes devant
l’Eglise, serviteur des serviteurs de Dieu.
Les objections contre le célibat sacerdotal
Le célibat et le Nouveau Testament
5. Jamais comme à l’heure actuelle, on peut le dire, le thème du célibat
ecclésiastique n’a été étudié avec plus de rigueur sous tous ses aspects,
et cela aux différents plans : doctrinal, historique, social,
psychologique et pastoral ; bien souvent ce fut avec des intentions
fondamentalement droites, même si parfois elles ont été trahies dans leur
expression.
Examinons en toute honnêteté les objections principales opposées à la loi
qui lie le célibat au sacerdoce.
La première semble venir de la source la plus autorisée : le Nouveau
Testament, où nous est gardée la doctrine du Christ et des Apôtres, n’exige
point le célibat des ministres sacrés, mais le propose comme libre obéissance
à une vocation spéciale, à un charisme spécial (cf. Mt. 19, 11-12). Jésus
lui-même n’en a pas fait une condition préalable au choix des Douze, ni non
plus les Apôtres à l’égard des hommes qui étaient préposés aux premières
communautés chrétiennes (cf. 1 Tim 3, 2-5 ; Tit 1, 5-6).
Les Pères de l’Eglise
6. Le rapport étroit que les Pères de l’Eglise et les écrivains ecclésiastiques
ont établi, au cours des siècles, entre la vocation au ministère sacré et la
virginité consacrée, aurait son origine dans des mentalités et des situations
historiques très différentes des nôtres. Souvent les textes patristiques
recommandent au clergé, plutôt que de garder le célibat, de s’abstenir de
l’usage du mariage, et les raisons dont ils font état en faveur de la chasteté
parfaite des ministres sacrés semblent parfois inspirées par un pessimisme
exagéré quant à la condition charnelle de l’homme, ou par une conception
particulière de la pureté requise par le contact avec les choses saintes. Par
ailleurs les considérations reçues de l’antiquité ne cadreraient plus avec
tous les milieux socioculturels dans lesquels l’Eglise d’aujourd’hui est
appelée à œuvrer dans la personne de ses prêtres.
Vocation et célibat
7. Beaucoup d’objectants relèvent une difficulté dans le fait que la
discipline en vigueur fait coïncider le charisme de la vocation sacerdotale
avec le charisme de la chasteté parfaite comme état de vie du ministre de Dieu ;
dès lors ils se demandent s’il est juste d’écarter du sacerdoce ceux qui
auraient la vocation sacerdotale sans avoir en même temps celle du célibat.
Le célibat et la pénurie du clergé
8. Le maintien du célibat ecclésiastique dans l’Eglise causerait en outre
de très graves dommages là où la pénurie du clergé - que le Concile lui-même
a reconnue et déplorée avec tristesse (2) - crée des situations dramatiques
et des obstacles à la pleine réalisation du dessein divin du salut, allant
jusqu’à compromettre la possibilité même de la première annonce de
l’Evangile. D’aucuns en effet imputent l’inquiétante diminution numérique
du clergé au poids que représente l’obligation du célibat.
Ombres sur le célibat
9. On rencontre aussi la conviction que non seulement le régime du sacerdoce
conféré à des hommes mariés supprimerait l’occasion d’infidélités, de
désordres et de défections pénibles, qui sont pour l’Eglise entière autant
de blessures et de peines, mais qu’il permettrait aux ministres du Christ un témoignage
plus complet de vie chrétienne également dans le domaine de l’existence
familiale, domaine d’où leur état actuel les exclut.
Violence faite à la nature ?
10. Par ailleurs, il en est qui affirment avec insistance que le célibat
place le prêtre dans une condition physique et psychologique antinaturelle,
dommageable à l’équilibre et à la maturité de la personne humaine; il en résulte,
disent-ils, que souvent le cœur du prêtre se dessèche, manque de chaleur
humaine et de pleine communion avec ses frères dans leur vie et leur destin, et
est contraint à un isolement d’où naissent l’amertume et le découragement.
Ne serait-ce pas l’indice d’une violence injuste et d’un mépris
injustifiable de valeurs humaines fondées sur l’œuvre divine de la création
et intégrées dans l’œuvre de rédemption accomplie Par le Christ ?
Formation inadaptée
11. En outre, considérant la manière dont le candidat au sacerdoce en vient
à assumer une obligation d’une telle gravité, on objecte qu’en pratique
cet engagement résulte moins d’une décision vraiment personnelle que d’une
attitude passive, imputable à une formation inadéquate et insuffisamment
respectueuse de la liberté humaine; chez le jeune homme, en effet, le degré de
connaissance et d’auto-décision et la maturité psychophysique sont
notablement inférieurs; en tout cas, ils ne répondent pas à l’importance,
à la durée et aux difficultés réelles de l’obligation à contracter.
Le vrai point de vue
12. D’autres objections, Nous le savons, peuvent être élevées contre le
célibat du prêtre. C’est un sujet très complexe, qui touche au plus vif la
conception courante qu’on se fait de l’existence et qui projette sur elle la
lumière d’ordre supérieur que répand la vérité révélée. Une longue série
de difficultés se présentera à ceux qui " ne comprennent pas cette
réalité " (Mt. 19, 11), qui ignorent ou qui oublient le
" don de Dieu " (cf. Jn 4, 10) et à qui échappent
la logique supérieure de cette conception nouvelle de la vie, son étonnante
efficacité et sa plénitude débordante.
Témoignages du passé et du présent
13. Cet ensemble d’objections peut donner l’impression de couvrir la voix
séculaire et solennelle des Pasteurs de l’Eglise, des maîtres spirituels, du
témoignage vécu d’une légion innombrable de saints et de fidèles ministres
de Dieu, qui ont fait du célibat la réalité intime et le signe visible de
leur donation totale et joyeuse au mystère du Christ. Non, cette voix garde sa
force et sa sérénité; elle ne nous vient pas du seul passé, mais elle parle
encore maintenant. Toujours attentif à scruter la réalité, Nous ne pouvons
fermer les yeux à cette réalité étonnante et magnifique : de nos jours
encore il y a dans la sainte Eglise de Dieu, en toutes les parties du monde où
elle a planté ses tentes, des ministres sacrés sans nombre - sous-diacres,
diacres, prêtres, évêques - qui vivent en toute pureté le célibat
volontaire et consacré; et à côté d’eux, Nous ne pouvons pas ne pas
remarquer les foules des religieux, des religieuses, et aussi de jeunes gens, de
laïques, fidèles à leur engagement de chasteté parfaite. Celle-ci est vécue
non par dépréciation du don divin de la vie mais par un amour plus élevé
pour la vie nouvelle qui jaillit du mystère pascal. Elle est vécue dans une
austérité courageuse, avec un dynamisme spirituel épanouissant, avec une intégrité
exemplaire et aussi avec une certaine facilité. Ce phénomène impressionnant démontre
la présence de la réalité insigne du règne de Dieu vivant au sein de la société
moderne ; il y joue le rôle humble et bienfaisant de " lumière
du monde " et de " sel de la terre " (cf. Mt. 5,
13-14). Il Nous est impossible de taire Notre admiration : indiscutablement
là souffle l’Esprit du Christ.
Confirmation de la valeur du célibat
14. Nous estimons donc que la loi du célibat actuellement en vigueur doit,
encore de nos jours et fermement, être liée au ministère ecclésiastique ;
elle doit soutenir le ministre de l’Eglise dans son choix exclusif, définitif
et total de l’amour unique et souverain du Christ, du dévouement au culte de
Dieu et au service de l’Eglise, et elle doit qualifier son état de vie aussi
bien dans la communauté des fidèles que dans la société profane.
Le pouvoir de l’Eglise
15. Assurément, le charisme de la vocation sacerdotale, ordonné au culte
divin et au service religieux et pastoral du peuple de Dieu, reste distinct du
charisme qui fait choisir le célibat comme état de vie consacré (cf. nn. 5,
7) ; mais la vocation sacerdotale, encore qu’elle soit divine en son
inspiration, ne devient pas définitive et efficace sans l’approbation et
l’acceptation de ceux qui dans l’Eglise ont le pouvoir et la responsabilité
du ministère pour la communauté ecclésiale. Il appartient ainsi à
l’autorité de l’Eglise d’établir, selon les temps et les lieux, les
qualités à requérir concrètement des candidats pour qu’ils soient jugés
aptes au service religieux et pastoral de cette même Eglise.
Propos de l’Encyclique
16. En esprit de foi, Nous considérons l’occasion maintenant offerte par
la Providence comme opportune pour remettre en lumière, en termes plus adaptés
à la mentalité contemporaine, les raisons profondes du célibat sacré ;
en effet, si les difficultés affectant la foi " peuvent inciter
l’esprit à chercher une intelligence plus exacte et plus profonde de celle-ci ",(3)
il n’en va pas autrement de la discipline ecclésiastique, qui règle la vie
des croyants.
Nous trouvons une joie et un encouragement à contempler en cette occurrence
et de ce point de vue la richesse divine et la beauté de l’Eglise du Christ;
celles-ci ne sont pas toujours immédiatement perceptibles au regard humain,
parce qu’elles sont l’œuvre de l’amour du divin Chef de l’Eglise et
qu’elles se manifestent dans cette perfection de sainteté (cf. Eph. 5,
25-27) dont s’étonne l’entendement de l’homme et dont les forces de la créature
humaine ne suffisent pas à rendre compte.
PREMIÈRE PARTIE
I. Les raisons du célibat sacré
Le Concile et le célibat
17. Certes, comme l’a déclaré le second concile du Vatican, la virginité
" n’est pas exigée par la nature même du sacerdoce, ainsi que le
montrent la pratique de l’Eglise primitive et la tradition des Eglises
d’Orient ",(4) mais le même Saint Concile n’a pas hésité à
confirmer solennellement la loi ancienne, sainte et providentielle du célibat
sacerdotal, telle qu’elle existe actuellement, non sans exposer les motifs qui
la justifient aux yeux de quiconque sait apprécier les dons divins en esprit de
foi et avec la flamme intérieure de la générosité.
Arguments anciens dans une lumière nouvelle
18. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on réfléchit sur la " convenance
multiforme " (l. c.) du célibat pour les ministres de Dieu ; même
si les raisons explicites ont varié selon les différentes mentalités et
situations, elles s’inspirèrent toujours de considérations spécifiquement
chrétiennes avec, en dernière analyse, l’intuition des valeurs et motifs les
plus profonds. Ceux-ci peuvent être mieux mis en lumière, non sans
l’influence de l’Esprit-Saint, promis par le Christ aux siens pour la
connaissance des choses à venir (cf. Jean 16, 13) et pour faire avancer
dans le Peuple de Dieu l’intelligence du mystère du Christ et de l’Eglise;
à ce progrès concourt aussi l’expérience due à un sens plus pénétrant
des réalités spirituelles au cours des siècles.(5)
Sens christologique du célibat
La nouveauté du Christ
19. Le sacerdoce chrétien qui est nouveau ne se comprend qu’à la lumière
de la nouveauté du Christ, Pontife suprême et Prêtre éternel, qui a institué
le sacerdoce ministériel comme une participation réelle à son sacerdoce
unique.(6) Le ministre du Christ et l’intendant des mystères de Dieu (1
Cor. 4, 1) trouve donc en Lui son modèle immédiat et son idéal
souverain (cf. 1 Cor. 11, 1). Le Seigneur Jésus, Fils unique de Dieu,
envoyé dans le monde par son Père, s’est fait homme pour que l’humanité,
sujette au péché et à la mort, soit régénérée et, par une nouvelle
naissance (Jean 3, 5 ; Tit. 3, 5), entre dans le
royaume des cieux. S’étant consacré tout entier à la volonté de son Père
(Jean 4, 34 ; 17, 4), Jésus accomplit par son mystère
pascal cette création nouvelle (2 Cor. 5; Gal. 6, 15), introduisant
dans le temps et dans le monde une forme nouvelle, sublime, divine, de vie, qui
transforme la condition terrestre elle-même de l’humanité (cf. Gal. 3,
28).
Mariage et célibat dans la nouveauté du Christ
20. De par la volonté de Dieu, le mariage continue l’œuvre de la première
création (Gen. 2, 18); assumé dans le plan total du salut, il acquiert,
lui aussi un sens nouveau, une valeur nouvelle. De fait Jésus a restauré sa
dignité originelle (Mt. 19, 38), lui a rendu hommage (cf. Jean 2,
1-11) et l’a élevé à la dignité de sacrement et de signe mystérieux de sa
propre union avec l’Eglise (Eph. 5, 32). Ainsi les époux chrétiens
dans l’exercice de leur amour mutuel et l’accomplissement de leurs devoirs
spécifiques, dans la tendance à cette sainteté qui leur est propre, font
route ensemble vers la patrie céleste. Mais le Christ, Médiateur d’une
Alliance plus haute (Hébr. 8, 6), a ouvert un autre chemin où la
créature humaine, s’attachant totalement et directement au Seigneur,
exclusivement préoccupée de Lui et de ce qui Le concerne (1 Cor.
7, 33-35), manifeste de façon plus claire et plus complète la réalité
profondément novatrice de la Nouvelle Alliance.
Virginité et sacerdoce dans le Christ Médiateur
21. Le Christ, Fils unique du Père, du fait même de son incarnation, est
constitué Médiateur entre le ciel et la terre, entre le Père et le genre
humain. En pleine harmonie avec cette mission, le Christ est resté durant toute
sa vie dans l’état de virginité, qui signifie son dévouement total au
service de Dieu et des hommes. Ce lien profond qui, dans le Christ, unit la
virginité et le sacerdoce, se reflète en ceux à qui il échoit de participer
à la dignité et à la mission du Médiateur et Prêtre éternel, et cette
participation sera d’autant plus parfaite que le ministre sacré sera
affranchi de tout lien de la chair et du sang.(7)
Le célibat pour le royaume des cieux
22. Jésus, qui choisit les premiers ministres du salut, qui les voulut initiés
à l’intelligence des mystères du royaume des cieux (Mt. 13, 11 ;
Marc 4, 11 ; Luc 8, 10), coopérateurs de Dieu à un titre très
spécial et ses ambassadeurs (2 Cor. 5, 20), et qui les appela amis et frères
(Jean 15, 15 ; 20, 17), pour lesquels il s’est sacrifié lui-même
afin qu’ils fussent consacrés en vérité (Jean 17, 19), a promis une
récompense surabondante à quiconque aura abandonné maison, famille, épouse
et enfants pour le royaume de Dieu (Luc 18, 29-30). Davantage, il a
recommandé aussi,(8) en paroles lourdes de mystères et de promesses, une consécration
plus parfaite encore au règne des cieux par la virginité fruit d’un don
particulier (Mt. 19, 11-12). La réponse à ce charisme divin a comme
motif le règne des cieux (ibid., v. 12) ; et pareillement c’est
ce règne (Luc 18, 39), l’Evangile (Marc 10, 29) et le nom du
Christ (Mt. 19, 29) qui motivent les appels de Jésus aux renoncements
ardus que l’apôtre consentira pour une participation plus intime au destin du
Christ (cf. Marc l. c.).
Témoignage rendu au Christ
23. C’est donc le mystère de la nouveauté du Christ, de tout ce qu’Il
est lui-même et de ce qu’Il signifie, c’est la somme des idéaux les plus
élevés de l’Evangile et du royaume, c’est une manifestation particulière
de la grâce jaillissant du mystère pascal du Rédempteur, qui font la dignité
et le caractère désirable du choix de la virginité pour ceux qu’appelle le
Seigneur Jésus, et qui entendent ainsi participer non seulement à sa fonction
sacerdotale mais partager également avec Lui l’état de vie qui fut le sien.
Plénitude d’amour
24. La réponse à la vocation divine est une réponse d’amour à l’amour
que le Christ nous a manifesté de manière sublime (Jean 15, 13 ;
3, 16) ; elle se revêt de mystère dans l’amour de prédilection pour
les âmes auxquelles Il a fait entendre ses appels plus exigeants (cf. Marc 10,
21). La grâce multiplie avec une force divine les exigences de l’amour qui,
quand il est authentique, est total, exclusif, stable et perpétuel, et porte
irrésistiblement à tous les héroïsmes. Aussi le choix du célibat sacré
a-t-il toujours été considéré par l’Eglise " comme un signe et
un stimulant de la charité ": (9) signe d’un amour sans réserve,
stimulant d’une charité ouverte à tous. Qui pourrait jamais voir dans une
vie si totalement donnée - et donnée pour les motifs que nous avons exposés -
les signes d’une certaine pauvreté spirituelle ou de l’égoïsme, alors
qu’elle est et doit être un exemple rare et éminemment significatif d’une
existence qui trouve son moteur et son énergie dans l’amour, par quoi
l’homme exprime la grandeur qui est son apanage ? Qui pourra jamais
douter de la plénitude morale et spirituelle d’une vie vouée de la sorte non
pas à un idéal quelconque, serait-il très noble, mais au Christ et à son œuvre,
pour une humanité nouvelle, partout et dans tous les temps ?
Invitation à l’étude
25. Cette perspective biblique et théologique associe donc notre sacerdoce
ministériel à celui du Christ et elle trouve dans la donation totale du Christ
à sa mission salvifique l’exemple et la raison de notre assimilation à la
forme de charité et de sacrifice propre au Christ Rédempteur. Elle Nous paraît
si profonde et si riche de vérités spéculatives et pratiques, que Nous vous
invitons vous-mêmes, Frères vénérés, ainsi que ceux qui étudient la
doctrine catholique et les maîtres spirituels, et tous les prêtres capables
d’avoir l’intelligence intuitive et surnaturelle de leur vocation, à
continuer de chercher dans cette direction et de pénétrer les réalités
intimes et fécondes à y trouver. De la sorte, le lien entre sacerdoce et célibat
apparaîtra toujours mieux dans sa logique lumineuse et héroïque d’amour
unique et sans limites au Christ Seigneur et à son Eglise.
Sens ecclésiologique du célibat
Le célibat et l’amour du Christ et du prêtre pour l’Eglise
26. " Saisi par le Christ Jésus " (Phil. 3, 12)
jusqu’à s’abandonner totalement à Lui, le prêtre se configure plus
parfaitement au Christ également dans l’amour avec lequel le Prêtre éternel
a aimé l’Eglise son Corps, s’offrant tout entier pour elle, afin de s’en
faire une Epouse glorieuse, sainte et immaculée (cf. Eph. 5, 25-27).
La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l’amour
virginal du Christ pour l’Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle
de cette union, en vertu de quoi les fils de Dieu ne sont pas engendrés de la
chair et du sang (Jean 1, 13).(10)
Unité et harmonie de la vie sacerdotale : le ministère de
la Parole
27. En se vouant au service du Seigneur Jésus et de son Corps mystique, dans
une complète liberté que facilite l’offrande totale de soi, le prêtre réalise
plus pleinement l’unité et l’harmonie de sa vie sacerdotale.(11) Il développe
son aptitude à entendre la Parole de Dieu et à prier. La Parole de Dieu, que
garde l’Eglise, éveille dans le prêtre qui la médite chaque jour, qui la
vit et l’annonce aux fidèles, les résonances les plus vibrantes et les plus
profondes.
L’office divin et la prière
28. Ainsi, totalement et exclusivement appliqué aux affaires de Dieu et de
l’Eglise comme le Christ (cf. Luc 2, 49 ; 1 Cor. 7, 32-33),
le ministre du Christ, à l’imitation du souverain Prêtre, toujours vivant
devant Dieu pour intercéder en notre faveur (Hébr. 9, 24 ; 7, 25),
puise dans la récitation attentive et pieuse de l’Office divin, où il prête
sa voix à l’Eglise priant en union avec son Epoux,(12) une joie et un élan
toujours renouvelés et il ressent le besoin de s’adonner plus longuement et
assidûment à la prière, devoir éminemment sacerdotal (Act 6, 4).
Le ministère de la grâce et de l’Eucharistie
29. Le célibat confère à tout le reste de la vie du prêtre une plénitude
accrue de sens et d’efficacité sanctifiante. L’obligation particulière de
sa sanctification personnelle trouve en effet de nouveaux stimulants dans le
ministère de la grâce et celui de l’Eucharistie, en laquelle est contenu
tout le bien de l’Eglise; (13) agissant en représentant du Christ, le prêtre
s’unit plus intimement à l’offrande, en déposant sur l’autel toute sa
vie marquée des signes de l’holocauste.
Vie pleine et féconde
30. Quelles considérations ne pourrions-nous pas formuler encore sur ce que
le célibat ajoute aux virtualités du prêtre, à son service, à son amour, à
son sacrifice au bénéfice de tout le Peuple de Dieu ? Le Christ a dit de
lui-même : " si le grain de blé jeté en terre ne meurt pas, il
ne donne rien ; mais s’il meurt, il donne du blé en abondance "
(Jean 12, 24), et l’Apôtre Paul n’hésitait pas à s’exposer à
une mort quotidienne, pour obtenir que ses fidèles soient sa fierté dans le
Christ Jésus (1 Cor. 15, 31). Ainsi en va-t-il du prêtre :
en mourant quotidiennement à lui-même, en renonçant, par amour du Seigneur et
de son règne, à l’amour légitime d’une famille qui ne soit qu’à lui,
il trouvera la gloire d’une vie pleine et féconde dans le Christ, puisque,
comme Lui et en Lui, il aime tous les enfants de Dieu et se donne à eux.
Le célibat du prêtre par rapport à la communauté des fidèles
31. Dans la communauté des fidèles confiés à ses soins, le prêtre est le
Christ présent. Il convient donc au plus haut point qu’il en reproduise
l’image en tout et qu’il en suive l’exemple d’une manière spéciale,
dans sa vie personnelle comme dans son ministère. Pour ses fils dans le Christ,
le prêtre est un signe et un gage des réalités sublimes et nouvelles de ce
Royaume de Dieu dont il est le dispensateur : il possède en effet pour sa
part ces réalités au degré le plus parfait et il nourrit la foi et l’espérance
de tous les chrétiens, qui, en tant que tels, sont tenus d’observer la
chasteté selon leur état.
Efficacité pastorale du célibat
32. La consécration qui est faite au Christ en vertu d’un titre nouveau et
éminent, comme le célibat, assure en outre au prêtre - c’est bien évident,
- également dans le domaine pratique, le maximum d’efficacité et
l’attitude psychologique et affective la mieux adaptée à l’exercice
continuel de la charité parfaite: celle-ci lui permettra de se dépenser tout
entier au service de tous d’une manière plus universelle et plus concrète (2
Cor. 12, 15) ; (14) elle lui garantit certainement une liberté et une
disponibilité plus grandes dans le ministère pastoral,(15) dans la manière
d’être activement et fraternellement présent au monde, auquel le Christ
l’a envoyé (Jean 17, 18), pour qu’il se donne entièrement à tous
les fils de Dieu comme il est tenu de le faire (Rom. 1, 14).
Signification eschatologique du célibat
L’aspiration du Peuple de Dieu au Royaume céleste
33. Le royaume de Dieu, qui n’est pas de ce monde (Jean 18, 36), est
déjà présent ici-bas comme mystère, et il atteindra sa perfection lors de la
venue glorieuse du Seigneur Jésus.(16) De ce royaume, l’Eglise constitue
ici-bas le germe et les prémices. Tandis qu’elle grandit lentement mais sûrement,
elle aspire à l’état parfait du royaume et désire de toutes ses forces
s’unir à son Roi dans la gloire.(17)
Le peuple de Dieu en marche s’achemine, au cours de l’histoire, vers sa véritable
patrie (Phil. 3, 20), où la filiation divine des rachetés se
manifestera en plénitude (1 Jean 3, 2), et où resplendira désormais
sans ombre la beauté transfigurée de l’Epouse de l’Agneau divin.(18)
Le célibat comme signe des biens célestes
34. Notre Seigneur et Maître a déclaré " qu’à la résurrection...
on ne prendra ni femme ni mari, mais que tous seront comme les anges de Dieu
dans le Ciel " (Mt. 22, 30). Au milieu du monde
tellement engagé dans les tâches terrestres et si souvent dominé par les
convoitises de la chair (cf. 1 Jean 3, 2), le don précieux et
divin de la chasteté parfaite en vue du royaume des cieux constitue précisément
" un signe particulier des biens célestes " ; (19) il
proclame la présence parmi nous des temps derniers de l’histoire du salut
(cf. 1 Cor. 7, 29-31) et l’avènement d’un monde nouveau. Il anticipe
en quelque sorte la consommation du royaume en en affirmant les valeurs suprêmes,
qui resplendiront un jour en tous les fils de Dieu. Il constitue donc un témoignage
de l’aspiration du Peuple de Dieu vers le but dernier de son pèlerinage
terrestre, et une invitation pour tous à lever les yeux vers le ciel, là où
le Christ siège à la droite de Dieu, là où notre vie est cachée en Dieu
avec le Christ, jusqu’à ce qu’elle se manifeste dans la gloire (Col.
3, 1-4).
II. Le célibat dans la vie de l’Eglise
Dans l’antiquité
35. L’étude des documents historiques relatifs au célibat ecclésiastique
serait fort instructive mais trop longue. Qu’il suffise de donner ici les brèves
indications qui suivent. Dans l’antiquité chrétienne, les Pères de l’Eglise
et écrivains ecclésiastiques témoignent de la diffusion qu’avait pris chez
les ministres sacrés, tant en Orient qu’en Occident, la pratique librement
assumée du célibat,(20) à cause de son éminente convenance au don total
qu’ils font d’eux-mêmes au service du Christ et de son Eglise.
Dans l’Eglise d’Occident
36. A partir du début du IVe siècle, l’Eglise d’Occident, par suite des
interventions de plusieurs conciles provinciaux et des Souverains Pontifes,
renforça, développa et sanctionna cette pratique du célibat.(21) Ce furent
surtout les Pasteurs et Maîtres suprêmes de l’Eglise de Dieu, gardiens et
interprètes du patrimoine de la foi et de la pureté des mœurs chrétiennes,
qu’on vit promouvoir, protéger et restaurer le célibat ecclésiastique aux
différentes époques de l’histoire, même quand des oppositions se
manifestaient dans les rangs du clergé lui-même et que le relâchement des mœurs
dans une société en décadence ne favorisait guère les actes héroïques de
vertu. L’obligation du célibat fut ensuite solennellement sanctionnée par le
concile de Trente (22) et finalement insérée dans le Code de droit canonique
(Can. 132, § 1).
Le magistère pontifical plus récent
37. Les Souverains Pontifes de l’époque plus récente ont déployé
l’ardeur de leur zèle et leur effort doctrinal pour éclairer et stimuler le
clergé dans la pratique de cette observance.(23) A ce propos, Nous ne voulons
pas manquer de rendre un hommage spécial à la pieuse mémoire de Notre Prédécesseur,
dont le souvenir reste vivant au cœur des hommes. Au cours du Synode Romain, il
prononça, au milieu des approbations sans réticence de Notre clergé de Rome,
les paroles suivantes: " Nous sommes navré ... que certains puissent
s’imaginer que l’Eglise catholique en viendra délibérément ou par
convenance à renoncer à ce qui, durant de longs siècles, fut et demeure
l’une des gloires les plus nobles et les plus pures de son sacerdoce. La loi
du célibat ecclésiastique et le souci de la faire prévaloir évoquent
toujours les combats des temps héroïques, alors que l’Eglise du Christ dut
engager la lutte et réussit à faire triompher sa glorieuse trilogie, emblème
constant de victoire : Eglise du Christ libre, chaste et catholique"
.(24)
Dans l’Eglise d’Orient
38. Si la législation de l’Eglise Orientale en matière de discipline du célibat
ecclésiastique est différente, selon ce qui fut finalement établi par le
Concile " in Trullo " de 692 (25) et ouvertement reconnu par
le second Concile du Vatican,(26) cela est dû aussi à des circonstances
historiques différentes et propres à cette partie très noble de l’Eglise :
à cette situation spéciale, le Saint Esprit a providentiellement et
surnaturellement adapté son assistance.
Qu’il Nous soit permis de saisir l’occasion présente pour exprimer Notre
estime et Notre respect à l’ensemble du clergé des Eglises Orientales et
pour reconnaître les exemples de fidélité et de zèle qu’il donne et qui le
rendent digne d’une sincère vénération.
La voix des Pères Orientaux
39. Mais il est une autre raison qui Nous incite à maintenir intacte
la discipline touchant le célibat ecclésiastique, c’est l’éloge que les Pères
Orientaux font de la virginité. Nous entendons par exemple saint Grégoire de
Nysse nous rappeler que la vie " dans la virginité est l’image de
la béatitude qui nous attend dans le monde à venir " ; (27)
nous trouvons tout autant d’assurance dans la manière dont saint Jean
Chrysostome célèbre le sacerdoce : elle offre de nos jours encore un thème
à notre méditation. Voulant mettre en lumière l’harmonie qui doit nécessairement
accorder la vie privée du ministre de l’autel à la dignité que lui confèrent
ses fonctions sacrées, ce Père de l’Eglise affirme : " ... il
convient que celui qui s’approche du sacerdoce soit pur comme s’il était
aux cieux ".(28)
Indications significatives dans la tradition orientale
40. Il ne sera pas inutile non plus d’observer qu’en Orient l’épiscopat
est également réservé aux prêtres célibataires et que les prêtres, une
fois ordonnés, ne peuvent plus se marier. D’où il apparaît en quel sens ces
Eglises si respectables possèdent jusqu’à un certain point le principe du
sacerdoce célibataire et celui d’une certaine convenance entre le célibat et
le sacerdoce chrétien, dont les Evêques possèdent le couronnement et la plénitude.(29)
Fidélité de l’Eglise d’Occident à sa tradition propre
41. En tout cas, l’Eglise d’Occident ne peut pas faiblir dans la fidélité
à la tradition ancienne qui est la sienne ; il n’est pas pensable
qu’elle ait pendant des siècles suivi un chemin qui, au lieu de favoriser la
richesse spirituelle de chacun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon
compromis celle-ci, ou que, par des interventions juridiques arbitraires, elle
ait endigué le libre développement des réalités les plus profondes de la
nature et de la grâce.
Cas particuliers
42. En vertu de la norme fondamentale du gouvernement de l’Eglise
catholique à laquelle Nous avons fait allusion plus haut (n. 15), tout en
confirmant la loi qui réclame de ceux qui accèdent aux Ordres sacrés le choix
libre du célibat perpétuel, on pourra par ailleurs examiner les conditions spéciales
des ministres sacrés mariés, qui appartiennent à des Eglises ou communautés
chrétiennes encore séparées de la communion catholique, et qui, désirant adhérer
à la plénitude de cette communion et y exercer leur ministère, sont admis aux
fonctions sacerdotales. On examinera leur situation de manière à ne pas porter
pour autant préjudice à la discipline actuelle en matière de célibat.
L’autorité de l’Eglise ne se refuse pas à l’exercice de son pouvoir
en ce domaine. On peut en voir une preuve dans la possibilité, prévue par le récent
Concile, de conférer le diaconat même à des hommes mariés d’âge mûr.(30)
Confirmation de la loi
43. Mais il ne faut pas voir en tout cela un relâchement de la loi en
vigueur ni l’interpréter comme prélude à son abolition. Il y a mieux à
faire que d’encourager la considération de cette perspective ; elle
affaiblit dans les âmes la force et l’amour qui donnent au célibat assurance
et bonheur ; elle obscurcit la véritable doctrine qui justifie
l’existence du célibat et en exalte le rayonnement. Il faut bien plutôt
promouvoir les études par lesquelles la virginité et le célibat voient
confirmer leur vrai sens spirituel et leur valeur morale.(31)
Confiance de l’Eglise
44. La virginité pour Dieu est un don spécial. Toutefois l’Eglise
actuelle tout entière, officiellement représentée dans son universalité par
ses pasteurs responsables - tout en respectant, Nous l’avons dit, la
discipline des Eglises Orientales - a manifesté sa pleine conviction dans
l’Esprit-Saint que " le don du célibat, qui présente une telle
convenance pour le sacerdoce du Nouveau Testament, est libéralement accordé
par le Père, à condition que ceux qui participent au sacerdoce du Christ par
le sacrement de l’Ordre, et avec eux l’Eglise entière, le demandent
instamment et en toute humilité ".(32)
La prière du Peuple de Dieu
45. Nous invitons donc tout le Peuple de Dieu à se rassembler en quelque
sorte pour répondre à son obligation de faire croître le nombre de vocations
sacerdotales (33) en suppliant avec instance le Père de tous, l’Epoux divin
de l’Eglise, et l’Esprit Saint, qui en est l’âme, par l’intercession de
la Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise : que Dieu répande,
surtout en notre temps, ce don divin dont Il n’est certes pas avare ; et
que les âmes s’y disposent, en esprit de foi profonde et d’amour généreux.
Que de la sorte, dans notre monde, qui a besoin d’être éclairé par la
gloire de Dieu (cf. Rom. 3, 23), les prêtres, toujours plus
conformes au Prêtre unique et suprême, soient une gloire rayonnante du Christ
(2 Cor. 8, 23) et que par eux, resplendisse sur le monde
d’aujourd’hui la " gloire de la grâce " de Dieu (cf. Eph.
1, 6).
Le monde d’aujourd’hui et le célibat ecclésiastique
46. Oui, c’est précisément le monde dans lequel nous vivons
aujourd’hui, chers et vénérés Frères dans le sacerdoce, objet de Notre
amour " dans le cœur de Jésus-Christ " (Phil. 1,
8), c’est ce monde en crise de croissance et de transformation, si fier à
juste titre des valeurs humaines et des conquêtes de l’homme, c’est lui qui
a un urgent besoin du témoignage que constituent des vies consacrées aux
valeurs spirituelles les plus hautes et les plus sacrées. Ce témoignage est nécessaire
pour que notre époque ne soit pas privée d’une lumière d’essence très
rare et sans égale: celle des plus hautes conquêtes spirituelles.
Le petit nombre des prêtres
47. Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas hésité à confier à une poignée
d’hommes que tout le monde aurait jugés insuffisants en nombre et en qualité,
la charge écrasante d’évangéliser le monde connu d’alors. A ce " petit
troupeau ", il enjoignit de ne pas perdre courage (Luc 12, 32),
parce qu’il remporterait avec Lui et par Lui, grâce à son assistance
toujours présente (Mt. 28, 20), la victoire sur le monde (Jean
16, 33). Jésus nous a également avertis que le Royaume des Cieux possède en
lui-même une force propre et secrète qui lui permet de croître et d’arriver
à la moisson sans que l’homme le sache (Marc 4, 26-29). La moisson du
Royaume de Dieu est immense, et les ouvriers sont peu nombreux aujourd’hui
comme aux premiers jours; ils ne furent même jamais en nombre tel que le
jugement humain l’aurait cru suffisant. Mais le Seigneur du Royaume demande
qu’on prie afin que ce soit le Maître qui envoie lui-même les ouvriers dans
son champ (Mt. 9, 37-38). Les projets et la prudence humaines ne peuvent
usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui au cours de
l’histoire a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la puissance
de l’homme (1 Cor. 1, 20-31).
Le courage de la foi
48. Nous en appelons au courage de la foi pour dire cette conviction profonde
de l’Eglise: une réponse plus engagée et plus généreuse à la grâce, une
confiance plus explicite et plus entière en sa puissance mystérieuse et irrésistible,
un témoignage plus franc et plus plénier rendu au mystère du Christ, ne mèneront
jamais l’Eglise à une faillite dans sa mission de salut du monde entier, quoi
qu’il en soit des conjectures humaines et des apparences extérieures. Chacun
doit savoir qu’il peut tout en Celui qui seul donne la force aux âmes (Phil.
4, 13) et la croissance à son Eglise (1 Cor. 3, 6-7).
Le fond du problème
49. On ne peut croire toute simplement que l’abolition du célibat ecclésiastique
accroîtrait par le fait même et de façon notable le nombre de vocations:
l’expérience actuelle des Eglises et communautés ecclésiales où les
ministres sacrés peuvent se marier semble prouver le contraire. C’est surtout
d’autres côtés qu’il faut chercher la cause de la diminution des vocations
sacerdotales: par exemple, dans la perte ou l’affaiblissement du sens de Dieu
et du sacré au niveau individuel et parmi les familles, dans le fait qu’on
estime moins ou qu’on méconnaît l’Eglise comme l’institution qui apporte
le salut par la foi et les sacrements. Il faut donc, dans l’étude du problème,
aller aux éléments vraiment fondamentaux.
III. Le célibat et les valeurs humaines
Le célibat et l’amour
50. L’Eglise le sait bien et Nous l’avons dit plus haut (cf. n. 10) :
le choix du célibat ecclésiastique, qui entraîne une suite de renoncements
austères affectant l’homme au plus profond de lui-même, comporte aussi des
difficultés et des problèmes sérieux, auxquels on est aujourd’hui particulièrement
sensible. On pourrait croire que le célibat ne s’accorde pas avec la
reconnaissance des valeurs humaines, telle que l’Eglise l’a solennellement
proclamée lors du récent Concile. Mais une considération plus attentive révèle
qu’en sacrifiant pour l’amour du Christ l’amour humain tel qu’il se vit
dans la famille, le prêtre rend à cet amour humain un hommage insigne. C’est
en effet une chose admise par tout le monde que l’homme a toujours choisi pour
les offrir à Dieu son Créateur des dons dignes de qui les présente et de qui
les reçoit.
Grâce et nature
51. D’autre part l’Eglise ne peut ni ne doit ignorer que c’est la grâce
qui préside au choix du célibat - pourvu qu’on le fasse en toute prudence
humaine et chrétienne, de manière responsable. Or la grâce ne détruit pas la
nature et ne lui fait pas violence, mais elle l’élève et lui donne des
capacités et des énergies surnaturelles. Dieu, qui a créé l’homme et l’a
racheté, sait ce qu’il peut lui demander et lui donne tout ce qu’il faut
pour accomplir ce que lui demande son Créateur et Rédempteur. Saint Augustin,
avec sa large et douloureuse expérience de ce qu’est la nature de l’homme
s’écriait : " Seigneur, donne-nous ce que Toi-même Tu
commandes et commande ce que Tu veux ".(34)
Le poids réel des difficultés
52. Une connaissance loyale des difficultés réelles du célibat est extrêmement
utile, voire indispensable, au prêtre, pour qu’il ait pleine conscience des
conditions que le célibat suppose pour être authentique et bénéfique. Mais
avec autant de loyauté on se gardera d’attribuer à ces difFicultés une
importance et un poids supérieurs à ceux qu’elles ont en fait dans leur
contexte humain
Le célibat n’est pas contre nature
53. D’après les acquisitions désormais assurées de la science, on n’a
pas le droit de redire encore (cf. n. 10) que le célibat est contre-nature du
fait qu’il s’oppose à des exigences physiques, psychologiques et affectives
légitimes, auxquelles il faudrait nécessairement donner satisfaction pour
permettre la complète maturité de la personne humaine. L’homme, créé à
l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen. 1, 26-27), n’est pas
composé seulement de chair et l’instinct sexuel n’est pas tout en lui.
L’homme est aussi et avant tout intelligence, volonté, liberté: ces facultés
le rendent supérieur à l’univers et obligent à le regarder comme tel; elles
lui donnent de pouvoir maîtriser ses tendances physiques, psychologiques et
affectives.
Le motif profond du célibat
54. Le motif véritable et profond du célibat consacré est - Nous l’avons
déjà dit - le choix d’une relation personnelle plus intime et plus complète
au mystère du Christ et de l’Eglise, pour le bien de l’humanité tout entière:
dans ce choix les valeurs humaines les plus hautes, dont Nous venons de parler,
peuvent assurément trouver leur plus haute expression.
Le célibat, élévation de l’homme
55. Le choix du célibat ne comporte pas l’ignorance et le mépris de
l’instinct sexuel et de l’affectivité; ce qui nuirait à l’équilibre
physique et psychologique. Le célibat exige au contraire une compréhension
claire, une maîtrise de soi attentive et une sage sublimation des forces
psychologiques à un plan supérieur. De cette façon il élève l’homme tout
entier et contribue effectivement à sa perfection.
Le célibat et la maturation de la personnalité
56. Sans doute, le désir, naturel et légitime chez l’homme, d’aimer une
femme et de fonder un foyer est-il dépassé par le célibat, mais il n’est
pas dit que le mariage et la famille soient l’unique chemin menant à la
maturation intégrale de la personne humaine. Au cœur du prêtre l’amour
n’est pas éteint. Puisée à la source la plus pure (cf. 1 Jean 4,
8-16), exercée à l’imitation de Dieu et du Christ, la charité n’est pas
moins exigeante et concrète que tout amour authentique (cf. 1 Jean 3,
16-18). Elle élargit à l’infini les horizons du prêtre, elle approfondit et
dilate son sens des responsabilités - indice de maturité de la personne - et
elle forme en lui, comme expression d’une paternité plus haute et plus large,
une plénitude et une délicatesse de sentiments (35) qui sont pour lui une
richesse surabondante.
Le célibat consacré et le mariage
57. Tous les membres du Peuple de Dieu doivent rendre témoignage au mystère
du Christ et de son Règne, mais ce témoignage ne prend pas en tous une seule
et même forme. Laissant à ses fils laïcs et mariés la charge du témoignage
nécessaire d’une vie conjugale et familiale authentiquement et pleinement chrétienne,
l’Eglise confie à ses prêtres le témoignage d’une vie totalement donnée
aux réalités du Règne de Dieu dans ce qu’elles ont de plus nouveau et de
plus séduisant.
Si le prêtre n’a pas l’expérience personnelle et directe de la vie de
mariage, il ne manquera certainement pas d’une connaissance peut-être plus
profonde encore du cœur humain, en raison de sa formation, de son ministère et
de la grâce de son état. Cette pénétration lui fera atteindre à leur source
les problèmes de cet ordre et le qualifiera sérieusement comme conseiller et
soutien des époux et des familles chrétiennes (cf. 1 Cor. 2, 15). La présence,
près des foyers chrétiens, du prêtre qui vit pleinement son célibat
soulignera la dimension spirituelle de tout amour digne de ce nom, et son
sacrifice personnel méritera aux fidèles vivant dans les liens sacrés du
mariage la grâce d’une union véritable.
La solitude du prêtre qui garde le célibat
58. Il est indéniable que le prêtre, par son célibat, est un homme seul,
mais sa solitude n’est pas un vide, car elle est remplie de Dieu et de la
richesse surabondante de son Règne. En outre, il s’est préparé à cette
solitude, qui doit être une plénitude intérieure et extérieure de charité;
il l’a choisie en connaissance de cause, non par désir orgueilleux de se
singulariser, non pour se soustraire aux responsabilités communes, non pour
devenir étranger à ses frères ni par mépris du monde. Séparé du monde, le
prêtre n’est pas séparé du peuple de Dieu, car il est établi pour le bien
de tous (Hébr. 5, 1), voué entièrement à la charité (cf. 1 Cor.
14, 4 ss.) et à l’œuvre pour laquelle le Seigneur l’a choisi.
Le Christ et la solitude du prêtre
59. Parfois, la solitude pèsera douloureusement sur le prêtre, mais il ne
regrettera pas pour autant de l’avoir généreusement choisie. Le Christ, lui
aussi, aux moments les plus tragiques de sa vie, se trouva seul, abandonné de
ceux qu’il avait choisis comme témoins et compagnons de son existence, et
qu’il avait aimés jusqu’à la fin (Jean 13, 1). Mais il a affirmé :
" Je ne suis pas seul, car le Père est avec moi" (Jean 16,
32). Celui qui a choisi d’appartenir tout entier au Christ trouvera avant tout
dans l’intimité avec lui et dans sa grâce la force d’âme nécessaire pour
dissiper la tristesse et vaincre les découragements. La protection de la
Vierge, Mère de Jésus, l’aide maternelle de l’Eglise, au service de
laquelle il s’est donné, ne lui feront pas défaut, non plus que la
sollicitude de son père dans le Christ, l’évêque. Il aura aussi, pour
l’aider, l’amitié fraternelle de ses confrères dans le sacerdoce et
l’encouragement de tout le peuple de Dieu. Et s’il arrive que l’hostilité,
la défiance, l’indifférence des hommes rendent parfois très dure sa
solitude, il se verra associé de façon évidente au drame que vécut le
Christ, en apôtre qui n’est pas au-dessus de Celui qui l’a envoyé (cf. Jean
13, 16 ; 15, 18), en ami admis aux secrets les plus douloureux mais
aussi les plus glorieux de l’Ami divin qui l’a choisi, afin qu’une vie
apparemment vouée à la mort porte des fruits mystérieux de vie (cf. Jean 15,
15-16, 20).
DEUXIEME PARTIE
I. La formation sacerdotale
Une formation appropriée
60. La réflexion sur la beauté, l’importance et la profonde convenance de
la virginité sacrée pour les ministres du Christ et de l’Eglise impose aussi
à celui qui y remplit les fonctions de Maître et de Pasteur le devoir d’en
assurer et d’en promouvoir l’observance dès l’instant où commence la préparation
à l’accueil d’un don aussi précieux.
De fait, les difficultés et les problèmes qui rendent à certains
l’observance du célibat malaisée ou même impossible, découlent maintes
fois d’une formation sacerdotale qui, par suite des profondes transformations
de ces derniers temps, n’est plus tout à fait apte à former une personnalité
digne d’un Homme de Dieu (1 Tim. 6, 11).
L’application des normes du Concile
61. Le second concile œcuménique du Vatican a déjà donné sur ce point
des principes et des normes très sages, qui mettent à profit notamment les
progrès de la psychologie et de la pédagogie et qui tiennent compte de l’évolution
de la condition des hommes et de la société contemporaine.(37) Nous voulons
que des instructions soient publiées au plus tôt, dans lesquelles le thème
sera traité avec toute l’ampleur qui s’impose et en faisant appel à la
collaboration d’experts, de manière à fournir une aide qualifiée et
opportune à ceux qui ont dans l’Eglise la très lourde charge de former les
futurs prêtres.
Réponse personnelle à la vocation divine
62. Le sacerdoce est un ministère institué par le Christ au service de son
Corps mystique qui est l’Eglise : c’est donc à l’autorité de
celle-ci qu’il appartient d’appeler au sacerdoce ceux qu’elle juge aptes,
c’est-à-dire ceux à qui Dieu a accordé, en plus des autres signes de la
vocation ecclésiastique, le charisme du célibat sacré (cf. n. 15).
En vertu de ce charisme, corroboré par la loi canonique, l’homme est appelé
à donner sa réponse par une décision libre et dans un don total de lui-même,
en subordonnant son propre moi au bon plaisir de Dieu qui l’appelle. Concrètement,
la vocation divine se manifeste dans un individu déterminé, avant sa propre
structure personnelle, à laquelle la grâce n’a pas l’habitude de faire
violence. Chez le candidat au sacerdoce, on doit donc développer le sens de
l’accueil du don divin et de la disponibilité à l’égard de Dieu, en
donnant une importance essentielle aux moyens surnaturels.
Le plan de la nature et le plan de la grâce
63. Mais en même temps il est nécessaire de tenir exactement compte de l’état
biologique et psychologique du candidat pour pouvoir le guider et l’orienter
vers l’idéal du sacerdoce. Une formation vraiment appropriée doit donc
coordonner harmonieusement le plan de la grâce et celui de la nature chez un
sujet dont on connaisse clairement les conditions réelles et les capacités
effectives. Dès qu’apparaissent les signes d’une vocation, on devra étudier
avec le plus grand soin les conditions réelles du sujet, sans se contenter
d’un examen rapide et superficiel, en recourant aussi, le cas échéant, à
l’assistance et à l’aide d’un médecin ou d’un psychologue compétent.
L’on ne devra pas omettre de faire une enquête sérieuse sur les antécédents
familiaux du candidat, afin de s’assurer de son aptitude également sous cet
aspect très important des facteurs héréditaires.
Les sujets inaptes
64. Les sujets qui ont été reconnus physiquement et psychiquement ou
moralement inaptes doivent être aussitôt écartés de la voie du sacerdoce: il
s’agit là d’un très grave devoir qui incombe aux éducateurs. Ceux-ci
doivent en avoir conscience; ils ne doivent pas s’abandonner à de fallacieux
espoirs et à de dangereuses illusions, ni permettre d’aucune façon au
candidat de nourrir des illusions semblables, vu les conséquences dommageables
qui en résulteraient pour le sujet lui-même et pour l’Eglise. Une vie qui,
comme celle du prêtre gardant le célibat, comporte un si total et si intime
engagement dans toute sa structure intérieure et extérieure, exclut en effet
les sujets insuffisamment équilibrés du point de vue psychophysiologique et
moral ; et l’on ne peut prétendre que, en ce domaine, la grâce supplée
la nature.
Développement de la personnalité
65. Une fois que l’aptitude du sujet a été reconnue et que celui-ci a été
admis à parcourir l’itinéraire qui le conduira jusqu’au sacerdoce, l’on
devra avoir soin de développer progressivement sa personnalité par l’éducation
physique, intellectuelle et morale, de façon à lui faire acquérir le contrôle
et la maîtrise personnelle des instincts, des sentiments et des passions.
Nécessité d’une discipline
66. Une preuve du développement de la personnalité est la fermeté de
caractère avec laquelle on accepte une discipline personnelle et communautaire,
comme celle qui est exigée par la vie sacerdotale. Cette discipline - dont
l’absence ou l’insuffisance est regrettable car elle expose à de graves
dangers - ne doit pas être seulement supportée comme quelque chose d’imposé
de l’extérieur, mais elle doit pour ainsi dire être intériorisée et insérée
dans l’ensemble de la vie spirituelle comme un élément indispensable.
L’initiative personnelle
67. L’éducateur mettra tout son savoir-faire à cultiver chez les jeunes
la vertu très évangélique de la sincérité (cf. Mt. 5, 37) et
de la spontanéité; il favorisera donc les bonnes initiatives personnelles pour
que le sujet apprenne à se connaître et à se juger, à assumer en
connaissance de cause ses propres responsabilités et à acquérir la maîtrise
de soi qui est d’une souveraine importance dans l’éducation du futur prêtre.
L’exercice de l’autorité
68. L’exercice de l’autorité, dont on doit maintenir fermement le
principe dans tous les cas, s’inspirera d’une sage modération et d’une
attitude pastorale; il se pratiquera dans un climat de dialogue et dans un entraînement
graduel, ce qui permettra à l’éducateur de comprendre de façon toujours
plus pénétrante la psychologie du séminariste et, en faisant appel à la
conviction personnelle, donnera à toute l’œuvre éducative un caractère éminemment
convaincant et positif.
Un choix fait en connaissance de cause
69. La formation intégrale du candidat au sacerdoce doit viser à lui
permettre de prendre avec une âme pacifiée, un cœur convaincu et libre, les
graves engagements qu’il se devra d’assumer en sa propre conscience, devant
Dieu et devant l’Eglise.
L’ardeur et la générosité sont d’admirables qualités de la jeunesse;
quand elles sont éclairées et bien soutenues, ces vertus lui méritent, avec
les bénédictions du Seigneur, l’admiration et la confiance de l’Eglise et
de tous les hommes. Aux jeunes on ne cachera aucune des réelles difficultés
d’ordre personnel ou social que leur choix leur occasionnera, afin de purifier
leur enthousiasme de ce qu’il aurait de superficiel et d’illusoire. Mais, en
même temps que les difficultés, il sera juste de mettre en relief avec non
moins de vérité et de netteté la grandeur et la noblesse du choix qu’ils
s’apprêtent à faire: car s’il provoque dans la personne humaine un certain
manque au plan physiologique et psychique, ce choix lui apporte d’un autre côté
une plénitude intérieure capable de sublimer son être profond.
Une ascèse pour la maturation de la personnalité
70. Les jeunes doivent acquérir la conviction que le chemin sur lequel ils
s’engagent est difficile et qu’ils ne pourront le parcourir sans une ascèse
particulière, propre aux aspirants au sacerdoce et plus rigoureuse que celle à
laquelle sont tenus tous les autres fidèles. Une ascèse sévère, mais qui ne
doit pas écraser le sujet, une ascèse constituée par la pratique réfléchie
et assidue des vertus qui font d’un homme un prêtre : un très profond
renoncement à soi-même - condition essentielle pour suivre le Christ (Mt. 16,
24 ; Jean 12, 25) -, l’humilité et l’obéissance comme
expression de vérité intérieure et de liberté ordonnée ; la prudence
et la justice, la force et la tempérance, vertus indispensables pour le développement
d’une vraie et profonde vie religieuse; le sens de responsabilité, de fidélité
et de loyauté dans la façon d’assumer ses propres engagements; le maintien
d’un équilibre harmonieux entre la contemplation et l’action; le détachement
et l’esprit de pauvreté, qui donnent force et vigueur à la liberté évangélique;
la chasteté, résultat d’un combat persévérant, s’harmonisera avec toutes
les autres vertus naturelles et surnaturelles; les contacts sereins et confiants
établis avec le monde au service duquel le candidat se consacrera par amour du
Christ et pour l’avènement de son Règne.
De cette manière, l’aspirant au sacerdoce acquerra, avec l’aide de la grâce
divine, une forte personnalité, bien équilibrée et douée de maturité,
heureuse synthèse des éléments innés et acquis, harmonieuse coordination de
toutes les facultés sous la lumière de la foi et de l’union intime avec le
Christ, qui l’a choisi afin qu’il soit à Lui et se consacre au ministère
du salut du monde.
Périodes d’épreuve
71. Cependant pour arriver à une plus grande certitude dans le jugement à
porter sur l’aptitude d’un jeune à l’égard du sacerdoce et pour obtenir
avec le cours des années la preuve qu’il a atteint sa maturité humaine et
surnaturelle, compte tenu par ailleurs du fait que " lorsqu’on se
livre à l’apostolat, il est plus difficile de bien se comporter à cause des
périls extérieurs ",(38) il sera utile que pendant certaines périodes
d’essai l’engagement dans le célibat soit mis à l’épreuve, avant que ce
dernier ne devienne stable et définitif avec le presbytérat.(39)
Le choix du célibat comme don de soi-même
72. Une fois obtenue la certitude morale que la maturité du candidat offre
des garanties suffisantes, celui-ci sera en mesure d’assumer le grave et doux
engagement de la chasteté sacerdotale, comme don total de soi-même au Seigneur
et à son Eglise.
De cette manière, l’obligation du célibat, qui, par la volonté de
l’Eglise, est objectivement liée à l’Ordination sacrée, devient une
obligation personnelle propre au sujet, assumée sous l’action de la grâce
divine, en pleine connaissance de cause et liberté, mais, évidemment, non sans
les conseils prudents et sages de directeurs spirituels compétents, qui ne
visent pas à imposer mais à rendre plus consciente la grande et libre option.
Dans ce moment solennel, qui décidera pour toujours de l’orientation de toute
sa vie, le candidat sentira non la pression d’une injonction extérieure mais
la joie intime qui découle d’un choix fait par amour du Christ.
II. La vie sacerdotale
Une conquête permanente
73. Le prêtre ne doit pas croire que l’Ordination lui rende tout facile et
le mette définitivement à l’abri de toute tentation ou danger. La chasteté
n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais elle est le résultat d’une
laborieuse conquête à poursuivre tous les jours. Le monde de notre temps met
en grand relief les valeurs positives de l’amour dans les rapports entre les
sexes, mais il a aussi multiplié les difficultés et les risques en ce domaine.
Il est donc nécessaire que le prêtre, pour sauvegarder avec tout le soin voulu
sa chasteté et pour en affirmer la signification sublime, considère d’un
regard lucide et serein sa condition d’homme engagé dans un combat spirituel
contre les séductions de la chair en lui-même et dans le monde et qu’il ne
cesse de renouveler sa résolution de parfaire toujours plus et toujours mieux
son offrande irrévocable, qui exige de lui une fidélité totale, loyale et réaliste.
Les moyens surnaturels
74. Une force et une joie nouvelles attendent le prêtre du Christ qui
s’applique à approfondir chaque jour dans la méditation et la prière les
motifs de sa donation et la conviction d’avoir choisi la meilleure part. Il
implorera avec humilité et persévérance la grâce de la fidélité, qui
n’est jamais refusée à qui la demande d’un cœur sincère, sans omettre en
même temps de recourir aux moyens naturels et surnaturels dont il dispose. Et
en particulier, il ne négligera pas l’observance de ces règles ascétiques
dont la valeur est garantie par l’expérience de l’Eglise et qui ne sont pas
moins nécessaires dans le monde d’aujourd’hui que dans le passé.(40)
Une intense vie spirituelle
75. Le prêtre doit s’appliquer avant tout à développer avec tout
l’amour que la grâce lui inspire son intimité avec le Christ, s’efforçant
d’en explorer l’inépuisable et béatifiant mystère; il doit acquérir un
sens toujours plus profond du mystère de l’Eglise, en dehors duquel son état
de vie risquerait de lui apparaître déraisonnable et sans fondement.
Une piété sacerdotale, alimentée à la table de la Parole de Dieu et de la
sainte Eucharistie, vécue à l’intérieur du cycle annuel de la Liturgie,
animée par une dévotion tendre et éclairée envers la Vierge, Mère du Prêtre
souverain et éternel, et Reine des Apôtres,(41) le mettra en contact avec les
sources d’une authentique vie spirituelle, qui seule donne un fondement solide
à l’observance de la virginité.
L’accomplissement du ministère sacerdotal
76. Avec l’aide de la grâce et dans la paix du cœur, le prêtre fera
front avec grand courage aux multiples obligations de sa vie et de son ministère
et il trouvera en elles, pourvu qu’elles soient remplies avec esprit de foi et
avec zèle, de nouvelles occasions de manifester sa totale appartenance au
Christ et à son Corps Mystique pour sa propre sanctification et celle
d’autrui. La charité du Christ qui le presse (2 Cor. 5, 14) l’aidera
non pas à renoncer aux meilleurs sentiments de son âme, mais à les sublimer
et à les approfondir en esprit de consécration - à l’imitation du Christ,
le Souverain Prêtre qui participa intimement à la vie des hommes et les aima
et souffrit pour eux (Hébr. 4, 15) et à la ressemblance de l’Apôtre
Paul, qui faisait siens les soucis de tous (1 Cor. 9 22 ; 2 Cor. 11,
29) - pour répandre dans le monde la lumière et la puissance de l’Evangile
de la grâce de Dieu (Act. 20, 24).
Défense contre les dangers
77. Justement jaloux du don total qu’il a fait au Seigneur, le prêtre doit
savoir se défendre de ces inclinations du sentiment qui mettent en jeu une
affectivité non suffisamment éclairée et contrôlée par l’esprit et
s’abstenir soigneusement de chercher des justifications spirituelles et
apostoliques à ce qui ne serait que des entraînements dangereux du cœur.
Ascèse virile
78. La vie sacerdotale exige une intensité spirituelle, authentique et
solidement établie, pour vivre de l’Esprit et pour se conformer à l’Esprit
(Gal. 5, 25), une ascèse intérieure et extérieure vraiment virile de
la part de celui qui, appartenant à un titre spécial au Christ, a en lui et
pour lui crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises (Gal. 5,
24), et n’hésite pas pour cela à affronter de dures et longues épreuves
(cf. 1 Cor. 9, 26-27). Le ministre du Christ pourra ainsi mieux
manifester au monde les fruits de l’Esprit qui sont " charité,
joie, paix, patience, bénignité, douceur, fidélité, modération, tempérance,
chasteté " (Gal. 5, 22-23).
La fraternité sacerdotale
79. La chasteté sacerdotale est également fortifiée, garantie et protégée
par un genre de vie, par un milieu et par une activité qui siéent à un
ministre de Dieu: il est donc nécessaire que soit développée au maximum cette
" intime fraternité sacramentelle " (42) qui lie tous les
prêtres entre eux du fait de leur Ordination sacerdotale. Le Christ notre
Seigneur nous a enseigné l’importance du commandement nouveau de la charité
et il en a donné un magnifique témoignage, précisément au moment où il
institua le sacrement de l’Eucharistie et du sacerdoce catholique et pria le Père
céleste pour que l’amour avec lequel le Père l’a aimé depuis toujours fût
dans ses ministres et Lui-même en eux (Jean 17, 26).
Communion d’esprit et de vie des prêtres
80. Que la communion d’esprit entre les prêtres soit donc parfaite et que
soient intenses les échanges de prières, de paisible amitié et d’aide
mutuelle de tout genre. On ne recommandera jamais suffisamment aux prêtres une
certaine vie commune qui s’oriente tout entière vers le ministère proprement
spirituel ; la pratique de rencontres fréquentes au cours desquelles ont
lieu de fraternels échanges d’idées, de conseils et d’expériences entre
confrères ; l’encouragement à entrer dans des associations qui
favorisent la sainteté sacerdotale.
Charité pour les confrères en péril
81. Que les prêtres réfléchissent à l’avertissement donné par le
Concile (43) qui leur rappelle leur commune participation au sacerdoce afin
qu’ils se sentent vivement responsables à l’égard de leurs confrères en
butte à des difficultés mettant sérieusement en danger le don divin qui est
en eux. Qu’ils se sentent brûler de charité pour ces confrères qui ont
davantage besoin d’amour, de compréhension, de prières, d’une aide discrète
mais efficace et qui ont des titres pour compter sur la charité sans limites de
ceux qui sont et doivent être plus que quiconque leurs vrais amis.
Renouveler la décision prise
82. Nous voudrions finalement, en guise de complément et de souvenir de
Notre entretien épistolaire avec vous, vénérables Frères dans l’épiscopat,
et avec vous, prêtres et ministres de l’autel, suggérer que chacun d’entre
vous prenne la résolution de renouveler chaque année, au jour anniversaire de
sa propre Ordination ou bien tous ensemble spirituellement unis le Jeudi Saint,
jour de l’institution du sacerdoce, le don total et confiant au Christ notre
Seigneur, afin de ranimer ainsi en vous la prise de conscience de votre élection
à son divin service, et de réitérer en même temps, avec humilité et
courage, la promesse de votre indéfectible fidélité à son unique amour et à
votre oblation de chasteté parfaite (cf. Rom. 12, 1).
II. Douloureuses désertions
La vraie responsabilité
83. Ici c’est d’un cœur paternel et affectueux, non sans anxiété et
beaucoup de peine, que Nous Nous tournons vers ces infortunés frères dans le
sacerdoce qui restent toujours Nos frères très aimés et dont l’éloignement
fait toujours Notre regret, vers ceux-là qui, tout en conservant dans l’âme
la marque du caractère sacré qui leur fut conféré par l’Ordination
sacerdotale, ont été ou sont malheureusement infidèles aux obligations
contractées au temps de leur consécration.
Leur état lamentable et les conséquences privées et publiques qui en découlent
portent certains à se demander si ce n’est pas précisément le célibat qui
est responsable en quelque manière de tels drames et des scandales qui en découlent
pour le peuple de Dieu. En réalité, la responsabilité retombe non sur le célibat
sacré lui-même, mais sur le fait de n’avoir pas su toujours évaluer à
temps de manière satisfaisante et prudente les qualités du candidat au
sacerdoce ou bien sur la façon dont les ministres sacrés vivent leur totale
consécration.
Les motifs de dispense
84. L’Eglise est très sensible au triste sort de ces fils qui lui
appartiennent et elle considère comme nécessaire de faire tous les efforts
possibles pour prévenir ou pour guérir les maux qui lui viennent de leur défection.
Suivant l’exemple de Nos immédiats prédécesseurs de sainte mémoire, Nous
avons, Nous aussi, voulu et disposé que dans les causes concernant
l’ordination sacerdotale l’enquête fût étendue à des motifs très sérieux
non prévus par la législation canonique actuelle (cf. C.I.C., can. 214), —
motifs qui peuvent donner lieu à des doutes fondés et réels sur la pleine
liberté et responsabilité du candidat au sacerdoce et sur son aptitude à l’état
sacerdotal - de manière à libérer ceux qu’un sérieux procès judiciaire
fait apparaître comme n’étant vraiment pas faits pour cet état de vie.
La concession des dispenses
85. Les dispenses qui sont éventuellement concédées, dans une proportion
en vérité minime au regard du grand nombre des prêtres bons et dignes, tout
en pourvoyant avec justice au bien spirituel des individus, démontrent aussi la
sollicitude de l’Eglise pour la sauvegarde du célibat sacré et la fidélité
intégrale de tous ses ministres. En l’occurrence l’Eglise ne procède
qu’avec tristesse, spécialement dans les cas particulièrement douloureux où
le refus de porter dignement le joug suave du Christ est dû à des crises de
foi ou à des faiblesses morales et où par conséquent il engage souvent la
responsabilité de l’intéressé et suscite le scandale des fidèles.
Appel chaleureux
86. Oh! s’ils savaient ces prêtres quelle peine, quel déshonneur, quelle
inquiétude ils causent à la sainte Eglise de Dieu, s’ils réfléchissaient
à la solennité et à la beauté des engagements qu’ils ont pris et aux
dangers auxquels ils s’exposent en cette vie et pour la vie future, ils
seraient plus prudents et plus réfléchis dans leur décision, plus assidus à
la prière, plus logiques et courageux dans la prévention des causes de leur
chute spirituelle et morale.
Soins maternels de l’Eglise
87. L’Eglise manifeste un intérêt maternel particulier pour les cas des
prêtres encore jeunes, qui avaient commencé avec zèle et enthousiasme leur
vie de ministère : n’est-il pas facile aujourd’hui, dans la tension de
l’engagement sacerdotal, qu’ils éprouvent un moment de découragement, de
doute, de passion, de folie ? C’est pourquoi l’Eglise veut que l’on
tente, spécialement pour ces cas, tous les moyens de persuasion en vue
d’aider le frère qui chancelle à retrouver la paix et la confiance, à
s’engager dans la voie du repentir et de la reprise ; c’est seulement
lorsque le cas ne présente aucune autre solution possible que l’infortuné
ministre de l’Eglise est exclu de l’exercice du ministère sacerdotal.
Justice et charité de l’Eglise
88. S’il s’avère que le sujet soit irrécupérable pour le sacerdoce
mais qu’il présente cependant de sérieuses et bonnes dispositions en vue
d’une vie chrétienne de laïc, le Siège Apostolique, après avoir étudié
toutes les circonstances et d’accord avec l’Ordinaire du lieu ou avec le Supérieur
religieux, laissant encore l’amour l’emporter sur la douleur, concède
parfois toutes les dispenses requises, non sans les accompagner de
l’imposition d’œuvres de piété et de réparation, afin que demeure dans
ce fils infortuné, mais toujours cher, un signe salutaire de la douleur
maternelle de l’Eglise et un rappel plus vif du besoin que nous avons de la
divine miséricorde.
Encouragement et avertissement
89. Une telle discipline, sévère et miséricordieuse à la fois,
s’inspirant toujours de la justice et de la vérité, d’une prudence et
d’une réserve suprêmes, contribuera sans aucun doute à confirmer les bons
prêtres dans leur propos de vivre d’une manière irréprochable et sainte,
et, pour les aspirants au sacerdoce, elle sera un avertissement qui les aidera,
sous la sage direction de leurs éducateurs, à avancer vers l’autel en pleine
connaissance de cause, avec un désintéressement absolu, avec le désir généreux
de correspondre à la grâce divine et à la volonté du Christ et de son
Eglise.
Consolation
90. Enfin, Nous ne voulons pas manquer de remercier le Seigneur avec une joie
profonde, en signalant qu’un bon nombre de ceux qui furent malheureusement
infidèles pour un temps à leurs engagements, ont pu, en recourant avec une émouvante
bonne volonté à tous les moyens adaptés et principalement à une vie de prière
intense, d’humilité, d’efforts persévérants soutenus par l’assiduité
au sacrement de pénitence, retrouver par la grâce du Souverain Prêtre la voie
juste et redevenir, pour la joie de tous, ses ministres exemplaires.
IV. La paternité de l'Evêque
L’Evêque et ses prêtres
91. Les prêtres, si chers à Notre cœur, ont le droit et le devoir de
trouver en Vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, une aide irremplaçable
et très solide pour observer plus aisément et plus heureusement les
engagements qu’ils ont pris. C’est vous qui les avez acceptés et destinés
au sacerdoce, c’est vous qui leur avez imposé les mains ; c’est à
vous qu’ils sont unis dans la charge sacerdotale et en vertu du sacrement de
l’Ordre ; c’est vous qu’ils rendent présent dans la communauté de
leurs fidèles ; c’est à vous qu’ils sont unis d’un cœur confiant
et magnanime, prenant sur eux, selon leur degré, vos devoirs et votre
sollicitude.(44) En choisissant le célibat sacré, ils se sont réglés sur
l’exemple de ce qui a été pratiqué depuis l’Antiquité par les évêques
d’Orient et d’Occident : cela constitue entre l’évêque et le prêtre
un nouveau motif de communion et une raison de la vivre plus intimement.
Responsabilité et charité pastorale
92. Toute la tendresse de Jésus pour ses Apôtres se manifesta en pleine évidence
lorsqu’il les fit les ministres de son Corps réel et de son Corps mystique
(cf. Jean ch. 13-17) ; vous aussi, dans la personne de qui " le
Seigneur Jésus-Christ, Souverain Pontife, est présent au milieu des fidèles ",(45)
vous savez devoir le meilleur de votre cœur et de vos soucis pastoraux aux prêtres
et aux jeunes gens qui se préparent au sacerdoce.(46) Vous ne pourrez mieux
manifester cette conviction que par le sens de votre responsabilité et par la
charité sincère et inépuisable avec laquelle vous présiderez à l’éducation
des séminaristes et aiderez par tous les moyens les prêtres à se maintenir
fidèles à leur vocation et à leurs devoirs.
Le cœur de l’Evêque
93. Que la solitude humaine du prêtre, source assez fréquente de découragements
et de tentations, soit comblée avant tout par votre présence et votre action
fraternelles et amicales.(47) Avant d’être des supérieurs et des juges,
soyez pour vos prêtres des maîtres, des pères, des amis et des frères bons
et miséricordieux, prêts à comprendre, à compatir, à aider. Encouragez de
toutes les manières vos prêtres à avoir avec vous une amitié personnelle et
une ouverture confiante, qui ne supprime pas mais domine dans la charité
pastorale le rapport d’obéissance juridique, afin que l’obéissance elle-même
soit plus généreuse, loyale et sûre. Une amitié dévouée et une confiance
filiale envers vous permettront aux prêtres de vous ouvrir à temps leur âme,
de vous confier leurs difficultés, dans la certitude de pouvoir toujours
disposer de votre cœur pour vous faire confidence même des échecs éventuels,
sans la crainte servile du châtiment, mais dans l’attente filiale de la
correction, du pardon et du secours qui les encourageront à reprendre avec une
nouvelle confiance leur chemin ardu.
Autorité et paternité
94. Vous êtes certainement tous convaincus, Vénérables Frères, que rendre
à une âme sacerdotale la joie et l’enthousiasme pour sa propre vocation, la
paix intérieure et le salut, est un important et magnifique ministère qui a
des répercussions incalculables sur une multitude d’âmes. Et si, à un
certain moment, vous êtes contraints de recourir à votre autorité et à une
juste sévérité envers le petit nombre de ceux qui, après avoir résisté à
votre cœur, causent par leur conduite le scandale du peuple de Dieu, ayez soin
en prenant les mesures nécessaires, de viser avant tout à obtenir leur
repentir. A l’imitation du Seigneur Jésus, Pasteur et Evêque de nos âmes (1
Petr. 2, 25), ne brisez pas le roseau déjà froissé, n’éteignez pas la
mèche qui fume encore (Mt. 12, 20) ; guérissez les plaies comme Jésus
(cf. 9, 12), sauvez ce qui était perdu (cf. Mt. 18, 11), allez, avec
anxiété et amour, à la recherche de la brebis perdue pour la reporter à la
chaleur du bercail (cf. Luc 15, 24 ss.) et tentez comme lui
jusqu’à la fin (cf. Luc 22, 48) de rappeler l’ami infidèle.
Magistère et vigilance
95. Nous sommes sûrs, Vénérables Frères, que vous ne négligerez rien
pour cultiver assidûment dans votre clergé, par votre doctrine et votre
sagesse, par votre ferveur pastorale, l’idéal du célibat sacré, et que vous
ne perdrez jamais de vue les prêtres qui ont abandonné la maison de Dieu, qui
est leur vraie maison, quelle que soit l’issue de leur douloureuse aventure,
car ils restent pour toujours vos fils.
V. La part des fidèles
Responsabilité de tout le peuple de Dieu
96. La vertu sacerdotale est un bien de l’Eglise tout entière, c’est une
richesse et une gloire non humaine, qui a pour effet l’édification et le bien
de tout le peuple de Dieu; c’est pourquoi Nous voulons adresser Notre
affectueuse et pressante exhortation à tous les fidèles, Nos fils dans le
Christ, pour qu’ils se sentent responsables, eux aussi, de la vertu de leurs
frères qui se sont chargés de la mission de les servir dans le sacerdoce pour
leur salut. Qu’ils prient et qu’ils s’emploient pour les vocations
sacerdotales et qu’ils aident les prêtres avec dévouement et amour filial,
dans une collaboration docile, dans l’intention bien délibérée de leur
offrir le réconfort d’une joyeuse correspondance à leurs soucis pastoraux.
Qu’ils aident leurs pères dans le Christ à vaincre les difficultés de tout
genre qu’ils rencontrent pour accomplir leurs devoirs avec une entière fidélité,
pour l’édification du monde. Qu’ils entretiennent, en esprit de foi et de
charité chrétienne, un profond respect et un réserve délicate envers le prêtre,
spécialement en ce qui concerne sa condition d’homme entièrement consacré
au Christ et à l’Eglise.
Invitation aux laïcs
97. Notre invitation s’adresse particulièrement aux laïcs qui cherchent
Dieu de façon plus assidue et intense et qui tendent à la perfection dans la
vie séculière; par leur amitié dévouée et cordiale, ils pourront aider
grandement les ministres sacrés. Les laïcs en effet qui sont insérés dans
l’ordre temporel et en même temps engagés dans une correspondance plus généreuse
et plus parfaite à la vocation de leur baptême, sont à même, dans certains
cas, d’éclairer et de réconforter le prêtre qui, plongé dans le mystère
du Christ et de l’Eglise, pourrait voir entamer l’intégrité de sa vocation
du fait de certaines situations et des facteurs troublants de l’esprit du
monde. De cette manière, tout le peuple de Dieu honorera le Seigneur Jésus en
ceux qui Le représentent et dont Il a dit : " Qui vous reçoit
me reçoit et qui me reçoit reçoit Celui qui m’a envoyé " (Mt.
10, 40), promettant une récompense certaine à qui exercera, de quelque
manière que ce soit, la charité envers ses envoyés (ibid. v. 42).
CONCLUSION
L’intercession de Marie
98. Vous, Nos Vénérables Frères, Pasteurs du troupeau de Dieu dispersé
sous tous les cieux, et vous, prêtres très chers, Nos frères et Nos fils, au
moment de conclure cette lettre que Nous vous adressons, l’âme ouverte à
toute la charité du Christ, Nous vous invitons à tourner le regard et le cœur
vers la très douce Mère de Jésus et Mère de l’Eglise, avec une confiance
renouvelée et une espérance filiale, pour invoquer sur le sacerdoce catholique
son intercession maternelle et puissante. En elle le peuple de Dieu admire et vénère
la figure et le modèle de l’Eglise du Christ dans l’ordre de la foi, de la
charité et de la parfaite union avec Lui. Vierge et Mère, que Marie obtienne
à l’Eglise, appelée elle aussi vierge et mère,(48) de se glorifier
humblement et toujours de la fidélité de ses prêtres au don sublime de la
virginité sacrée et de le voir fleurir et apprécier dans une mesure toujours
plus grande dans tous les milieux, afin que croisse sur la terre le nombre de
ceux qui suivent l’Agneau divin partout où il va (cf. Apoc. 14, 4).
La ferme espérance de l’Eglise
99. L’Eglise proclame hautement son espérance dans le Christ : elle a
conscience de la pénurie dramatique de prêtres par rapport aux besoins
spirituels de la population du monde, mais elle est ferme dans son attente, fondée
sur les ressources infinies et mystérieuses de la grâce: la qualité
spirituelle des ministres sacrés engendrera aussi leur augmentation en nombre,
parce que tout est possible à Dieu (cf. Marc 10, 27; Luc 1, 37).
Dans cette foi et dans cette espérance, que la bénédiction apostolique que
Nous vous accordons de tout Notre cœur soit pour vous tous un gage des grâces
célestes et un témoignage de Notre paternelle bienveillance.
Donné à Rome, près Saint Pierre, le 24 juin, fête de St Jean-Baptiste,
de l’an 1967, le 5ème de Notre Pontificat.
NOTES
(1) Lettre du 10 octobre 1965 à l’Eminentissime Card. E. Tisserant, lue
dans la 146e Congrégation générale du 11 octobre.
(2) Conc. Vat. II, Decr. Christus Dominus, n. 35 ; Apostolicam
actuositatem, n. 1 ; Presbyterorum Ordinis, nn. 10, 11; Ad
Gentes, nn. 19, 38.
(3) Conc. Vat. II, Const. Gaudium et spes, n. 62.
(4) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(5) Conc. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 8.
(6) Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n. 28; Decr. Presbyterorum
Ordinis, n. 2.
(7) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(8) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(9) Const dogm. Lumen Gentium, n. 42.
(10) Cf. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 42; Decr. Presbyter.
Ordinis, n. 16.
(11) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 14.
(12) Cf. Decr. Presbyter. Ordinis, n. 13.
(13) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 5.
(14) Decr. Optatam totius, n. 10.
(15) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(16) Const. past. Gaudiurm et spes, n. 39.
(17) Const. dogm. Lumen Gentium, n. 5.
(18) Const. dogm. Lumen Gentium, n. 48.
(19) Conc. Vat. II, Decr. Perfectae caritatis, n. 12.
(20) Cf. Tertullien, De exhor. castitatis, 13; PL 2, 930; S. Epiphane,
Adv. haer. II, 48, 9 et 59, 4; PG 41, 869, 1025; S. Ephrem, Carmina
nisibena, XVIII, XIX, ed. G. Bickell, Lipsiae 1866, p. 122; Eusebe de Césarée,
Demonstr. evang. 1, 9; PG 22, 81; S. Cyrille de Jérusalem, Catech.
12, 25; PG 33, 757; S. Ambroise, De offic. ministr. 1, 50; PL 16, 97 ss.;
S. Augustin, De moribus Eccl. cathol. 1, 32; PL 32, 1339; S. Jérome, Adv.
Vigilant. 2, PL 23, 340-41 ; Sinesio Ev. de Tolom., Æpist. 105; PG
66, 1485.
(21) La première fois au Concile d’Elvire en Espagne (c. a. 300), c. 33;
Mansi II, 11.
(22) Sess. XXIV, can. 9-10.
(23) S. Pie X, Exhort. Haerent animo, 4 aug. 1908; ASS 41, 1908, pp.
555-557; Benoit XV, Lett. à l’Archev. de Prague F. Kordac, 29 janv. 1920: AAS
12, 1920, p. 57 s.; Alloc. consist. 16 dec. 1920: AAS 12, 1920, pp. 585-588; Pie
XI, Enc. Ad catbolici sacerdotii 20 déc. 1935: AAS 28, 1936, pp. 24-30;
Pie XII, Adhort. Ap. Menti Nostrae, 23 sept. 1950: AAS 42, 1950, pp.
657-702; Enc. Sacra virginitas, 25 mars 1954: AAS 46, 1954, pp. 161-191;
Jean XXIII, Enc. Sacerdotii Nostri primordia, 1 aug. 1959: AAS 51, 1959,
pp. 554-556.
(24) Alloc. II au Synode Romain, 26 janvier 1960: AAS 52, 1960, pp. 235-236
(texte lat. p. 226).
(25) Can. 6, 12, 13, 48: Mansi XI, 944-948, 965.
(26) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(27) De Virginitate, 13: PG 46, 381-382.
(28) De Sacerdotio, l. III, 4: PG 48, 642.
(29) Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 21, 28, 64.
(30) Const. cit., n. 29.
(31) Const. cit., n. 42.
(32) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
(33) Decr. Optatam totius, n. 2; Presbyterorum Ordinis, n. 11.
(34) Confess. X, 29, 40: PL 32, 796.
(35) Cf. 1 Tess 2, 11; 1 Cor. 4, 15; 2 Cor. 6, 13; Gal. 4, 19: 1 Tim. 5, 1-2.
(36) Decr. Presbyter. Ordinis, n 3.
(37) Decr. Optatam totius, nn. 3-11; cfr. Perfectae caritatis,
n. 12.
(38) S. Thomas d’Aquin, Summa th. IIa-IIae q. 184, a. 8 c.
(39) Decr. Optatam totius, n. 12.
(40) Decr. Presbyter. Ordinis, nn. 16, 18.
(41) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 18.
(42) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 8.
(43) Decr. cit., ibid.
(44) Const. dogm. Lumen Gentium, n. 28.
(45) Const. dogm. Lumen Gentium, n. 21.
(46) Decr. Presbyter. Ordinis, n. 7.
(47) Decr. cit., ibid.
(48) Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 63, 64.
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