A Sa Sainteté Dimitrios Ier,
Archevêque de Constantinople,
Patriarche
œcuménique
“Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du
Seigneur Jésus Christ” (Eph. 1, 2).
Cette salutation que saint Paul adressait de Rome aux chrétiens de la
florissante Eglise d’Asie mineure, je la renouvelle aujourd’hui pour vous et
votre Eglise, et dans une fervente prière je demande au Seigneur d’exaucer le
souhait qu’elle exprime.
A la célébration de la fête de saint André, le premier appelé par le Seigneur
pour marcher à sa suite, participera la délégation présidée par notre frère le
Cardinal Jean Willebrands. Que la présence de cette délégation au Patriarcat
œcuménique manifeste une fois encore notre communion dans la foi apostolique et
notre engagement commun dans la recherche de la pleine unité entre nos Eglises!
Il y a exactement vingt ans, les évêques catholiques du deuxième Concile du
Vatican déclaraient solennellement que la division contredit ouvertement la
volonté du Seigneur sur son Eglise et nuit à la sainte cause de la prédication
de l’Evangile à toute créature (Unitatis Redintegratio, 1). Les Pères du
Concile demandaient alors à toute l’Eglise catholique, aux pasteurs aussi bien
qu’aux fidèles, de s’engager résolument en vue du rétablissement de la pleine
unité. L’expérience constructive et féconde que nous avons pu faire depuis lors
nous confirme dans notre engagement. Les difficultés rencontrées, et non encore
totalement surmontées, nous demandent un effort supplémentaire d’attention et
d’engagement dans une prière persévérante, une étude consciencieuse, un dialogue
franc et des rapports fraternels plus intenses et plus fréquents.
Sur ce chemin, le dialogue théologique nous a été donné par Dieu pour clarifier
toutes les divergences qui demeurent encore. Les résultats déjà obtenus
constituent une contribution importante car c’est sur la commune conception
sacramentelle de l’Eglise et de ses sacrements que se fonde notre communion. Il
s’agit donc d’une clarification essentielle et qu’il faut conduire à son terme.
En réalité ce sont les sacrements et, sur la base de la succession apostolique,
particulièrement le sacerdoce et l’eucharistie, qui constituent les liens très
étroits de la communion qui demeure entre nous et qui doit être portée à sa
perfection avec l’aide de Dieu (Ibid. 15). Sur ce long chemin vers l’unité,
nous avons besoin de sentir que notre cœur est “tout brûlant” en nous (Luc.
24, 32), même si nous ne percevons pas toujours l’origine de cette mystérieuse
brûlure. Tôt ou tard elle se révélera et sera comprise. Poursuivons notre chemin
car le dialogue de la charité qui nous pousse vers la vérité et l’unité est
toujours plus urgent. La charité nous permet de comprendre en profondeur les
paroles de nos frères. Sans cette charité elles risqueraient de n’être que des
mots n’exprimant pas un véritable accord des intelligences et des cœurs.
Les célébrations communes des saints Pierre et Paul à Rome et de saint André au
Patriarcat œcuménique sont des circonstances propices pour aviver cette charité.
Ce serait vraiment très beau si des initiatives analogues, en des occasions
diverses selon les lieux, pouvaient se prendre au plan local entre Orthodoxes et
Catholiques vivant les uns à côté des autres.
J’assure Votre Sainteté, le Saint-Synode qui vous entoure et toute votre Eglise,
qu’aujourd’hui je vous suis uni dans la prière et dans la joie de cette fête.
Avec vous, je demande que la grâce et la paix vous soient abondamment données.
Dans ces sentiments, je vous redis, vénéré Frère, ma sincère et fraternelle
affection dans le Christ Jésus.
Du Vatican, le 26 novembre 1984.
IOANNES PAULUS PP. II
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