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PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE,
POUR QUE LE SOUVENIR S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.
DÉCLARATION SUR L'ÉDUCATION
CATHOLIQUE
« GRAVISSIMUM
EDUCATIONIS »
Préambule
L’extrême importance de l'éducation dans la vie de l'homme, et son influence
toujours croissante sur le développement de la société moderne sont, pour le
saint Concile œcuménique, l'objet :d’une réflexion attentive[1]. En toute vérité, la formation des jeunes, même une certaine éducation
continuelle des adultes, devient à fois plus aisée et plus urgente du fait des
conditions de notre époque.En effet, les hommes sont davantage conscients de
leur dignité et de leurs obligations propres; ils souhaitent prendre une part
chaque jour plus active à la vie sociale, surtout à la vie économique et
politique[2]; les merveilleux progrès de la technique et de la recherche
scientifique, les nouveaux moyens de communication, viennent opportunément leur
permettre, jouissant désormais de loisirs accrus, d'accéder plus aisément au
patrimoine culturel et de se compléter mutuellement grâce à des liens plus
étroits, soit entre les groupes, soit entre les peuples mêmes.
Aussi, s'efforce-t-on partout de favoriser toujours davantage la tâche de
l'éducation; déclarations et textes officiels affirment les droits primordiaux
de l'homme, ceux surtout des enfants et des parents, relatifs à l'éducation[3];
devant la croissance rapide du nombre des élèves, on multiplie de toutes parts
et on perfectionne les écoles, on crée d'autres institutions éducatives; des
expériences nouvelles développent les méthodes d'éducation et d'instruction;
incontestablement, de grands efforts sont déployés pour procurer ces biens à
tous les hommes, même s'il reste vrai que de trop nombreux enfants et
adolescents sont encore privés même de toute instruction de base, et que parmi
les autres un si grand nombre se voient refuser l'éduca-tion convenable qui
cultiverait à la fois la vérité et la charité.
Mais, pour s'acquitter de la mission que lui a confiée son divin fondateur,
annoncer à tous les hommes le mystère du salut et tout restaurer dans le Christ,
notre sainte Mère l’Église doit se soucier de la vie humaine dans son
intégralité. et même de la vie terrestre en tant qu'elle est liée à la vocation
céleste[4], aussi a-t-elle un rôle à jouer dans le progrès et le développement
de l'éducation. C'est pour-quoi le Concile proclame quelques principes
fondamentaux sur l'édu-cation chrétienne, surtout dans les écoles, qu'une
Commission spéciale devra, après le Concile, développer plus en détail, et les
conférences épiscopales appliquer à la variété des conditions locales.
1. Droit universel à l'éducation, sa notion
Tous les hommes, de n'importe quelle race, âge ou condition, possèdent, en tant
qu'ils jouissent de la dignité de personnes, un droit inaliénable à une
éducation[5], qui réponde à leur fin propre[6], s'adap-te à leur caractère, à la
différence des sexes, à la culture et aux tra-ditions ancestrales, et, en même
temps, s'ouvre à des échanges fraternels avec les autres peuples pour favoriser
l'unité véritable et la paix dans le monde. Or, le but que poursuit la véritable
éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin
su-prême, en même temps que du bien des sociétés dont l'homme est membre, et
dont, une fois devenu adulte, il aura à partager les obli-gations.
Il faut donc aider les enfants et les jeunes gens -- en tenant compte des
progrès des sciences psychologique, pédagogique et didactique -- à développer
harmonieusement leurs aptitudes physiques, morales, intellectuelles, à acquérir
graduellement un sens plus aigu de leur responsabilité, tant dans l'effort
soutenu pour mener droit leur vie personnelle que dans la poursuite de la vraie
liberté, en surmontant à force de courage et de générosité tous les obstacles.
Qu'ils reçoivent une éducation sexuelle positive, prudente, qui progressera au
fur et à mesure qu'ils grandiront. Qu'ils reçoivent, en outre, une formation à la vie en société qui, en leur
fournissant convenablement les moyens nécessaires et opportuns, les rende
capables de s'insérer de façon active dans les différents groupes de la
communauté hu-maine, de s'ouvrir au dialogue avec autrui et d'apporter de bon
cœur leur contribution à la réalisation du bien commun.
De même, le Concile déclare que c'est un droit pour les enfants et les jeunes
gens d'être stimulés à porter un jugement de valeur sur les réalités morales
avec une conscience droite et de les assumer par une adhésion personnelle, -
et, tout autant, à connaître et aimer Dieu de façon plus parfaite. Aussi
demande-t-il instamment à tous ceux qui gouvernent les peuples ou dirigent
l'éducation de prendre garde que jamais la jeunesse ne soit frustrée de ce droit
sacré. Et il exhorte les enfants de l’Église à travailler avec courage dans le
do-maine de l'éducation, particulièrement pour obtenir que les bienfaits d'une
éducation et d'une instruction convenables puissent au plus tôt s'étendre à tous
et au monde entier[7].
2. L'éducation chrétienne
Du fait que devenus créatures nouvelles, en renaissant de l'eau et de
l'Esprit-Saint[8], ils sont appelés enfants de Dieu et le sont, tous les
chrétiens ont droit à une éducation chrétienne. Celle-ci ne poursuit pas
seulement la maturité de la personne humaine décrite plus haut, mais vise
principalement à ce que les baptisés, introduits gra-duellement dans la
connaissance du mystère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce
don de la foi qu'ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père en esprit et en
vérité (cf. Jean, 4, 23), surtout dans le culte liturgique, soient formés de
façon à mener leur vie propre selon l'homme nouveau dans une justice et une
sainteté véritables (cf. Eph. 4, 22-24), et qu'ainsi, aboutissant à l'homme
parfait, à l'âge de la plénitude du Christ (cf. Eph., 4, 13), ils appor-tent
leur contribution à la croissance du Corps mystique. Qu'en outre, conscients de
leur vocation, ils prennent l'habitude aussi bien de rendre témoignage à
l'espérance qui est en eux (cf. I Pierre, 3, 15), que d'aider à la
transformation chrétienne du monde, par quoi les valeurs naturelles, reprises et
intégrées dans la perspective totale de l'homme racheté par le Christ,
contribuent au bien de toute la société[9]. C'est pourquoi le Concile rappelle
aux pasteurs d'âmes le très grave devoir qu'ils ont de tout faire pour que tous
les fidèles bénéficient de cette éducation chrétienne, surtout les jeunes qui
sont l'es-pérance de l’Église[10].
3. Les responsables de l'éducation
Les parents, ayant donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obligation de
les élever, et à ce titre ils doivent être reconnus com-me leurs premiers et
principaux éducateurs[11]. Telle est l'importance de cette fonction d'éducateurs
que, lorsqu'elle vient à faire défaut, elle peut difficilement être suppléée. Le
rôle des parents est, en effet, de créer une atmosphère familiale, animée par
l'amour et la piété envers Dieu et les hommes, qui favorise l'éducation
intégrale, personnelle et sociale de leurs enfants. La famille est donc la
première école des vertus sociales dont aucune société ne peut se passer.
Mais c'est surtout dans la famille chrétienne, enrichie de la grâce et des
devoirs du sacrement de mariage, que dès leur plus jeune âge le enfants doivent,
conformément à la foi reçue au baptême, apprendre à découvrir Dieu et à l'honorer,
ainsi qu'à aimer le prochain; c'est là qu'ils font la première expérience, et
d'une saine vie sociale, et de l’Église; c'est par la famille qu'ils sont peu à
peu insérés dans 1a vie de la société civile, ainsi que dans le peuple de Dieu.
Que le parents soient donc bien pénétrés de l'importance d'une famille vraiment
chrétienne pour la vie et le progrès du peuple de Dieu lui-même[12].
Le devoir de dispenser l'éducation, qui revient en premier à la famille,
requiert l'aide de toute la société. A côté des droits des parents et de ceux
des éducateurs sur qui ils se reposent d'une partie de leur tâche, il y a des
obligations et des droits déterminés, qui appartiennent à la société civile, en
tant que chargée d'organiser ce qui est nécessaire pour le bien commun temporel. Il est de ses fonctions de promouvoir de diverses façons l'éducation de la
jeunesse : protéger les devoirs et les droits des parents et autres personnes
qui jouent un rôle dans l'éducation, et leur fournir son aide; selon le principe
de subsidiarité, à défaut d'initiatives prises par les parents et les autres
sociétés, et compte tenu des désirs des parents, assumer l'éducation complète;
en outre, créer des écoles et des instituts propres, lorsque le bien commun
l'exige[13].
La responsabilité de l'éducation concerne enfin, à un titre tout particulier,
l’Église: non seulement parce que, en tant que société humaine, déjà, elle doit
être reconnue comme compétente pour donner une éducation, mais surtout parce
qu'elle a pour fonction d'annoncer aux hommes la voie du salut, de communiquer
aux croyants la vie du Christ et de les aider par une sollicitude de tous les
instants à atteindre le plein épanouissement de cette vie[14].
À ces enfants, l’Église est donc tenue, comme Mère, d'assurer l'éduca-tion qui
imprégnera toute leur vie de l'esprit du Christ; en même temps, elle offre son
aide à tous les peuples pour promouvoir la perfection complète de la personne
humaine, ainsi que pour le bien de la société terrestre et pour la construction
du monde qui doit re-cevoir une figure plus humaine[15].
4. Les divers moyens au service de l'éducation chrétienne
Dans l'accomplissement de sa mission éducative, l’Église est sou-cieuse de tous
les moyens proportionnés. et se préoccupe en particu-lier de ceux qui lui sont
propres. Le premier est la formation catéchétique[16] qui éclaire et fortifie la
foi, nourrit la vie selon l'esprit du Christ, achemine à la participation active
et consciente au mystère liturgique[17] et incite à l'action apostolique. Mais
l’Église estime aussi beaucoup, cherche à pénétrer de son esprit et à surélever
les autres moyens qui appartiennent au patrimoine commun de l'humanité et
peuvent faire beaucoup pour cultiver les esprits et former les hom-mes,
notamment les moyens de communication sociale[18], les multi-ples associations
de formation physique et intellectuelle, les mouve-ments de jeunesse et surtout
les écoles.
5. Importance de l'école
Entre tous les moyens d'éducation, l'école tient une importance
particulière[19]; elle est, en vertu de sa mission, le principal facteur de
développement des facultés intellectuelles, elle exerce le jugement, elle
introduit dans le patrimoine culturel dû aux générations antérieures, elle
promeut le sens des valeurs, elle prépare à la vie pro-fessionnelle; entre des
élèves de conditions sociales et de caractères différents, elle fait naître des
relations d'amitié, elle favorise les dispositions à bien se comprendre.Elle
constitue surtout comme un centre à l'activité et au progrès duquel doivent
participer les familles, les maîtres, les associations de toutes sortes qui
développent la vie culturelle, civique et religieuse, la société civile et toute
la commu-nauté humaine.
Oui, ils ont une belle, mais lourde vocation, ceux qui secondent les parents
dans l'accomplissement de leur devoir et, au nom de la communauté humaine,
assument la charge de l'éducation dans les écoles; cette vocation requiert des
qualités toutes spéciales, d'esprit et de cœur, la plus soigneuse préparation,
une aptitude continuelle à se renouveler et à s'adapter.
6. Devoirs et droits des parents
Le devoir et le droit premiers et inaliénables des parents est celui d'éduquer
leurs enfants; ils doivent donc jouir d'une liberté véritable dans le choix de
l'école. Le pouvoir public, dont le rôle est de protéger et de défendre les
libertés des citoyens, doit respecter la justice distributive en répartissant
les subsides publics de telle sorte que les parents puissent jouir d'une vraie
liberté dans le choix de l'école de leurs enfants, conformément à leur
conscience[20].
C'est encore le rôle de l’État de veiller à ce que tous les citoyens puissent
participer convenablement à la vie culturelle et soient préparés comme il se
doit à l'exercice des devoirs et des droits du ci-toyen. L’État doit donc
assurer le droit des enfants à une éducation scolaire adéquate, veiller à la
capacité des maîtres, au niveau des études ainsi qu'à la santé des élèves, et,
d'une façon générale, déve-lopper l'ensemble du système scolaire, en gardant
devant les yeux le principe de subsidiarité, et donc en excluant tout monopole
sco-laire, lequel est opposé aux droits innés de la personne humaine, au progrès
et à la diffusion de la culture elle-même, à la concorde entre les citoyens,
enfin au pluralisme aujourd'hui en vigueur dans une multitube de sociétés[21].
Le saint Concile exhorte donc les chrétiens -- qu'il s'agisse de découvrir des
méthodes d'éducation et un programme adaptés, ou bien de former des maîtres
capables d'élever comme il faut les jeu-nes, -- à offrir spontan6ment leur
concours et, surtout, par les associations de parents, à suivre et aider tout le
travail de l'école, en particulier l'éducation morale qui doit y être
donnée[22].
7. Éducation morale et religieuse dans toutes les écoles
En outre, dans la conscience qu'elle a du très grave devoir de veiller
assidûment à l'éducation morale et religieuse de tous ses en-fants, l’Église se
doit d'être présente, avec une affection et une aide toutes particulières, à
ceux très nombreux qui ne sont pas élevés dans des écoles catholiques: par le
témoignage de la vie de leurs professeurs et directeurs, par l'action
apostolique de leurs camarades[23], et surtout par le ministère des prêtres et
des laïcs qui leur transmettent la doc-trine du salut, d'une façon adaptée à
leur âge et aux circonstances, et qui les aident spirituellement par des
initiatives opportunes, selon les situations et les époques.
Mais aux parents, elle rappelle le grave devoir qui leur incom-be de tout
prévoir en l'exigeant au besoin, pour que leurs enfants puissent bénéficier de
ces secours et développer leur formation chrétienne au rythme de leur formation
profane. Aussi, l’Église félicite-t-elle les autorités et les sociétés civiles
qui, compte tenu du caractère pluraliste de la société moderne, soucieuses de la
juste liberté religieuse, aident les familles pour qu'elles puissent assurer à
leurs enfants, dans toutes les écoles, une éducation conforme à leurs propres
principes moraux et religieux[24].
8. Les écoles catholiques
La présence de l’Église dans le domaine scolaire se manifeste à un titre
particulier par l'école catholique. Tout autant que les autres écoles, celle-ci
poursuit des fins culturelles, et la formation humaine des jeunes. Ce qui lui
appartient en propre, c'est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère
animée d'un esprit évangéli-que de liberté et de charité, d'aider les
adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître
cette créature nou-velle qu'ils sont devenus par le baptême, et, finalement,
d'ordonner toute la culture humaine à l'annonce du salut pour éclairer par la
foi la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et
de l'homme[25]. C'est ainsi que l'école catholique, en s'ouvrant comme il
convient aux progrès des temps, forme ses élèves pour qu'ils travaillent
efficacement au bien de la cité terrestre, et, en même temps, les prépare à
travailler à l'extension du royaume de Dieu, afin que, par l'exercice d'une vie
exemplaire et apostolique, ils deviennent comme un levain de salut pour la
communauté des hommes.
On voit donc tout ce que l'école catholique peut apporter pour l'accomplissement
de la mission du Peuple de Dieu, et les services qu'elle peut rendre en faveur
du dialogue entre l’Église et la communauté humaine, pour leur mutuel bénéfice;
c'est pourquoi, dans les circons-tances actuelles, elle garde son extrême
importance. Aussi, ce saint Concile proclame-t-il à nouveau le droit, pour
l’Église, de fonder et de diriger librement des écoles de tout ordre et de tout
degré, droit déjà déclaré dans d'innombrables documents du magistère[26], et il
rappelle que l'exercice d'un tel droit est, en même temps, souverainement utile
pour la sauvegarde de la liberté de conscience et des droits des parents, ainsi
que pour le progrès de la culture.
Mais que les maîtres ne l’oublient pas: c'est d'eux, avant tout, qu'il dépend
que l'école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins[27].
Qu'on les prépare donc avec une sollicitude toute particulière, pour leur
procurer la science, aussi bien profane que religieuse, attestée par les titres
appropriés et pour leur assurer une méthode pédagogique en accord avec les
découvertes modernes. Que la charité les unisse entre eux et avec leurs élèves,
qu'ils soient tout pénétrés d'esprit apostolique pour rendre témoignage, par
leur vie autant que par leur enseignement, au Maître unique, le Christ. Qu'ils
travaillent en collaboration, surtout avec les parents;qu'en union avec ceux-ci
ils sachent tenir compte, dans toute l'éducation, de la différence des sexes et
dubut particulier attribué à chacun par la providence divine, dans la famille et
dans la société. Qu'ils s'ef-forcent de susciter l'action personnelle des élèves
et, après la fin du cycle d'études, qu'ils continuent à les suivre de leurs
conseils et de leur amitié, ainsi qu'au moyen d'associations particulières
pénétrées d'un véritable esprit d’Église. Le Concile déclare que le rôle de
ces maîtres est un apostolat proprement dit, tout à fait adapté, en même temps
que nécessaire, à notre époque: un vrai service rendu à la société. Et aux parents catholiques, le Concile rappelle leur devoir de confier leurs
enfants, où et lorsqu'ils le peuvent, à des écoles catholiques, leur devoir de
soutenir celles-ci selon leurs ressources et de collaborer avec elles pour le
bien de leurs enfants[28].
9. Les différentes sortes d'écoles catholiques
Que toutes les écoles qui, d'une façon ou d'une autre, dépendent de l’Église, se
rapprochent au maximum de cet idéal de l'école ca-tholique, bien que, selon les
circonstances locales, elles puissent re-vêtir des formes diverses[29]. L’Église
tient aussi pour très précieuses les écoles qui, surtout sur les territoires des
jeunes Églises, accueillent également les élèves non catholiques.
En outre, dans la création et l'orientation des écoles catholiques, il faut
tenir compte des nécessités du monde en marche. Aussi, tout en continuant à
entretenir les écoles primaires et secondaires, qui consti-tuent la base de
l'éducation, on doit accorder une grande importance à celles qui sont
particulièrement requises par les conditions actuelles, telles que les écoles
techniques et professionnelles[30], les institutions pour l'instruction des
adultes, les instituts de promotion sociale, les écoles destinées à ceux pour
qui une infirmité rend nécessaires des soins particuliers, et les écoles qui
préparent des maîtres, tant pour l'éducation religieuse que pour d'autres
secteurs pédagogiques.
Ce saint Concile exhorte avec force les pasteurs et tous les fidèles à
n'épargner aucun sacrifice pour aider les écoles catholiques à rem-plir chaque
jour plus fidèlement leur tâche, en premier lieu à subve-nir aux besoins de ceux
qui sont dépourvus des biens de la fortune, qui sont privés de l'affection et du
soutien de la famille, ou qui sont étrangers au don de la foi.
10. Les facultés et universités catholiques
Quant aux écoles supérieures, et surtout aux universités et fa-cultés, l’Église
ne les entoure pas d'un soin moins vigilant. Au con-traire, en ce qui dépend
d'elle, elle vise, par une organisation méthodique, à ce que chaque discipline
soit cultivée selon ses principes propres, sa méthode propre et la liberté
propre à la recherche scien-tifique, de telle sorte qu'on approfondisse chaque
jour la compréhension des différentes disciplines et que, grâce à un examen plus
attentif des questions et recherches nouvelles de la période actuelle, on
reconnaisse et on discerne mieux comment la foi et la science vi-sent de
conserve une unique vérité, en marchant sur les traces des docteurs de l’Église,
et particulièrement de saint Thomas d'Aquin[31]. Que de la sorte se réalise
comme une présence publique, stable et universelle de la pensée chrétienne dans
tout l'effort intellectuel pour promouvoir une culture supérieure, et que les
étudiants de ces instituts soient formés de telle sorte qu'ils deviennent des
hommes éminents par l'instruction, prêts à assumer les plus lourdes tâches dans
la société, et témoins de la foi dans le monde[32].
Que dans les universités catholiques dépourvues d'une faculté de théologie, il y
ait un institut ou une chaire de théologie qui dispense un enseignement adapté
aux étudiants laïcs. Comme les sciences pro-gressent surtout grâce à des
recherches particulières d'une plus gran-de portée scientifique, que les
universités et facultés catholiques entretiennent au maximum des instituts dont
le but primordial soit de promouvoir la recherche scientifique.
Le saint Concile recommande instamment de développer des universités et facultés
catholiques opportunément réparties dans les différentes parties du monde;
qu'elles brillent moins par le nombre que par la valeur de l'enseignement, et
que l'accès en soit facilité aux étudiants qui donnent davantage d'espérances,
même s'ils sont de condition modeste, et surtout à ceux qui viennent des jeunes
nations.
Puisque le sort de la société et de l’Église même est étroitement lié aux
progrès des jeunes qui font des études supérieures[33], les pas-teurs de
l’Église ne doivent pas seulement prodiguer leurs soins à la vie spirituelle des
étudiants des universités catholiques. Que, soucieux de la formation spirituelle
de tous leurs fils, ils se préoccupent -- avec les consultations nécessaires
entre évêques -- de fonder, également auprès des universités non catholiques,
des maisons d'accueil et des centres universitaires catholiques où des prêtres,
des religieux et des laïcs soigneusement choisis et préparés offrent à la
jeunesse univer-sitaire une assistance permanente, spirituelle et
intellectuelle. Que les jeunes plus doués, qu'ils soient des universités
catholiques ou des au-tres, s'ils montrent des aptitudes pour l'enseignement et
la recherche, soient l'objet de soins particuliers, et qu'on les encourage à
devenir professeurs.
11. Les facultés de sciences sacrées
L’Église attend énormément de l'activité des facultés de sciences sacrées[34].
C'est à elles, en effet, qu'elle confie la charge importante de préparer leurs
élèves, non seulement au ministère sacerdotal, mais surtout, soit à
l’enseignement dans les établissements d'études ecclésiastiques supérieures,
soit à faire avancer par leur contribution per-sonnelle les différentes
disciplines, soit à assumer les tâches les plus ardues de l'apostolat
intellectuel. C'est également le rôle de ces facul-tés de soumettre à une
investigation plus profonde les différents do-maines des sciences sacrées, en
vue d'une compréhension toujours plus profonde de la Révélation sacrée, d'un
accès plus large au patrimoine de sagesse chrétienne légué par nos ancêtres,
d’un dialogue croissant avec nos frères séparés et avec les non-chrétiens, et
d'une réponse adéquate aux questions posées par le progrès des sciences[35].
Que, par conséquent, les facultés ecclésiastiques revoient oppor-tunément leurs
lois propres, qu'elles développent intensément les sciences sacrées et celles
qui leur sont connexes, et qu'elles ne négli-gent pas les méthodes et les moyens
les plus récents en vue de former leurs étudiants pour des recherches plus
poussées.
12. Développer la coordination dans le domaine scolaire
La coopération, chaque jour plus nécessaire et plus effective sur le plan
diocésain, national et international, ne s'impose pas moins dans le domaine
scolaire. Aussi doit-on mettre tous ses soins à éta-blir entre les écoles
catholiques la coordination convenable, et à développer entre elles et les
autres écoles la collaboration que requiert le bien commun de l'humanité tout
entière[36].
Cette coordination plus poussée et cette mise en commun des efforts, surtout
parmi les instituts académiques, procureront davantage de fruits. Que dans les
universités, les diverses facultés s'entraident donc autant que le comporte leur
objet;bien plus, que les universités elles-mêmes aillent dans le même sens et
unissent leurs efforts, en organisant ensemble des Congrès internationaux, en se
répartissant les secteurs de la recherche scientifique, en se communiquant leurs
découvertes, en échangeant pour quelque temps des professeurs, en développant
enfin tout ce qui peut favoriser une collaboration accrue.
Conclusion
Le saint Concile exhorte instamment les jeunes à prendre conscience de la
fonction primordiale qu'est celle de l'éducateur et à être prêts à l'assumer
avec courage et générosité, surtout dans les région où le manque de maîtres met
en danger l'éducation de la jeunesse.
Le saint Concile, en exprimant sa profonde gratitude envers prêtres, religieux,
religieuses et laïcs qui, en se donnant eux-mêmes dans l’esprit de l’Évangile,
s'adonnent à la tâche primordiale de l'édu-cation et de l'enseignement dans les
écoles de tous genres et de tous niveaux, les exhorte à persévérer généreusement
dans la tâche entre-prise. Qu'en imprégnant les élèves de l'esprit du Christ,
ils aspirent, sur le plan pédagogique comme sur le plan scientifique, à un
niveau tel que, non seulement ils travaillent au renouveau interne de l’Église,
mais ils défendent et étendent sa présence bienfaisante dans le monde
d'aujourd'hui et particulièrement le monde intellectuel.
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans cette Déclaration ont
plu aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que le
Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, décrétons
et arrêtons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de Dieu,
ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 28 octobre 1965.
Moi, PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.
[1]Parmi les nombreux documents qui montrent l'importance de l'édu-cation,
cf. tout d'abord: Benoît XV. lettre apost. Communes litteras, 10 avril 1919:
AAS, XI (1919), p. 172. -- Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri 31 déc. 1929:
AAS, XXII (1930), pp. 49-86. -- Pie XII, allocution aux jeunes de I'A.C.I., 20
avril 1946: Discorsi e Radiomessaggi VIII, pp. 53-57. -- Alloc. aux pères de
famille de France, 18 sept. 1951: Discorsi e Radiomessaggi XIII; pp. 241-245. --
Jean XXIII, message pour le 30e anniversaire de l’encycl. Divini Illius
Magistri, 30 déc. 1959: AAS, LII (1960), pp. 57-59. -- Paul VI, alloc. aux
membres de la F.I.D.A.E. (Fédération des Instituts dépendants de l'autorité
ecclésiastique), 30 déc. 1963: Encicliche e Discorsi di S. S. Paolo VI, 1. Roma,
1964, pp. 601-603. -- Voir également Acta et Documenta Concilie Oecumenico
Vaticano II apparando, série I, Antepraeparatoria, vol. III, pp. 363-364, 370-371,373-374.
[2] Cf. Jean XIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 :AAS, LIII (1961), pp.
413, 415-417, 424. – Encycl.Pacem in terris, 11 avril 1963 :AAS, LV (1963), p.
278 s.
[3]Déclaration universelle des droits de l'homme approuvée par l'Assem-blée
générale des Nations unies, le 10 déc. 1948 et Déclaration des droits de
l'enfant, 20 nov. 1959. Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des
droits de l'homme et des libertés fondamentales, Paris. 20 mars 1952; au sujet
de cette déclaration universelle des droits de l'homme, cf. Jean XXIII, encycl.
Pacem in terris, 11 avril 1963: AAS, LV (1963), p. 295 s.
[4]Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS, LIII (1961),
p. 402. -- Conc. Vat. II, constitution dogmatique De Ecclesia, n. 17; AAS, LVII (1965), p. 21 [pp.
37-38].
[5]Pie XII. radiomessage du 24 déc. 1942: AAS,. XXXV (1943). pp. 12, 19. -- Jean
XXIII, encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963: AAS, LV(1963), p. 259 s. Et cf.
la déclaration des droits de l'homme citée dans la note 3.
[6]Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, 31 déc. 1929: AAS, XXII
(1930), p. 50 s.
[7]Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra. 15 mai 1961: AAS, LIII(1961}.
p. 441 s.
[8]cf. Pie XI,encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 83.
[9]Cf. Conc. Vat. II, Constitution dogm. De Ecclesia. n. 36: AAS. LVII
(1965). p. 41 s. [pp. 61-62].
[10]Conc. Vat. I1, Decr. De Pastorali Episcoporum munere in Ecclesia, nn.
12-14: AAS, LVIII (1966), pp. 678-679 [pp. 283-285].
[11]Cf. Pie XI, encycl. Divini lllius Magistri, loc. cit., p. 59 s.; encycl.
Mit brennender Sorge, 14 mars 1937, AAS XXIX (1937), p. 164 s.;Pie XII,
allocution au premier congrès national de l'Association italienne des maîtres
catholiques (A.I.M.C.), 8 sept. 1946: Discorsi e radiomessaggi VIII, p. 218.
[12]Cf. Conc. Val. II, constitution dogm. De Ecclesia, nn. 11 et AAS, LVII
(1965). pp. 16 et 40 s. [pp. 30-32, 60-61].
[13]Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 63 s. Pie XI,I,
radiomessage du ler juin 1941 AAS, XXXIII (1941), p. 200; Allocution au premier
congrès national de l'Association italienne des maîtres catholiques, 8 sept.
1946: Discorsi e radiomessaggi VIII, p. 218. – Sur le principe de subsidiarité,
cf. Jean XXIII, encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963 :AAS, LV(1963), p. 294.
[14]Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 53 s.; –
Encycl. Non abbiamo bisogno, 29 juin 1931: AAS, XXIII (1931) p. 311 s. – Pie
XII, lettre de la Secrétairerie d’État à la 28e Semaine sociale d’Italie, 20
sept. 1955: L'Osservatore Romano, 29 sept. 1955.
[15]L’Église loue les autorités civiles, locales, nationales et internationales
qui, conscientes des urgentes nécessités actuelles, font tout ce qu'elles
peuvent pour que tous les peuples puissent participer plus pleinement à
l'éducation et à la culture. (Cf. Paul VI, allocution à l'Assemblée générale
de I'O.N.U., 4 oct. 1965: AAS, LVII (1965), pp. 877-885 [pp. 618 ss].
[16]Cf. Pie XI, Motu proprio « Orbem catholicum », 29 juin 1923: AAS, XV
(1923), pp. 327-329; décret Provido sane, 12 janv. 1935: AAS, XXVII (1935), pp.
145-152. – Conc. Vat. II, décret De Pastorali Episcoporum munere in Ecclesia,
nu. 13 et 14: AAS, LVIII (1966), pp. 678-679 [pp. 284-285].
[17]Cf. Conc. Vat. II, const. De Sacra Liturgia, n. 14: AAS, LVI (1964), p. 104
[pp. 133-1341.
[18]Cf. Conc. Vat. II, d6cret De instrumentis communicationis socialis, nn. 13
et 14: AAS, LVI (1964), p. 149 s. [pp. 526-527].
[19]Cf. Pie XI, encyclique Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 76; Pie XII,
allocution à l'Association des maîtres catholiques de Bavière, 31 déc. 1956:
Discorsi e radiomessagi XVIII. p. 746.
[20]Cf. Conc. prov. de Cincinnati III, en 1861: Collectio Lacensis, III, col
1240, c/d. -- Pie XI, encycl. Divini lllius Magistri, loc. cit., p. 60, 63 s.
[21]Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 63; encycl. Non
abbiamo bisogno, 29 juin 1931: AAS, XXIII (1931), p. 305. -- Pie XII, lettre de
la Secrétairerie d’État à la 28e Semaine sociale d'Italie, 20 sept. 1955:
L'Osservatore Romano, 29 sept. 1955. -- Paul VI, allocution à l'Association
ehr6tienne des ouvriers italiens (A,C.L.I.), 6 oct. 1963: Encicliche e Discorsi
di Paolo VI, I, Roma, 1964, p. 230.
[22]cf. Jean XXIII, message pour le 30e anniversaire de la publica-tion de
l'encycl. Divini lllius Magistri, 30 déc. 1959: AAS, LII (1960), p. 57.
[23]L’Église apprécie beaucoup l'action apostolique que peuvent exer-cer,
également dans ces écoles, les maîtres et les élèves catholiques.
[24]Cf. Pie XII, allocution à l'Association des maîtres catholiques de Bavière,
31 déc. 1956: Discorsi et radiomessaggi XVIII, p. 745 s.
[25]Cf. Conc. prov. de Westminster, I, de 1852: Collectio Lacensis III, col.
1334, a/b. -- Pie XI, encycl. Divini lllius Magistri, loc. cit., p. 77 s. --Pie
XII, allocution à l'Association des maîtres catholiques de Bavière, 31 déc.
1956: Discorsi e radiomessaggi XVIII, p. 746. -- Paul VI, Allocution aux membres
de la F.I.D.A.E. (Fédération des instituts dépendants de l'autorité
ecclésiastique), 30 déc. 1963: Encicliche e Discorsi di Paolo VI, I, Roma, 1964,
p. 602 s.
[26]Cf. en premier lieu les documents cités dans la note 1; de plus, ce droit de
l’Église a été proclamé par de nombreux conciles provinciaux et égale-ment dans
les plus récentes déclarations de nombreuses conférences épiscopales.
[27]Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 80 s. --Pie XII,
allocution à l'Association catholique italienne des maîtres de l'en-seignement
secondaire (U.C.I.I.M.), 5 janv. 1954: Discorsi e radiomessaggi XV, pp. 551-556.
-- Jean XXIII, allocution au VIe Congrès de l'Association ita-lienne des maîtres
catholiques (A.I.M.C.), 5 sept. 1959: Discorsi Messaggi, Colloqui, I, Roma,
1960, pp. 427-431.
[28]Cf. Pie XII, allocution à l'Association catholique italienne des maîtres
de l'enseignement secondaire (U.C.LI.M.). 5 janv. 1954. loc. cit.. p. 555.
[29]Cf. Paul VI, allocution à l'Office international d'éducation catho-lique
(O.I.E.C.), 25 févr. 1964: Encicliche e Discorsi di Paolo Vl, II, Roma, 1964, p.
232.
[30]Cf. Paul VI, allocution à l'Association chrétienne des ouvriers ita-liens
(A.C.L.I.), 6 oct. 1963: Encicliche e Discorsi di Paolo VI, I. Roma, 1964. p.
229.
[31]Cf. Paul VI, alloc. au VIe Congrès thomiste international, 10 septembre
1965: AAS, LVII (1965), pp. 788-792.
[32]Cf. Pie XII, allocution aux maîtres et étudiants des universités
catholiques de France, 21 sept. 1950: Discorsi e radiomessaggi XII, pp. 219-221;
lettre au XVIIe Congrès de « Pax Romans », 12 août 1952: Discorsi e
radiomessaggi XIV, pp. 567-569 -- Jean XXIII, allocution à la Fédération des
universités catholiques, let avril 1959: Discorsi, Messaggi, Colloqui, I, Roma,
1960, pp. 226-229. -- Paul VI. allocution au Sénat académique de l'Université
catholique de Milan, 5 avril 1964: Encicliche e Discorsi di Paolo VI, II, Roma,
1964, pp. 438-443.
[33]cf. Pie XII, allocution au Sénat académique et aux étudiants de l'Université
de Rome, 15 juin 1952: Discorsi e radiomessaggi XIV. p. 208: « La direction de
la société de demain repose principalement dans l'esprit et le cœur des
universitaires d'aujourd'hui. »
[34]Cf. Pie XI, constitution apostolique Deus scientarum Dominus, 24 mai
1931: AAS, XXIII (1931). pp. 245-247.
[35]Cf. Pie XII. encycl. Humani Generis. 12 août 1950: AAS, XLII (1950), pp.
568 s., 578. – Paul VI, encycl. Ecclesiam suam, IIIe partie, 6 août 1964: AAS,
LVI (1964), pp. 637-659. -- Conc. Vat. II, décret De Oecumenismo: AAS, LVII (1965), pp. 90-107 [pp. 495-5161].
[36]Cf. Jean XXIII, encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963: AAS, (1963), p. 284
et passim.
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