Célébration eucharistique sur
l'esplanade de Kubwa à Abuja
«Vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de
la maison de Dieu» (Ep 2, 19).
Très chers frères et surs dans le Christ,
1. Ces paroles de la Lettre de saint Paul aux Ephésiens prennent une
signification particulière, ici, dans la nouvelle capitale fédérale,
la Ville d'Abuja. De façon très réelle, cette ville
souhaite représenter l'aube d'une nouvelle ère pour le Nigeria et
les Nigérians, une ère pleine d'espérance au cours de
laquelle chaque citoyen nigérian, chaque homme et chaque femme, est appelé
à jouer un rôle dans la construction d'une nouvelle réalité
sur cette terre. Le Nigeria, comme toute l'Afrique, recherche les moyens de
satisfaire les aspirations de son peuple, pour laisser derrière lui les
conséquences de la pauvreté, des conflits, des guerres, du désespoir,
pour pouvoir utiliser de façon adaptée les immenses ressources du
continent et parvenir à la stabilité politique et sociale.
L'Afrique a besoin d'espérance, de paix, de joie, d'harmonie, d'amour et
d'unité: c'est ce qu'ont affirmé les Pères de l'Assemblée
spéciale pour l'Afrique du Synode des Evêques (cf. Ecclesia in
Africa n. 40). C'est ce que nous demandons aujourd'hui à Dieu dans
notre prière.
De la ville d'Abuja, je désire exprimer mon estime et mon affection à
tous les Nigérians: à vous qui êtes présents à
cette liturgie eucharistique et à ceux qui la suivent à la télévision
ou à la radio. J'adresse un salut particulier à Mgr John
Onaiyekan, aux autres évêques, aux prêtres, aux religieux et
aux fidèles laïcs de toutes les Eglises locales du Nigeria et
d'autres parties d'Afrique. Je salue les fonctionnaires du gouvernement, les
chefs des religions traditionnelles et les autres représentants des
Autorités présentes ce matin. Je souhaite une cordiale bienvenue
aux membres des autres Eglises et communautés ecclésiales chrétiennes,
représentées par la Christian Association of Nigeria, et aux fidèles
des autres Traditions religieuses qui se sont joints à nous, en
particulier aux membres de la Communauté musulmane.
2. Chers frères et surs dans le Christ, seize ans se sont désormais
écoulés depuis ma dernière visite au Nigeria. La chaleur
avec laquelle vous m'avez accueilli me donne encore une fois l'impression d'être
chez moi. Et ne sommes-nous pas tous invités à nous sentir chez
nous en tant que membres de l'unique grande famille de Dieu? C'est précisément
ce que nous dit saint Paul: nous sommes de «la maison de Dieu», c'est-à-dire
des membres de la famille de Dieu!
Dans l'ordre naturel, la famille représente le fondement et la base
de toutes les communautés et sociétés humaines. Du noyau
constitué par la famille dérivent les clans, les tribus, les
peuples et les Etats; la grande famille des nations africaines naît elle
aussi en définitive de la famille humaine composée d'un mari et
d'une femme, d'une mère, d'un père et d'enfants.
La culture et la tradition africaine tiennent la famille en très
haute considération. C'est pourquoi les peuples de l'Afrique se réjouissent
du don d'une vie nouvelle, une vie conçue et née; ils rejettent
spontanément l'idée que la vie puisse être détruite
dans le sein maternel, même lorsque les soi-disant «civilisations
avancées» cherchent à les conduire dans cette direction; ils
manifestent du respect pour la vie humaine jusqu'à son terme naturel et réservent
une place à leurs parents et aux parents âgés au sein de la
famille (cf. Ecclesia in Africa, n. 43). Les cultures africaines ont un
sens aigu de la solidarité et de la vie communautaire, en particulier en
ce qui concerne la famille étendue et le village (cf. ibid.). Ce sont des
signes que vous comprenez et qui satisfont aux exigences de cette justice et de
cette intégrité dont parle le prophète Isaïe dans la
première Lecture (cf. Is 56, 1). C'est précisément
dans les relations au sein de la famille et entre les familles, que la justice
et l'intégrité deviennent une réalité tangible et un
engagement pratique.
3. Lorsque cet ordre naturel est élevé à l'ordre
surnaturel, nous devenons des membres de la famille de Dieu et nous sommes édifiés
dans une maison spirituelle où demeure l'Esprit de Dieu. Toutefois,
comment ce qui est naturel peut-il accéder à ce qui est
surnaturel? Comment se fait-il que nous devenions des membres de la famille de
Dieu et que nous soyons transformés en temples saints pour l'Esprit de
Dieu?
La réalité de la famille, telle qu'elle existe au niveau
culturel et social, est élevée par la grâce et conduite à
un niveau supérieur. Parmi les baptisés, les relations au sein de
la famille acquièrent un caractère nouveau: elles deviennent une
communion de vie et d'amour comblée de grâce, au service de la
communauté plus vaste. En outre, elles édifient l'Eglise, la
famille de Dieu (cf. Lumen gentium, n. 6). L'Eglise, à travers sa
mission évangélisatrice et sa présence active dans chaque
partie du monde, confère une nouvelle signification au concept même
de famille et, en conséquence, au concept de nation comme «famille
de familles» et à celui du monde comme «familles des nations».
Hier, à Onitsha, une merveilleuse manifestation du caractère
universel de la famille de Dieu, qui inclut réellement tous les peuples,
a été la béatification; c'est la première cérémonie
de ce genre qui se soit jamais déroulée sur le sol nigérian,
en l'honneur de l'un des fils du Nigeria. Il s'est agi d'une fête en
famille pour le peuple et la nation nigérians. En même temps, cela
a été une célébration pour toute la famille de Dieu:
toute l'Eglise de Dieu, dans le monde entier, s'est réjouie avec l'Eglise
qui est au Nigeria et qui a reçu à présent du Nigeria
l'exemple édifiant de la vie et du témoignage du bienheureux
Cyprian Michael Iwene Tansi.
En termes humains, le Père Tansi était un fils de ce pays, né
dans l'Etat d'Anambra. Toutefois, dans l'ordre surnaturel de la grâce, il
est devenu quelque chose de plus: sans perdre son origine naturelle, il a
transcendé ses origines terrestres et est devenu, selon les paroles de
saint Paul, un membre «de la maison de Dieu», «car la
construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes,
et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même» (Ep
2, 19-20).
A travers la grâce, il a été comblé «de joie
dans la [...] maison de prière» (Is 56, 7). Il a compris que
la maison de Dieu est «une maison de prière pour tous les peuples»
(ibid.). C'est une maison de prière pour les Housa, les Yoruba, les Igbo.
C'est une maison de prière pour les Efik, les Tiv, les Edo, les Gwari et
pour de nombreux autres peuples, trop nombreux pour être cités, qui
habitent cette terre du Nigeria. Cependant, elle ne l'est pas seulement pour
tous ces peuples, mais pour tous les peuples de l'Afrique, de l'Europe, de
l'Asie, de l'Océanie et des Amériques: «Ma maison sera appelée
maison de prière pour tous les peuples»!
4. Dans l'Evangile d'aujourd'hui, Jésus lui-même nous enseigne
comment comprendre la famille de Dieu et pourquoi elle concerne tous les
peuples: il nous dit: «Car quiconque fait la volonté de mon père
qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sur et une
mère» (Mt 12, 50).
A travers cette phrase, Jésus révèle un des secrets de
son Royaume.
Il nous parle de la relation avec Marie, sa mère. Peu importe combien
Jésus l'aimait car elle était sa Mère, il l'aimait encore
davantage car elle accomplissait la volonté du Père céleste.
Lors de l'Annonciation elle a répondu «oui» à la volonté
de Dieu, manifestée par l'ange Gabriel (cf. Lc 1, 26-38). Elle a
partagé chacune des phases de la vie et de la mission de son Fils,
jusqu'au pied de la Croix (cf. Jn 19, 25). Comme Marie, nous apprenons
nous aussi à accepter que chaque relation humaine est renouvelée, élevée,
purifiée et reçoit une nouvelle signification à travers la
grâce du Christ: «Grâce à Lui nous trouvons tous, en un
seul Esprit, le chemin vers le Père [...] édifiés pour
devenir une demeure de Dieu, dans l'Esprit» (cf. Ep 2, 18, 22).
C'est la maison spirituelle que les missionnaires ont commencé à
édifier, il y a plus de cent ans. Le Nigeria a contracté à
leur égard une grande dette de gratitude pour leurs efforts d'évangélisation,
accomplis en particulier dans les écoles, les hôpitaux et les
autres domaines du service social. A l'exemple de ces courageux messagers de
l'Evangile, l'Eglise catholique qui est au Nigeria est profondément engagée
dans la lutte pour le développement humain intégral. Dieu a béni
l'Eglise qui est au Nigeria, au point que les missionnaires nigérians
travaillent en dehors de leurs diocèses, dans d'autres pays africains et
sur d'autres continents. Guidés par vos évêques et vos prêtres,
toute la communauté catholique doit continuer à suivre ce chemin,
en collaborant avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté,
à travers un intense dialogue cuménique et interreligieux.
Dans le but d'édifier la maison spirituelle de Dieu, l'Eglise invite
tous ses membres à répondre avec une inépuisable compassion
à ceux qui sont dans le besoin: aux pauvres, aux malades et aux personnes
âgées, aux réfugiés qui ont dû fuir la violence
et les conflits dans leur pays natal, aux hommes, aux femmes et aux enfants
frappés par le SIDA, qui continue à faire de nombreuses victimes
sur ce continent et dans le monde entier, à toutes les personnes victimes
de persécutions, de la douleur et de la pauvreté. L'Eglise
enseigne le respect à l'égard de chaque personne humaine, pour
chaque vie humaine. Elle prêche la justice et l'amour et insiste sur les
devoirs autant que sur les droits: les droits et les devoirs des citoyens, des
patrons et des travailleurs, du gouvernement et du peuple.
En effet, il existe des droits humains fondamentaux dont aucun individu ne
pourra jamais légitimement être privé, car ils sont enracinés
dans la nature même de la personne humaine et reflètent les
exigences objectives et inviolables d'une loi morale universelle. Ces droits
servent de fondement et de paramètre à toute société
et organisation humaine. Le respect pour chaque personne humaine, pour sa dignité
et ses droits, doit toujours inspirer et être le principe à la base
de vos efforts pour développer la démocratie et renforcer le tissu
social de votre pays. La dignité de chaque être humain, ses droits
fondamentaux inaliénables, l'inviolabilité de la vie, de la liberté
et de la justice, le sens de la solidarité et le refus de la
discrimination: telles sont les pierres avec lesquelles il faut construire un
Nigeria nouveau et meilleur.
5. Toute l'Eglise se prépare à célébrer le
second millénaire de la naissance du Christ, le Verbe de Dieu qui s'est
fait homme. Je vous dis donc: aujourd'hui, vous êtes l'espérance de
notre Eglise qui va avoir deux mille ans. Etant jeunes dans la foi, vous devez être
comme les premiers chrétiens et faire rayonner l'enthousiasme et le
courage. Empruntez le chemin de la sainteté. Vous serez ainsi un signe de
Dieu dans le monde et vous revivrez dans votre pays l'aventure missionnaire de
l'Eglise primitive (cf. Ecclesia in Africa, n. 136).
Le grand Jubilé souhaite donner vie à l'esprit de renouveau
proclamé par le prophète Isaïe et confirmé par Jésus:
annoncer l'heureux message aux pauvres, proclamer la libération aux
prisonniers, rendre la vue aux aveugles, remettre en liberté les opprimés
(cf. Lc 4, 18). Faites de cet esprit le climat authentique de votre vie
nationale. Que cette période de transition soit une période de
liberté, de pardon, d'union et de solidarité!
Le bienheureux Cyprian Michael Tansi comprit clairement qu'il est
impossible d'obtenir quelque chose de durable au service de Dieu et du pays sans
une véritable sainteté et une véritable charité.
Prenez-le comme exemple. Adressez-lui vos prières pour les besoins de vos
familles et de toute la nation.
Avec gratitude pour tout ce que la Divine Providence continue à
accomplir pour le peuple du Nigeria, nous répétons avec les
paroles du Psalmiste:
«Chantez à Yahvé, bénissez son nom! [...] Racontez
au païens sa gloire, à tous les peuples ses merveilles!» (Ps
95, 2-3). Amen.
A la fin de la Sainte Messe, le Pape a ajouté les paroles
suivantes:
Merci pour cette belle liturgie. Je suis certain que le Cardinal Arinze est
très fier de vous, ainsi que le Cardinal Gantin et le Cardinal Tomko,
mais surtout votre Archevêque d'Abuja.
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