DISCOURS À L'ASSEMBLÉE PLENIÈRE
DU CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE
Chers Frères dans l'Épiscopat Chers Amis,
1. C'est avec un plaisir particulier que j'accueille, pour la cinquième
année consécutive, le Conseil pontifical pour la culture. A chacun
et à chacune, personnellement, je souhaite la plus cordiale bienvenue. Je
salue en vos personnes les représentants qualifiés des horizons
culturels si nombreux et variés dans le monde. Je vous remercie de venir
chaque année auprès du Siège de Pierre, pour un échange
fructueux sur les situations de la culture et des cultures, afin d'explorer
ensemble les voies les plus indiquées pour la rencontre de l'Eglise avec
les mentalités et les aspirations de notre époque.
En créant le Conseil pontifical pour la culture, voilà cinq
ans, mon intention était de traduire en un programme d'action commune la
volonté originale du Concile Vatican II, qui visait à promouvoir
le dialogue du salut avec les personnes et leurs milieux. Je vous incitais, dans
nos rencontres des années passées, à trouver des moyens
capables de stimuler dans toute l'Eglise une impulsion renouvelée, pour
que le dialogue Évangile-cultures devienne une réalité
visible. Vous étiez invités à accorder une attention
particulière aux organes les plus aptes à soutenir cet effort à
la fois culturel et évangélique: les évêques et leurs
collaborateurs, les Instituts religieux et leurs initiatives, les Organisations
internationales catholiques et leurs projets culturels et apostoliques. En
harmonie avec les autres organismes du Saint-Siège, votre but premier est
d'approfondir, pour l'Eglise universelle et pour les Eglises particulières,
ce que signifie l'évangélisation des cultures dans le monde
d'aujourd'hui, tâche immense et complexe, certes, mais d'importance vitale
pour la mission future de l'Eglise.
2. A cinq ans de distance, je désire vous exprimer ma satisfaction
pour le travail que vous êtes parvenus à accomplir. En parcourant
votre bulletin Eglise et Cultures, publié en plusieurs langues, il apparaît
clairement que vous avez déjà réalisé un important
travail de consultation et de sensibilisation auprès des Conférences
épiscopales, des instituts religieux, des O.I.C., d'un grand nombre de
centres culturels privés ou publics, et d'organismes internationaux,
comme l'UNESCO et le Conseil de l'Europe.
Plusieurs épiscopats ont répondu généreusement
en créant des services nouveaux pour promouvoir un dialogue plus incisif
avec les cultures. Les religieux et les religieuses ont collaboré
activement à une consultation internationale, qui démontre leur
intérêt pour l'inculturation de leur action apostolique et la
consolidation de la vie consacrée au sein des cultures en évolution.
Les OIC ont aussi noué des rapports féconds avec le Conseil
pontifical pour la culture, au service de la promotion culturelle et spirituelle
des homme et des femmes d'aujourd'hui.
Grâce à la coopération active des membres du Conseil
international, des congrès régionaux ont été organisés
sur divers problèmes culturels qui intéressent l'Eglise: Notre
Dame aux Etats-Unis, à Rio de Janeiro, Buenos Aires, Munich, Bangalore.
D'autres conférences internationales se préparent en Europe, au
Nigeria, au Japon. Soyez remerciés pour cet effort et cet engagement
concrets. Votre Conseil international assume ainsi une signification efficace,
que je me plais à souligner.
Et bien sûr, comme le demande la Constitution Regimini Ecclesiae,
vous avez à cur de susciter une collaboration fructueuse avec les
dicastères romains. Je pense, entre autres, à votre contribution
au document sur les sectes et mouvements religieux.
3. Vous travaillez, en outre, avec la Congrégation pour l'Education
catholique, et avec le Conseil pontifical pour les laïcs, à un
projet sur «l'Eglise et la culture universitaire». Avec toutes les
instances intéressées dans l'Eglise, évêques,
religieux, organisations diverses et personnalités laïques, vous
cherchez à rendre l'Eglise davantage présente aux milieux
universitaires, par son action pastorale directe et aussi par une promotion plus
active des valeurs évangéliques au sein des cultures, en gestation
dans les universités. Ces problèmes méritent tous vos
efforts et je vous encourage vivement à poursuivre cet important travail
entrepris en commun. Un grand nombre de pasteurs attendent lumière et
orientation, en un domaine où d'innombrables étudiants et
professeurs chrétiens sont impliqués. La collaboration de tous les
intéressés à cette consultation sur «l'Eglise et la
culture universitaire» permettra de faire bénéficier
l'ensemble de l'Eglise de l'expérience acquise par les initiatives des
uns et des autres et les réflexions communes sur cet acquis.
Je fais également des vux pour que la collaboration, déjà
amorcée avec la Commission théologique internationale, se traduise
en résultats féconds. Votre recherche conjointe sur la foi et
l'inculturation répond à une demande explicite du Synode
extraordinaire des évêques et sera de grande importance pour
l'incarnation de l'Evangile au cur des cultures de notre temps.
Chers amis, je tiens à remercier sincèrement tous ceux et
celles qui se consacrent avec générosité à la
mission que j'ai confiée au Conseil pontifical pour la culture, pour le bénéfice
de toute l'Eglise.
4. En vous félicitant pour les tâches accomplies, je vous
demande d'envisager l'avenir avec beaucoup de lucidité et d'espérance.
Permettez-moi de suggérer deux orientations principales qui devraient
inspirer vos efforts, vos recherches, vos initiatives et la coopération
de tous ceux avec qui vous êtes en rapport.
D'une part, je vous engage de nouveau à faire mûrir dans les
esprits l'urgence d'une rencontre effective de l'Evangile avec les cultures
vivantes. L'écart reste immense et dramatique entre la Bonne Nouvelle de
Jésus-Christ et des zones entières de l'humanité. De
nombreux milieux culturels restent fermés, hermétiques, ou
hostiles à l'Evangile. Des pays entiers sont soumis à des
politiques culturelles qui cherchent à exclure ou à limiter
gravement l'action de l'Eglise. Tout chrétien sincère souffre
profondément de ces entraves à la proclamation de la Bonne
Nouvelle. Au nom de la promotion culturelle de tout homme et de toute femme,
proclamée comme un objectif par les instances internationales, il importe
de faire comprendre à nos contemporains que l'Evangile du Christ est
source de progrès et d'épanouissement pour tous les hommes. Nous
ne faisons violence à aucune culture en lui proposant librement ce
message salvifique et libérateur.
Avec tout homme et toute femme de bonne volonté, nous partageons un
amour désintéressé et inconditionné pour chaque
personne humaine. Même avec ceux et celles qui ne partagent pas notre foi,
nous pouvons trouver un large espace de collaboration pour le progrès
culturel des personnes et des groupes. Les cultures d'aujourd'hui aspirent
ardemment à la paix et à la fraternité, à la dignité
et à la justice, à la liberté et à la solidarité.
C'est là un signe des temps, assurément providentiel, qui doit, à
vingt ans de l'encyclique Populorum progressio de mon prédécesseur
Paul VI, nous encourager à inventer les voies d'une solidarité
nouvelle entre les personnes, les familles spirituelles, les centres de réflexion
et d'action. Posons-nous courageusement la question: nous chrétiens,
avons-nous suffisamment mis en acte la créativité culturelle prônée
par Gaudium et spes, pour hâter la rencontre effective de l'Eglise avec le
monde de notre temps? Ne devons-nous pas être plus aptes au discernement,
plus inventifs, plus résolus dans nos entreprises d'évangélisation,
plus disposés aussi aux collaborations indispensables dans ce vaste
domaine de l'action culturelle assumée au nom de notre foi?
5. Ceci m'amène à revenir, pour y insister, sur cet objectif également
central dans votre travail et qui fait l'objet de votre réflexion commune
avec la Commission théologique internationale: celui de l'inculturation.
Je l'ai moi-même abordé en plusieurs de mes récents voyages
apostoliques. Car ce néologisme découvre un enjeu capital pour
l'Eglise, surtout dans les pays de traditions non chrétiennes. En entrant
en contact avec les cultures, l'Eglise doit accueillir tout ce qui dans les
traditions des peuples est conciliable avec l'Evangile pour y apporter les
richesses du Christ et pour s'enrichir elle-même de la sagesse multiforme
des nations de la terre. Vous le savez: l'inculturation engage l'Eglise sur un
chemin difficile, mais nécessaire. Aussi les pasteurs, les théologiens
et les spécialistes des sciences humaines ont-ils à collaborer étroitement
afin que ce processus vital s'accomplisse au bénéfice des évangélisés
comme des évangélisateurs, et que soit évitée toute
simplification ou précipitation, qui aboutirait à un syncrétisme
ou à une réduction séculière de l'annonce évangélique.
Poursuivez courageusement votre recherche sereine et approfondie sur ces
questions, conscients que vos travaux serviront à beaucoup dans l'Eglise
et pas seulement dans les pays dits de mission.
Ce n'est pas en effet à un exercice intellectuel abstrait que vous
vous livrez, mais à une réflexion au service direct de la
pastorale, y compris des nations de tradition chrétienne, où s'est
instaurée peu à peu une «culture» marquée par
l'indifférence ou le désintérêt pour la religion.
Avec tous mes frères dans l'épiscopat, je réaffirme avec
insistance la nécessité de mobiliser toute l'Eglise dans un effort
créateur, pour une évangélisation renouvelée des
personnes et des cultures. Car c'est seulement par un effort concerté que
l'Eglise se mettra en condition de porter l'espérance du Christ au sein
des cultures et des mentalités actuelles. Sachons trouver le langage qui
rejoindra les esprits et les curs de tant d'hommes et de femmes qui
aspirent, sans le savoir peut-être, à la paix du Christ et à
son message libérateur. C'est là un projet culturel et évangélique
de première importance.
6. Sans vous laisser arrêter par les difficultés inhérentes
à une telle mission, poursuivez sans relâche, suscitez les
collaborations volontaires qui s'imposent, pour que, évêques, prêtres,
religieux et religieuses, laïcs, organisations culturelles et éducatives
s'engagent dans cet esprit apostolique de dialogue voulu par le Concile Vatican
II, réaffirmé avec tant de netteté par le Synode
extraordinaire de 1985, et mis en uvre dans des initiatives comme celle de
la Journée de prière pour la paix à Assise.
Je vous encourage tout particulièrement à poursuivre vos
efforts, pour engager le laïcs dans cette tâche. Ils sont en effet au
cur de la culture qui imprègnent la société moderne.
En grande partie, il dépend d'eux que l'Evangile du Christ devienne le
ferment capable de purifier et d'enrichir les orientations culturelle qui décideront
de l'avenir de la famille humaine. Pour le prochain Synode des évêques,
consacré à l'apostolat des laïcs, votre contribution présente
un intérêt particulier.
En signe de mon affection et de ma reconnaissance. et en gage de la grâce
du Seigneur, je vous accorde, à chacune et a chacun personnellement, ma bénédiction.
17 janvier 1987
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