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ECCLESIAM SUAM
LETTRE ENCYCLIQUE DU SOUVERAIN PONTIFE PAUL VI
A NOS VÉNÉRABLES FRÈRES
PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES
ÉVÊQUES ET AUTRES ORDINAIRES,
EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE,
AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES DE L'UNIVERS,
AINSI QU'À TOUS LES HOMMES DE BONNE VOLONTÉ
Vénérables frères et chers fils,
Salut et bénédiction apostolique
1 - L'Eglise du Christ Jésus a été voulue par son Fondateur comme mère
aimante de tous les hommes et dispensatrice du salut. Rien d'étonnant dès
lors si elle a été l'objet d'un amour souverain et du dévouement le plus
empressé de la part de tous ceux qu'animait le zèle de la gloire de Dieu
comme du salut éternel de l'humanité. Parmi ces serviteurs diligents se sont
signalés comme il convenait, les Vicaires du Christ sur la terre, un nombre
incalculable d'évêques et de prêtres et une foule admirable de saints
chrétiens.
La doctrine de l'Evangile et la grande famille
humaine
2 - Ainsi on trouvera bien naturel que, dans une pensée d'amour et de
vénération, Nous consacrions à la sainte Eglise cette Encyclique, la
première que Nous adressions au monde depuis qu'un insondable dessein de Dieu
Nous a appelé au pontificat suprême.
3 - Voilà donc notre propos : montrer de mieux en mieux à tout le monde
combien, d'une part, il importe au salut de la société humaine et combien,
d'autre part, il tient à cœur à l'Eglise qu'il y ait, entre l'une et
l'autre, rencontre, connaissance et amour réciproques.
4 - Lorsque, l'an dernier, en la fête de saint Michel archange, à
l'ouverture de la seconde session du second Concile œcuménique du Vatican,
Nous avons eu par grâce de Dieu le bonheur de Nous adresser de vive voix à
vous tous, réunis dans la basilique Saint-Pierre, Nous avons manifesté le
dessein de vous adresser également par écrit, comme c'est l'habitude au
début de tout pontificat, un message de frère et de père, pour vous
manifester quelques-unes des pensées qui dominent les autres dans Notre
esprit et qui Nous semblent utiles à guider pratiquement les débuts de Notre
ministère pontifical.
5 - En vérité, il Nous est difficile de déterminer ces pensées, parce
que Nous devons les puiser à la méditation la plus diligente de la doctrine
divine, Nous souvenant Nous-même des paroles du Christ : « Ma doctrine n'est
pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé » (Jn, 7, 16) ; Nous devons, en
outre les confronter avec les conditions présentes de l'Eglise elle-même,
en un moment où aussi bien son expérience spirituelle intérieure que son
effort apostolique extérieur évoluent rapidement et laborieusement ; et Nous
devons enfin ne pas ignorer l'état dans lequel se trouve aujourd'hui
l'humanité au milieu de laquelle se déroule notre mission.
Triple engagement de l'Eglise
6 - Mais Nous n'avons pas l'ambition de dire du neuf ni d'être complet ;
le Concile œcuménique est là pour cela ; son travail ne doit pas être
troublé par cette simple conversation épistolaire, mais en recevoir plutôt
comme un hommage et un encouragement.
7 - La présente Encyclique ne veut pas revêtir un caractère solennel et
proprement doctrinal, ni proposer des enseignements déterminés, d'ordre
moral ou social ; elle veut simplement être un message fraternel et familier.
8 - Nous voulons seulement, en effet, accomplir le devoir que Nous avons,
de vous ouvrir Notre âme, dans l'intention de donner à la communion de foi
et de charité qui existe si heureusement entre nous, une plus grande
cohésion, une plus grande joie, dans le but aussi de fortifier Notre
ministère, de mieux Nous appliquer aux fructueuses activités du Concile
œcuménique lui-même et de donner une plus grande clarté à certains
principes doctrinaux et pratiques. Ceux-ci peuvent utilement guider l'action
spirituelle et apostolique de la hiérarchie ecclésiastique et de tous ceux
qui lui prêtent obéissance et collaboration, ou même seulement une
bienveillante attention.
9 - Nous vous dirons tout de suite, vénérables frères, qu'il y a trois
pensées qui occupent Notre esprit quand Nous considérons la très haute
charge que la Providence, contre Nos désirs et Nos mérites, a voulu Nous
confier de gouverner l'Eglise du Christ, en Notre qualité d'évêque de Rome
et, par le fait, de Successeur du bienheureux apôtre Pierre, porteur des
clés souveraines du règne de Dieu et Vicaire de ce Christ qui fit de lui le
premier Pasteur de son troupeau universel.
10 - C'est d'abord la pensée que l'heure sonne pour l'Eglise
d'approfondir la conscience qu'elle a d'elle-même, de méditer sur le
mystère qui est le sien, d'explorer, pour sa propre instruction et sa propre
édification, la doctrine qu'elle connaît déjà et qui a déjà été en ce
dernier siècle précisée et répandue, concernant sa propre origine, sa
propre nature, sa propre mission, son propre sort final, doctrine cependant
jamais assez étudiée et comprise, car c'est elle qui contient la «
dispensation du mystère tenu caché en Dieu depuis les siècles... pour qu'il
fût désormais connu... par le moyen de l'Eglise » (Eph.., 3, 9-10), en
d'autres termes, la mystérieuse réserve des mystérieux desseins divins qui
viennent à la connaissance des hommes par l'intermédiaire de l'Eglise ; car
cette doctrine constitue aujourd'hui le sujet qui intéresse plus que tout
autre la réflexion de qui veut suivre docilement le Christ, et combien plus
de ceux que, comme Nous et comme vous, vénérables frères, le Saint-Esprit a
établis comme évêques pour gouverner cette même Eglise de Dieu (cf, Ac,
20, 28).
11 - De cette conscience éclairée et agissante, dérive un désir
spontané de confronter à l'image idéale de l'Eglise, telle que le Christ
la vit, la voulut et l'aima comme son Epouse sainte et immaculée. (Eph.., 5,
27), le visage réel que l'Eglise présente aujourd'hui. Celui-ci est
fidèle, par la grâce de Dieu, aux traits que son divin Fondateur lui imprima
et que le Saint-Esprit vivifia et développa dans le cours des siècles en une
forme plus ample et correspondant mieux d'une part au concept initial, de
l'autre à la nature de l'humanité qu'elle évangélisait et assumait ; mais,
jamais, il n'est assez parfait, assez beau, assez saint et lumineux pour être
conforme au concept divin qui constitue son modèle.
12 - De là, naît un désir généreux et comme impatient de
renouvellement, c'est-à-dire de correction des défauts que cette conscience,
en s'examinant à la lumière du modèle que le Christ nous en a laissé,
dénonce et rejette. Quel est donc le devoir actuel de l'Eglise de corriger
les défauts de ses propres membres et de les faire tendre à une plus grande
perfection, et quelle est la méthode pour arriver avec sagesse à un
renouvellement si important, telle est la seconde pensée qui occupe Notre
esprit et que Nous voudrions vous exposer pour trouver, non seulement plus de
courage à entreprendre les réformes nécessaires, mais aussi pour avoir,
avec votre adhésion, conseil et appui dans une entreprise si délicate et si
difficile.
13 - Notre troisième pensée, qui est certainement aussi la vôtre, naît
des deux premières ci-dessus énoncées ; elle a pour objet les relations que
l'Église doit aujourd'hui établir avec le monde qui l'entoure et dans lequel
elle vit et travaille ;
14 - l'Eglise, comme chacun sait, est entourée d'une partie du monde qui
a subi profondément l'influence du christianisme et l'a profondément
assimilé, si bien qu'elle ne s'aperçoit souvent pas d'être beaucoup plus
qu'elle ne croit débitrice au christianisme de ce qu'elle a de meilleur ;
mais, par la suite, elle s'est distinguée et détachée durant ces derniers
siècles du tronc chrétien de sa civilisation ; une autre partie, qui est la
plus considérable de ce monde, s'étend jusqu'aux horizons les plus
éloignés des peuples qu'on appelle nouveaux ; mais, l'ensemble forme un
monde qui offre à l'Eglise non pas une, mais cent formes possibles de
contacts, les uns ouverts et faciles, d'autres délicats et compliqués, un
très grand nombre aujourd'hui malheureusement empreints d'hostilité et
réfractaires à une conversation amicale.
15 - Là se présente ce qu'on appelle le problème du dialogue entre l'Eglise et le monde moderne. C'est le problème qu'il revient au Concile de
décrire dans toute son ampleur et sa complexité, et de résoudre, dans la
mesure du possible, dans les termes les meilleurs. Mais sa présence, son
urgence sont telles qu'elles constituent un poids pour Notre esprit, un
stimulant, presque une vocation, que Nous voudrions en quelque manière
éclairer pour Nous-même et pour vous, frères, qui n'avez certainement pas
moins que Nous expérimenté le tourment apostolique qu'il constitue. Nous
serons ainsi mieux à même de suivre les discussions et les déterminations
que dans le Concile nous jugerons tous ensemble convenables d'établir en
cette matière si grave et si complexe.
Un zèle assidu et illimité pour la paix
16 - Vous remarquerez certainement que ce dessin sommaire de Notre
Encyclique n'envisage pas certains sujets urgents et graves qui intéressent,
non seulement l'Eglise, mais l'humanité, tels que la paix entre les peuples
et entre les classes sociales, la misère et la faim qui affligent encore des
populations entières, la montée de jeunes nations qui arrivent à
l'indépendance et au progrès, les courants de la pensée moderne et la
culture chrétienne, les conditions malheureuses de tant de gens et de tant de
parties de l'Eglise à qui l'on conteste les droits qui appartiennent à des
citoyens libres et à des personnes humaines, les problèmes moraux concernant
la natalité et ainsi de suite.
17 - La grande et universelle question de la paix dans le monde, Nous le
disons dès maintenant, retiendra particulièrement, non seulement Notre
vigilante et cordiale attention, mais aussi l'intérêt le plus assidu et le
plus efficace. Cet intérêt sera maintenu dans le domaine de Notre
ministère, et pour cela étranger à tout intérêt purement temporel et aux
formes proprement politiques, mais Nous aurons soin de contribuer au
développement dans l'humanité de sentiments et de procédés opposés à
tout conflit violent et homicide, favorables au contraire à tout règlement
pacifique, civil et rationnel des rapports entre les nations ; Nous serons
attentif également à soutenir la cœxistence harmonieuse et la collaboration
fructueuse entre les peuples par la proclamation des principes humains supérieurs,
capables de tempérer les égoïsmes et les passions dont procèdent les
affrontements militaires ; Nous interviendrons, quand l'opportunité s'en
présentera, pour aider les parties en opposition à trouver des solutions
honorables et fraternelles. Nous n'oublions pas en effet que ce service de
charité est un devoir que la maturation des doctrines d'une part, celle des
institutions internationales, d'autre part, rend aujourd'hui plus urgent dans
la conscience que Nous avons de Notre mission chrétienne dans le monde, car
cette mission est de rendre les hommes frères comme le demande précisément
le règne de justice et de paix inauguré par la venue du Christ au monde.
18 - Mais si Nous Nous limitons pour l'instant à certaines considérations
de caractère méthodologique concernant la vie propre de l'Église, Nous
n'oublions pas ces grands problèmes, à certains desquels le Concile
consacrera son attention, tandis que Nous Nous réservons d'en faire un objet
d'étude et d'action dans l'exercice ultérieur de Notre ministère
apostolique, selon qu'il plaira au Seigneur de Nous en donner l'inspiration et
la force.
I. La conscience de l'Eglise
19 - Nous pensons que c'est aujourd'hui un devoir pour l'Eglise
d'approfondir la conscience qu'elle doit avoir d'elle-même, du trésor de
vérité dont elle est l'héritière et la gardienne, et de la mission qu'elle
doit exercer dans le monde. Même avant de se proposer l'étude de quelque
question particulière, et même avant de considérer l'attitude à prendre en
face du monde qui l'entoure, l'Eglise doit en ce moment réfléchir sur
elle-même pour se confirmer dans la science des desseins divins sur
elle-même, pour retrouver plus de lumière, une nouvelle énergie et une plus
grande joie dans l'accomplissement de sa propre mission et pour déterminer
les meilleurs moyens de rendre plus étroits, efficaces et bienfaisants ses
contacts avec l'humanité à qui elle-même appartient, bien qu'elle s'en
distingue par des caractères propres, sans confusion possible.
20 - Il Nous semble, en effet, qu'un tel acte de réflexion peut se
référer à la manière même choisie par Dieu pour se révéler aux hommes
et pour établir avec eux les rapports religieux dont l'Eglise est en même
temps l'instrument et l'expression. Parce que s'il est vrai que la
Révélation divine s'est accomplie « à plusieurs reprises et de façons
diverses » (Hb., 1, 1) en des actes historiques et incontestables, elle s'est
toutefois insérée dans la vie humaine par les voies propres de la parole et
de la grâce de Dieu qui se communique intérieurement aux âmes par le moyen
de l'audition du message du salut et par le moyen de l'acte de foi qui la suit
et qui est à l'origine de notre justification.
Dans la docilité au Christ qui nous appelle à la vigilance
21 - Nous voudrions que cette réflexion sur l'origine et sur la nature du
rapport nouveau et vital que la religion du Christ instaure entre Dieu et
l'homme prenne le sens d'un acte de docilité à la parole du divin Maître à
ses auditeurs et spécialement à ses disciples, parmi lesquels nous-mêmes
aujourd'hui encore aimons à bon droit nous considérer. Nous choisirons parmi
tant d'autres une des recommandations les plus graves et les plus répétées
que leur adressa Notre-Seigneur et qui concerne encore aujourd'hui quiconque
veut être pour lui un disciple fidèle, le rappel à la vigilance.
22 - Il est vrai que cet avertissement de notre Maître se réfère
principalement à l'observation du destin final de l'homme, qu'il soit proche
ou lointain dans le temps. Mais précisément parce que cette vigilance doit
toujours être actuelle et opérante dans la conscience du serviteur fidèle,
elle en détermine la conduite morale, pratique et actuelle, celle qui doit
caractériser le chrétien dans le monde. Le rappel à la vigilance est
formulé par le Seigneur également au sujet de faits proches et immédiats,
à savoir les dangers et les tentations qui peuvent faire déchoir ou dévier
la conduite de l'homme (cf. Mt., 26, 41). Il est ainsi facile de découvrir
dans l'Evangile un continuel appel à la droiture de la pensée et de
l'action : n'est-ce pas à elle que se rapportait la prédication du
Précurseur, par laquelle s'ouvre la phase publique de l'Evangile, et
Jésus-Christ lui-même n'a-t-il pas invité à accueillir intérieurement le
règne de Dieu ? (Lc, 17, 21.) Est-ce que toute sa pédagogie n'est pas une
exhortation, une initiation à la vie intérieure ? La conscience
psychologique et la conscience morale sont appelées par le Christ à une
plénitude simultanée, comme condition pour recevoir, comme il convient
finalement à l'homme, les dons divins de la vérité et de la grâce. Et la
conscience du disciple deviendra ensuite mémoire (cf. Mt., 26, 75 ; Lc, 24,
8 ; Jn, 14, 26 ; Jn, 16, 4) de ce que Jésus avait enseigné et de ce qui
était arrivé autour de lui ; elle se développera et se précisera en
comprenant mieux qui il était et de quoi il avait été le maître et
l'auteur.
23 - La naissance de l'Eglise et l'illumination de sa conscience
prophétique sont] es deux faits caractéristiques qui coïncident avec la
Pentecôte, et ils progresseront ensemble : l'Eglise progressera dans son
organisation et dans son développement hiérarchique et communautaire ; la
conscience de sa vocation propre, de sa propre nature mystérieuse, de sa
doctrine propre, de sa mission propre accompagnera graduellement ce
développement, selon le vœu de saint Paul : « Et je demande que votre
charité augmente de plus en plus en science et en tout sentiment. » (Phil.,
1, 9.)
"Je crois Seigneur!"
24 - Nous pourrions formuler d'une autre manière cette invitation que Nous
adressons aussi bien à chacune des âmes qui veulent l'accueillir - à celles
donc de chacun de vous, vénérables frères, et de ceux qui, avec vous, sont
à Notre école, qui est aussi la vôtre - aussi bien, disons-Nous, à ces
âmes qu'à l'entière « réunion des fidèles » considérée dans son
ensemble, qu'est l'Eglise. C'est-à-dire que Nous pourrions inviter tout le
monde à faire un vivant et profond et conscient acte de foi en Jésus-Christ
Notre-Seigneur. Nous devrions caractériser ce moment de notre vie religieuse
par une telle profession de foi, forte et convaincue, bien que toujours humble
et tremblante, semblable à celle que nous lisons dans l'Evangile sur les
lèvres de l'aveugle-né à qui Jésus-Christ, avec une bonté égale à sa
puissance, a ouvert les yeux : « Je crois, Seigneur ! » (Jn, 9, 38.) ou
bien à celle de Marthe dans le même Evangile : « Oui, Seigneur, je crois
que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui est venu en ce monde » (Jn, 11, 27) ; ou bien à celle qui Nous est si chère, de Simon devenu
Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt., 16, 16).
25 - Pourquoi osons-Nous vous inviter à cet acte de conscience
ecclésiale, à cet acte de foi explicite, bien qu'intérieur ?
26 - Les raisons sont nombreuses, à Notre avis, et elles dérivent toutes
d'exigences profondes et essentielles du moment spécial où se trouve la vie
de l'Eglise.
Vivre sa vocation
27 - Celle-ci a besoin de réfléchir sur elle-même ; elle a besoin de se
sentir vivre. Elle doit apprendre à mieux se connaître, si elle veut vivre
sa vocation propre et offrir au monde son message de fraternité et de salut.
Elle a besoin d'expérimenter le Christ en elle-même, selon les paroles de
l'apôtre Paul : « Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs » (Eph.., 3, 17).
28 - Tous savent que l'Eglise est plongée dans l'humanité, en fait
partie, en tire ses membres, en reçoit de précieux trésors de culture, en
subit les vicissitudes historiques, en favorise le bonheur. On sait également
qu'à l'époque actuelle, l'humanité est en voie de grandes transformations,
de bouleversements et de développements qui changent profondément non
seulement ses manières extérieures de vivre, mais aussi ses manières de
penser. Sa pensée, sa culture, son esprit sont intimement modifiés soit par
le progrès scientifique, technique et social, soit par les courants de
pensée philosophique et politique qui l'envahissent et la traversent. Tout
cela, comme les vagues d'une mer, enveloppe et secoue l'Eglise elle-même :
les esprits des hommes qui se confient à elle sont fortement influencés par
le climat du monde temporel ; si bien qu'un danger comme de vertige,
d'étourdissement, d'égarement, peut secouer sa solidité elle-même et
induire beaucoup de gens à accueillir les manières de penser les plus
étranges, comme si l'Eglise devait se désavouer elle-même et adopter des
manières de vivre toutes nouvelles et jamais conçues jusqu'ici. Le
phénomène moderniste, par exemple, qui affleure encore dans diverses
tentatives d'expression hétérogènes à l'authentique réalité de la
religion catholique, n'a-t-il pas été un épisode d'oppression exercée par
les tendances psychologico-culturelles, propres au monde profane, sur
l'expression fidèle et pure de la doctrine et de la règle de l'Eglise du
Christ ? Or, il Nous semble que pour immuniser contre ce danger menaçant et
multiple provenant de sources diverses, c'est pour l'Eglise un remède sain
et tout indiqué que d'approfondir la conscience de ce qu'elle est vraiment,
selon l'esprit du Christ, conservé dans la Sainte Ecriture et dans la
Tradition et interprété, développé par l'authentique tradition de l'Eglise ; cette transmission est, comme Nous le savons, illuminée et
guidée par l'Esprit-Saint, encore toujours prêt, si nous l'implorons et
l'écoutons, à répondre sans faute à la promesse du Christ : «
L'Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera toute chose et
vous rappellera tout ce que je vous aurai dit. » (Jn, 14, 26.)
La conscience dans la mentalité moderne
29 - Nous pourrions tenir des propos analogues au sujet des erreurs qui
circulent également à l'intérieur même de l'Église et dans lesquelles
tombent ceux qui n'ont qu'une connaissance partielle de sa nature et de sa
mission et ne tiennent pas suffisamment compte des documents de la
révélation divine comme des enseignements du magistère institué par le
Christ lui-même.
30 - Du reste, ce besoin de considérer les choses connues dans un acte
réflexe pour les contempler dans le miroir intérieur de son propre esprit
est caractéristique de la mentalité de l'homme moderne ; sa pensée se
replie facilement sur elle-même et trouve certitude et plénitude à la
lumière de sa propre conscience. Ce n'est pas que cette habitude ne présente
de graves dangers ; des courants philosophiques fameux ont exploré et exalté
cette forme d'activité spirituelle de l'homme comme définitive et suprême,
bien plus, comme la mesure et la source de la réalité, poussant la pensée
à de conclusions abstruses, désolées, paradoxales et radicalement
fallacieuses ; mais cela n'empêche que l'éducation à la recherche de la
vérité réflexe, l'intérieur de la conscience, est en soi hautement
appréciable et, aujourd'hui, pratiquement répandue comme une expression
raffinée de la culture moderne ; de même, cela n'empêche que, dûment uni
à une formation de pensée apte à découvrir la vérité là où celle-ci
coïncide avec la réalité de l'être objectif, l'exercice de la conscience
révèle toujours mieux à qui s'y livre le fait de l'existence, de son être
propre, de sa propre dignité spirituelle, de sa propre capacité de
connaître et d'agir.
Du Concile de Trente aux actuelles Encycliques
31 - On sait encore comment l'Eglise, eu ces derniers temps, a entrepris
de mieux s'étudier elle-même, grâce au travail de savants remarquables,
d'esprits élevés et profonds, d'écoles théologiques qualifiées, de
mouvements concernant la pastorale et l'action missionnaire, d'expériences
religieuses pleines d'intérêt et surtout d'enseignements pontificaux
mémorables.
32 - Il serait trop long de faire, ne fût-ce qu'une simple allusion à
l'abondante littérature théologique qui a pour objet l'Eglise et
qu'elle-même a produite durant le siècle dernier et le nôtre ; de même il
serait trop long de rappeler les documents que l'épiscopat catholique et ce
Siège apostolique ont publiés sur un sujet si vaste et si important. Depuis
que le Concile de Trente a cherché à réparer les conséquences de la crise
qui, au XVIe siècle sépara de l'Eglise beaucoup de ses membres, la doctrine
concernant l'Eglise elle-même a été cultivée par de grands noms et s'est
par suite largement développée. Il Nous suffit ici de Nous référer aux
enseignements du premier Concile œcuménique Vatican en la matière pour
comprendre comment les études relatives à l'Eglise constituent un sujet qui
force l'attention aussi bien des pasteurs et des maîtres que des fidèles et
de tous les chrétiens à s'arrêter comme à une étape obligatoire dans le
chemin vers le Christ et toute son œuvre ; si bien que, comme il a déjà
été dit, le second Concile œcuménique du Vatican n'est qu'une continuation
et un complément du premier, précisément à cause de l'obligation dans
laquelle il se trouve de reprendre l'examen et la définition de la doctrine
sur l'Eglise.
Et si Nous n'en disons pas davantage par souci de brièveté, en parlant à
des personnes qui connaissent bien ce thème de la catéchèse et de la
spiritualité aujourd'hui répandues dans l'Église, Nous ne pouvons cependant
omettre deux documents dignes de mémoire particulière ; Nous voulons dire l’encyclique
Satis Cognitum, du Pape Léon XIII (1896), et l'Encyclique Mystici
Corporis,
du Pape Pie XII (1943), documents qui nous offrent une vaste et claire
doctrine sur l'institution divine par laquelle le Christ continua dans le
monde son œuvre de salut et sur laquelle porte aujourd'hui Notre discours.
Qu'il suffise de rappeler les paroles par lesquelles s'ouvre le second de ces
documents pontificaux, qui est devenu, peut-on dire, un texte très autorisé
pour la théologie de l'Eglise et riche de substance pour des méditations
spirituelles sur cette œuvre de la miséricorde divine qui nous concerne
tous. Voici donc les paroles magistrales de Notre grand Prédécesseur : « La
doctrine du Corps mystique du Christ, qui est l'Eglise, a été reçue
primitivement des lèvres mêmes du Rédempteur ; elle met en sa juste
lumière le grand bienfait, jamais assez glorifié, de notre très étroite
union avec un si noble Chef. C'est un enseignement qui, par son importance et
son élévation, invite à la contemplation tous les hommes sensibles aux
motions de l'Esprit-Saint qui illumine leurs esprits et les pousse fortement
aux œuvres de salut qui correspondent aux commandements d'en-haut, »
(A.A.S., XXXV, 1943, p. 193.)
La science sur le Corps mystique
33 - Répondant à pareille invitation, que nous considérons comme
agissant encore sur nos esprits, et de telle manière qu'elle exprime un des
besoins fondamentaux de la vie de l'Eglise en notre temps, Nous la proposons
aujourd'hui à Notre tour, afin que toujours mieux instruits de la science du
même Corps mystique, nous sachions en apprécier les significations divines,
nous assurant ainsi un réconfort incomparable et faisant en sorte de nous
rendre toujours plus aptes à correspondre aux devoirs de notre mission et aux
besoins de l'humanité, Et il ne Nous semble pas difficile de le faire quand
Nous remarquons d'une part, comme Nous le disions, une immense floraison
d'études qui ont pour objet la sainte Eglise et que de l'autre, Nous savons
que le regard du second Concile œcuménique du Vatican est fixé sur elle.
Nous tenons à adresser un éloge senti aux hommes d'étude qui, spécialement
en ces dernières années, en toute docilité au magistère catholique, avec
une géniale faculté de recherche et d'expression et au prix de laborieux
efforts, ont consacré à l'ecclésiologie d'abondants et fructueux travaux et
qui, aussi bien dans les écoles théologiques que dans la discussion
scientifique et littéraire et dans l'apologie et la vulgarisation doctrinale,
ou bien dans l'assistance spirituelle aux âmes des fidèles et dans la
conversation avec les frères séparés, ont présenté de multiples
illustrations de la doctrine sur l'Eglise, dont quelques-unes de haute valeur
et de grande utilité.
34 - C'est pourquoi, Nous avons confiance que l'œuvre du Concile sera
assistée de la lumière du Saint-Esprit et sera poursuivie et conduite à bon
terme avec une telle docilité à ses divines inspirations, avec un tel
sérieux dans la recherche la plus approfondie et la plus complète de la
pensée originelle du Christ et de ses nécessaires et légitimes
développements dans la suite des temps, avec une telle volonté de faire des
vérités divines un thème d'union et non pas l'occasion pour les esprits de
se diviser en contestations stériles ou en déplorables ruptures, non, mais
un facteur de clarté et de concorde accrues, dont il résultera gloire à
Dieu, joie pour l'Eglise, édification pour le monde.
La vigne et les sarments
35 - Nous Nous abstenons délibérément de prononcer en cette Encyclique
quelque jugement personnel, que ce soit sur les points doctrinaux concernant
l'Eglise qui sont actuellement soumis à l'examen du Concile lui-même que
Nous sommes appelé à présider : Nous voulons actuellement laisser à cette
assemblée si haute et autorisée la liberté d'étudier et de parler,
réservant à Notre office de maître et de pasteur, mis à la tête de l'Eglise de Dieu, le moment et la manière d'exprimer Notre jugement, très
heureux si Nous pouvons le présenter en tout conforme à celui des Pères
conciliaires.
36 - Mais Nous ne pouvons taire quelque rapide allusion aux résultats qui,
Nous l'espérons, seront le fruit soit du Concile lui-même, soit de l'effort
dont Nous avons parlé plus haut et que l'Eglise devra accomplir pour avoir
de soi-même une conscience plus pleine et plus forte. Et ces résultats sont
les fins que Nous assignons à Notre ministère apostolique alors que Nous en
abordons les labeurs écrasants et doux ; ils définissent pour ainsi dire le
programme de Notre pontificat. A vous, vénérables frères, Nous l'exposons
très brièvement mais sincèrement, afin que vous veuillez Nous aider à le
mettre en œuvre par le concours de votre conseil, de votre adhésion, de
votre collaboration. Nous pensons qu'en vous ouvrant Notre esprit, Nous
l'ouvrons à tous les fidèles de l'Eglise de Dieu, bien plus, à ceux-là
même auxquels peut arriver l'écho de Notre voix au-delà des confins sans
démarcation du bercail du Christ,
37 - Le premier fruit d'une conscience approfondie que l'Eglise prend
d'elle-même est une découverte renouvelée de son rapport vital au Christ.
Chose très connue, mais fondamentale, mais indispensable, mais jamais assez
connue, méditée et célébrée. Que ne devrait-on dire sur ce chapitre
central de tout notre patrimoine religieux ? Par bonheur vous connaissez bien
déjà ces points de doctrine ; et Nous n'y ajouterons pas un mot pour
l'instant, sinon pour recommander de vouloir y penser comme à la partie
principale de la doctrine catholique, celle qui doit orienter aussi bien votre
vie spirituelle que votre prédication. Plus que Notre parole, écoutez
l'exhortation de Notre Prédécesseur déjà nommé dans son Encyclique
Mystici Corporis : « Nous devons nous habituer à voir dans l'Eglise le
Christ lui-même. C'est le Christ, en effet, qui vit dans son Eglise, qui
enseigne par elle, par elle gouverne et accorde la sainteté ; c'est le Christ
aussi qui se manifeste de diverses manières dans ses divers membres sociaux.
» (A.A.S., XXXV, 1943, p. 238.)
Oh ! comme Nous aimerions Nous attarder aux réminiscences qui, de
l'Ecriture sainte, des Pères, des Docteurs, des Saints, affluent à Notre
esprit quand Nous repensons à ce point lumineux de Notre foi. Jésus
lui-même ne nous a-t-il pas dit qu'il est la vigne et que nous sommes les
sarments ? (Jn, 15, 1 s.) N'avons-nous pas présente à l'esprit toute la
très riche doctrine de saint Paul, qui ne cesse de nous rappeler que « vous
ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Gal., 3, 28), et de nous recommander
«... croissons en lui à tous égards ; le Christ est notre tête ; à partir
de lui, tout le corps... » (Eph., 4, 15-16), et de nous avertir : «... le
Christ est tout et en toutes choses » (Col., 3, 11). Qu'il Nous suffise de
rappeler parmi les maîtres, et pour eux tous, saint Augustin : «
Réjouissons-nous et rendons grâces, pour être devenus non seulement
chrétiens mais le Christ. Comprenez-vous, mes frères, saisissez-vous la
grâce de Dieu pour nous ? Admirez, réjouissez. vous : nous sommes devenus le
Christ. Si en effet il est la tête, nous sommes les membres ; un seul homme,
lui et nous... La plénitude du Christ par conséquent, la tête et les
membres. Qu'est-ce que la tête et les membres ? Le Christ et l'Eglise. »
(In Jn tract., 21-8. - P. L., 35, 1568.)
Le Mystère de l'Eglise
38 - Nous savons bien que c'est un mystère. C'est le mystère de l'Eglise. Et si, avec l’aide de Dieu, nous fixons le regard de l'âme sur
ce mystère, nous en obtiendrons de nombreux bienfaits spirituels, ceux,
précisément, dont nous croyons que l'Eglise a actuellement le plus grand
besoin. La présence du Christ, sa vie même, entrera en action dans chacune
des âmes et dans l'ensemble du Corps mystique par l'exercice de la foi vive
et vivifiante, selon la parole de l'Apôtre : « Que le Christ habite par la
foi dans vos cœurs. » (Eph., 3, 17.) La conscience du mystère de l'Eglise
est en effet le résultat d'une foi mûre et vécue. Elle produit dans l'âme
ce « sens de l'Eglise » qui pénètre le chrétien grandi à l'école de la
parole divine, nourri de la grâce des sacrements et des inspirations
ineffables du Paraclet, entraîné à la pratique des vertus évangéliques,
pénétré de la culture et de la vie de la communauté de l'Eglise et
profondément joyeux de se sentir revêtu du sacerdoce royal qui appartient en
propre au peuple de Dieu (cf. 1 Pierre, 2, 9).
39 - Le mystère de l'Eglise n'est pas un simple objet de connaissance
théologique, il doit être un fait vécu dans lequel, avant même d'en avoir
une notion claire, l'âme fidèle peut avoir comme un expérience connaturelle
; et la communauté de croyants peut trouver la certitude intime de sa
participation au Corps mystique du Christ quand elle se rend compte que ce qui
la fait commencer, l'engendre (cf. Gal., 4, 19 ; 1 Cor., 4, 15), l'instruit,
la sanctifie, la dirige, c'est le ministère de la hiérarchie ecclésiastique
instituée divinement, si bien que par ce canal béni, le Christ répand dans
ses membres mystiques les communications merveilleuses de sa vérité et de sa
grâce et confère à son Corps mystique, pèlerin dans le temps, sa structure
visible, sa noble unité, le caractère fonctionnel de son organisme, sa
variété harmonieuse, sa beauté spirituelle. Les images ne suffisent pas à
traduire en concepts accessibles la réalité et la profondeur d'un tel
mystère ; cependant après l'image que Nous venons de rappeler, du Corps
mystique, suggérée par saint Paul, il y en a une autre dont nous devrons
nous souvenir, parce que suggérée par le Christ lui-même, celle de
l'édifice dont il est l'architecte et le constructeur ; édifice fondé, il
est vrai, sur un homme naturellement fragile, mais transformé miraculeusement
par lui en pierre, solide, c'est-à-dire doué d'une indéfectibilité
prodigieuse et sans fin : « Sur cette pierre, je construirai mon église. »
(Mt., 16, 18.)
Pédagogie du baptisé
40 - Si nous savons faire briller en nous et éduquer dans les fidèles,
par une pédagogie profonde et vigilante, ce sens tonifiant de l'Eglise,
beaucoup d'antinomies qui mettent aujourd'hui à l'épreuve la pensée de
chercheurs qui s'occupent d'ecclésiologie - comment par exemple l'Eglise est
à la fois visible et spirituelle, libre et disciplinée, communautaire et
hiérarchique, sainte et toujours en voie de sanctification, contemplative et
active, etc. - seront pratiquement dépassées et résolues dans
l'expérience, illuminée par la doctrine, de la réalité vivante de l'Eglise elle-même ; mais surtout un profit sera assuré à
l'Eglise
elle-même, un enrichissement de son excellente spiritualité, alimentée par
la lecture filiale de la Sainte Ecriture, des saints Pères, des Docteurs de
l'Eglise et par tout ce qui fait jaillir en elle cette conscience, Nous
vouions dire la catéchèse exacte et systématique, la participation à la
liturgie, cette merveilleuse école de paroles, de signes et de divines
effusions ; la méditation silencieuse et ardente des vérités divines et,
finalement, la consécration généreuse à la prière contemplative. La vie
intérieure demeure toujours la source principale de la spiritualité de l'Eglise, sa manière de recevoir les irradiations de l'Esprit du Christ,
expression radicale et irremplaçable de son activité religieuse et sociale,
inviolable défense et énergie nouvelle dans son difficile contact avec le
monde profane.
41 - Il faut redonner au fait d'avoir reçu le saint baptême,
c'est-à-dire d'avoir été inséré par ce sacrement dans le Corps mystique
du Christ qui est l'Eglise, toute son importance. Le baptisé doit, en
particulier, prendre conscience de la valeur de son élévation, mieux, de sa
régénération, de son bonheur d'être réellement fils adoptif de Dieu,
d'avoir la dignité de frère du Christ, de son privilège de grâce et de
joie provenant de l'habitation de l’Esprit-Saint, de sa vocation à une vie
nouvelle, qui n'a rien perdu d'humain, excepté les conséquences malheureuses
du péché originel, et qui peut, au contraire, donner à ce qui est humain
son expression la meilleure et lui faire produire les fruits les plus riches
et les plus purs. Etre chrétien, avoir reçu le saint baptême ne doit pas
être considéré comme une chose indifférente ou négligeable ; cela doit
marquer profondément et heureusement la conscience de tout baptisé ; le
baptême doit être considéré par lui, à l'exemple des chrétiens de
l'antiquité, comme une « illumination » qui fait tomber sur lui le rayon
vivifiant de la Vérité divine, lui ouvre le ciel, projette un jour nouveau
sur sa vie terrestre, le rend capable de marcher comme un fils de lumière
vers la vision de Dieu, source de béatitude éternelle.
42 - Et quel programme pratique cette considération pose en face de Nous
et de Notre ministère, il est facile de le voir. Nous Nous réjouissons en
voyant que ce programme est déjà en voie d'exécution, dans toute l'Eglise,
et promu avec un zèle sage et ardent. Nous l'encourageons, Nous le
recommandons, Nous le bénissons.
II. Le renouveau dans l'Eglise
43 - Un autre désir Nous presse : que l'Eglise soit telle que le Christ
la veut, une, sainte, totalement orientée vers la perfection à laquelle il
l'a appelée et dont il lui donne les moyens. Oeuvre parfaite, l'Eglise l'est
dans l'idée par laquelle Dieu la pense ; à cette perfection elle doit tendre
dans la réalité où elle s'exprime et dans son histoire terrestre. Voilà la
grande affaire d'ordre moral qui domine la vie de l'Eglise ; c'est cette
exigence qui la juge, la stimule, la met en accusation, la soutient, la fait
gémir et prier ; elle lui inspire repentir et espérance, effort et confiance
; elle la charge de responsabilités et l'enrichit de mérites. La perfection
de l'Eglise : problème lié aux réalités théologiques qui commandent
l'existence humaine. Impossible de former un jugement sur l'homme lui-même,
sa nature, sa perfection originelle et les suites désastreuses du péché
d'origine, sans faire appel à la doctrine enseignée par le Christ et au
magistère de l'Eglise, dépositaire de cet enseignement ; sans cette
référence, pas de jugement non plus sur l'aptitude de l'homme à faire le
bien, sur le secours dont il a besoin pour désirer ce bien et pour
l'accomplir, sur le sens de la vie présente et son but, sur les valeurs qui
sollicitent l'adhésion de l'homme et qu'il est capable d'atteindre, sur la
norme de la perfection et de la sainteté et sur les moyens de porter la vie
humaine à son degré suprême de beauté et de plénitude. Le souci de
découvrir les voies du Seigneur ne cesse pas et ne doit pas cesser de hanter
l'Eglise. L'étude controversée des questions relatives à la perfection se
renouvelle au sein de l'Eglise, d'un siècle à l'autre, avec une
inépuisable fécondité et une infinie richesse d'aspects : Nous voudrions
lui voir reconquérir l'intérêt souverain qu'elle mérite. Cela moins pour
la mise au point de théories neuves que pour l'éclosion d'énergies
nouvelles qui s'appliquent précisément à cette sainteté que le Christ nous
a enseignée et dont la connaissance, le désir et l'accomplissement sont mis
à notre portée par l'exemple du Seigneur, sa parole, sa grâce et sa
pédagogie ; la tradition de l'Eglise nous les transmet ; ils reçoivent de
l'action divine à travers la communauté un regain de vigueur et la figure
exemplaire de chaque saint projette sur eux son éclairage particulier.
Perfectibilité des chrétiens
44 - Ce zèle de progrès spirituel et moral trouve un stimulant de plus
dans les conditions où se déroule la vie de l'Eglise. Celle-ci ne saurait
demeurer inerte et indifférente aux changements du monde qui l'environne et
qui de mille manières influence sa conduite pratique et la soumet à
certaines conditions. L'Eglise, on le sait, n'est point séparée du monde ;
elle vit dans le monde. Les membres de l'Eglise subissent l'influence du
monde ; ils en respirent la culture, en acceptent les lois et en adoptent les
mœurs. Ce contact intime avec la société temporelle crée pour l'Eglise
une situation toujours pleine de problèmes ; aujourd’hui ceux-ci sont
particulièrement aigus. D'une part la vie chrétienne, que l'Eglise
sauvegarde et développe, doit sans cesse et courageusement se défendre de
toute déviation, profanation ou étouffement ; il lui faut comme s'immuniser
contre la contagion de l'erreur et du mal. Mais d'autre part la vie
chrétienne ne doit pas simplement s'accommoder des manières de penser et
d'agir présentées et imposées par le milieu temporel, tant qu'elles sont
compatibles avec les impératifs essentiels de son programme religieux et
moral ; elle doit de plus tâcher de les rejoindre, de les purifier, de les
ennoblir, de les animer et de les sanctifier : voilà encore une tâche en vue
de laquelle l'Église est tenue de contrôler continuellement sa propre
attitude et de garder sa conscience éveillée : requête particulièrement
pressante et grave de notre temps.
45 - De ce point de vue aussi la tenue du Concile est un événement
providentiel. L'allure pastorale par quoi il entend se caractériser, ses
objectifs pratiques de mise au point des dispositions canoniques, son désir
de ménager aux fidèles autant de facilité que possible pour la pratique de
leur vie chrétienne sans détriment de la note surnaturelle propre à
celle-ci : par tout cela ce Concile s'est acquis un mérite à part, d'ores et
déjà, avant que ne soient arrêtées la plupart des décisions que Nous en
attendons. En effet, chez les fidèles comme chez les pasteurs, le Concile
réveille le désir de préserver et d'accentuer dans l'existence chrétienne
le caractère d'authenticité surnaturelle ; à tous, il rappelle le devoir
d'imprimer fortement à leur conduite personnelle ce cachet positif ; il aide
les chrétiens trop mous à devenir vraiment bons, les bons à s'améliorer,
les meilleurs à se montrer généreux, les généreux à devenir des saints.
A la sainteté, il suggère des façons nouvelles de se manifester ; il donne
à l'amour un génie inventif ; il suscite des élans nouveaux de vertu et
d'héroïsme chrétien.
En quel sens entendre la réforme
46 - Naturellement, c'est au Concile qu'appartiendra le soin de suggérer
les réformes à introduire dans la législation de l'Eglise, et les
Commissions post-conciliaires - spécialement celle que nous avons déjà
formée pour la révision du Code de droit canonique - traduiront en termes
concrets les décisions de l'assemblée œcuménique. C'est à vous, par
conséquent, vénérables frères, qu'il appartient de Nous indiquer les
mesures à prendre en vue de purifier et de rajeunir le visage de l'Eglise.
Mais, une fois de plus, Nous tenons à marquer Notre résolution de concourir
à cette réforme. Combien de fois dans les siècles passés ne trouve-t-on
point pareille volonté du Pape associée à l'histoire des Conciles ?
Eh bien, que ce soit le cas, cette fois encore, maintenant, il ne s'agit
plus d'extirper de l'Eglise telle ou telle hérésie déterminée ou certains
désordres généralisés - grâce à Dieu, il n'en règne point au sein de l'Eglise ; - il s'agira d'infuser au Corps mystique du Christ, visible en
tant que société, des forces spirituelles neuves, en éliminant les défauts
de nombre de ses membres et en provoquant de nouveaux efforts de vertu.
47 - Pour que ce vœu puisse se réaliser avec l'aide de Dieu,
permettez-Nous de vous proposer ici quelques considérations préliminaires.
Elles sont de nature à faciliter le travail de renouvellement et à inspirer
le courage qu'il requiert, - car ce renouveau ne saurait s'accomplir sans
sacrifice ; - ces réflexions serviront aussi à tracer quelques lignes
suivant lesquelles il peut, semble-t-il, aboutir de façon plus heureuse.
48 - Tout d'abord, il Nous faut rappeler quelques principes qui nous fixent
sur les objectifs de la réforme à promouvoir. Celle-ci ne saurait concerner
ni l'idée à se faire de l'essence de l'Eglise catholique ni ses structures
fondamentales. Nous ferions du mot réforme un emploi abusif si nous lui
donnions pareil sens. Nous ne pouvons accuser d'infidélité cette sainte Eglise de Dieu, notre
Eglise bien-aimée ; nous considérons comme une
grâce suprême de lui appartenir ; d'elle nous recevons en notre esprit
l'attestation « que nous sommes enfants de Dieu » (Rom., 8, 16).
Oh ! ce n'est point orgueil ni présomption, ni entêtement, ni folie, mais
certitude lumineuse et joyeuse conviction, de nous savoir promus vrais membres
vivants du Corps du Christ, héritiers authentiques de l'Evangile du Christ,
continuateurs directs des apôtres, et de trouver en nous-mêmes, dans le
riche patrimoine des vérités et de conduites propres à l'Eglise catholique
telle qu'elle est aujourd'hui, l'héritage inaltéré, toujours vivant, de la
tradition apostolique des origines. Tel est le sujet de notre fierté, ou
mieux, le motif qui nous oblige à « rendre grâces à Dieu sans cesse » (Eph., 5, 20) ; mais telle est du même coup notre responsabilité devant
Dieu lui-même, à qui nous devons compte d'un tel bienfait, notre
responsabilité à l'égard de l'Eglise, à qui nous devons transmettre, avec
cette assurance, le désir et la ferme volonté de sauvegarder son trésor -
le « dépôt » dont parle saint Paul (1Tim., 6, 20), - notre responsabilité
enfin envers les frères encore séparés de nous et envers le monde entier :
ils sont tous appelés à partager avec nous le don de Dieu.
49 - Ainsi, en ce domaine, s'il est permis de parler de réforme, celle-ci
ne doit pas s'entendre comme un changement, mais plutôt comme
l'affermissement de la fidélité qui garde à l'Eglise la physionomie
donnée par le Christ lui-même et qui, mieux encore, veut ramener constamment
l'Eglise à sa forme parfaite. Celle-ci répondra au dessein primitif et tout
à la fois s'avérera harmonieusement développée selon les lois du progrès
nécessaire qui, comme il mène de la semence à l'arbre, a conduit l'Eglise,
à partir du dessein premier, jusqu'à sa forme légitime, historique et
concrète. Ne donnons donc pas dans l'idée illusoire de réduire l'édifice
de l'Eglise, maintenant devenu, à la gloire de Dieu, ample et majestueux
comme un temple magnifique, aux dimensions minuscules de ses débuts, comme si
les mesures d'alors étaient les seules justes et bonnes. N'allons pas nous
enthousiasmer pour un renouvellement qui réorganiserait l'Eglise par voie
charismatique comme si pouvait naître une Eglise véritable et neuve de
conceptions particulières, généreuses sans doute et parfois subjectivement
persuadées qu'elles procèdent d'une inspiration divine, mais qui
aboutiraient à introduire dans le plan de l'Eglise des rêves sans fondement
d'un renouveau fantaisiste. C'est l'Eglise telle qu'elle est qu'il nous faut
servir et aimer, avec un sens averti de l'histoire et dans une humble
recherche de la volonté de Dieu ; c'est Dieu qui assiste et guide l'Eglise
alors même qu'il permet à la faiblesse humaine d'altérer plus ou moins la
pureté de ses traits et la beauté de son action. Cette pureté et cette
beauté, voilà tout l'objet de notre effort, voilà ce que nous voulons
rendre plus réel.
Méfaits et dangers de la conception profane
de la vie
50 - Nous avons besoin de cette conviction bien arrêtée pour parer à un
autre danger capable de surgir du désir même de réforme, non pas
précisément chez les pasteurs, tenus en éveil par le sens des
responsabilités, mais dans l'opinion de bon nombre de fidèles. Au jugement
de ces derniers, la réforme de l'Eglise devrait consister surtout à régler
ses sentiments et sa conduite sur ceux du monde. Si puissante est aujourd'hui
la séduction exercée par la vie profane ! A bien des gens le conformisme
apparaît comme inévitable et même sage. Aisément, quiconque n'est pas
solidement enraciné dans la foi et dans l'observation de la loi de l'Eglise
croit le moment venu de s'adapter à la conception profane de l'existence
comme à la meilleure et à celle qu'un chrétien peut et doit faire sienne.
Ce phénomène d'assimilation se manifeste dans le monde de la philosophie :
que ne peut la mode, même en ce domaine de la pensée, qui devrait être
autonome et libre, réservant un accueil avide et docile à la seule vérité
et à l'autorité de maîtres éprouvés ! Pareil phénomène s'observe au
plan de la pratique, où l'on trace avec toujours plus d'hésitation et de
difficulté la ligne de la droiture morale et de la manière correcte d'agir.
51 - Le naturalisme menace de faire évanouir l'idée première du
christianisme ; le relativisme, qui trouve à tout une justification et met
tout sur le même pied, sape la valeur absolue des principes chrétiens ;
l'habitude d'éliminer de la vie courante toute espèce d'effort et de
désagrément porte à condamner comme choses inutiles autant qu'ennuyeuses la
discipline et l'ascèse, chrétiennes. Parfois même le souci apostolique de
rejoindre des milieux profanes ou de se faire accepter par la mentalité
moderne, spécialement celle de la jeunesse, se traduit par l'abandon des
exigences propres à l'idéal chrétien et du style de vie qui précisément
devrait donner son sens et son efficacité à cette recherche empressée de
contact et d'influence éducatrice.
N'arrive-t-il pas souvent au jeune clergé, ou encore à tel religieux
plein de zèle, mû par l'intention si louable d'entrer dans les masses
populaires ou en certains milieux, de chercher à se confondre avec eux au
lieu de s'en distinguer, et de sacrifier par un mimétisme inutile le fruit
véritable de son apostolat ? Le grand principe énoncé par le Christ
s'impose avec toute son actualité et toute sa difficulté : être dans le
monde sans être du monde. Heureux serons-nous si aujourd'hui encore le
Christ, « toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (Hb, 7, 25),
adresse à son Père céleste sa prière suprême et si opportune : « Je ne
te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal. » (Jn, 17,
15.)
Un programme d'aggiornamento
52 - Cela ne doit pas donner à penser qu'il faille situer la perfection
dans l'immutabilité des formes que l'Eglise s'est données au cours des
siècles ; l'idéal n'est pas non plus d'éviter le rapprochement avec le tour
de pensée et les manières de faire ayant cours de notre temps, en ce qu'ils
ont d'acceptable. L'expression popularisée par Notre vénéré Prédécesseur
Jean XXIII, aggiornamento, Nous restera toujours présente pour exprimer
l'idée maîtresse de Notre programme ; Nous avons confirmé que telle était
la ligne directrice du Concile, et Nous le rappellerons pour stimuler dans l'Eglise la vitalité toujours renaissante, l'attention constamment
éveillée aux signes du temps, et l'ouverture indéfiniment jeune qui sache
« vérifier toute chose et retenir ce qui est bon » (1Th, 5, 21), en tout
temps et en toute circonstance.
Obéissance, énergie morale, sacrifice
53 - Redisons pourtant encore cet avis pour notre profit à tous : l'Eglise trouvera une jeunesse renouvelée, bien moins par un changement dans
l'appareil extérieur de ses lois que grâce à une attitude prise à l'intime
des âmes, attitude d'obéissance au Christ et du même coup de respect des
lois que l'Eglise s'impose à elle-même afin de suivre les traces du Christ.
Là gît le secret de son renouveau, là sa véritable « conversion » -
retournement du cœur, - là son travail de perfectionnement. L'observation
des normes de l'Eglise pourra sans doute être rendue plus aisée par la
simplification de tel ou tel précepte et par un crédit plus large accordé
à la liberté du chrétien d'aujourd'hui, mieux éclairé sur ses devoirs et
plus mûrement formé au discernement avisé des manières concrètes de
remplir ses obligations. Toutefois, la règle morale subsiste en son exigence
essentielle : l'existence chrétienne, dont l'Eglise interprète les
impératifs en un ensemble de sages prescriptions, réclamera toujours
fidélité, application, mortification et sacrifice ; toujours, elle se
caractérisera comme la « voie étroite » dont nous parle Notre-Seigneur
(cf. Mt 7, 13 et suiv.). Elle nous demandera à nous, chrétiens modernes,
autant et même plus d'énergie morale qu'aux chrétiens d'hier ; elle devra
nous trouver disposés à une obéissance tout aussi nécessaire que par le
passé, et peut-être plus difficile, mais sûrement plus méritoire, fondée
qu'elle sera sur des vues surnaturelles plutôt que sur des motifs d'ordre
naturel. Ni le conformisme mené par la mentalité du monde, ni le fait de se
soustraire aux disciplines d'une ascèse raisonnable, ni l'absence de
réaction devant la licence morale de notre époque, ni le refus de
reconnaître l'autorité légitimement exercée par des supérieurs sensés,
ni certaine apathie en présence des positions contradictoires de la pensée
moderne, non, ce n'est rien de cela qui pourrait renforcer la vigueur de l'Eglise, la disposer à l'impulsion qu'elle doit attendre des dons de
l'Esprit-Saint, lui garantir l'authenticité dans la manière de suivre le
Christ Notre-Seigneur, lui inspirer les préoccupations de la charité envers
nos frères et la rendre capable de faire passer son message de salut. Non,
ce, n'est rien de cela, mais, au contraire, la faculté que l'Eglise
développera de vivre, selon la grâce de Dieu, sa fidélité à l'Evangile du
Seigneur et sa cohésion hiérarchique et communautaire. Le chrétien n'est
pas un être mou et veule, mais une personnalité ferme et fidèle.
54 - Notre entretien s'allongerait si Nous voulions tracer - ne serait-ce
qu'en ses lignes maîtresses, - le programme de la vie chrétienne
contemporaine. Notre intention n'est pas d'entreprendre maintenant ce travail.
Vous savez d'ailleurs ce dont notre temps a besoin au point de vue moral, et
vous ne cesserez point de ramener les fidèles à l'intelligence de la
dignité, de la pureté et de l'austérité chrétiennes ; vous ne laisserez
pas non plus de dénoncer de la façon la plus opportune, même publiquement,
les dangers d'ordre moral et les vices qui affectent l'époque actuelle. Nous
avons tous à la mémoire les encouragements solennels que la Sainte Ecriture
clame à notre adresse : " Je connais ta conduite, tes fatigues et ta
constance ; je le sais, tu ne peux souffrir les méchants " (Ap 2. 2), et
tous nous nous efforcerons de nous comporter en pasteurs vigilants et actifs.
Le Concile œcuménique doit nous marquer à nous-même des directions
nouvelles et bienfaisantes et tous, certes, nous devons dès maintenant
préparer notre âme à les accueillir et à les mettre à exécution.
L'esprit de pauvreté
55 - Cependant, Nous ne pensons pas pouvoir omettre ici deux indications
particulières. Elles touchent, nous semble-t-il, à des nécessités et à
des obligations majeures, et elles peuvent offrir matière à réflexion quant
aux orientations générales d'un heureux renouvellement dans la vie de
l'Eglise.
56 - D'abord, Nous voulons parler de l'esprit de pauvreté. Nous le voyons
si hautement préconisé dans l'Evangile, si organiquement inséré dans le
programme qui nous prépare au règne de Dieu, et si gravement menacé par
l'échelle des valeurs de la mentalité contemporaine ; Nous considérons le
sens de la pauvreté comme si nécessaire pour nous éclairer sur tant de
faiblesses et de malheurs de notre passé et pour nous enseigner aussi le
style de vie à garder et la manière la meilleure d'annoncer aux âmes la
religion du Christ ; Nous le savons enfin si difficile à pratiquer comme il
faut, que Nous n'hésitons pas à lui réserver dans la présente lettre une
mention explicite, non pas que Nous songions à prendre en la matière des
mesures spéciales au plan canonique, mais plutôt pour vous demander à vous,
vénérables frères, l'encouragement de votre adhésion, de vos avis et de
votre exemple. De vous tous, comme d'interprètes autorisés des impulsions
les plus saintes qui font vivre l'Esprit du Christ en son Eglise, Nous
attendons que vous Nous disiez comment pasteurs et fidèles donneront à leur
parole et à leur conduite l'empreinte de la pauvreté : " Ayez en vous
les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus ", c'est la
recommandation de l'Apôtre (Ph 2, 5). Vous nous direz aussi comment Nous
devons en même temps formuler pour la vie de l'Eglise ces principes
directeurs selon lesquels notre assurance se fondera sur l'aide de Dieu et sur
les richesses spirituelles plus que sur les moyens temporels. Ces principes
nous rappelleront à nous-mêmes et inculqueront au monde la primauté des
biens de l'âme sur les ressources d'ordre économique ; pour nous, la
possession et l'usage de celles-ci doivent se borner et se subordonner à ce
qui sert l'exercice normal de notre mission apostolique.
57 - La brièveté de cette allusion à l'excellence et à l'obligation de
l'esprit de pauvreté, qui caractérise l'Evangile du Christ, ne nous
dispense pas de rappeler que cet esprit n'empêche pas de comprendre et
d'employer, comme il nous est permis, le développement économique, devenu
gigantesque et fondamental dans la croissance de la civilisation moderne,
spécialement dans toutes ses répercussions humaines et sociales. Nous
pensons même que la libération intérieure produite par l'esprit de la
pauvreté évangélique rend plus sensible et plus capable de comprendre les
phénomènes humains liés aux facteurs économiques, quand il s'agit, soit de
porter sur la richesse et sur le progrès dont elle peut être l'origine
l'appréciation juste et souvent sévère qu'elle mérite, soit d'accorder à
l'indigence l'intérêt le plus attentif et le plus généreux ; soit, enfin,
de désirer que les biens économiques ne soient pas source de luttes,
d'égoïsme, d'orgueil parmi les hommes, mais soient appliqués par les voies
de la justice et de l'équité au bien commun et, par le fait, plus
providentiellement distribués. Tout ce qui se rapporte à ces biens
économiques, inférieurs aux biens spirituels et éternels, mais nécessaires
à la vie présente, trouve l'élève de l'Evangile capable d'appréciation
sage et de coopération très humaine : la science, la technique, et
spécialement le travail deviennent d'abord pour nous objet d'un très vif
intérêt ; et le pain qui en est le produit devient sacré pour la table et
pour l'autel. Les enseignements sociaux de l'Eglise ne laissent pas de doute
à ce sujet, et Nous aimons avoir cette occasion pour affirmer de nouveau
Notre adhésion cohérente à cette salutaire doctrine.
L'esprit de charité
58 - En second lieu, Nous soulignons l'esprit de charité. Ce sujet
n'est-il d'ailleurs pas déjà au premier plan de vos préoccupations ?
L'amour n'est-il pas au centre de tout l'ordre religieux de l'Ancien Testament
et du Nouveau ? Dans l'expérience spirituelle de l'Eglise, les démarches
significatives ne se définissent-elles point comme autant d'approches de
l'amour ? La charité n'est-elle pas la découverte la plus lumineuse et la
plus joyeuse que la théologie et la piété, chacune suivant sa voie, ne
cessent jamais de faire, méditant sans relâche les trésors de l'Ecriture et
des sacrements, ces trésors dont l'Eglise est héritière et gardienne et
qu'elle dispense par son enseignement et son ministère ? Nous en sommes
convaincu, avec Nos prédécesseurs, avec cette couronne de saints que notre
époque a donnés à l'Eglise du ciel et de la terre, avec la piété
instinctive du peuple fidèle ! La charité doit, aujourd'hui, occuper la
place qui lui revient, la première et la plus haute dans l'échelle des
valeurs religieuses et morales, et cela non seulement dans les appréciations
théoriques, mais aussi dans les réalisations pratiques de l'existence
chrétienne. Cela, Nous le disons, tant de la charité envers Dieu qui a
répandu sur nous son amour, que de la charité dont, à notre tour, nous
devons entourer le prochain, ce qui veut dire le genre humain. La charité
explique tout. La charité inspire tout. La charité rend tout possible. La
charité renouvelle tout. La charité " excuse tout, croit tout, espère
tout, supporte tout ". (l Cor., 13, 7). Cela, qui de nous l'ignore ? Et
si nous le savons, ne sommes-nous pas à l'heure de la charité ?
La Vierge Marie, merveille de l'humanité véritable
59 - Cet idéal fascinant d'un christianisme plénier, humblement et
profondément vécu, ramène Notre pensée vers la Vierge Marie, qui
l'accueillit avec une fidélité merveilleuse ; bien plus, qui l'a vécu dans
son existence terrestre et qui maintenant, au ciel, en goûte tout l'éclat et
le bonheur. Dans l'Église d'aujourd'hui, le culte de Notre-Dame est
heureusement florissant, et Nous sommes heureux d'y reporter aujourd'hui Notre
pensée pour admirer dans la Sainte Vierge, Mère du Christ et donc Mère de
Dieu et notre Mère, le type de la perfection chrétienne, le miroir des
vertus pures de tout alliage, la merveille de l'humanité véritable. Le culte
de Marie est, à Notre sens, une source d'enseignements évangéliques ; lors
de Notre pèlerinage en Terre sainte, c'est d'elle, la bienheureuse, la très
douce, la très humble, l'immaculée, que Nous avons voulu recevoir les
leçons de l'authenticité chrétienne, d'elle qui eut le privilège de
présenter au Verbe de Dieu l'offrande de la réalité humaine et charnelle
dans la beauté de son innocence première. Et c'est encore vers NotreDame,
comme vers une éducatrice pleine d'affection, que Nous tournons Nos regards
suppliants, tandis que Nous Nous entretenons avec vous, vénérables frères,
de la régénération spirituelle et morale à promouvoir dans la vie de l'Eglise.
III. Le dialogue avec l'Eglise
60 - Il y a une troisième attitude que doit prendre l'Eglise catholique
en ce moment de l'histoire du monde. Elle se définit par l'étude des
contacts que l'Eglise doit avoir avec l'humanité. Si l'Eglise acquiert
toujours plus claire conscience d'elle-même, si elle cherche à se rendre
conforme à l'idéal que le Christ lui propose, du même coup se dégage tout
ce qui la différencie profondément du milieu humain dans lequel elle vit et
qu'elle aborde.
61 - L'Evangile nous fait remarquer cette distinction quand il nous parle
du " monde ", entendu comme l'humanité opposée à la lumière de
la foi et au don de la grâce, l'humanité qui s'exalte en un naïf optimisme,
comptant sur ses seules propres forces pour arriver à s'exprimer d'une
manière pleine, stable et bienfaisante, ou bien l'humanité qui s'enfonce en
un pessimisme sans nuances, déclarant fatals, inguérissables et peut-être
même désirables comme des manifestations de liberté et d'authenticité ses
vices, ses faiblesses, ses infirmités morales. L'Evangile, qui connaît et
dénoue les misères humaines avec une pénétrante et parfois déchirante
sincérité, qui compatit à la faiblesse et qui la guérit, ne cède pas pour
autant à l'illusion de la bonté naturelle de l'homme qui se suffirait à
lui-même et n'aurait d'autre besoin que d'être laissé libre de s'épanouir
à son gré ; ni à la résignation découragée devant une corruption
incurable de la nature humaine. L'Evangile est lumière, il est nouveauté,
il est énergie, il est régénération, il est salut. C'est pourquoi il donne
naissance à une forme spécifique de vie nouvelle, sur laquelle le Nouveau
Testament nous prodigue de continuels et remarquables enseignements : "
Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre
jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de
Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. " (Rom., 12,
2), nous avertit saint Paul.
62 - Cette distinction entre la vie chrétienne et la vie profane dérive
encore de la réalité, et de la conscience. qui en résulte, de la
justification produite en nous, par notre communion au mystère pascal, avant
tout, comme Nous le disions plus haut, au baptême, lequel est une vraie
régénération et doit être regardé comme tel. Saint Paul encore, nous le
rappelle : "... Baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que
tous nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par
le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts
par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. "
(Rom., 6, 3.4.) '
Etre dans le monde mais pas du monde
63 - Il sera très opportun que le chrétien d'aujourd'hui se souvienne
toujours, lui aussi, de cette forme de vie, originale et merveilleuse, pour y
trouver la joie dans la pensée de sa dignité, et s'immuniser contre la
contagion de la misère humaine ambiante, ou contre la séduction de l'éclat
mondain qui également l'entoure.
64 - Voici comment le même saint Paul éduquait les chrétiens de la
première génération : « Ne formez pas avec des infidèles d'attelage
disparate. Quel rapport en effet entre la justice et l'impiété ? Quelle
union entre la lumière et les ténèbres ?... Ou quelle association entre le
fidèle et l'infidèle ? » (2 Cor., 6, 14.16). La pédagogie chrétienne
devra toujours rappeler à son élève des temps modernes cette condition
privilégiée et le devoir qui en découle de vivre dans le monde sans être
du monde, selon le souhait rappelé ci-dessus, que Jésus formait pour ses
disciples : « Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder
du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. » (Jn,
17, 15-16.) Et l'Eglise fait sien ce même souhait.
65 - Mais cette distinction d'avec le monde n'est pas séparation. Bien
plus, elle n'est pas indifférence, ni crainte, ni mépris. Quand l'Eglise se
distingue de l'humanité, elle ne s'oppose pas à elle ; au contraire elle s'y
unit. Il en est de l'Eglise comme d'un médecin : connaissant les pièges
d'une maladie contagieuse, le médecin cherche à se garder lui-même et les
autres de l'infection ; mais en même temps il s'emploie à guérir ceux qui
en sont atteints ; de même l'Eglise ne se réserve pas comme un privilège
exclusif la miséricorde à elle concédée par la bonté divine ; elle ne
tire pas de son propre bonheur une raison de se désintéresser de qui ne l'a
pas atteint, mais elle trouve dans son propre salut un motif d'intérêt et
d'amour envers tous ceux qui lui sont proches et pour tous ceux que, dans son
effort de communion universelle, il lui est possible d'approcher.
Parce que missionnaire, l'Eglise doit entrer en dialogue avec le monde
66 - Si vraiment l'Eglise, comme Nous le disions, a conscience de ce que
le Seigneur veut qu'elle soit, il surgit en elle une singulière plénitude et
un besoin d'expansion, avec la claire conscience d'une mission qui la dépasse
et d'une nouvelle à répandre. C'est l'obligation d'évangéliser. C'est le
mandat missionnaire. C'est le devoir d'apostolat. Une attitude de fidèle
conservation ne suffit pas. Certes, le trésor de vérité et de grâce qui
nous a été transmis en héritage par la tradition chrétienne, nous devrons
le garder, bien mieux nous devrons le défendre. « Garde le dépôt », c'est
la consigne de saint Paul (1 Tim., 6, 20). Mais ni la sauvegarde, ni la
défense n'épuisent le devoir de l'Eglise par rapport aux biens qu'elle
possède. Le devoir lié par la nature au patrimoine reçu du Christ, c'est de
répandre ce trésor, c'est de l'offrir, c'est de l'annoncer. Nous le savons
bien : « Allez donc, enseignez toutes les nations » (Mt., 28, 19) est
l'ultime commandement du Christ à ses apôtres. Ceux-ci définissent leur
indéclinable mission par le nom même d'apôtres. A propos de cette impulsion
intérieure de charité qui tend à se traduire en un don extérieur, Nous
emploierons le nom, devenu aujourd'hui usuel, de dialogue.
Le dialogue
67 - L'Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit.
L'Eglise se fait parole ; l'Eglise se fait message ; l'Eglise se fait
conversation.
68 - Cet aspect capital de la vie actuelle de l'Eglise fera, on le sait,
l'objet d'une large étude particulière de la part du Concile œcuménique ;
et Nous ne voulons pas entrer dans l'examen concret des thèmes que cette
étude se propose afin de laisser aux Pères du Concile le soin d'en traiter
librement. Nous voulons seulement vous inviter, vénérables frères, à faire
précéder cette étude de quelques considérations afin que soient plus
clairs les motifs qui poussent l'Eglise au dialogue, plus claires les
méthodes à suivre, plus clairs les buts à atteindre. Nous voulons préparer
les esprits, non pas traiter les sujets.
69 - Nous ne pouvons agir autrement dans la conviction que le dialogue doit
caractériser Notre charge apostolique, héritier que Nous sommes d'une
manière de faire, d'une orientation pastorale qui Nous ont été transmises
par Nos Prédécesseurs du siècle dernier, à commencer par le grand et sage
Léon XIII, personnifiant pour ainsi dire la figure évangélique du scribe
sage : «...qui, comme un père de famille, tire de son trésor du neuf et du
vieux » (Mt. 13, 52), il reprenait magnifiquement l'exercice du magistère
catholique en faisant objet de son riche enseignement les problèmes de notre
temps envisagés à la lumière de la parole du Christ. De même ses
successeurs, vous le savez.
70 - Nos Prédécesseurs, spécialement les Papes Pie XI et Pie XII,
n'ont-ils pas laissé un magnifique et large patrimoine d'enseignement, fruit
d'un effort déployé avec amour et sagesse pour unir la pensée divine à la
pensée humaine, et non pas en des concepts abstraits, mais dans le langage
concret de l'homme moderne ? Et qu'est-ce que cette tentative apostolique
sinon un dialogue ? Jean XXIII, Notre Prédécesseur immédiat, de vénérée
mémoire, n'a-t-il pas accentué encore davantage, dans son enseignement, le
souci de rencontrer le plus possible l'expérience et la compréhension du
monde contemporain ? N'a-t-on pas voulu, et justement, assigner au Concile
lui-même un objectif pastoral qui revient à insérer le message chrétien
dans la circulation de pensée, d'expression, de culture, d'usages, de
tendances de l'humanité telle qu'elle vit et s'agite aujourd'hui sur la face
de la terre ? Avant même de convertir le monde, bien mieux, pour le
convertir, il faut l'approcher et lui parler.
71 - En ce qui concerne Notre humble personne, bien que Nous soyons peu
disposé à parler et désireux de ne pas attirer sur elle l'attention
d'autrui, Nous ne pouvons, dans cette présentation de Nos intentions au
collège épiscopal et au peuple chrétien, taire Notre résolution de
persévérer, pour autant que que Nos faibles forces Nous le permettront, et
surtout que la grâce divine Nous donnera les moyens de le faire, dans la
même ligne, dans le même effort, de Nous rapprocher du monde dans lequel la
Providence Nous a destiné à vivre, avec tous les égards, tout
l'empressement, tout l'amour possible, pour le comprendre, pour lui offrir les
dons de vérité et de grâce dont le Christ Nous a fait dépositaire pour lui
faire partager notre richesse merveilleuse de rédemption et d'espérance.
Dans Notre esprit sont profondément gravées les paroles du Christ que,
humblement, mais sans démission, Nous voudrions Nous approprier : « Dieu n'a
pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le
monde soit sauvé par lui. » (Jn, 3, 17.)
La religion, dialogue entre Dieu et l’homme
72 - Voilà, vénérables frères, l'origine transcendante du dialogue.
Elle se trouve dans l'intention même de Dieu. La religion est de sa nature un
rapport entre Dieu et l'homme. La prière exprime en dialogue ce rapport. La
Révélation, qui est la relation surnaturelle que Dieu lui-même a pris
l'initiative d'instaurer avec l'humanité, peut être représenté comme un
dialogue dans lequel le Verbe de Dieu s'exprime par l'Incarnation, et ensuite
par l'Evangile. Le colloque paternel et saint, interrompu entre Dieu et
l'homme à cause du péché originel, est merveilleusement repris dans le
cours de l'histoire. L'histoire du salut raconte précisément ce dialogue
long et divers qui part de Dieu et noue avec l'homme une conversation variée
et étonnante. C'est dans cette conversation du Christ avec les hommes (cf. Bar., 3, 38) que Dieu laisse comprendre quelque chose de lui-même, le
mystère de sa vie, strictement une dans son essence, trine dans les Personnes
; c'est là qu'il dit finalement comment il veut être connu : il est Amour ;
et comment il veut être honoré de nous et servi : notre commandement
suprême est amour. Le dialogue se fait plein et confiant ; l'enfant y est
invité, le mystique s'y épuise.
Les caractéristiques du dialogue du salut
73 - Il faut que nous ayons toujours présent cet ineffable et réel
rapport de dialogue offert et établi avec nous par Dieu le Père, par la
médiation du Christ dans l'Esprit-Saint, pour comprendre quel rapport nous,
c'est-à-dire l'Eglise, nous devons chercher à instaurer et à promouvoir
avec l'humanité.
74 - Le dialogue du salut fut inauguré spontanément par l'initiative
divine : « C'est lui (Dieu) qui nous a aimés le premier » (1 Jn, 4, 19) ;
il nous appartiendra de prendre à notre tour l'initiative pour étendre aux
hommes ce dialogue, sans attendre d'y être appelés.
75 - Le dialogue du salut est parti de la charité, de la bonté divine :
« Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique » (Jn, 3,
16) ; seul un amour fervent et désintéressé devra susciter le nôtre.
76 - Le dialogue du salut ne se mesura pas aux mérites de ceux à qui il
était adressé, ni même aux résultats qu'il aurait obtenus ou qui auraient
fait défaut ; « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de
médecin » (Lc, 5, 31) ; le nôtre aussi doit être sans limites et sans
calcul.
77 - Le dialogue du salut ne contraignit physiquement personne à
l'accueillir ; il fut une formidable demande d'amour, qui, s'il constitua une
redoutable responsabilité pour ceux à qui il était adressé (cf. Mc, 11,
21), les laissa toutefois libres d'y correspondre ou de le refuser ; il adapta
même aux exigences et aux dispositions spirituelles de ses auditeurs la
quantité (cf. Mt., 12, 28 et suiv.) et la force démonstrative des signes
(cf. Mt. 13, 13 et suiv.), afin de leur faciliter le libre consentement à la
révélation divine, sans toutefois leur ôter le mérite de ce consentement.
De même si notre mission est annonce de vérités indiscutables et d'un salut
nécessaire, elle ne se présentera pas armée de coercition extérieure, mais
par les seules voies légitimes de l'éducation humaine, de la persuasion
intérieure, de la conversation ordinaire, elle offrira son don de salut,
toujours dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés.
78 - Le dialogue du salut fut rendu possible à tous ; adressé à tous
sans discrimination aucune (cf. Col., 3, 11) ; le nôtre également doit être
en principe universel, c'est-à-dire catholique et capable de se nouer avec
chacun, sauf si l'homme le refuse absolument ou feint seulement de
l'accueillir.
79 - Le dialogue du salut a connu normalement une marche progressive, des
développements successifs, d'humbles débuts avant le plein succès (cf. Mt.,
13, 31) ; le nôtre aussi aura égard aux lenteurs de la maturation
psychologique et historique et saura attendre l'heure où Dieu le rendra
efficace. Ce n'est pas à dire que notre dialogue remettra à demain ce qu'il
peut faire aujourd'hui ; il doit avoir l'anxiété de l'heure opportune et le
sens de la valeur du temps (cf. Eph., 5, 16). Aujourd'hui, c'est-à-dire
chaque jour, il doit recommencer ; et de notre part, sans attendre nos
interlocuteurs.
Le rapport de l'Eglise avec le monde s'exprime le mieux sous forme de
dialogue
80 - Il est clair que les rapports entre l'Eglise et le monde peuvent
prendre de multiples aspects, différents les uns des autres. Théoriquement
parlant, l'Eglise pourrait se proposer de réduire ces rapports au minimum,
en cherchant à se retrancher du commerce avec la société profane ; comme
elle pourrait se proposer de relever les maux qui peuvent s'y rencontrer,
prononcer contre eux des anathèmes et susciter contre eux des croisades ;
elle pourrait, au contraire, se rapprocher de la société profane au point de
chercher à prendre sur elle une influence prépondérante, ou même à y
exercer un pouvoir théocratique, et ainsi de suite. Il Nous semble, au
contraire, que le rapport de l'Eglise avec le monde, sans se fermer à
d'autres formes légitimes, peut mieux s'exprimer sous la forme d'un dialogue,
et d'un dialogue non pas toujours le même, mais adapté au caractère de
l'interlocuteur et aux circonstances de fait (autre est en effet le dialogue
avec un enfant et autre avec un adulte ; autre avec un croyant et autre avec
un non-croyant). Ceci est suggéré par l'habitude désormais répandue de
concevoir ainsi les relations entre le sacré et le profane, par le dynamisme
qui transforme la société moderne, par le pluralisme de ses manifestations,
ainsi que par la maturité de l'homme, religieux ou non, rendu apte par
l'éducation et la culture à penser, à parler, à soutenir dignement un
dialogue.
81 - Cette forme de rapport indique une volonté de courtoisie, d'estime,
de sympathie, de bonté de la part de celui qui l'entreprend ; elle exclut la
condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude,
l'inutilité de vaines conversations. Si elle ne vise pas à obtenir
immédiatement la conversion de l'interlocuteur parce qu'elle respecte sa
dignité et sa liberté, elle vise cependant à procurer son avantage et
voudrait le disposer à une communion plus pleine de sentiments et de
convictions.
82 - Par conséquent, le dialogue suppose un état d'esprit en nous qui
avons l'intention de l'introduire et de l'alimenter avec tous ceux qui nous
entourent : l'état d'esprit de celui qui sent au-dedans de lui le poids du
mandat apostolique, de celui qui sait ne plus pouvoir séparer son salut de la
recherche de celui des autres, de celui qui s'emploie continuellement à
mettre ce message dont il est dépositaire en circulation dans les échanges
des hommes entre eux.
Clarté, douceur, confiance, prudence
83 - Le dialogue est donc un moyen d'exercer la mission apostolique ; c'est
un art de communication spirituelle. Ses caractères sont les suivants :
1. - La clarté avant tout : le dialogue suppose et exige qu'on se
comprenne ; il est une transmission de pensée et une invitation à l'exercice
des facultés supérieures de l'homme ; ce titre suffirait pour le classer
parmi les plus nobles manifestations de l'activité et de la culture humaine.
Cette exigence initiale suffit aussi à éveiller notre zèle apostolique pour
revoir toutes les formes de notre langage : celui-ci est-il compréhensible,
est-il populaire, est-il, choisi ?
2. - Un autre caractère est la douceur, celle que le Christ nous propose
d'apprendre de lui-même : « Mettez. vous à mon école, car je suis doux et
humble de cœur » (Mt., 11, 29) ; le dialogue n'est pas orgueilleux ; il
n'est pas piquant ; il n'est pas offensant. Son autorité lui vient de
l'intérieur, de la vérité qu'il expose, de la charité qu'il répand, de
l'exemple qu'il propose ; il n'est pas commandement et ne procède pas de
façon impérieuse. Il est pacifique ; il évite les manières violentes ; il
est patient, il est généreux.
3. - La confiance, tant dans la vertu de sa propre parole que dans la
capacité d'accueil de l'interlocuteur. Cette confiance provoque les
confidences et l'amitié ; elle lie entre eux les esprits dans une mutuelle
adhésion à un bien qui exclut toute fin égoïste.
84 - 4. - La prudence pédagogique enfin, qui tient grand compte des
conditions psychologiques et morales de l'auditeur (cf. Mt., 7, 6) : selon
qu'il s'agit d'un enfant, d'un homme sans culture ou sans préparation, ou
défiant, ou hostile. Elle cherche aussi à connaître la sensibilité de
l'autre et à se modifier, raisonnablement, soi-même, et à changer sa
présentation pour ne pas lui être déplaisant et incompréhensible.
85 - Dans le dialogue ainsi conduit se réalise l'union de la vérité et
de la charité, de l'intelligence et de l’amour.
Dialectique de la pensée authentique
86 - Dans le dialogue on découvre combien sont divers les chemins qui
conduisent à la lumière de la foi et comment il est possible de les faire
converger à cette fin. Même s'ils sont divergents, ils peuvent devenir
complémentaires si nous poussons notre entretien hors des sentiers battus et
si nous lui imposons d'approfondir ses recherches et de renouveler ses
expressions. La dialectique de cet exercice de pensée et de patience nous
fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des
autres ; elle nous obligera à exprimer avec grande loyauté notre
enseignement et nous récompensera de la peine que nous aurons prise de
l'exposer aux objections et à la lente assimilation des autres. Elle fera de
nous des sages ; elle fera de nous des maîtres.
87 - Et quelle est sa forme d'exposition ?
88 - Oh ! le dialogue du salut revêt bien des formes, il obéit aux
exigences qu'on rencontre, il choisit les moyens favorables, il ne se lie pas
à des vains apriorismes, il ne se fixe pas en des expressions invariables
lorsque celles-ci ont cessé d'être parlantes et d'émouvoir les hommes.
89 - Ici se pose une grande question, celle de l'adaptation de la mission
de l'Eglise à la vie des hommes en un temps donné, en un lieu donné, dans
une culture donnée, dans une situation sociale donnée.
Comment approcher nos frères dans l'intérêt
de la vérité
90 - Jusqu'à quel point l'Eglise doit-elle se conformer aux circonstances
historiques et locales dans lesquelles elle déploie sa mission ? Comment
doit-elle se prémunir contre le danger d'un relativisme qui entamerait sa
fidélité au dogme et à la morale ? Mais comment en même temps se rendre
capable d'approcher tous les hommes pour les sauver tous, selon l'exemple de
l'Apôtre : « Je me suis fait tout à tous, afin de les sauver tous » ? (1 Cor., 9, 22.)
On ne sauve pas le monde du dehors ; il faut, comme le Verbe de Dieu qui
s'est fait homme, assimiler, en une certaine mesure, les formes de vie de ceux
à qui on veut porter le message du Christ ; sans revendiquer de privilèges
qui éloignent, sans maintenir la barrière d'un langage incompréhensible, il
faut partager les usages communs, pourvu qu'ils soient humains et honnêtes,
spécialement ceux des plus petits, si on veut être écouté et compris. Il
faut, avant même de parler, écouter la voix et plus encore le cœur de
l'homme ; le comprendre et, autant que possible, le respecter et, là où il
le mérite, aller dans son sens. Il faut se faire les frères des hommes du
fait même qu'on veut être leurs pasteurs, leurs pères et leurs maîtres. Le
climat du dialogue, c'est l'amitié. Bien mieux, le service. Tout cela, nous
devrons nous le rappeler et nous efforcer de le pratiquer selon l'exemple et
le précepte que le Christ nous a laissés (cf, Jn, 13, 14-17).
91 - Mais le danger demeure. L'art de l'apôtre est plein de risques. La
préoccupation d'approcher nos frères ne doit pas se traduire par une
atténuation, par une diminution de la vérité. Notre dialogue ne peut être
une faiblesse vis-à-vis des engagements de notre foi. L'apostolat ne peut
transiger et se transformer en compromis ambigu au sujet des principes de
pensée et d'action qui doivent distinguer notre profession chrétienne.
L'irénisme et le syncrétisme sont, au fond, des formes de scepticisme envers
la force et le contenu de la Parole de Dieu que nous voulons prêcher.
92 - Seul celui qui est pleinement fidèle à la doctrine du Christ peut
être efficacement apôtre. Et seul celui qui vit en plénitude la vocation
chrétienne peut être immunisé contre la contagion des erreurs avec
lesquelles il entre en contact.
La prédication est irremplaçable
93 - Nous pensons que le Concile, quand il traitera les questions relatives
à l'Eglise au travail dans le monde moderne, indiquera quelques principes
théoriques et pratiques de nature à guider notre dialogue avec les hommes de
notre temps. Nous pensons également que sur les points qui regardent, d'une
part, la mission proprement apostolique de l'Eglise, et, d'autre part, les
circonstances diverses et changeantes où s'exerce cette mission, ce sera
l'affaire du gouvernement de l'Eglise elle-même d'intervenir de temps en
temps avec sagesse pour marquer certaines limites, signaler des pistes et
proposer diverses formes en vue de l'animation continuelle d'un dialogue
vivant et bienfaisant.
94 - Nous laisserons donc ce sujet, Nous bornant à rappeler encore une
fois l'extrême importance que la prédication chrétienne conserve et qu'elle
revêt encore plus aujourd'hui, dans le cadre de l'apostolat catholique et de
ce qui nous intéresse pour l'instant, du dialogue. Aucune forme de diffusion
de la pensée, même si elle est portée par la technique à une
extraordinaire puissance, à travers la presse et par les moyens audiovisuels,
ne remplace la prédication. Apostolat et prédication sont en un certain
sens, équivalents. La prédication est le premier apostolat. Notre apostolat,
vénérables frères, est avant tout ministère de la Parole. Nous le savons
parfaitement, mais il Nous semble qu'il convient de nous le rappeler à
nous-mêmes en ce moment, pour imprimer à notre action pastorale sa juste
orientation. Nous devons reprendre l'étude, non pas de l'éloquence humaine
ou d'une vaine rhétorique, mais de l'art authentique de la Parole sacrée.
95 - Nous devons chercher les lois de sa simplicité, de sa clarté, de sa
force et de son autorité, afin de surmonter notre maladresse naturelle dans
l'emploi d'un instrument spirituel aussi noble et mystérieux que la parole,
et pour rivaliser dignement avec les hommes dont la parole possède
aujourd'hui une large influence, une fois qu'ils ont accès aux tribunes de
l'opinion publique. Nous devons en demander au Seigneur lui-même le précieux
et enivrant charisme (cf. Jér., 1, 6), pour être dignes de donner à la foi
son point de départ, riche d'efficacité pour la pratique (cf. Rom., 10, 17)
et de faire arriver notre Message jusqu'aux confins de la terre (cf. Ps. 18, 5
et Rom., 10, 18). Que les prescriptions de la Constitution conciliaire De
Sacra Liturgia sur le ministère de la Parole nous trouvent zélés et habiles
dans leur mise en application. Et que la catéchèse s'adressant au peuple
chrétien et à tous les autres à qui elle peut s'offrir se fasse toujours
experte en son langage, sage dans sa méthode, assidue dans son exercice.
Qu'elle soit corroborée par le témoignage de vertus réelles et préoccupée
de progresser et d'amener ses auditeurs à la sûreté de la foi, à
l'intuition de l'accord entre la Parole de Dieu et la vie, et aux clartés du
Dieu vivant.
96 - nous faudrait enfin dire quelque chose de ceux à qui s'adresse notre
dialogue.
Mais Nous ne voulons pas prévenir, même sous cet aspect, la voix du
Concile. Sous peu, s'il plaît à Dieu, elle se fera entendre.
97 - Parlant en général de cette attitude d'interlocutrice que l'Eglise
catholique doit prendre aujourd'hui avec un renouveau d'ardeur,
contentons-Nous d'indiquer que l'Église doit être prête à soutenir le
dialogue avec tous les hommes de bonne volonté, qu'ils soient au-dedans ou
au-dehors de son enceinte.
Avec qui dialoguer?
98 - Personne n'est étranger au cœur de l'Eglise. Personne n'est
indifférent pour son ministère. Pour elle, personne n'est un ennemi, à
moins de vouloir l'être de son côté. Ce n'est pas en vain qu'elle se dit
catholique ; ce n'est pas en vain qu'elle est chargée de promouvoir dans le
monde l'unité, l'amour et la paix.
99 - L'Eglise n'ignore pas les dimensions formidables d'une telle mission
: elle sait la disproportion des statistiques entre ce qu'elle est et ce
qu'est la population de la terre ; elle sait les limites de ses forces ; elle
sait même ses humaines faiblesses et ses propres fautes ; elle sait aussi que
l'accueil fait à l'Evangile ne dépend, en fin de compte, d'aucun effort
apostolique ni d'aucune circonstance favorable d'ordre temporel : la foi est
un don de Dieu ; et Dieu seul marque dans le monde les lignes et les heures de
son salut. Mais l'Eglise sait qu'elle est semence, qu'elle est ferment,
qu'elle est le sel et la lumière du monde. L'Eglise connaît la nouveauté
étourdissante de l'ère moderne ; mais avec une candide assurance, elle se
dresse sur les routes de l'histoire, et elle dit aux hommes : « J'ai ce que
vous cherchez, ce qui vous manque. » Elle ne promet pas le bonheur sur terre,
mais elle offre quelque chose - sa lumière, sa grâce - pour pouvoir
l'atteindre le mieux possible ; et puis, elle parle aux hommes de leur
destinée transcendante. Ainsi, elle leur parle de vérité, de justice, de
liberté, de progrès, de concorde, de paix, de civilisation. Ce sont là des
mots dont l'Eglise possède le secret ; le Christ le lui a confié. Et alors,
l'Eglise a un message pour toutes les catégories de l'humanité ; pour les
enfants, pour les jeunes gens, pour les hommes de science et de pensée, pour
le monde du travail et pour les classes sociales, pour les artistes, pour les
hommes politiques et pour les gouvernants. Pour les pauvres particulièrement,
pour les déshérités, pour les souffrants et même pour les mourants :
vraiment, pour tous.
100 - Il pourra sembler, qu'en parlant de la sorte, Nous Nous laissons
emporter par l'enthousiasme de notre mission et fermons les yeux sur le point
où l'humanité en est réellement par rapport à l'Eglise catholique. Ce
n'est pas le cas ; Nous voyons très bien la situation concrète, et pour
donner une idée sommaire des différentes positions, Nous croyons pouvoir les
distribuer comme en autant de cercles concentriques autour du centre où la
main de Dieu Nous a placé.
Premier cercle: l'humanité comme telle
101 - Il y a un premier, un immense cercle ; nous n'arrivons pas à en voir
les bords qui se confondent avec l'horizon ; son aire couvre l'humanité comme
telle, le monde. Nous mesurons la distance qui le tient loin de nous, mais
nous ne le sentons pas étranger. Tout ce qui est humain nous regarde. Nous
avons en commun avec toute l'humanité la nature, c'est-à-dire la vie, avec
tous ses dons, avec tous ses problèmes. Nous acceptons de partager cette
première universalité ; nous sommes tout disposés à accueillir les
requêtes profondes de ses besoins fondamentaux, à applaudir aux affirmations
nouvelles et parfois sublimes de son génie. Et nous avons des vérités
morales, vitales, à mettre en évidence et à consolider dans la conscience
humaine, car elles sont bienfaisantes pour tous. Partout où l'homme se met en
devoir de se comprendre lui-même et de comprendre le monde, nous pouvons
communiquer avec lui ; partout où les assemblées des peuples se réunissent
pour établir les droits et les devoirs de l'homme, nous sommes honorés quand
ils nous permettent de nous asseoir au milieu d'eux. S'il existe dans l'homme
une « âme naturellement chrétienne », nous voulons lui rendre l'hommage de
notre estime et de notre conversation.
102 - Nous pourrions nous rappeler à nous-mêmes, et à tous comment notre
attitude est, d'un côté, totalement désintéressée : Nous n'avons aucune
visée politique ou temporelle ; de l'autre, comment elle vise à assumer,
c'est-à-dire à élever au niveau surnaturel et chrétien, toute saine valeur
humaine et terrestre. Nous ne sommes pas la civilisation, mais nous en sommes
promoteurs.
La négation de Dieu: obstacle au dialogue
103 - Nous savons cependant que dans ce cercle sans confins, il se trouve
beaucoup d'hommes, beaucoup trop, malheureusement, qui ne professent aucune
religion, et même nous le savons, sous des formes très diverses, un grand
nombre se déclarent athées. Et nous le savons encore : quelques-uns font
profession ouverte d'impiété et s'en font les protagonistes comme d'un
programme d'éducation humaine et de conduite politique, dans la persuasion
ingénue, mais fatale, de libérer l'homme d'idées fausses et dépassées
touchant la vie et le monde, pour y substituer, disent-ils, une conception
scientifique, conforme aux exigences du progrès moderne.
104 - Ce phénomène est le plus grave de notre époque. Notre ferme
conviction est que la théorie sur laquelle s'établit la négation de Dieu
comporte une erreur fondamentale, qu'elle ne répond pas aux requêtes
dernières et inéluctables de l'esprit, qu'elle prive l'ordre rationnel du
monde de ses bases authentiques et fécondes, qu'elle introduit dans la vie
humaine, non pas une formule de solution, mais un dogme aveugle qui la
dégrade et la rend triste et qu'elle ruine à la racine tout système social
qui prétend reposer sur elle. Ce n'est pas une libération, mais une
tentative dramatique en vue d'éteindre la lumière du Dieu vivant. C'est
pourquoi nous résisterons de toutes nos forces à cette négation
envahissante, dans l'intérêt suprême de la vérité, en vertu du devoir
sacro-saint de confesser fidèlement le Christ et son Evangile comme de
l'amour passionné qui nous attache au sort de l'humanité et que rien ne
saurait nous arracher. Nous résisterons avec cet espoir invincible : l'homme
moderne saura encore découvrir dans la conception religieuse à lui offerte
par le catholicisme, sa propre vocation à une civilisation qui ne meurt pas,
mais qui avance sans cesse vers la perfection naturelle et surnaturelle de
l'esprit humain, que la grâce de Dieu, rend capable de la possession honnête
et pacifique des biens temporels, tout en l'ouvrant à l'espérance des biens
éternels.
105 - Ce sont ces raisons qui Nous contraignent, comme elles y ont obligé
Nos prédécesseurs, et avec eux quiconque prend à cœur les valeurs
religieuses, de condamner les systèmes de pensée négateurs de Dieu et
persécuteurs de l'Église, systèmes souvent identifiés à des régimes
économiques, sociaux et politiques, et, parmi eux, tout spécialement le
communisme athée. En un sens, ce n'est pas tant nous qui les condamnons
qu'eux-mêmes, les systèmes et les régimes qui les personnifient, qui
s'opposent à nous radicalement par leurs idées et nous oppriment par leurs
actes. Notre plainte est, en réalité, plutôt gémissement de victimes que
sentence de juges.
L'Eglise du silence
106 - Dans ces conditions, l'hypothèse d'un dialogue devient très
difficile à réaliser, pour ne pas dire impossible, bien qu'il n'y ait
aujourd'hui encore dans Notre esprit, aucune exclusion a priori à l'égard
des personnes qui professent ces systèmes et adhèrent à ces régimes. Pour
qui aime la vérité, la discussion est toujours possible. Mais des obstacles
de caractère moral accroissent énormément les difficultés, par défaut
d'une liberté suffisante de jugement et d'action et par suite de l'abus
dialectique de la parole, qui ne vise plus à la recherche et à l'expression
de la vérité objective, mais se trouve mise au service de fins utilitaires
préétablies.
107 - C'est pour cette raison que le dialogue fait place au silence. L'Eglise du silence, par exemple, se tait, ne parlant plus que par sa
souffrance ; son mutisme est partagé par toute une société opprimée et
privée de son honneur, où les droits de l'esprit sont submergés par la
puissance qui dispose de son sort. Dans cet état de choses, même si notre
parole se donnait à entendre, comment pourrait-elle offrir le dialogue,
réduite qu'elle serait à une « voix qui crie dans le désert » ? (Mc, 1,
3.) Silence, cri, patience, et toujours amour deviennent, en ce cas, le
témoignage que l'Eglise peut encore donner et que la mort même ne peut
étouffer.
108 - Mais si l'affirmation et la défense de la religion et des valeurs
humaines qu'elle proclame et qu'elle soutient doit être ferme et franche,
nous consacrons un effort pastoral de réflexion à tâcher de saisir chez
l'athée moderne, au plus intime de sa pensée, les motifs de son trouble et
de sa négation. Nous les trouvons complexes et multiples, ce qui nous rend
prudents dans la façon de les apprécier et nous met mieux à même de les
réfuter. Nous les voyons naître parfois de l'exigence même concernant la
présentation du monde divin : on la voudrait plus élevée et plus pure par
rapport à celle que mettent peut-être en œuvre certaines formes imparfaites
de langage et de culte ; formes que nous devrions nous ingénier à rendre le
plus possible pures et transparentes pour mieux traduire le sacré dont elles
sont le signe. Les raisons de l'athéisme, imprégnées d'anxiété, colorées
de passion et d'utopie, mais souvent aussi généreuses, inspirées d'un rêve
de justice et de progrès, tendit vers des finalités d'ordre social
divinisées : autant de succédanés de l'absolu et du nécessaire et qui
dénoncent le besoin inéluctable du principe divin et de la fin divine dont
il appartiendra à notre magistère de révéler avec patience et sagesse la
transcendance et l'immanence. Les positions de l'athéisme, nous les voyons se
prévaloir, parfois avec un enthousiasme ingénu, d'une soumission rigoureuse
à l'exigence rationnelle de l'esprit humain dans leur effort d'explication
scientifique de l'univers. Recours à la rationalité d'autant moins
contestable qu'il est fondé davantage sur les voies logiques de la pensée,
lesquelles, bien souvent, rejoignent les itinéraires de notre école
classique. Contre la volonté de ceux-là mêmes qui pensaient forger par là
une arme invincible pour leur athéisme, cette démarche, par sa force
intrinsèque, se voit entraînée finalement à une affirmation nouvelle du
Dieu suprême, au plan métaphysique comme dans l'ordre logique. N'y aura-t-il
personne parmi nous, par l'aide duquel ce processus obligatoire de la pensée,
que l'athée politico-scientifique arrête volontairement à un certain point,
éteignant ainsi la lumière suprême de la compréhension de l'univers,
puisse déboucher dans la conception de la réalité objective de l'univers
cosmique, qui ramène à l'esprit le sens de la présence divine et sur les
lèvres les syllabes humbles et balbutiantes d'une prière heureuse ? Les
athées, nous les voyons aussi parfois mus par de nobles sentiments,
dégoûtés de la médiocrité et de l'égoïsme de tant de milieux sociaux
contemporains, et empruntant fort à propos à notre Evangile des formes et
un langage de solidarité et de compassion humaine : ne serons. nous pas un
jour capables de reconduire à leurs vraies sources, qui sont chrétiennes,
ces expressions de valeurs, morales ?
109 - C'est pourquoi Nous rappelant ce qu'écrivit Notre Prédécesseur de
vénérée mémoire, le Pape Jean XXIII, dans l'Encyclique Pacem in terris, à
savoir que les doctrines de ces mouvements, une fois élaborées et définies,
demeurent toujours les mêmes, mais que les mouvements eux-mêmes ne peuvent
pas ne pas évoluer et subir des changements, même profonds (A.A.S., LV,
1963, p. 300.) Nous ne désespérons pas de les voir un jour ouvrir avec l'Eglise un autre dialogue positif, différent de l'actuel obligatoirement
limité à déplorer et à nous plaindre.
Le dialogue pour la paix
110 - Mais Nous ne pouvons détacher Notre regard du panorama du monde
contemporain sans exprimer un vœu flatteur : que notre dessein de cultiver et
de perfectionner notre dialogue avec les répondants divers et changeants que
celui-ci présente de soi, puisse servir à la cause de la paix entre les
hommes ; comme méthode, en cherchant à régler les rapports humains à la
noble lumière du langage raisonnable et sincère ; et comme contribution
d'expérience et de sagesse, car ce dialogue peut raviver chez tous la
considération des valeurs suprêmes. L'ouverture d'un dialogue tel que veut
être le nôtre, désintéressé, objectif, loyal, est par elle-même une
déclaration en faveur d'une paix libre et honnête ; elle exclut simulations,
rivalités, tromperies et trahisons ; elle ne peut pas ne pas dénoncer comme
un crime et comme une ruine la guerre d'agression, de conquête ou de
domination ; elle ne peut pas ne pas s'étendre des relations au sommet des
nations à celles qui existent dans le corps des nations elles-mêmes et aux
bases, aussi bien sociales que familiales et individuelles, pour répandre
dans toutes les institutions et dans tous les esprits le sens, le goût, le
devoir de la paix.
Deuxième cercle: les croyants en Dieu
111 - Puis, autour de nous nous voyons se dessiner un autre cercle immense,
lui aussi, mais moins éloigné de nous : c'est avant tout celui des hommes
qui adorent le Dieu unique et souverain, celui que nous adorons nous aussi ;
Nous faisons allusion aux fils, dignes de Notre affectueux respect, du peuple
hébreu, fidèles à la religion que Nous nommons de l'Ancien Testament ; puis
aux adorateurs de Dieu selon la conception de la religion monothéiste -
musulmane en particulier - qui méritent admiration pour ce qu'il y a de vrai
et de bon dans leur culte de Dieu ; et puis encore aux fidèles des grandes
religions afro-asiatiques. Nous ne pouvons évidemment partager ces
différentes expressions religieuses, ni ne pouvons demeurer indifférent,
comme si elles s'équivalaient toutes, chacune à sa manière, et comme si
elles dispensaient leurs fidèles de chercher si Dieu lui-même n'a pas
révélé la forme exempte d'erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il
veut être connu, aimé et servi ; au contraire, par devoir de loyauté, nous
devons manifester notre conviction que la vraie religion est unique et que
c'est la religion chrétienne, et nourrir l'espoir de la voir reconnue comme
telle par tous ceux qui cherchent et adorent Dieu.
112 - Mais nous ne voulons pas refuser de reconnaître avec respect les
valeurs spirituelles et morales des différentes confessions religieuses non
chrétiennes ; nous voulons avec elles promouvoir et défendre les idéaux que
nous pouvons avoir en commun dans le domaine de la liberté religieuse, de la
fraternité humaine, de la sainte culture, de la bienfaisance sociale et de
l'ordre civil. Au sujet de ces idéaux communs, un dialogue de notre part est
possible et nous ne manquerons pas de l'offrir là où, dans un respect
réciproque et loyal, il sera accepté avec bienveillance.
Troisième cercle: les Frères Chrétiens
séparés
113 Et voici le cercle du monde le plus voisin de Nous, celui qui s'appelle
hrétien. Dans ce domaine, le dialogue, qui a pris le nom d'œcuménique, est
déjà ouvert ; dans certains secteurs, il est déjà entré dans un
développement positif. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet si complexe
et si délicat. Mais Nous ne pouvons l'épuiser ici, où Nous Nous limitons à
quelques traits, d'ailleurs déjà connus. Volontiers, nous faisons nôtre le
principe : mettons en évidence avant tout ce que nous avons de commun, avant
de noter ce qui nous divise. C'est là un thème bon et fécond pour notre
dialogue. Nous sommes disposé à le poursuivre cordialement. Nous dirons plus
: que sur de nombreux points qui nous différencient, en fait de tradition, de
spiritualité, de lois canoniques, de culte, Nous sommes prêt à étudier
comment répondre aux légitimes désirs de nos frères chrétiens, encore
séparés de nous. Rien ne peut Nous être plus désirable que de les
embrasser dans une parfaite union de foi et de charité. Mais Nous devons dire
aussi qu'il n'est pas en Notre pouvoir de transiger sur l'intégrité de la
foi et sur les exigences de la charité. Nous entrevoyons des défiances et
des résistances à cet égard. Mais maintenant que l'Eglise catholique a
pris l'initiative de recomposer l'unique bercail du Christ, elle ne cessera
d'avancer en toute patience et avec tous les égards possibles ; elle ne
cessera pas de montrer comment les prérogatives qui tiennent encore
éloignés d'elle les frères séparés ne sont pas le fruit d'ambitions
historiques ou d'une spéculation théologique imaginaire, mais qu'elles
dérivent de la volonté du Christ et que, comprises dans leur véritable
signification, elles tournent au bien de tous, servent à l'unité commune, à
la liberté commune et à la commune plénitude chrétienne ; l'Eglise
catholique ne cessera de se rendre capable et digne, dans la prière et dans
la pénitence, de la réconciliation désirée.
Une pensée à cet égard Nous afflige, celle de voir que c'est
précisément, Nous, défenseur de cette réconciliation, qui sommes
considéré par beaucoup de nos frères séparés comme l'obstacle, à cause
du primat d'honneur et de juridiction que le Christ a conféré à l'apôtre
Pierre, et que Nous avons hérité de lui. Certains ne disent-ils pas que si
la primauté du Pape était écartée, l'union des Eglises séparées avec l'Eglise catholique serait plus facile ? Nous voulons supplier les frères
séparés de considérer l'inconsistance d'une telle hypothèse ; et non
seulement parce que sans le Pape l'Eglise catholique ne serait plus telle,
mais parce que l'office pastoral suprême, efficace et décisif de Pierre
venant à manquer dans l'Eglise du Christ, l'unité se décomposerait ; et on
chercherait en vain ensuite à la recomposer sur des principes qui
remplaceraient le seul principe authentique, établi par le Christ lui-même :
« Il y aurait dans l'Eglise autant de schismes qu'il y a de prêtres »,
écrit justement saint Jérôme (Dial, contra Luciferianos n° 9 ; P.L. 23,
173).
Et il faut aussi considérer que ce pivot central de la sainte Eglise ne
veut pas constituer une suprématie d'orgueil spirituel et de domination
humaine, mais une supériorité de service, de ministère et d'amour. Ce n'est
pas vaine réthorique d'attribuer au Vicaire du Christ le titre de «
Serviteur des serviteurs de Dieu ».
115 - Tel est le plan sur lequel veille Notre dialogue, qui avant même de
se dérouler en conversations fraternelles s'exprime en colloque avec le Père
céleste, en effusion de prière et d'espérance.
Signes de vie
116 - Nous devons noter avec joie et avec confiance, vénérables frères,
que ce secteur varié et très étendu des chrétiens séparés est tout
pénétré de ferments spirituels qui semblent préluder à des
développements consolants pour la cause de leur remise en place dans l'unique
Eglise du Christ. Nous voulons implorer le souffle de l'Esprit-Saint sur le
« mouvement œcuménique » ; Nous voulons répéter Notre émotion et Notre
joie pour l'entrevue pleine de charité et non moins de nouvelle espérance
que Nous avons eue, à Jérusalem, avec le patriarche Athénagoras ; Nous
voulons saluer avec respect et avec reconnaissance l'intervention de tant de
représentants des Eglises séparées au second Concile œcuménique du
Vatican ; Nous voulons assurer encore une fois que Nous considérerons avec
attention et religieux intérêt les phénomènes spirituels ayant rapport au
problème de l'Unité qui intéressent des personnes, des groupes et des
communautés dotés d'une vie religieuse vivante et noble. Avec amour, avec
respect, Nous saluons tous ces chrétiens, dans l'attente de pouvoir encore
mieux, dans le dialogue de la sincérité et de l'amour, promouvoir avec eux
la cause du Christ et de l'unité voulue par lui pour son Église.
Le dialogue au sein de l'Eglise catholique
117 - Et finalement notre dialogue s'offre aux fils de la Maison de Dieu,
l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, dont l'Eglise de Rome est
« la mère et la tête ». Comme Nous voudrions le goûter en plénitude de
foi, de charité, d'œuvres, ce dialogue de famille ! Combien Nous le
voudrions intense et familier ! Combien sensible à toutes les vérités, à
toutes les vertus, à toutes les réalités de notre patrimoine doctrinal et
spirituel ! Combien sincère et ému dans son authentique spiritualité !
Combien prompt à accueillir les voix multiples du monde contemporain !
Combien capable de rendre les catholiques des hommes vraiment bons, des hommes
sages, des hommes libres, des hommes pleins de sérénité et de force !
Le sens de l'autorité et de l'obéissance dans l'Eglise
118 - Ce désir de donner aux rapports intérieurs de l'Eglise la marque
d'un dialogue entre les membres d'une communauté dont la charité est le
principe constitutif ne supprime pas l'exercice de la vertu d'obéissance là
où l'exercice de la fonction propre de l'autorité, d'une part, de la
soumission de l'autre, est réclamé, soit par l'ordre convenable à toute
société bien organisée, soit surtout par la constitution hiérarchique de
l'Eglise. L'autorité de l'Eglise est instituée par le Christ ; bien plus,
elle le représente, elle est le véhicule autorisé de sa parole, elle est la
traduction de sa charité pastorale ; si bien que l'obéissance part d'un
motif de foi, devient école d'humilité évangélique, associe l'obéissant
à la sagesse, à l'unité, à l'édification, à la charité qui soutiennent
le corps ecclésiastique et confère à qui l'impose et à qui s'y conforme le
mérite de l'imitation du Christ « qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort
» (Phil., 2, 8).
119 - Par obéissance sous forme de dialogue Nous entendons l'exercice de
l'autorité tout pénétré de la conscience d'être service et ministère de
vérité et de charité ; et Nous entendons l'observation des normes
canoniques et la soumission respectueuse au gouvernement du supérieur
légitime, double forme d'obéissance qui distingue les fils libres et aimants
à leur promptitude et à leur sérénité. L'esprit d'indépendance, de
critique, de rébellion, s'accorde mal avec la charité qui inspire la
solidarité, la concorde et la paix dans l'Église ; il transforme facilement
le dialogue en contestation, en dispute, en dissension ; phénomène très
fâcheux, encore qu'il naisse, hélas ! si aisément et contre lequel la voix
de l'apôtre Paul nous prémunit : « Qu'il n'y ait pas parmi vous de
divisions. » (1 Cor., 1, 10.)
La vitalité de l'Eglise
120 - C'est dire que Nous désirons ardemment que le dialogue intérieur au
sein de la communauté ecclésiale gagne en ferveur, s'enrichisse de nouveaux
sujets, de nouveaux interlocuteurs, si bien que croissent la vitalité et la
sanctification du Corps mystique terrestre du Christ. Tout ce qui met en
circulation les enseignements dont l'eglise est dépositaire et
dispensatrice, Nous le désirons. Nous avons déjà parlé de la vie
liturgique et intérieure et de la prédication ; Nous pourrions ajouter ;
l'école, la presse, l'apostolat social, les Missions, l'exercice de la
charité ; autant de sujets que le Concile nous fera considérer. Et que tous
ceux qui, sous la direction des autorités compétentes, participent au
dialogue vitalisant de l'eglise soient encouragés et bénis par Nous, les
prêtres, d'une, manière spéciale, les religieux, les très chers laïcs qui
militent pour le Christ dans l'Action catholique et dans tant d'autres formes
d'association et d'action.
L'Eglise vivante aujourd'hui
121 - C'est pour Nous source de joie et de réconfort d'observer qu'un tel
dialogue à l'intérieur de l'Église et pour l'extérieur le plus proche est
déjà existant : l'Eglise est vivante aujourd'hui plus que jamais ! Mais à
bien considérer les choses, il semble que tout reste encore à faire ; le
travail commence aujourd'hui et ne finit jamais. Telle est la loi de notre
pèlerinage sur la terre et dans le temps. Tel est le devoir ordinaire de
notre ministère, vénérés frères ; et aujourd'hui, tout nous invite à le
remplir de manière neuve, vigilante, intense.
122 - Quant à Nous, tandis que Nous vous en avertissons, Nous aimons
mettre Notre confiance en votre collaboration et Nous vous offrons la Nôtre ;
cette communion de buts et d'œuvres, Nous l'avons demandée et Nous l'avons
manifestée à peine monté - avec le nom de l'Apôtre des gentils, et Dieu
veuille, avec quelque chose de son esprit - sur la chaire de l'apôtre Pierre
; et célébrant ainsi l'unité du Christ entre nous, Nous vous envoyons, avec
cette première Encyclique, dans le nom du Seigneur, Notre fraternelle et
paternelle Bénédiction apostolique, que Nous étendons volontiers à toute
l'Église et à l'humanité entière.
Du Vatican, le 6 août 1964, en la fête de la Transfiguration de
Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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