VISITE PASTORALE AU LIBAN
ARRIVÉE À L'AÉROPORT
Monsieur le Président, Monsieur le Cardinal, Béatitudes,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
1.Je remercie tout d'abord Monsieur le Président de la République
des paroles cordiales de bienvenue qu'il vient de m'adresser au nom de tous les
Libanais et je suis particulièrement sensible à l'accueil qui
m'est réservé en cette circonstance mémorable.
Ma gratitude va aussi aux plus hautes Autorités de l'Etat, en
particulier à Son Excellence Monsieur le Président du Parlement et
Son Excellence Monsieur le Président du Conseil des Ministres. Je sais gré
de leur accueil chaleureux aux Patriarches et aux Evêques catholiques,
ainsi qu'aux autres Chefs religieux chrétiens, musulmans et druze, aux
Autorités civiles et militaires, et à tous les amis libanais. Je
salue les fils et les filles de cette terre qui ont tenu à s'associer à
cette cérémonie par la radio ou par la télévision.
Allah iuberekum! (Que Dieu vous bénisse!)
2.Comment ne pas rappeler d'abord l'escale que le Pape Paul VI avait voulu
faire à Beyrouth, le 2 décembre 1964, en se rendant à
Bombay? Il manifestait ainsi son attention spéciale à l'égard
du Liban, montrant que le Saint-Siège estime et aime cette terre et ses
habitants. Aujourd'hui, c'est avec une grande émotion que j'ai embrassé
la terre libanaise, en signe d'amitié et de respect. Je viens chez vous,
chers Libanais, comme un ami qui vient rendre visite à un peuple et qu'il
veut soutenir dans sa marche quotidienne. C'est en ami du Liban que je viens
encourager les fils et les filles de cette terre d'accueil, ce pays d'antique
tradition spirituelle et culturelle, soucieux d'indépendance et de liberté.
Au seuil du troisième millénaire, le Liban, tout en conservant ses
richesses spécifiques et en restant lui-même, doit être en
mesure de s'ouvrir aux réalités nouvelles de la société
moderne et de prendre toute sa place dans le concert des nations.
3.Tout au long des années de guerre, avec toute l'Eglise, j'ai suivi
attentivement les moments difficiles traversés par le peuple libanais et
je me suis associé par la prière aux souffrances qu'il endurait.
En de nombreuses circonstances, dès le début de mon pontificat,
j'ai alerté la Communauté internationale, pour qu'elle aide les
Libanais à retrouver la paix, au sein d'un territoire national reconnu et
respecté par tous, et pour qu'elle favorise la reconstruction d'une société
de justice et de fraternité. A juger humainement, de nombreuses personnes
sont mortes en vain à cause des conflits. Des familles ont été
disloquées. Des Libanais ont dû s'exiler loin de leur patrie. Des
personnes de culture et de religion différentes, qui vivaient en bonne
entente et en bon voisinage, se sont trouvées séparées,
voire durement opposées.
Cette période, qui a heureusement pris fin, demeure présente
dans toutes les mémoires et laisse de nombreuses blessures dans les
coeurs. Cependant, le Liban est appelé à se tourner résolument
vers l'avenir, librement déterminé par le choix de ses habitants.
Dans cet esprit, je voudrais rendre hommage aux fils et aux filles de cette
terre qui, dans les périodes troublées que je viens d'évoquer,
ont donné l'exemple de la solidarité, de la fraternité, du
pardon et de la charité, au risque même de leur vie. Je salue en
particulier l'attitude de nombreuses femmes, et parmi elles des mères de
famille, qui ont été des ferments d'unité, des éducatrices
à la paix et à la convivialité, et d'inlassables
partenaires du dialogue entre les groupes humains et entre les générations.
4.Désormais, chacun est invité à s'engager en faveur de
la paix, de la réconciliation et de la vie fraternelle, en posant à
son niveau des gestes de pardon et en travaillant au service de la communauté
nationale, afin que plus jamais la violence ne l'emporte sur le dialogue, la
peur et la méfiance sur la confiance, le ressentiment sur l'amour
fraternel.
Dans ce nouveau Liban que vous rebâtissez peu à peu, il importe
de donner une place à chaque citoyen, en particulier à ceux qui,
habités par un légitime sentiment patriotique, désirent
s'engager dans l'action politique ou dans la vie économique. De ce point
de vue, la condition préalable à toute pratique réellement
démocratique est le juste équilibre entre les forces vives de la
nation, selon le principe de subsidiarité qui appelle une participation
et une responsabilité de chacun dans les décisions. D'autre part,
la gestion de la res publica repose sur le dialogue et sur le compromis, non
pour faire prévaloir des intérêts particuliers ou encore
pour maintenir des privilèges, mais pour que l'action soit un service des
frères, indépendamment des différences culturelles ou
religieuses.
5.Le 12 juin 1991, j'avais annoncé la convocation de l'Assemblée
spéciale pour le Liban du Synode des Evêques. Après de
nombreuses étapes de réflexion et de partage au sein de l'Eglise
catholique au Liban, elle s'est réunie en novembre et décembre
1995. Aujourd'hui, je suis venu chez vous pour célébrer
solennellement la phase conclusive de l'Assemblée synodale. J'apporte aux
catholiques, aux chrétiens des autres Eglises et Communautés ecclésiales,
et à tous les hommes de bonne volonté, les fruits des travaux des évêques,
enrichis par des dialogues cordiaux avec les délégués
fraternels: l'Exhortation apostolique post-synodale Une espérance
nouvelle pour le Liban. Ce document, que je signerai ce soir en présence
des jeunes, n'est pas une conclusion ni un point final à la démarche
entreprise. Bien au contraire, il est une invitation à tous les Libanais,
pour qu'ils ouvrent avec confiance une page nouvelle de leur histoire. Il est la
contribution de l'Eglise universelle à une plus grande unité dans
l'Eglise catholique au Liban, au dépassement des divisions entre les différentes
Eglises et au développement du pays, auquel tous les Libanais sont appelés
à participer.
6.Arrivant pour la première fois sur le sol du Liban, je tiens à
vous redire, Monsieur le Président de la République, combien je
vous suis reconnaissant pour votre accueil. Je forme des voeux chaleureux pour
votre personne et pour votre mission auprès de vos compatriotes. A
travers vous, j'adresse mes salutations cordiales à tous les citoyens
libanais. Avec eux tous, je prie pour le Liban, afin qu'il soit tel que le veut
le Très-Haut.
Allah iuberekum! (Que Dieu vous bénisse!)
10 Mai 1997
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