Très chers frères et sœurs
de
l'Eglise grecque-catholique de Roumanie!
1. En ce temps pascal de ce Jubilé de l'An
2000, nous célébrons le troisième centenaire de l'union de votre Eglise
avec l'Eglise de Rome. L'Année jubilaire est une année de grâce au cours de
laquelle toute l'Eglise rappelle que notre Seigneur Jésus-Christ, il y a deux
mille ans, s'est fait homme dans le sein de la Très Sainte Vierge. Dans la
joyeuse évocation de cet événement admirable, la communauté chrétienne
reprend courage pour annoncer au monde avec une nouvelle ardeur la joyeuse
nouvelle du salut.
Verbum caro factum est: tel est le motif de
notre reconnaissance éternelle, telle est la grâce rappelée et célébrée
de façon spéciale au cours du Jubilé.
En nous plaçant dans cette perspective, nous pouvons voir avec les yeux de
l'espérance toute l'histoire de l'humanité.
Le souvenir et la présence
2. C'est dans ce cadre que s'inscrivent avec
une importance particulière également les trois cents ans d'existence de
l'Eglise grecque-catholique de Roumanie. Il y a exactement un an, nous avons
prié ensemble dans votre chère patrie. Au cours de la divine liturgie célébrée
avec vous dans la cathédrale Saint-Joseph
de Bucarest, j'affirmai que «je considère comme providentiel et important
que les célébrations du troisième centenaire coïncident avec le grand
Jubilé de l'An 2000» (Homélie, n. 3, 8 mai 1999, cf. ORLF n. 20 du
18 mai 1999).
La possibilité d'être parmi vous, en mai
l'an dernier, fut pour moi un don particulier du Seigneur, qui m'a permis de
revivre en quelque sorte, avec vous, l'expérience de ces disciples qui «faisaient
route»: c'est d'eux que «Jésus en personne s'approcha», expliquant «dans
toutes les Ecritures ce qui le concernait» (Lc 24, 13-15. 27). Illuminés
par les paroles du Christ, nous pûmes contempler ensemble sa présence qui se reflète sur le visage de votre Eglise. Puis Il nous nourrit de
son Corps et de son Sang et nos cœurs étaient tout brûlants au-dedans de
nous (cf. Lc 24, 32).
3. Depuis lors, j'ai gardé en mémoire la
beauté de votre terre et la foi qui habite votre peuple. Le rappel de cette
rencontre s'est fait encore plus vif lors du temps pascal de cette année, au
cours duquel est également célébré le troisième centenaire de l'union de votre Eglise avec l'Eglise de
Rome. Mon cœur désirait s'unir à vous en ce chant joyeux — Hristos a înviat!
(Le Christ est ressuscité!) — qui, à l'occasion de ma visite, me remplit
d'émotion, laissant en moi un profond écho. Une telle annonce va bien au-delà
des paroles: elle est chargée de la force victorieuse du Ressuscité, qui
chemine avec son Eglise dans l'histoire. C'est dans la lumière de cette présence
que je m'adresse à vous, qui célébrez dans la joie le troisième centenaire
de l'union.
L'histoire et l'unité
4. C'est du mystère de l'Incarnation que le
mystère de l'unité tire son origine. Les Ecritures affirment, en effet, que
la volonté du Père est de «ramener toutes choses sous un seul Chef, le
Christ» (Ep 1, 10). C'est dans la réalisation de ce mystère que se déroule
la mission de l'Eglise, dont le devoir est de réaliser progressivement l'unité
avec Dieu et entre les hommes: «L'Eglise étant, dans le Christ, en quelque
sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union
intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain» (Lumen gentium,
n. 1). Dans l'Eglise naissent l'unité et la paix: c'est de cette façon que
l'histoire des hommes peut devenir une histoire d'unité.
Le mystère de l'unité marque de façon
particulière le peuple roumain. Nous savons, et nous le rappelons ici avec
une profonde vénération, que le Christ ressuscité, à travers la prédication
apostolique, s'est uni au chemin historique de votre peuple déjà à l'époque
paléochrétienne et lui a confié un engagement particulier dans le service
précieux de l'unité. Les noms de l'apôtre André, frère de Pierre, de Nicétas
de Remesiana, de Jean Cassien, de Denis le Petit sont, à cet égard, emblématiques.
La Divine Providence a voulu que, au temps où la Sainte Eglise n'avait pas
encore ressenti en son sein la grande division, vous ayez recueilli, avec l'héritage
de Rome, également celui de Byzance.
5. En effet, les Roumains demeurant un
peuple latin, se sont ouverts pour recueillir les trésors de la foi et de la
culture byzantine. En dépit de la blessure de la division, cet héritage
demeure partagé par l'Eglise grecque-catholique et par l'Eglise orthodoxe de
Roumanie. C'est ici que réside la clé d'interprétation de l'histoire de votre Eglise. Celle-ci s'est déroulée parmi les tensions dramatiques
qui sont apparues entre l'Orient
et l'Occident chrétien. Depuis toujours dans le cœur des fils et des filles
de cette antique Eglise, vibre avec force la passion pour l'unité voulue par
le Christ. J'en ai été moi-même le témoin ému l'an dernier.
Ce désir d'unité fut vécu de façon particulière par l'Eglise roumaine en Transylvanie, en particulier après
la tragédie de la division entre les chrétiens d'Orient et ceux d'Occident.
Sur cette terre, de nombreux peuples — roumains,hongrois,arménienset saxons — vécurent ensemble une histoire commune, parfois
difficile, qui a laissé ses traces dans la configuration humaine et
religieuse des habitants. Malheureusement, l'unité qui caractérisa l'Eglise
des premiers siècles ne fut jamais atteinte et votre histoire également fut
marquée avec une intensité
croissante par la division et par les larmes.
Dans ce contexte resplendissent, telles des lumières d'espérance, les efforts de ceux
qui, ne se résignant pas à la blessure de la division, cherchèrent à la guérir.
En Transylvanie, le désir de rétablir la communion parfaite avec le Siège apostolique du Successeur de Pierre a jailli dans le cœur
des chrétiens roumains et de
leurs Pasteurs en particulier aux XVI et XVII siècles. Ces disciples du
Christ, mûs par l'aspiration ardente à la réforme de l'Eglise et de son
unité, et ressentant au plus profond de leur cœur un lien antique avec
l'Eglise et la Ville du martyre et du tombeau des bienheureux apôtres Pierre
et Paul, suscitèrent un mouvement qui, pas à pas, arriva à atteindre la
pleine union avec Rome. Parmi les étapes décisives, il faut rappeler les
Synodes qui se sont tenus à Alba Julia en 1697 et 1698, qui se prononcèrent
en faveur de l'union: décidée officiellement le 7 octobre 1698, celle-ci fut
ratifiée solennellement au cours du Synode du 7 mai 1700.
6. Grâce à l'œuvre d'illustres Evêques
comme Athanase Anghel († 1713), Jean Innocent Micu-Klein († 1768) et
Pierre Paul Aron († 1764) et d'autres prélats, prêtres et laïcs de grand
mérite, l'Eglise grecque-catholique de Roumanie renforça son identité et
connut en peu de temps un développement important. Compte-tenu de cela, mon vénéré
prédécesseur Pie IX, par la Bulle Ecclesiam Christi du 16 novembre 1853,
voulut ériger le siège métropolitain de Fagaras et Alba Julia pour les
Roumains unis.
Comment ne pas reconnaître les précieux services rendus par l'Eglise
grecque-catholique à tout le peuple roumain de Transylvanie? Celle-ci a
offert une contribution décisive à sa croissance, représentée de façon
emblématique par les «coryphées» de l'Ecole transylvanienne de Blaj, mais
également à travers de nombreux
personnages — ecclésiastiques et laïcs — qui ont laissé une marque indélébile
également dans la vie ecclésiale culturelle et sociale des Roumains. Votre
Eglise a eu en particulier l'insigne mérite d'avoir été un intermédiaire
entre l'Orient et Occident, adoptant d'une part les valeurs promues en
Transylvanie par le Saint-Siège; et, d'autre part, en communiquant à tous
les catholiques les valeurs de l'Orient chrétien, qui à cause de la division
existante, étaient peu connues. L'Eglise grecque-catholique devint donc un témoignage
éloquent de l'unité de toute l'Eglise, montrant qu'elle incluait en elle les
valeurs des institutions, des rites liturgiques et des traditions ecclésiastiques,
remontant, par des voies différentes, à la tradition apostolique
elle-même (cf. Orientalium Ecclesiarum, n. 1).
Témoins et martyrs de l'unité
7. Le chemin de l'Eglise grecque-catholique
de Roumanie ne fut jamais facile, comme le démontre son histoire. Elle dut
apporter, au cours des siècles, un douloureux et difficile témoignage de fidélité
à l'exigence évangélique de l'unité. Elle est devenue ainsi de façon
particulière l'Eglise des témoins de l'unité, de la vérité et de l'amour.
En dépit des nombreuses difficultés rencontrées, l'Eglise
grecque-catholique de Roumanie, face à tout l'œkumène chrétien, est
apparue toujours plus comme un témoin particulier de la valeur incontournable
de l'unité ecclésiale. Mais
c'est surtout dans la seconde partie du vingtième siècle, à l'époque du
totalitarisme communiste, que votre Eglise a dû subir une épreuve très
dure, ce qui lui a valu le titre d'«Eglise des confesseurs et des martyrs». C'est alors que s'est manifestée
avec une plus grande évidence la lutte entre le mysterium iniquitatis (2 Ts
2, 7) et le mysterium pietatis (1 Tm 3, 16), à l'œuvre dans le monde.
Et c'est également depuis lors que la gloire du martyre resplendit avec une
plus grande clarté sur le visage de votre Eglise comme une lumière qui se
reflète dans la conscience des chrétiens du monde entier, suscitant leur
admiration et leur gratitude.
8. Poussé par cette conscience, j'ai profité
de chaque occasion pour prendre de vos nouvelles, très chers frères et sœurs,
et je désire à présent vous faire parvenir une expression supplémentaire
de ma solidarité et de mon soutien. Lorsque, l'an dernier, au cours du pèlerinage
sur votre terre, il m'a été donné de prier avec vous dans le cimetière
catholique de Bucarest, je l'ai fait en portant dans mon cœur toute l'Eglise
du Christ, et, avec toute l'Eglise du Christ, je me suis agenouillé en
silence sur les tombes de vos martyrs. Nous ne connaissons pas même le lieu
de sépulture d'un grand nombre d'entre eux, car leurs persécuteurs les ont
privés également de ce dernier signe d'hommage et de respect. Mais leurs
noms sont inscrits dans le Livre des vivants et chacun d'eux a reçu «un
caillou blanc, un caillou portant
gravé un nouveau nom que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit» (Ap
2, 17). Le sang de ces martyrs est un ferment de vie évangélique qui agit
non seulement sur votre terre, mais aussi dans tant d'autres parties du monde.
Dans cette «foule immense» (Ap 7,
9), vêtue de blanc (cf. Ap 7, 13), des martyrs et des confesseurs de
votre Eglise «qui viennent de la grande épreuve: ils ont lavé leurs robes
et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau» (Ap 7, 14) et qui «sont
devant le trône de Dieu» (Ap 7, 15), resplendissent les noms
illustres d'Evêques comme Vasile Aftenie, Ioan Balan, Valeriu Traian Frentiu,
Ioan Suciu, Tit Liviu Chinezu, Alexandru Rusu et celui du Cardinal Iuliu
Hossu. Ceux-ci, comme les personnes en prière qui «le servent jour et nuit
dans son temple» (Ap 7, 15), intercèdent avec les autres martyrs et
confesseurs pour leur peuple, jouissant de la part de celui-ci d'une véritable
et profonde vénération. Que le témoignage du martyre et la profession de
foi dans le Christ et dans l'unité de son Eglise s'élèvent comme l'encens du sacrifice des vêpres (cf. Ps 141, 2) vers le trône de Dieu
au nom de toute l'Eglise, dont ils jouissent de toute l'estime et de la dévotion!
Revisiter le passé: la purification
de la mémoire
9. La splendeur du témoignage de foi et le
service généreux à l'unité doivent toujours être accompagnés, dans
l'Eglise, de l'engagement inlassable à la vérité, dans lequel se purifie et
se con-solide le dynamisme de l'espérance. Tel est le climat du Jubilé de
l'An 2000, à l'occasion duquel toute l'Eglise ressent le devoir de réexaminer
son passé pour reconnaître les incohérences dont ont souffert ses fils en
ce qui concerne l'enseignement évangélique et pouvoir ainsi marcher le
visage purifié vers l'avenir voulu par Dieu.
Les difficultés actuelles que votre Eglise
rencontre dans sa reprise après sa suppression, ainsi que les ressources
humaines et matérielles limitées qui en freinent l'élan, pourraient décourager
les esprits. Mais le chrétien sait que plus les obstacles auxquels il doit se
mesurer sont grands, plus il peut compter avec
confiance sur l'aide de Dieu, qui lui est proche et qui marche avec lui. Cela
est rappelé également dans votre très beau chant «Cu noi este Dumnezeu»,
si riche de signification et si profondément gravé dans la mémoire de votre
peuple.
Au cours de ce Jubilé, votre Eglise, avec
l'Eglise universelle, a le devoir de retourner à son passé et surtout à la
période des persécutions, pour mettre à jour son «martyrologe». Il s'agit
d'un devoir difficile à cause du manque de sources et du temps écoulé, un
temps trop bref pour la maturation d'un jugement au recul suffisant, mais également
assez long pour exposer à de regrettables oublis. Heureusement, de nombreux témoins du passé récent vivent encore. Il est donc
important d'accomplir les efforts nécessaires pour enrichir la documentation
en ce qui concerne les événements vécus, afin de permettre aux générations
à venir de connaître leur histoire, évaluée de façon critique et donc
digne de foi. Dans cette perspective, il sera utile que le témoignage et le
martyre offerts par votre Eglise soient examinés dans le cadre plus vaste des
souffrances et des persécutions subies par les chrétiens au cours du XX siècle.
Dans la Lettre apostolique Tertio millennio
adveniente, j'ai fait une allusion précise aux martyrs de notre siècle, «souvent
inconnus, ils sont comme des “soldats inconnus” de la grande cause de Dieu»
(n. 37) et j'ai affirmé qu'«au terme du deuxième millénaire, l'Eglise est
devenue à nouveau une Eglise de martyrs [...] le témoignage rendu au Christ
jusqu'au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes,
aux anglicans et aux protestants [...] C'est là un témoignage à ne pas
oublier» (ibid.). Dans la foi et dans le martyre de ces chrétiens,
l'unité de l'Eglise apparaît sous une lumière nouvelle. Leur sang, versé
pour le Christ et avec le Christ, est une base certaine sur laquelle fonder la
recherche de l'unité de tout l'œkumène chrétien.
A Bucarest, j'ai mis en évidence le fait
qu'en Roumanie également, vous avez souffert ensemble: «Le régime
communiste supprima l'Eglise de rite byzantin-roumain unie à Rome, et persécuta
évêques et prêtres, religieux, religieuses et laïcs, dont un grand nombre
payèrent par le sang leur fidélité au Christ [...] Je voudrais rendre
l'hommage qui leur est dû à tous ceux qui, appartenant à l'Eglise orthodoxe
roumaine et à d'autres Eglises et communautés religieuses, subirent de
semblables persécutions et de graves restrictions. La mort a uni nos frères
dans la foi dans le témoignage héroïque du martyre: ils nous laissent une
inoubliable leçon d'amour envers le Christ et son Eglise» (Discours au
cours de la cérémonie de bienvenue, aéroport de Bucarest, 7 mai 1999,
n. 4, ORLF n. 19 du 11 mai 1999). A ce propos, je vous encourage, également
maintenant, à l'occasion du Jubilé
et du troisième centenaire de votre union, à identifier et à valoriser les
figures des martyrs de l'Eglise grecque-catholique de Roumanie, leur
reconnaissant le mérite d'avoir apporté un élan significatif à la cause de
l'unité de tous les chrétiens.
10. Il sera, en outre, très utile de considérer
la situation actuelle à la lumière de votre histoire. Il apparaît en effet
nécessaire d'effectuer un examen approfondi du cadre, de l'esprit et des décisions
de vos synodes provinciaux qui se sont déroulés dans les années 1872, 1882
et 1900. La même révision historique devrait concerner également des événements
importants qui ont marqué l'histoire de l'Eglise grecque-catholique roumaine. L'exemple des illustres savants de l'Ecole
transylvanienne de Blaj, qui ont accompli un examen minutieux des événements,
inspiré par une sérieuse analyse historique et linguistique, peut servir à
cette recherche comme importante base de référence afin d'obtenir des résultats
fiables. Dans le cadre de ce type de ré-examen, des aspects fondamentaux pour
la tradition théologique, liturgique et spirituelle de l'Eglise
grecque-catholique de Roumanie ne
manqueront pas d'apparaître. De cette façon, l'identité de votre Eglise et
son profil spirituel apparaîtront avec une vigueur renouvelée, contribuant
à la culture de la Roumanie, ainsi qu'à celle de tout l'œkumène chrétien.
J'encourage et je bénis de tout cœur tout
effort accompli dans ce sens.
C'est avec un engagement particulier que
l'on devra affronter également le problème de l'accueil du Concile Vatican II de la part de
l'Eglise grecque-catholique de Roumanie. En raison des persécutions en
vigueur à l'époque, votre Eglise n'eut pas la possibilité de participer
pleinement à cet événement historique et ne perçut pas clairement l'action
de l'Esprit. Ce fut précisément ce Concile qui affronta avec une plus grande
attention les délicates questions des Eglises catholiques orientales, de l'œcuménisme
et de l'Eglise en général. L'enseignement conciliaire a trouvé ensuite sa
continuité dans le Magistère successif. Je rends volontiers hommage à l'Eglise grecque-catholique de Roumanie
d'être actuellement engagée dans un effort long et difficile pour accepter
pleinement les orientations du Saint-Siège.
Signe de l'unité
11. Grâce à la présence de l'Esprit
Saint, le caractère multiforme de l'Eglise peut resplendir d'une beauté
ineffable sans porter préjudice à l'unité. A cet égard, le Concile Vatican
II a parlé des trésors des Eglises orientales en communion avec Rome: «En
effet, à cause de l'ancienneté vénérable dont ces Eglises s'honorent,
resplendit en elle la tradition qui vient des apôtres par les pères, et qui fait partie du patrimoine indivis de toute l'Eglise et révélé
par Dieu» (Orientalium Ecclesiarum, n. 1). Tout l'œkumène chrétien a donc besoin de leur voix et de leur présence: «La sainte
Eglise catholique, qui est le Corps mystique du Christ, est composée des fidèles
qui sont organiquement unis dans l'Esprit Saint par la même foi, les mêmes
sacrements et le même gouvernement et qui, en se fondant en diverses
communautés dont la cohésion est assurée par la hiérarchie, constituent
des Eglises particulières ou rites. Entre ces Eglises existe une admirable
communion, de sorte que la diversité dans l'Eglise, loin de nuire à son unité,
la met en valeur» (ibid., n. 2).
L'Eglise catholique, soutenue par les
enseignements du Concile Vatican II, s'est engagée avec toute la détermination
possible, en particulier au cours des dernières décennies, sur le chemin de
la recherche de l'unité entre les disciples du Christ. Mes prédécesseurs
immédiats, à commencer par Jean XXIII de vénérée mémoire, ont multiplié
les efforts en faveur de la réconciliation œcuménique, en particulier avec
les Eglises orthodoxes, voyant en cela une exigence précise dérivant de
l'Evangile et une réponse aux invitations pressantes de l'Esprit Saint. Sous
le regard miséricordieux de son Seigneur, l'Eglise fait mémoire de son passé,
reconnaît les erreurs de ses fils et confesse leur manque d'amour à l'égard
de leurs frères dans le Christ, et, par conséquent, demande pardon et
pardonne, cherchant à rétablir la pleine unité entre les chrétiens.
12. La tentative de rechercher la pleine
communion dépend inévitablement du contexte historique, de la situation
politique et de la mentalité dominante de chaque époque. Dans ce sens,
l'Union transylvanienne se conforma au modèle d'unité qui prévalait après
les Conciles de Florence et de Trente. A cette époque, ce fut le désir
ardent de l'unité qui conduisit les Roumains de Transylvanie à l'union avec l'Eglise de Rome et nous sommes tous profondément reconnaissants à
Dieu de ce don. Etant donné, toutefois, que la communion entre les Eglises ne
peut jamais se considérer comme un but définitivement atteint, au don de
l'unité offert par le Seigneur Jésus une fois pour toutes doit correspondre
une attitude constante d'accueil, fruit de la conversion intérieure de
chacun. Les conditions changeantes de l'époque actuelle exigent, en effet,
que l'on poursuive l'unité dans un plus
ample horizon œcuménique, dans lequel il faut se rendre disponibles à l'écoute
de l'Esprit et repenser avec courage les relations avec les autres Eglises et avec tous les frères dans le Christ dans
l'attitude de celui qui sait «espérer contre toute espérance» (cf. Rm 4, 18).
Précisément à propos du don de l'unité, dans la Lettre apostolique Tertio
millennio adveniente, j'écrivais: «Il nous est demandé de favoriser la
concession de ce bien sans nous laisser aller à des légèretés ni à des réticences
dans le témoignage de la vérité» (n. 34). Il sera donc nécessaire de
reconsidérer l'histoire triplement séculaire de l'Eglise grecque-catholique
de Roumanie avec une âme nouvelle, à travers une approche attentive et
sereine des événements qui en ont marqué le chemin.
De même que j'ai encouragé le processus de
révision des modalités d'exercice du service pétrinien au sein de l'œkumène
chrétien, à l'exception des exigences découlant de la volonté du Christ (cf. Enc.Ut unumsint, n. 95), ainsi, j'exhorte à mettre en place une mise à jour
et un approfondissement de la vocation spécifique des Eglises orientales en
communion avec Rome dans le nouveau contexte, en faisant appel à la
contribution d'étude et de réflexion de toutes les Eglises. Que les
Commissions théologiques établies par les pasteurs de l'Eglise catholique et
des Eglises orthodoxes dans leur ensemble s'efforcent d'œuvrer dans cette perspective complexe.
Actuellement, les chrétiens sont confrontés au problème «de recevoir les résultats
obtenus jusqu'ici. Ils ne peuvent en rester aux affirmations bilatérales,
mais ils doivent devenir un patrimoine commun. Pour parvenir à cela et pour
renforcer ainsi les liens de communion, il faut un sérieux examen qui doit
impliquer le Peuple de Dieu dans son ensemble (Encyclique Ut unum sint,
n. 80). Afin que «ce processus [...] donne des résultats favorables, il est
nécessaire que ses conclusions soient diffusées de la manière qui convient»
(ibid., n. 81). La recherche de l'unité entre les chrétiens, dans
l'amour et dans la vérité, est un élément fondamental pour une évangélisation plus incisive. En effet, par la volonté du
Christ, l'Eglise est une et indivisible. Un retour authentique aux traditions
liturgiques et patristiques, trésor que vous partagez avec l'Eglise
orthodoxe, contribuera à la réconciliation avec les autres Eglises présentes
en Roumanie. Dans cet esprit de réconciliation, il faut encourager
cordialement la poursuite du dialogue entre votre Eglise et l'Eglise
orthodoxe, que ce soit au niveau national ou au niveau local, dans l'espoir que bientôt, tous les points de controverse
seront éclaircis dans un esprit de justice et de charité chrétienne.
L'esprit du dialogue exige, dans le même
temps, que votre Eglise découvre toujours plus, à travers des actions de grâce,
le visage de Jésus-Christ, que l'Esprit Saint dépeint dans l'Eglise-sœur
orthodoxe et il faut attendre la même chose de celle-ci à votre égard. Vous
apporterez ainsi le témoignage auquel
l'apôtre Paul invite les chrétiens de Rome (cf. Rm 12, 9-13).
L'importance de la prière
13. Pour le Jubilé, l'Eglise tente de se
renouveler dans la lumière joyeuse du Christ ressuscité, en invitant ses
fils à répondre à la grâce divine par un sérieux examen de conscience et
avec l'effort de la purification et de la pénitence. Il s'agit d'un long
processus qui a commencé à l'époque du Concile Vatican II et qui ne s'est
pas encore conclu. Nous avons redécouvert ce qui a toujours été la racine
sainte qui nourrit l'Eglise: la Parole de Dieu, interprétée factis et verbis
par la Liturgie, par les Conciles, par les Pères, par les saints. Mais nous
avons également répété avec force que la source principale de l'unité
dans l'Eglise est la Très Sainte Trinité (cf. Lumen gentium, nn.
1-8).
L'Eglise grecque-catholique de Rome puise également
ses racines dans la Parole de Dieu, dans l'enseignement des Pères et dans la
tradition byzantine, mais trouve en outre un